Promenade
à Villemoisson.
Ce
poème est extrait d’un feuillet détaché d’un livre comprenant plusieurs textes.
Nous ne connaissons ni le titre ni l’auteur de ce volume et bien sûr du
versificateur de cette promenade à Villemoisson. Des lieux qu’il visite il ne
donne pas le nom des propriétaires, sinon des insinuations ou dénominations
n’apportant pas de conséquences sur la quiétude des personnages. Pour permettre
de les situer, nous tenterons d’attribuer autant que possible les noms des
possesseurs de ces lieux visités, non sans erreurs.
Dater
l’œuvre est hypothétique. Notre auteur, venant de Paris pour aller à
Villemoisson, utilise la diligence desservant Longjumeau, ce qui laisse à
penser que la ligne de chemin de fer « Paris-Orléans » n’était pas
encore faite, donc nous nous situerons dans la première moitié du XIXe siècle.
Ce
poème se poursuit sur huit pages sans interruption. Pour en faciliter la
lecture et sa compréhension, nous nous sommes permis de faire des coupures et
de les sous-titrer.
On
peut y lire que Villemoisson est un village pittoresque et « peuplé »
de jolies campagnes aux habitants insouciant. Souvent les poètes sont des
rêveurs, dans leurs écrits ils ne s’inquiètent pas trop des réalités du temps
des faits.
(Document
se trouvant aux archives départementales de l’Essonne sous la cote 79 J 51).
Voulant un beau matin,
loin du bruit de la ville,
Aller me délasser dans
un champêtre asile ;
Mon paquet sous le bras,
mon roseau dans la main,
Des remparts du midi je gagnai le chemin.
J’arrivai lestement dans
une hôtellerie
Où de bruyants cochers
la mine réjouie,
De tous les voyageurs
égaient le départ.
Après le déjeuner il faut prendre sa part
D’un vieux cabriolet du
temps de la Régence
Se ranger sur un banc,
partir en diligence,
Digérer son repas par de
nombreux cahots,
Et courir le danger de se briser
les os.

J’arrivais dans un bourg où l’hôtesse empressée
Vint m’offrir poliment à bon prix sa dînée
La nuit allait se clore, et malgré l’appétit ;
Pour ne pas m’égarer, je pris le bon parti
De gagner de bon pied l’adresse hospitalière
Que m’offrait un ami dans un vieux presbytère. (1)
(1).
- L’auteur descend au presbytère de Villemoisson sur l’invitation d’une
connaissance qui en a fait son habitation. Le 21 mars 1798, le presbytère était
vendu comme « bien national ». Le propriétaire à l’époque de notre
écrivain est peut-être un certain Antoine Pouget. Aujourd’hui, toujours
propriété privée, le presbytère a pris le nom de Maison-sous-l’Eglise.
Au château de Chilly-Mazarin.
Me voilà sur la route aventuré,
Observant le pays dont j’étais entouré.
Non loin de Longjumeau se trouve une contrée,
Des dons de la nature avec goût décorée
Vingt châteaux dispersés, par les arts embellis,
De canaux abondants à tortueux replis
Des parcs et jardins assignés sur leurs rives,
Tour à tour rafraîchis par des eaux fugitives
Vous offrant dans l’été de tranquilles abris.
Qu’on est loin, dans ces lieux de regretter Paris.
Le chaume protecteur des plus heureux ménages,
Y fixe du bonheur les riants avantages ;
En passant j’aperçois sur un tertre boisé
Le vaste monument qu’un ministre rusé
Fit bâtir à grands frais aux dépens de la France.
Chilly dans ses beaux jours, logeait son éminence ;

(Extrait de L’ancien département de Seine-et-Oise
(Malte-Brun) 1883
Il y venait rêver sous un règne orageux,
Au moyen d’apaiser un Sénat ombrageux.
Nous voyons de nos jours son unique héritière (2)
Dans ce palais d’été n’être qu’une étrangère
En proie à tous les maux qui vinrent l’assiéger,
L’usure et ses malheurs l’en firent déloger.
