Promenade à Villemoisson.

 

 

 

Ce poème est extrait d’un feuillet détaché d’un livre comprenant plusieurs textes. Nous ne connaissons ni le titre ni l’auteur de ce volume et bien sûr du versificateur de cette promenade à Villemoisson. Des lieux qu’il visite il ne donne pas le nom des propriétaires, sinon des insinuations ou dénominations n’apportant pas de conséquences sur la quiétude des personnages. Pour permettre de les situer, nous tenterons d’attribuer autant que possible les noms des possesseurs de ces lieux visités, non sans erreurs.

 

Dater l’œuvre est hypothétique. Notre auteur, venant de Paris pour aller à Villemoisson, utilise la diligence desservant Longjumeau, ce qui laisse à penser que la ligne de chemin de fer « Paris-Orléans » n’était pas encore faite, donc nous nous situerons dans la première moitié du XIXe siècle.

 

Ce poème se poursuit sur huit pages sans interruption. Pour en faciliter la lecture et sa compréhension, nous nous sommes permis de faire des coupures et de les sous-titrer.

 

On peut y lire que Villemoisson est un village pittoresque et « peuplé » de jolies campagnes aux habitants insouciant. Souvent les poètes sont des rêveurs, dans leurs écrits ils ne s’inquiètent pas trop des réalités du temps des faits.

(Document se trouvant aux archives départementales de l’Essonne sous la cote 79 J 51).

 

                       Voulant un beau matin, loin du bruit de la ville,

                       Aller me délasser dans un champêtre asile ;

                       Mon paquet sous le bras, mon roseau dans la main,

                       Des remparts du midi je gagnai le chemin.

                       J’arrivai lestement dans une hôtellerie

                       Où de bruyants cochers la mine réjouie,

                       De tous les voyageurs égaient le départ.

                       Après le déjeuner il faut prendre sa part

                       D’un vieux cabriolet du temps de la Régence

                       Se ranger sur un banc, partir en diligence,

                       Digérer son repas par de nombreux cahots,

                       Et courir le danger de se briser les os.

 

 

                     J’arrivais dans un bourg où l’hôtesse empressée

                     Vint m’offrir poliment à bon prix sa dînée

                     La nuit allait se clore, et malgré l’appétit ;

                     Pour ne pas m’égarer, je pris le bon parti

                     De gagner de bon pied l’adresse hospitalière

                     Que m’offrait un ami dans un vieux presbytère. (1)

 

(1). - L’auteur descend au presbytère de Villemoisson sur l’invitation d’une connaissance qui en a fait son habitation. Le 21 mars 1798, le presbytère était vendu comme « bien national ». Le propriétaire à l’époque de notre écrivain est peut-être un certain Antoine Pouget. Aujourd’hui, toujours propriété privée, le presbytère a pris le nom de Maison-sous-l’Eglise.

 

Au château de Chilly-Mazarin.

                     Me voilà sur la route aventuré,

                     Observant le pays dont j’étais entouré.

                     Non loin de Longjumeau se trouve une contrée,

                     Des dons de la nature avec goût décorée

                     Vingt châteaux dispersés, par les arts embellis,

                     De canaux abondants à tortueux replis

                     Des parcs et jardins assignés sur leurs rives,

                     Tour à tour rafraîchis par des eaux fugitives

                     Vous offrant dans l’été de tranquilles abris.

                     Qu’on est loin, dans ces lieux de regretter Paris.

                     Le chaume protecteur des plus heureux ménages,

                     Y fixe du bonheur les riants avantages ;

                     En passant j’aperçois sur un tertre boisé

                     Le vaste monument qu’un ministre rusé

                     Fit bâtir à grands frais aux dépens de la France.

                     Chilly dans ses beaux jours, logeait son éminence ;

 

(Extrait de L’ancien département de Seine-et-Oise (Malte-Brun) 1883

 

                     Il y venait rêver sous un règne orageux,

                     Au moyen d’apaiser un Sénat ombrageux.

                     Nous voyons de nos jours son unique héritière (2)

                     Dans ce palais d’été n’être qu’une étrangère

                     En proie à tous les maux qui vinrent l’assiéger,

                     L’usure et ses malheurs l’en firent déloger.

                     J’allais dans mon printemps à la cour de sa mère,

                     Où se rendaient l’amour, les jeux et le mystère.

