Les routes royales du bois
de
Villemoisson.
Les rois de France refusaient
d’aliéner les droits de chasse et de gruerie qu’ils possédaient. Ils entretenaient
les routes à grands frais jusqu’à la Révolution de 1789. Toutefois le roi
accordait généralement une tolérance de chasse aux seigneurs possédant des
fiefs dans la forêt.
Louis XVI surveillait d'une
façon très attentive les routes forestières et ordonnait par un arrêt du
Conseil d'Etat en date du 8 décembre 1771, de confisquer bois, chevaux,
voitures qui seraient trouvés longeant lesdites routes.
Un procès-verbal nous apprend
que ces chemins étaient au nombre de sept dans la forêt de Séquigny et
portaient les noms routes de : La Gilquenière, du Prince, du Perray, du
Longfoin, de Villemoisson, de Monsieur, de Pinaut, auxquels le roi fit ajouter
les routes de Grigny, Viry, Fleury, du Bois des Cambres, de Mallet, de
Beaumont, de la Princesse, du Cylindre, des Moines, de la Tour.
« Arrêt du conseil d'Etat du
roy concernant les routes des chasses de Sa Majesté dans la forest de Séquigny,
du 8 décembre 1779.
« Le Roy étant informé que,
quoique Sa Majesté ne possède aucun bois dans la forêt de Séquigny, elle à
néanmoins en différents temps ordonné l'ouverture de plusieurs routes dans
cette forêt pour l'utilité et l'agrément de ses chasses, et pourvu au
remboursement de la superficie et du fond des terrains qu'elles traversent. Que
malgré ces remboursements et la réformation générale des Eaux et Forets de
Paris qui déclare les routes destinées au plaisir des chasses appartenir à sa
Majesté, plusieurs de celles de la dite foret de Séquigny, sont tellement en
mauvais état, qu'il est des endroits si dangereux que l'on ne pourroit les
fréquenter sans s'exposer.
« Que cette dégradation
ne vient que de la facilité que donnent les propriétaires de la dite foret, à
leurs voituriers de s'en servir pour la «vuidange» des «sentes» (nettoyage des
sentiers) qu'ils font faire annuellement sans pourvoir à leur rétablissement;
« Qu'au moyen des dits
remboursements, ces dits propriétaires ne peuvent en aucun cas se servir des
dites routes, ni permettre à leurs voituriers de les fréquenter pour la «
vuidange » de leurs bois, et Sa Majesté voulant que l'usage des dites routes
soit interdit, et pourvoir à leur rétablissement, elle a résolu de faire sur
ce, connoitre ses intentions.
« Ouï le rapport du sieur
Moreau de Beaumont, conseiller d'Etat ordinaire et au conseil royal des
finances, le Roy étant en son conseil, à fait et fait très expresse inhibitions
et défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles
puissent être. De se servir en aucun cas, de quelque manière que ce soit, des
routes qui ont été ouvertes ou qui le seront par la suite dans la forêt de
Séquigny, pour l'utilité et la commodité des chasses de Sa Majesté, a peine de
10 livres d'amende pour la première foi de 20 livres en cas de récidive et de
confiscation des bois, chevaux, voitures et charrettes qui seront trouves
longeant ou traversant les dites routes.
« Ordonne, Sa Majesté, que si
la vuidange des bois de quelques ventes de la dite forêt ne pouvoit se faire
sans fréquenter plusieurs des routes d'icelles, ceux des propriétaires qui désireront
s'en servir seront tenus de se retirer au greffe des Eaux et Forets de Paris où
ils feront leur soumission de ne se servir des dites routes que pendant le
temps qui sera indiqué par les officiers de la dite maîtrise des Eaux et Foret.
Et de faire réparer les dites routes, ou de payer à l'entrepreneur ordinaire
chargé de leur entretien, ce qu'il justifiera avoir déboursé pour les remettre
dans l'état où elles étoient avant que l'on s'en servit ».
Le Bois de Villemoisson a
pris peu à peu le visage de la voirie actuelle ; toutes les rues furent tracées
dès la mise en lotissement du bois. Quelles sont ces routes de la forêt de
Séquigny protégées par le roi, concernant le bois de Villemoisson ?