J’allais dans mon printemps à la cour de sa mère,
Où se rendaient l’amour, les jeux et le mystère.
Le Kain, Molé, Clerval, Laruette et Caillot
Les actrices du temps, sans qu’on en dit un mot,
Auprès de Mazarin se trouvaient à leur aise.
Priville, le Momus de la scène française,
Venait y folâtrer en habit de crispin ;
Ses talents variés nous mettaient tous entrain.
Chacun dans son château, suivait sa fantaisie
L’homme, comme les dieux, y vivait d’ambroisie.
Les amants s’accordaient sous
un riant couvert
Le carquois de l’amour restait toujours ouvert.
Dans l’épaisseur d’un bois, en Diane légère,
Souvent notre duchesse, au lit d’une rivière
Confiait ses appâts sans
voile et sans frayeur.
Bien loin de s’offenser des regards d’un chasseur
Son œil s’enhardissait, dans une onde limpide
D’un nouvel Artéon, la démarche timide.
Que de moisson d’amour dans ces paisibles champs ;
L’aimable Mazarin a fait dans son printemps.
Si son ombre plaintive, en quittant l’Elysée,
Voyait de son palais sa fille dépouillée,
Combien rougirait-elle, en entrant dans ses lieux,
D’y voir un parvenu remplacer ses aïeux !
Pourquoi non, s’il vous plaît, tout sied à la fortune ;
La source des humains n’est-elle pas commune ?
Et par l’heureux effet d’un prodige nouveau,
Tout homme de nos jours, peut avoir un château.
En parcourant Chilly je pensais à Chapelle (3),
Chapelle dont la muse est vive
et naturelle,
En visitant jadis ce champêtre séjour,
Crayonna tendrement quelques vers à l’amour.
J’allais cueillir des fleurs pour en couvrir les cendres,
Quand la nuit me chassa ; comme il fallait me rendre,
(2).
- Mademoiselle de Valentinois est la seule héritière du cardinal Mazarin
(3).
- Chapelle, avait un manoir à Chilly, il est auteur avec Bachaumont d’un voyage.
Michot, le meunier de Villemoisson.
Et qu’en m’arrêtant trop je pouvais m’égarer.
Au milieu d’un grand bois qu’on devait rencontrer
Je repris mon chemin ; une jeune fermière
Sut m’indiquer celui qui mène au presbytère.
J’étais las, j’avais faim, le besoin de repos
Me fit hâter le pas ; je devins plus dispos.
Quand je pus distinguer dans un site sauvage,
Malgré l’obscurité, le clocher du
village,
Je m’y rendis fort tard, et la voûte des cieux
Déjà d’un rideau se voilait à mes yeux.
Mon hôte étant absent ; assis sur une pierre,
Fatigué de marcher, j’y rêvais
de lumière.
Le sommeil me gagnait quand un brave voisin
Me dit : venez Monsieur, venez dans mon moulin.
Des mets de la saison sa table était servie ;
Comme autrefois Beaucis, sa femme était jolie ;
Je m’attablai près d’elle, et son repas frugal,
De la bonne Cérès me sembla le régal.
Du moderne Michot, assis sur une chaise,
L’accueil honnête et franc me mettait à mon aise.

Au
centre l’église de Villemoisson, devant le presbytère, à droite une toiture du
moulin. (Dessin de Champin. 1840) – Image parue dans Villemoisson en Hurepoix
Souvenirs champêtres de Vaucluse.
Quand mon ami parut, sa bonté me conduit
A travers le jardin qui mène à son réduit.
Un valet matinal, une fraîche brunette
Etaient les commensaux de sa douce retraite.
Après les compliments et les adieux du soir,
Chacun pour se reposer, enfila son dortoir.
Loin du bruit des cités, aux champs comme en sommeille !
Par ces chants de l’amour un
oiseau vous réveille,
Là mon hôte empressé (de mon âge à peu près) ;
M’offrait en me levant, son beurre et ses œufs frais.
Tous deux de bon accord, notre vieille mémoire,
Déroulait en mangeant, à regret notre histoire.