                     Le Kain, Molé, Clerval, Laruette et Caillot

                     Les actrices du temps, sans qu’on en dit un mot,

                     Auprès de Mazarin se trouvaient à leur aise.

                     Priville, le Momus de la scène française,

                     Venait y folâtrer en habit de crispin ;

                     Ses talents variés nous mettaient tous entrain.

                     Chacun dans son château, suivait sa fantaisie

                     L’homme, comme les dieux, y vivait d’ambroisie.

                     Les amants s’accordaient sous un riant couvert

                     Le carquois de l’amour restait toujours ouvert.

                     Dans l’épaisseur d’un bois, en Diane légère,

                     Souvent notre duchesse, au lit d’une rivière

                     Confiait ses appâts sans voile et sans frayeur.

                     Bien loin de s’offenser des regards d’un chasseur

                     Son œil s’enhardissait, dans une onde limpide

                     D’un nouvel Artéon, la démarche timide.

                     Que de moisson d’amour dans ces paisibles champs ;

                     L’aimable Mazarin a fait dans son printemps.

                     Si son ombre plaintive, en quittant l’Elysée,

                     Voyait de son palais sa fille dépouillée,

                     Combien rougirait-elle, en entrant dans ses lieux,

                     D’y voir un parvenu remplacer ses aïeux !

                     Pourquoi non, s’il vous plaît, tout sied à la fortune ;

                     La source des humains n’est-elle pas commune ?

                     Et par l’heureux effet d’un prodige nouveau,

                     Tout homme de nos jours, peut avoir un château.

                     En parcourant Chilly je pensais à Chapelle (3),

                     Chapelle dont la muse est vive et naturelle,

                     En visitant jadis ce champêtre séjour,

                     Crayonna tendrement quelques vers à l’amour.

                     J’allais cueillir des fleurs pour en couvrir les cendres,

                     Quand la nuit me chassa ; comme il fallait me rendre,

 

(2). - Mademoiselle de Valentinois est la seule héritière du cardinal Mazarin

 

(3). - Chapelle, avait un manoir à Chilly, il est auteur avec Bachaumont d’un voyage.

 

Michot, le meunier de Villemoisson.

                     Et qu’en m’arrêtant trop je pouvais m’égarer.

                     Au milieu d’un grand bois qu’on devait rencontrer

                     Je repris mon chemin ; une jeune fermière

                     Sut m’indiquer celui qui mène au presbytère.

                     J’étais las, j’avais faim, le besoin de repos

                     Me fit hâter le pas ; je devins plus dispos.

                     Quand je pus distinguer dans un site sauvage,

                     Malgré l’obscurité, le clocher du village,

                     Je m’y rendis fort tard, et la voûte des cieux

                     Déjà d’un rideau se voilait à mes yeux.

                     Mon hôte étant absent ; assis sur une pierre,

                     Fatigué de marcher, j’y rêvais de lumière.

                     Le sommeil me gagnait quand un brave voisin

                     Me dit : venez Monsieur, venez dans mon moulin.

                     Des mets de la saison sa table était servie ;

                     Comme autrefois Beaucis, sa femme était jolie ;

                     Je m’attablai près d’elle, et son repas frugal,

                     De la bonne Cérès me sembla le régal.

                     Du moderne Michot, assis sur une chaise,

                     L’accueil honnête et franc me mettait à mon aise.

 

 

Au centre l’église de Villemoisson, devant le presbytère, à droite une toiture du moulin. (Dessin de Champin. 1840) – Image parue dans Villemoisson en Hurepoix

 

Souvenirs champêtres de Vaucluse.

                     Quand mon ami parut, sa bonté me conduit

                     A travers le jardin qui mène à son réduit.

                     Un valet matinal, une fraîche brunette

                     Etaient les commensaux de sa douce retraite.

                     Après les compliments et les adieux du soir,

                     Chacun pour se reposer, enfila son dortoir.

                     Loin du bruit des cités, aux champs comme en sommeille !

                     Par ces chants de l’amour un oiseau vous réveille,

                     Là mon hôte empressé (de mon âge à peu près) ;

                     M’offrait en me levant, son beurre et ses œufs frais.

                     Tous deux de bon accord, notre vieille mémoire,

                     Déroulait en mangeant, à regret notre histoire.

