Villemoisson sous l’occupation alliée

 

 

 

 

         La politique insatiable de domination européenne de Napoléon 1er a conduit la France à la ruine, décimé des générations de jeunes français et d’étrangers. Elle a amené l’occupation du pays par les forces de la coalition alliée : Anglais, Prussiens, Autrichiens, Russes, sans parler de l’échec espagnol. Cette coalition menée par les Anglais termine en quelque sorte la « troisième guerre de cent ans ». (1)

 

 

Les conséquences de l’occupation des alliés.

         Napoléon, poursuit sa longue retraite depuis Moscou. Rien ne peut juguler le flot des envahisseurs. Il abdique à Fontainebleau, il est relégué dans l’île d’Elbe…

         En avril 1814, deux divisions de Cosaques de l'armée russe d'invasion occupent la commune et le canton de Longjumeau. Une tradition qui nous a été transmise veut que par suite du campement de ces Cosaques dans la Garenne de Villemoisson une partie de celle-ci a été la proie de l’incendie.

         « Le 29 de ce même mois, en exécution de la circulaire du préfet en date du 20 avril, réunion des maires du canton, relative aux réquisitions des armées alliées. Les administrateurs des communes du canton de Longjumeau, sous la présidence de M. Moreau, maire de Villemoisson, choisi en cette qualité par l'assemblée et M. Dumont, maire d'Epinay, désigné comme secrétaire, il est donné lecture de la circulaire du préfet et écouté les observations sur ladite circulaire de chacun des maires.

         « L'assemblée : Considérant qu'il résulte des rapports faits par MM. les maires que le passage des troupes françaises lors de leur retraite, et par le séjour dans tout le canton, pendant prés de quinze jours, d'une armée de plus de cent mille hommes de cavalerie des puissances alliées et d'un grand nombre de fantassins, les communes ont été épuisées totalement de foin, de paille et avoine ;

         « Que les grains, même en gerbes, ont subi le même sort ainsi que les vins et le bois de chauffage que chaque habitant possédait ;

         « Que les vignes ont été entièrement dégarnies d'échalas ;

         « Que le peu de bois existant dans le canton à été fortement endommagé ;

         « Qu’une quantité considérable d'arbres fruitiers et autres a été abattue et brûlée ;

         « Que dans plusieurs communes des bâtiments ont été découverts et les toits brûlés ainsi que les portes, croisées, boiserie et meubles ;

 

 

         « Que plus de six cents vaches ont été fournies par la réquisition ou enlevées de force et une quantité considérable de moutons, veaux, porcs, ainsi que toute la volaille.

         « Considérant que le canton de Longjumeau est un de ceux qui ont le plus souffert, qu'il est de toute justice de le distinguer de ceux environnants qui, quoique lésés, conservent encore de grandes ressources. Que faire passer la contribution sur les communes entièrement ravagées, c'est doubler entièrement la fortune de celles qui ne l'ont pas été. Qu'un état vrai et circonstancié dressé par les maires et vérifié prouvera quelles sont les communes qui doivent être exemptées et celles qui doivent supporter.

         « Considérant qu'il résulte des états particuliers recueillis par chacun des maires et des états généraux qu'ils ont dressés, que le canton a éprouvé une perte de plus de quinze cent mille francs, ce qui excède de beaucoup son revenu foncier annuel et par conséquent plus de cinq ans de contribution foncière.

         « Considérant qu'il est évident qu'après de telles pertes, le canton se trouve hors d'état d'acquitter la contribution de 1814 et par suite de faire de nouveaux sacrifices pour l'approvisionnement de nouvelles troupes.

         « D'après ces considérations, l'Assemblée estime que si le département est tenu de faire quelques sacrifices pour de nouvelles troupes, les communes du canton doivent être affranchies et dans le cas. Cependant, où contre toute attente, il sera décidé que le canton doit y participer, que ce sera le cas d'y pourvoir par acquisitions et non par réquisitions, que le montant de ces acquisitions soit supporté au marc le franc de toutes les contributions par les propriétaires qui seraient autorisés à les passer en impositions ».

Cette lettre est envoyée au sous-préfet de Corbeil, mais nous ne lui avons pas trouvé trace de suite.

 

Les Cent jours et l’épuration qui s’ensuit.

         C’est le retour dans les fourgons de l’ennemi des Bourbon, de Louis XVIII. Retour éphémère, l’Empereur revient et Louis XVIII est de nouveau en exil.

         L'adjoint Pierre Latteux n'est pas un très chaud partisan des bonapartistes, aussi est-il victime de l'épuration qui suit le retour de l'Empereur, révoqué de ses fonctions le 18 juin 1815 il est remplacé par décret impérial par Jean-Baptiste Saint-Lot. Le conseil lui adresse toutefois ses remerciements pour la manière dont il avait rempli ses fonctions pendant de nombreuses années.