Nous aimions rappeler nos anciens passe-temps,
De tendres souvenirs égayaient ces instants.
Variant nos loisirs, nous allions à Vaucluse (4)
Dont le cite enchanteur réjouissait ma muse.
En parcourant le parc nous vîmes d’un abri
S’élever dans les airs la tour de Montlhéry ;
Auprès de ce vieux fort, sur la même
montagne,
D’un rejeton des preux la superbe campagne
Accueille noblement, au milieu des bois ;
Les heureux promeneurs qui viennent à l’Ormois. (5)
De Vaucluse, en suivant les
riantes allées,
Nous trouvions sur nos pas des grottes isolées,
Où, sur un banc champêtre, animant nos discours,
Nous pensions être encore à l’âge des amours.
Ces beaux lieux, arrosés d’une onde toujours pure,
Où l’art, se déguisant, imite la nature,
Par leur douce fraîcheur invitait au repos.
Nous dormions mollement au murmure des flots.
Nous rappelâmes ici tous deux notre jeunesse,
Nous dîmes quelques tours joués à la sagesse.
Non, Pétrarque, jamais dans son temps si vanté,
N’adressa, comme nous, des vers à
la beauté ;
Dans nos tendres accents nous avions son délire,
Par les mêmes accords nous montrions notre lyre.
Le maître de Vaucluse, invisible pour nous,
Sans doute avec sa Laure avait un rendez-vous ;
Nous n’osâmes troubler, dans sa grotte insulaire,
Par des vœux indiscrets le lus tendre mystère.

Ce château existe toujours
(4)
Vaucluse est le nom donné par le comte de Provence, qui fut plus tard Louis
XVIII, au fief de la Gilquinière dont le nom lui déplaisait.
(5)
Château de Lormois (Lormoy), à Longpont.
Le manoir de Grand-vaux à Savigny.
De l’Orge et de l’Yvette, en traversant les eaux
Par des prés toujours verts, nous fûmes à Grand-vaux (6)
Nous fûmes reçus par une jeune hôtesse,
Dont le riant abord, l’aimable politesse,
Eveillaient d’un regard les désirs assoupis.
Eve avait moins d’attraits dans son vieux paradis.
De son palais rural, l’heureux propriétaire
Fait si bien les honneurs sous son toit solitaire,
Qu’à sa table et partout
chacun se plait chez lui
Son ton loyal et franc, assez rare aujourd’hui,
Une tournure aisée et son humeur égale,
Des états différents rapprochent l’intervalle.
On y chante, on y rie, les plaisirs et les jeux
Vous servent un met simple et le nectar des dieux.

(Extrait de « L’ancien département de
Seine-et-Oise » (Malte-Brun) 1883
Nous admirions partout la plus aimable aisance.
Et des appartements la magique élégance,
Bélanger était là, d’un antique manoir
Il a fait un palais, une étude, un boudoir.
Les embellissements que le goût lui confie
Ont toujours le cachet qu’imprime son génie.
Des Le Nôtre anglais et des frères Mansart,
En homme universel il réunit les arts.
Aussi prompt que l’éclair, en nouveau Prométhée
Il dérobe le far de la voûte sacrée.
Cet artiste, avec nous, se trouve à Grand-vaux,
Oubliait ses talents et louait ses rivaux.
J’allais de la maison parcourir l’étendue ;
Je vis l’intérieur, tout y frappe la vue.
D’un riche cabinet visitant les tableaux,
Je me plus à revoir les traits toujours nouveaux,
Les traits doux, séduisants de cette
Gabrielle,
Aimante et généreuse autant qu’elle était belle. (7)
Tout est neuf et riant dans ce joli château,
Et nos palais d’été n’offrent rien de plus beau.
Des bains de Vénus même, au milieu de ses grâces,
En ôtant sa ceinture aimerait dans les glaces,
A doubler à nos yeux, ses contours arrondis,
Où souvent sur un sein les amours étourdis
S’en viennent voltiger en déployant leurs ailes,
Sont toujours rafraîchis par des nappes nouvelles ;
C’est là que le matin, en costume léger,
Se baigne notre hôtesse, et qu’un œil étranger
Sur ses attraits sans fard n’ose porter la vue.