                     Nous aimions rappeler nos anciens passe-temps,

                     De tendres souvenirs égayaient ces instants.

                     Variant nos loisirs, nous allions à Vaucluse (4)

                     Dont le cite enchanteur réjouissait ma muse.

                     En parcourant le parc nous vîmes d’un abri

                     S’élever dans les airs la tour de Montlhéry ;

                     Auprès de ce vieux fort, sur la même montagne,

                     D’un rejeton des preux la superbe campagne

                     Accueille noblement, au milieu des bois ;

                     Les heureux promeneurs qui viennent à l’Ormois. (5)

                     De Vaucluse, en suivant les riantes allées,

                     Nous trouvions sur nos pas des grottes isolées,

                     Où, sur un banc champêtre, animant nos discours,

                     Nous pensions être encore à l’âge des amours.

                     Ces beaux lieux, arrosés d’une onde toujours pure,

                     Où l’art, se déguisant, imite la nature,

                     Par leur douce fraîcheur invitait au repos.

                     Nous dormions mollement au murmure des flots.

                     Nous rappelâmes ici tous deux notre jeunesse,

                     Nous dîmes quelques tours joués à la sagesse.

                     Non, Pétrarque, jamais dans son temps si vanté,

                     N’adressa, comme nous, des vers à la beauté ;

                     Dans nos tendres accents nous avions son délire,

                     Par les mêmes accords nous montrions notre lyre.

                     Le maître de Vaucluse, invisible pour nous,

                     Sans doute avec sa Laure avait un rendez-vous ;

                     Nous n’osâmes troubler, dans sa grotte insulaire,

                     Par des vœux indiscrets le lus tendre mystère.

 

Ce château existe toujours

 

(4) Vaucluse est le nom donné par le comte de Provence, qui fut plus tard Louis XVIII, au fief de la Gilquinière dont le nom lui déplaisait.

 

(5) Château de Lormois (Lormoy), à Longpont.

 

Le manoir de Grand-vaux à Savigny.

                     De l’Orge et de l’Yvette, en traversant les eaux

                     Par des prés toujours verts, nous fûmes à Grand-vaux (6)

                     Nous fûmes reçus par une jeune hôtesse,

                     Dont le riant abord, l’aimable politesse,

                     Eveillaient d’un regard les désirs assoupis.

                     Eve avait moins d’attraits dans son vieux paradis.

                     De son palais rural, l’heureux propriétaire

                     Fait si bien les honneurs sous son toit solitaire,

                     Qu’à sa table et partout chacun se plait chez lui

                     Son ton loyal et franc, assez rare aujourd’hui,

                     Une tournure aisée et son humeur égale,

                     Des états différents rapprochent l’intervalle.

                     On y chante, on y rie, les plaisirs et les jeux

                     Vous servent un met simple et le nectar des dieux.

 

(Extrait de « L’ancien département de Seine-et-Oise » (Malte-Brun) 1883

 

                     Nous admirions partout la plus aimable aisance.

                     Et des appartements la magique élégance,

                     Bélanger était là, d’un antique manoir

                     Il a fait un palais, une étude, un boudoir.

                     Les embellissements que le goût lui confie

                     Ont toujours le cachet qu’imprime son génie.

                     Des Le Nôtre anglais et des frères Mansart,

                     En homme universel il réunit les arts.

                     Aussi prompt que l’éclair, en nouveau Prométhée

                     Il dérobe le far de la voûte sacrée.

                     Cet artiste, avec nous, se trouve à Grand-vaux,

                     Oubliait ses talents et louait ses rivaux.

                     J’allais de la maison parcourir l’étendue ;

                     Je vis l’intérieur, tout y frappe la vue.

                     D’un riche cabinet visitant les tableaux,

                     Je me plus à revoir les traits toujours nouveaux,

                     Les traits doux, séduisants de cette Gabrielle,

                     Aimante et généreuse autant qu’elle était belle. (7)

                     Tout est neuf et riant dans ce joli château,

                     Et nos palais d’été n’offrent rien de plus beau.