La route de Corbeil.
En dehors des routes ci-dessus
énumérés, la route de Corbeil s’appelait jadis : « Chemin Royal», «La
vieille Voye » en 1481. Preuve de son existence très ancienne, son importance
fit que de bonne heure elle fut pavée. Un plan de la forêt de Séquigny du XVIIe
siècle cite : « La route Neuve qui est pavée ». En 1773, une carte
appartenant au comte de Bertier, seigneur de Morsang, Sainte-Geneviève et
Villemoisson, indique : « route pavée de Sainte-Geneviève à Morsan ».
Partant du Donjon de Sainte-Geneviève-des-Bois elle se terminait dans un pré ou
lieu-dit « Les Franchises de Morsan » qui est aujourd'hui la Demi-Lune. Elle
sera prolongée vers le bas de Villemoisson à la fin du XVIIIe siècle, se
substituant à la rue du Repos qui sera coupée de la demi-lune.


La demi-lune. Entre ces deux photos un siècle les
sépare.
La route de Monsieur.
L'avenue Danièle Casanova,
autrefois « route de Monsieur », traversait la forêt de Séquigny. Depuis
Villemoisson, elle se prolongeait dans Sainte-Geneviève des Bois par les avenues
Victor Hugo, de la Grande-Charmille (dans le parc du château). Passant devant
l'Hôtel de Ville de Sainte-Geneviève, la route de Monsieur sortait du parc
seigneurial par la grille de « Franchette » sur l'avenue du Régiment
Normandie-Niémen. Puis, par la rue de la Châtaigneraie, elle continuait
traversant le bois des Roches de Mme d'Esclignac jusqu'à la fontaine de
l' « Orme-aux-Bordes-Cocherest » (rue Saint‑Saëns â
Saint-Michel-sur-Orge).

Avenue Danièle Casanova
Au début du XXe siècle, la
route forestière de Monsieur, dans sa traversée du bois de Villemoisson, reçut
le nom d'avenue des Coquelicots, Puis, après la seconde guerre mondiale, avenue
Danièle Casanova (grand nom de la Résistance). Depuis la place d'Orgeval,
prenant le nom de cette place, elle sortait de la forêt pour se raccorder
autrefois à la route de Cobeil ; déviée elle se joint à la rue de la
Plaine, aujourd’hui avenue des Gardes messiers.
La route de la Princesse.
Représentée par les avenues
de Villiers et des Rossignols, la route de la Princesse garde son nom à
Morsang. Dans cette commune, selon une carte de « la Forêt de
Sainte-Geneviève de Perrin (1897) », elle coupait la route du Longfoin et
se terminait à l’intersection de la route de Viry et du chemin aux Anes. Aujourd’hui,
par l’avenue de Villiers, elle s’arrête aux Six-Chènes, mais autrefois elle se
prolongeait vers l’Orge jusqu’à la limite de la forêt, prés de la rue Antoine
Rocca à Sainte-Geneviève-des-Bois.

Avenue de Villiers au début du XXe siècle

Avenue de Villiers au début du XXe siècle

Plusieurs années après…

Avenue des Rossignols

Avenue des Rossignols
La route de Pinaut
D’après le « Plan du
château et parc de Sainte-Geneviève et de la forêt de Séquigny – 1773 »),
la « route de Pinaut » partait de la demi-Lune, traversait la forêt,
entrait dans le parc du château de Sainte-Geneviève par le « Ha-Ha »
du Perray (avenue Gabriel-Péri) et par la rue actuelle de Séquigny à
Sainte-Geneviève elle finissait à la sortie de ce parc à la grille d'Annette (place
du Cottage).
Avec la création du
lotissement du bois de Villemoisson, la partie de la route de Pinaut dans
Villemoisson prend le nom d’avenue de la Mare Tambour, faisant référence à une mare
à son extrémité située le long de cette avenue, sur Sainte-Geneviève, dans un
triangle de rues formé par ladite Mare Tambour, « rue » d’Epinay et
la route du Prince qui est l’avenue Paul-Vaillant-Couturier).