Si tout vieux que je suis, de la belle ingénue
Je pouvais un instant attirer les regards,
Peut-être, que sait-on, je serais le dieu
Mars.
Hélas ! Pour nous ébattre, avec l’aimable fille,
Mon hôte ainsi que moi n’avons que la parole.
Combien d’heureux fripons ont dérobé de cœur
Dans le temps que l’amour nous comblait de faveurs !
Nos beaux jours sont passés, et des plaisirs des autres,
Amusons-nous parfois pour rappeler les nôtres.
La jeunesse avec nous ne peut s’apprivoiser,
Et tous nos contes bleus ne peuvent l’amuser.
Voyons ce bel enfant suivre, en sautant les traces
D’une mère idolâtre, au milieu des terrasses.
Les gazons, par leurs jeux, sont
sans cesse foulés,
D’aussi doux passe-temps ne sont jamais troublés.
Sous les yeux satisfaits, c’est Venus qui lutine
Dans les bras caressants d’une grâce enfantine.
(6)
Grandvaux, autrefois habitation des seigneurs de Choiseul, du marquis de La
Bédoyère et du comte Vigier
(7)
Au château de Grandvaux était le portrait original de Gabrielle d’Estrée,
maîtresse de Henri IV.
Au château de Villemoisson. (8)
Après tous les plaisirs, où
l’on se livre aux champs,
Que du soleil d’été, les rayons moins ardents,
Invitant les joueurs de quitter leur partie,
Nous allâmes nous perdre, en tranquille compagnie
Dans un bois du château, dans des sites charmants,
Où d’un riche vallon les nombreux habitants
Sans pouvoir s’y cacher, vous passent en revue.
D’un pays d’alentour, la riante étendue,
En nous offrant partant un coup d’œil enchanteur,
Nous invita d’aller chez un bon sénateur
Qui vit en philosophe, en sage Anachorette
Sur les rives de l’Orge, en ouvrant sa retraite,
Il nous fit parcourir ses utiles jardins,
Nous montra des berceaux, façonnés par ses mains.
Il aimait à conter d’un air assez modeste
Le parti qu’il tira de son terrain
agreste.
Comment il a bien su distribuer ses eaux,
Entourer ses bosquets par de nombreux canaux.
L’art même des soins leur donnait plus de grâce,
Et la simple nature y conservait
ses traces.

Les
dessins de Champin sont fidèles à la réalité, ici la perspective du château de
Villemoisson est étonnante par son importance ; les cartes postales
anciennes le montre réduit de moitié. Pourtant il est conforme à celui
représenté sur le plan d’intendance de Bertier de Sauvigny et sur le cadastre
napoléonien. Une partie du château été démolie certainement au XIXe siècle, et
reconstruite, à même niveau, dernièrement. Les communs, masqués ici par les
arbres, appelés par les anciens « Château Gaillard », se trouvant de
l’autre côté de la rue de l’Eglise ont aujourd’hui disparus. (Image parue dans
Villemoisson en Hurepoix)
Aux luxes des jardins il savait allier
Par des arbres choisis, par un riche
espalier,
Tous les présents de flore avec ceux de Pomone.
Les bouquets du printemps et les fruits de l’automne
Charmait également ses goûts cultivateurs
Dans la froide saison on ne vit point de fleurs ;
Et s’il y a des jardins tout homme raisonnable,
Comme le sénateur, doit songer à sa table.
Son éclat, sa maison avaient de la fraîcheur,
Cette simplicité qui loge le bonheur,
Voulant nous arrêter, il eut la complaisance,
Sans gène, sans ennui, sans un ton d’importance,
De nous faire servir des rafraîchissements.
Le cœur nous les offrait et dans ces doux moments
Nous fûmes convaincus que le réduit d’un sage
Met autant qu’un palais à l’abri de l’orage.