                     Des bains de Vénus même, au milieu de ses grâces,

                     En ôtant sa ceinture aimerait dans les glaces,

                     A doubler à nos yeux, ses contours arrondis,

                     Où souvent sur un sein les amours étourdis

                     S’en viennent voltiger en déployant leurs ailes,

                     Sont toujours rafraîchis par des nappes nouvelles ;

                     C’est là que le matin, en costume léger,

                     Se baigne notre hôtesse, et qu’un œil étranger

                     Sur ses attraits sans fard n’ose porter la vue.

                     Si tout vieux que je suis, de la belle ingénue

                     Je pouvais un instant attirer les regards,

                     Peut-être, que sait-on, je serais le dieu Mars.

                     Hélas ! Pour nous ébattre, avec l’aimable fille,

                     Mon hôte ainsi que moi n’avons que la parole.

                     Combien d’heureux fripons ont dérobé de cœur

                     Dans le temps que l’amour nous comblait de faveurs !

                     Nos beaux jours sont passés, et des plaisirs des autres,

                     Amusons-nous parfois pour rappeler les nôtres.

                     La jeunesse avec nous ne peut s’apprivoiser,

                     Et tous nos contes bleus ne peuvent l’amuser.

                     Voyons ce bel enfant suivre, en sautant les traces

                     D’une mère idolâtre, au milieu des terrasses.

                     Les gazons, par leurs jeux, sont sans cesse foulés,

                     D’aussi doux passe-temps ne sont jamais troublés.

                     Sous les yeux satisfaits, c’est Venus qui lutine

                     Dans les bras caressants d’une grâce enfantine.

 

(6) Grandvaux, autrefois habitation des seigneurs de Choiseul, du marquis de La Bédoyère et du comte Vigier

 

(7) Au château de Grandvaux était le portrait original de Gabrielle d’Estrée, maîtresse de Henri IV.

 

Au château de Villemoisson. (8)

                     Après tous les plaisirs, où l’on se livre aux champs,

                     Que du soleil d’été, les rayons moins ardents,

                     Invitant les joueurs de quitter leur partie,

                     Nous allâmes nous perdre, en tranquille compagnie

                     Dans un bois du château, dans des sites charmants,

                     Où d’un riche vallon les nombreux habitants

                     Sans pouvoir s’y cacher, vous passent en revue.

                     D’un pays d’alentour, la riante étendue,

                     En nous offrant partant un coup d’œil enchanteur,

                     Nous invita d’aller chez un bon sénateur

                     Qui vit en philosophe, en sage Anachorette

                     Sur les rives de l’Orge, en ouvrant sa retraite,

                     Il nous fit parcourir ses utiles jardins,

                     Nous montra des berceaux, façonnés par ses mains.

                     Il aimait à conter d’un air assez modeste

                     Le parti qu’il tira de son terrain agreste.

                     Comment il a bien su distribuer ses eaux,

                     Entourer ses bosquets par de nombreux canaux.

                     L’art même des soins leur donnait plus de grâce,

                     Et la simple nature y conservait ses traces.

 

 

Les dessins de Champin sont fidèles à la réalité, ici la perspective du château de Villemoisson est étonnante par son importance ; les cartes postales anciennes le montre réduit de moitié. Pourtant il est conforme à celui représenté sur le plan d’intendance de Bertier de Sauvigny et sur le cadastre napoléonien. Une partie du château été démolie certainement au XIXe siècle, et reconstruite, à même niveau, dernièrement. Les communs, masqués ici par les arbres, appelés par les anciens « Château Gaillard », se trouvant de l’autre côté de la rue de l’Eglise ont aujourd’hui disparus. (Image parue dans Villemoisson en Hurepoix)

 

                     Aux luxes des jardins il savait allier

                     Par des arbres choisis, par un riche espalier,

                     Tous les présents de flore avec ceux de Pomone.

                     Les bouquets du printemps et les fruits de l’automne

                     Charmait également ses goûts cultivateurs

                     Dans la froide saison on ne vit point de fleurs ;

                     Et s’il y a des jardins tout homme raisonnable,

                     Comme le sénateur, doit songer à sa table.

                     Son éclat, sa maison avaient de la fraîcheur,

                     Cette simplicité qui loge le bonheur,

                     Voulant nous arrêter, il eut la complaisance,

                     Sans gène, sans ennui, sans un ton d’importance,

                     De nous faire servir des rafraîchissements.

                     Le cœur nous les offrait et dans ces doux moments

                     Nous fûmes convaincus que le réduit d’un sage

                     Met autant qu’un palais à l’abri de l’orage.