 

La déposition de Paul-Alexis de Saint-Martin

         « Le même jour, 18 juin 1815, (jour de Waterloo) est comparu par devant moi, maire (Moreau), M. Paul-Alexis Lisfranc de Saint Martin, demeurant en cette commune (propriétaire du Collège). Lequel a dit qu'il avait remis entre les mains de Jean-Baptiste Saint-Lot adjoint une déclaration à l'effet de la consigner sur le registre et de l'envoyer à Corbeil. Lecture prise de cette déclaration, j'ai invité M. de Saint-Martin à me rendre visite, voir ce qu'il avait écrit, et à me donner de plus amples détails. Ce qu'il a fait en ces termes :

         « Revenant le mardi 13 juin, présent mois, de chez M. Chaté***, sur le chemin de Villemoisson, vers les dix heures un quart du soir, prés de la rivière d'Orge, il entendit parler assez fort et fit remarquer à Constant son jardinier, qui l'accompagnait, qu’il y avait deux individus sur la grande route de Sainte-Geneviève.

         « Ceux-ci revinrent sur leur pas en criant ; l'un d'eux, lui a tenu des propos, lui a demandé où il allait, d'où il venait, pourquoi il se trouvait si tard dans le chemin. L'autre criait de ne point lâcher. Pressé par le premier, il le fit tomber et le menace de son sabre. Les deux individus ayant déclarés qu'ils étaient de Morsang, lui firent des excuses et chacun repris son chemin.

         « Que ces particuliers instruits de sa plainte avaient fait courir le bruit qu'ils avaient été arrêté par lui, âgé de 18 ans, sur le grand chemin, à l'effet de les forcer à crier vive le roi. Que ce fait invraisemblable est une calomnie; qu'il lui importe de repousser; c'est pourquoi il prie M. le maire de dresser procès-verbal et de l'envoyer à Corbeil, et a signé ».

         « De suite, moi maire, ait mandé le nommé Constant, jardinier, lequel a répété les mêmes faits, ajoutant que Pellerin (l'un d'eux) était pris de vin, et qu'il soutiendrait devant la justice que M. de Saint-Martin et lui ont été attaqués au lieu et heure susdits sans raison ; qu'il accompagnait M. Saint-Martin avec une lanterne. Enfin que les individus s'appellent Pellerin et Morat, sieurs de long, demeurant à Morsang.

         « D'après ces déclarations j'ai invité les sieurs Pellerin et Morat à venir s'expliquer sur les faits imputés. Déférant à mon invitation, ils ont dits que revenant sur les dix heures de leur ouvrage, ils avaient crus reconnaître Constant ; qu'ils étaient un peu échauffés par le vin, que jamais leur intention n'a été d'attaquer sur un chemin ; que leur moralité est connues ; qu'ils sont incapables d'avoir fait courir le bruit et tenu les propos qu'on leur imputent ; que M. de Saint-Martin est connu pour un très bon citoyen ; qu'à la vérité, ce sont eux qui par mépris ont criés d'arrêter, croyant reconnaître Constant. Mais qu'ils demandent mille et mille excuses à Mr. Saint-Martin, et le prie d'oublier ce qui s'est passé. Sur quoi et attendu la moralité des Pellerin et Morat, J’ai invité M. de Saint-Martin à faire grâce ; ce à quoi il a consenti. Invitant toutefois les susnommés à raison en ma présence et à être plus circonspects à l’avenir ». Signé Moreau.

 

 

Barthélemy Moreau.

         Waterloo, l’empereur capitule, c’est l’exil à Sainte-Hélène et le retour de Louis XVIII.

L'épuration suit chaque changement de régime : l'adjoint Latteux, nous l'avons dit, n'étant pas un fervent Bonapartiste est remplacé, au retour de l'Empereur par Jean Baptiste Saint-Lot. Avec la Restauration, Jean·Denis Latteux reprend ses fonctions d'adjoint. Cependant, Barthélemy Moreau, maire très opportuniste, ayant réussit à faire agréer ses services par les deux régimes, voit sa nomination confirmée par l'ordonnance royale du 19 mai 1816.

 

§

 

         (1) La guerre de « Cent ans » : appellation officialisée dans l’Histoire d’une guerre au Moyen-Âge entre la France et l’Angleterre dont la durée est sans commune mesure avec cette dénomination. Cependant il est possible hypothétiquement d’en distinguer trois. La première commence au seuil du deuxième millénaire, avec la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, la perte de l’Aquitaine due à un problème conjugal du roi de France. Sous Saint-Louis elle parait terminée. – La seconde a pour cause la succession de Philippe le Bel, où Isabeau la bavaroise renie son fils au profit du roi d’Angleterre ; c’est l’histoire des « rois maudits ». Elle se termine après la mort de Jeanne d’Arc. – La troisième, la plus courte, est une guerre coloniale avec l’Angleterre, la perte des colonies anglaises des Etats-Unis à laquelle la France a participé à leur émancipation. Waterloo y mettra un terme.

 

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