(8) Notre
auteur ne précise malheureusement pas quel est ce château. Est-ce celui de
Savigny où se trouve le manoir de Grandvaux où celui de Villemoisson ?
Nous ne savons qui est ce sénateur ? Nous pensons cependant au château de
Villemoisson. Le maréchal Davoust, sa femme, sa famille, tinrent longtemps au
XIXe siècle le château de Savigny, notre sénateur est sans doute
villemoissonnais. Après tout n’est-il pas question d’une promenade à
Villemoisson !
Du presbytère à chez le meunier de Villemoisson.
Mais le soir approchait, il fallait
se quitter,
Mon camarade et moi, sans vouloir s’écarter,
L’un et l’autre charmés de la journée entière,
Nous gagnâmes gaiement sa riante chaumière.
Dispos le lendemain, après le déjeuner
Nous allâmes tous deux et pour nous promener,
Chez l’humble meunier, le Michot du village,
Sa fidèle compagne y soignait son ménage.
Nous fûmes accueillis avec cette candeur
Qu’on n’a que dans les champs ; le meunier de bon cœur
Nous ouvrit ses jardins, son verger, ses prairies,
Tous les riches dehors des grandes bergeries.
Un carlin fort alerte, en parcourant les blés
S’avait en écarter tous les troupeaux ailés ;
Il faisait sous nos yeux lestement sa police,
Et d’un saut il mettait un gros coq au supplice.

Peinture de Giaznni Vagnetti. Collection Madame
Bruel-Normand
« Enfiler
les ruelles ». Partie de
l’avenue Guy Mocquet, ici elle n’a pas beaucoup changé. A l’angle avec la rue Ferrande,
le talus a été renforcé par un mur. A droite, remarquer le lampadaire sur le
mur du château.
Le Vieux-Logis.
(9)
En quittant à regret le toit des bonnes gens,
Nous allâmes d’une île arpenter à pas lents (10)
Le grand bois séculaire et de sombres allées ;
La rivière en bordait les routes alignées.
Une nymphe sauvage à notre aspect soudain,
Fuyant comme un élan, prit un autre chemin.
L’un et l’autre surpris, n’aimant pas les cruelles,
Nous prîmes le parti d’enfiler les ruelles, (11)
Pour aller aux beautés d’une proche maison,

Le Vieux Logis. (Collection B. Robin)
Moins farouches pour nous, faire entendre raison.
Le hasard m’y fit voir deux aimables payses (12)
Sur un frais canapé tranquillement assises ;
Leur fraîche bonhomie en charmant nos regards,
Sut bientôt consoler les deux pauvres vieillards.
Ces « suzannes » des champs, sans la moindre contrainte,
Loin de nous éviter, nous reçûmes sans crainte.
Après quelques devis, la plus jeunes
des sœurs
Voulut d’un beau jardin nous faire les honneurs ;
Le goût le dessine, sans luxe, sa parure
Variait de ces lieux là riant verdure.
Notre guide, en ouvrant un joli
pavillon,
Nous fit voir d’un coup d’œil l’ensemble du vallon,
D’un balcon circulaire on dominait Vaucluse ;
C’est là qu’un orateur dans les beaux jours s’amuse,
Qu’il se livre tranquille à l’étude des bois ;
On devient éloquent dans le calme des bois.
Heureux homme qui peut, à l’abri des orages
Jouir sans s’alarmer, de la paix des villages.
A son Tsculanum, l’avocat des romains (13)
Venait dans ses loisirs veiller à leurs destins ;
Il aimait savourer le parfum de ses figues.
De même un magistrat, sur les arbres prodigues,
Se plaisait à cueillir les fruits de la raison,
De son jardin fertile, il soignait la moisson.
Avec l’aimable guide, attentive et jolie,
J’aimais me rappeler la commune
patrie
Où se plut mon enfance, où j’appris des amours
Aux belles de mon temps à jouer quelques tours.
Des sites d’Avallon notre mémoire ornée
Nous faisait d’un étang parcourir la
chaussée.
Il me semblait gravir les roches du cousin ;
De la côte d’Anet nous ventions le bon vin.