 

(8) Notre auteur ne précise malheureusement pas quel est ce château. Est-ce celui de Savigny où se trouve le manoir de Grandvaux où celui de Villemoisson ? Nous ne savons qui est ce sénateur ? Nous pensons cependant au château de Villemoisson. Le maréchal Davoust, sa femme, sa famille, tinrent longtemps au XIXe siècle le château de Savigny, notre sénateur est sans doute villemoissonnais. Après tout n’est-il pas question d’une promenade à Villemoisson !

 

Du presbytère à chez le meunier de Villemoisson.

                     Mais le soir approchait, il fallait se quitter,

                     Mon camarade et moi, sans vouloir s’écarter,

                     L’un et l’autre charmés de la journée entière,

                     Nous gagnâmes gaiement sa riante chaumière.

                     Dispos le lendemain, après le déjeuner

                     Nous allâmes tous deux et pour nous promener,

                     Chez l’humble meunier, le Michot du village,

                     Sa fidèle compagne y soignait son ménage.

                     Nous fûmes accueillis avec cette candeur

                     Qu’on n’a que dans les champs ; le meunier de bon cœur

                     Nous ouvrit ses jardins, son verger, ses prairies,

                     Tous les riches dehors des grandes bergeries.

                     Un carlin fort alerte, en parcourant les blés

                     S’avait en écarter tous les troupeaux ailés ;

                     Il faisait sous nos yeux lestement sa police,

                     Et d’un saut il mettait un gros coq au supplice.

 

Peinture de Giaznni Vagnetti. Collection Madame Bruel-Normand

 

« Enfiler les ruelles ». Partie de l’avenue Guy Mocquet, ici elle n’a pas beaucoup changé. A l’angle avec la rue Ferrande, le talus a été renforcé par un mur. A droite, remarquer le lampadaire sur le mur du château.

 

Le Vieux-Logis. (9)

                     En quittant à regret le toit des bonnes gens,

                     Nous allâmes d’une île arpenter à pas lents (10)

                     Le grand bois séculaire et de sombres allées ;

                     La rivière en bordait les routes alignées.

                     Une nymphe sauvage à notre aspect soudain,

                     Fuyant comme un élan, prit un autre chemin.

                     L’un et l’autre surpris, n’aimant pas les cruelles,

                     Nous prîmes le parti d’enfiler les ruelles, (11)

                     Pour aller aux beautés d’une proche maison,

 

Le Vieux Logis. (Collection B. Robin)

 

                     Moins farouches pour nous, faire entendre raison.

                     Le hasard m’y fit voir deux aimables payses (12)

                     Sur un frais canapé tranquillement assises ;

                     Leur fraîche bonhomie en charmant nos regards,

                     Sut bientôt consoler les deux pauvres vieillards.

                     Ces « suzannes » des champs, sans la moindre contrainte,

                     Loin de nous éviter, nous reçûmes sans crainte.

                     Après quelques devis, la plus jeunes des sœurs

                     Voulut d’un beau jardin nous faire les honneurs ;

                     Le goût le dessine, sans luxe, sa parure

                     Variait de ces lieux là riant verdure.

                     Notre guide, en ouvrant un joli pavillon,

                     Nous fit voir d’un coup d’œil l’ensemble du vallon,

                     D’un balcon circulaire on dominait Vaucluse ;

                     C’est là qu’un orateur dans les beaux jours s’amuse,

                     Qu’il se livre tranquille à l’étude des bois ;

                     On devient éloquent dans le calme des bois.

                     Heureux homme qui peut, à l’abri des orages

                     Jouir sans s’alarmer, de la paix des villages.

                     A son Tsculanum, l’avocat des romains (13)

                     Venait dans ses loisirs veiller à leurs destins ;

                     Il aimait savourer le parfum de ses figues.

                     De même un magistrat, sur les arbres prodigues,

                     Se plaisait à cueillir les fruits de la raison,

                     De son jardin fertile, il soignait la moisson.

                     Avec l’aimable guide, attentive et jolie,

                     J’aimais me rappeler la commune patrie

                     Où se plut mon enfance, où j’appris des amours

                     Aux belles de mon temps à jouer quelques tours.

                     Des sites d’Avallon notre mémoire ornée

                     Nous faisait d’un étang parcourir la chaussée.