Extrait du cadastre napoléonien de Sainte-Geneviève.
La Mare Tambour était connue par nos anciens sous le nom de Mare-aux-Grenouilles, fréquentée par les pêcheurs.


L’avenue de la Mare Tambour au début du XXe siècle

Aujourd’hui…

Avenue de la Mare Tambour
La route de la
Gilquinière.
Aujourd’hui c’est l'avenue
des Chèvrefeuilles. Elle devait son nom au château de la Gilquinière construit
au XVIIe siècle par Gilquin. Nous pouvons voir ce château derrière la Garenne
(La Cholletière) surplombant la prairie des bords de la rivière de l'Orge.
La route de la Gilquinière
partait du parc du château de la Gilquinière, à Epinay, et s'enfonçait dans la
forêt de Séquigny jusqu'au hameau de Greffrère à Fleury-Mérogis. De nos jours
elle a disparu en partie depuis la place des Six-Chênes vers la vallée de
l'Orge.
La Gilquinière c'était un
vaste domaine ayant appartenu :
- A Jean Henri de Morel de
Groles de Peyre, maréchal des camps des armées du roi
- A Alexandre Emmanuel de
Crussol, capitaine des gardes du corps du comte d'Artois. C’est avec lui que la
propriété devait recevoir le nom de Vaucluse donné en l'honneur de Louis XVIII
comte d'Artois, invité à des chasses en forêt de Séquigny.
- A Pierre François Lapaege
Dorsenne, comte de l'empire, général de division.
- A Kick Patrick, négociant
londonien, qui devait, en 1863, le vendre à la Ville de Paris, qui en fit un
asile d'aliénés.


La route de Villemoisson.
C’est aujourd’hui l'avenue
Jean-Moulin, autrefois elle traversait la forêt jusqu’en face le château de Sainte-Geneviève-des-Bois.
A l’autre extrémité depuis la place de la Libération, à la sortie du bois, elle
se poursuivait, bordée d'arbres, à travers les terres labourables de
Villemoisson jusqu'à l’actuel lotissement dit du « Château-Gaillard » où elle se
raccordait à « l’avenue du Grand Orme ». (de nos jours l’avenue du
Bois, l’allée du Boccage).
En 1826, la route de
Villemoisson se nommait « route à la Dame ». En 1923, sur la proposition de
Michel Durudaut, conseiller municipal, la route « à la Dame » s'appela
avenue du Bois. L'appellation « à la Dame » subsista fort longtemps dans les
habitudes des habitants. Après la Seconde Guerre mondiale, en souvenir d'un
grand résistant, la partie de l'avenue du Bois comprise dans l'ancien bois de
Villemoisson a été appelé avenue Jean-Moulin.


Deux vues de l’entrée Jean Moulin côté place Stalingrad

Entrée avenue Jean Moulin côté place de la Libération.
L'avenue Mallet (l’avenue
d’Epinay)
Au début du siècle, au temps
où la forêt de Séquigny couvrait de ses voûtes de verdure les avenues droites
et paraissant sans limites, l'avenue d'Epinay s'appelait alors route de Mallet.
Peut-être était-ce le nom du procureur au Châtelet de Paris, propriétaire de
1763 à 1802 du « Collège» à Villemoisson. La route de Mallet partait du coeur
même du parc du Donjon de Sainte-Geneviève à l'intersection de la rue de
l'Orangerie et de la rue du Château.
Elle a été l’une des
dernières créées sous Louis XVI. L’avenue d’Epinay s'arrêtait comme beaucoup
d'entre elles à la lisière du bois ; elle fut prolongée dans les années 30
jusqu'à la rue de la Plaine (à partir du n°67)


Un sentier, longeant l'orée
de la forêt depuis Morsang et rattrapait le «chemin de Montlhéry à Morsang »
(Vieux Chemin de Villemoisson). Une partie de celui-ci subsiste toujours entre
l'avenue d'Epinay et ce Vieux Chemin de Villemoisson.

La route de l'Etoile.
Elle suivait
approximativement, depuis les Six-Chênes, l'avenue de Longjumeau pour se terminer
derrière le restaurant place de la Libération. Son prolongement est peut-être
la rue du Rond-Point à Sainte-Geneviève.