Combien notre entretien nous égayait encore !
Rien ne fut oublié. La nuit
allait se clore,
Aux deux dames sans bruit, nous dîmes le bonsoir,
Pour diriger nos pas vers un autres manoir.
(9) Le
Vieux-Logis s’appelait autrefois le Fief de La Chapelle » dont
l’édificateur, au XVIIe siècle, est Christophe Joguet, sieur de la Chapelle.
Dans « Histoire, archéologie, biographie du canton de Longjumeau » de
Pinard, nous relevons, concernant Villemoisson : « Barbin, célèbre
libraire du XVIIe siècle, avait sa maison de campagne dans ce village.
Boileau-Despréaux, allant ou revenant de Chilly, où il allait visiter Chapelle
son ami, s’arrêtait chez Barbin ». Quel est ce Barbin, Pinard n’est pas
sans erreurs dans son ouvrage, il semble ici y avoir une inversion. Mais ce
Chapelle de Chilly et de Villemoisson nous plonge dans la confusion.
(10)
Nos promeneurs sont allés flâner aux « Trois Eaux » prés de l’Orge,
dont les bras forment une île. (aujourd’hui la prairie face au pont des
Cinq-Arches.
(11)
Les ruelles du village de Villemoisson. (Voir peinture ci-dessus)
(12)
Après le décès de Nicolas Léger en 1773, le fief de La chapelle devint
possession par héritage de ses deux sœurs : Marie Françoise et Marie
Louise
(13)
« La maîtresse de maison et sa belle sœur étaient de Moncaulon avocat à la
cour de cassation » (annotation douteuse sur l’original). Le 24 avril
1824, par adjudication au Tribunal civil de la Seine, Jeanne Edmée Béthery,
veuve de Barthélemy Moreau, vendit à François André Maurey, avocat à la cour
d’appel de Paris le Pavillon Blacque. Blaque avait acquis le fief de la
Chapelle en 1774.
Au manoir du « Collège ».

Le Collège
C’était d’un Apollon le temple solitaire
Le sculpteur qui nous fit celui
du Belvédère
L’aurait pris pour modèle ; il en avait les traits ;
Ce jeune helvétien (14) nous fit prendre le frais.
Au milieu d’un jardin, sous l’abri d’un feuillage,
Le goût avait orné son riant ermitage ;
Des rives du Leman il avait la fraîcheur ;
Nous en fîmes le tour. Sur nos pas chaque fleur
Venait nous embaumer de charmilles de roses ;
Des massifs odorants, mille autres fleurs écloses
Semaient rivaliser pour parfumer les airs.
Les oiseaux dans leurs nids gazouillaient leurs concerts,
Et le dieux pastoral, armé de sa houlette,
Nous parut dans son parc Apollon chez Admée
Dans son temple du goût des arts sont ses amis.
Les Midas de nos jours n’y sont jamais admis.
(14)
Pierre de Jacquet de Saussure, homme de lettre, fut propriétaire du
« Collège » du 2 floréal an X au 9 juillet 1817. Il était originaire
de Genève d’une famille de botanistes dont l’un fit le premier, l’escalade du
Mont-Blanc le 21 juillet 1788.
Fatigués tous les deux d’un aussi long voyage,
Nous gagnâmes nos lits, et dans notre ermitage,
D’un sommeil bienfaisant, goûtâmes les douceurs.
J’allais me disposer à voyager ailleurs,
Quand il fallait partir de mon vieux presbytère
Pour aller à Paris suivre une autre carrière.
Je te fis mes adieux, beau lieu que j’ai chanté !
Je reviendrai passer quelques beaux jours d’été

Où l’Yvette se jette dans l’Orge
Si le sort qui souvent hélas ! Nous contrarie
N’exile pas mes jours dans une autre patrie ;
Je reverrai mon hôte avec l’empressement
De lui montrer sans feinte un cœur reconnaissant.
En traversant l’Yvette et ses vastes prairies,
Nous reprendrons le fil de nos vieilles folies.