                     Il me semblait gravir les roches du cousin ;

                     De la côte d’Anet nous ventions le bon vin.

                     Combien notre entretien nous égayait encore !

                     Rien ne fut oublié. La nuit allait se clore,

                     Aux deux dames sans bruit, nous dîmes le bonsoir,

                     Pour diriger nos pas vers un autres manoir.

 

(9) Le Vieux-Logis s’appelait autrefois le Fief de La Chapelle » dont l’édificateur, au XVIIe siècle, est Christophe Joguet, sieur de la Chapelle. Dans « Histoire, archéologie, biographie du canton de Longjumeau » de Pinard, nous relevons, concernant Villemoisson : « Barbin, célèbre libraire du XVIIe siècle, avait sa maison de campagne dans ce village. Boileau-Despréaux, allant ou revenant de Chilly, où il allait visiter Chapelle son ami, s’arrêtait chez Barbin ». Quel est ce Barbin, Pinard n’est pas sans erreurs dans son ouvrage, il semble ici y avoir une inversion. Mais ce Chapelle de Chilly et de Villemoisson nous plonge dans la confusion.

 

(10) Nos promeneurs sont allés flâner aux « Trois Eaux » prés de l’Orge, dont les bras forment une île. (aujourd’hui la prairie face au pont des Cinq-Arches.

 

(11) Les ruelles du village de Villemoisson. (Voir peinture ci-dessus)

 

(12) Après le décès de Nicolas Léger en 1773, le fief de La chapelle devint possession par héritage de ses deux sœurs : Marie Françoise et Marie Louise

 

(13) « La maîtresse de maison et sa belle sœur étaient de Moncaulon avocat à la cour de cassation » (annotation douteuse sur l’original). Le 24 avril 1824, par adjudication au Tribunal civil de la Seine, Jeanne Edmée Béthery, veuve de Barthélemy Moreau, vendit à François André Maurey, avocat à la cour d’appel de Paris le Pavillon Blacque. Blaque avait acquis le fief de la Chapelle en 1774.

 

Au manoir du « Collège ».

 

 

Le Collège

 

                     C’était d’un Apollon le temple solitaire

                     Le sculpteur qui nous fit celui du Belvédère

                     L’aurait pris pour modèle ; il en avait les traits ;

                     Ce jeune helvétien (14) nous fit prendre le frais.

                     Au milieu d’un jardin, sous l’abri d’un feuillage,

                     Le goût avait orné son riant ermitage ;

                     Des rives du Leman il avait la fraîcheur ;

                     Nous en fîmes le tour. Sur nos pas chaque fleur

                     Venait nous embaumer de charmilles de roses ;

                     Des massifs odorants, mille autres fleurs écloses

                     Semaient rivaliser pour parfumer les airs.

                     Les oiseaux dans leurs nids gazouillaient leurs concerts,

                     Et le dieux pastoral, armé de sa houlette,

                     Nous parut dans son parc Apollon chez Admée

                     Dans son temple du goût des arts sont ses amis.

                     Les Midas de nos jours n’y sont jamais admis.

 

(14) Pierre de Jacquet de Saussure, homme de lettre, fut propriétaire du « Collège » du 2 floréal an X au 9 juillet 1817. Il était originaire de Genève d’une famille de botanistes dont l’un fit le premier, l’escalade du Mont-Blanc le 21 juillet 1788.

 

                     Fatigués tous les deux d’un aussi long voyage,

                     Nous gagnâmes nos lits, et dans notre ermitage,

                     D’un sommeil bienfaisant, goûtâmes les douceurs.

                     J’allais me disposer à voyager ailleurs,

                     Quand il fallait partir de mon vieux presbytère

                     Pour aller à Paris suivre une autre carrière.

                     Je te fis mes adieux, beau lieu que j’ai chanté !

                     Je reviendrai passer quelques beaux jours d’été

 

 

                     Où l’Yvette se jette dans l’Orge

                     Si le sort qui souvent hélas ! Nous contrarie

                     N’exile pas mes jours dans une autre patrie ;

                     Je reverrai mon hôte avec l’empressement

                     De lui montrer sans feinte un cœur reconnaissant.

                     En traversant l’Yvette et ses vastes prairies,

                     Nous reprendrons le fil de nos vieilles folies.

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