Au temps où le fief de la Motte à Savigny était vassal du seigneur de Villemoisson

 

 

 

Une motte féodale est une butte, éminence faite de main d’homme ou par la nature, utilisée à l’origine pour y construire un château au début fait en bois. Mais il faut supposer que celle de Savigny fut plus élaborée en matière de matériaux, car, selon le Littré, « une motte est un terme du Moyen âge, Principal lieu d’une seigneurie ; place de la forteresse ou du château ». Cependant il ne faut se retirer l’idée d’une élévation de terrain.

 

Une motte féodale : dessin de Patrick Robert (Internet)

 

L’origine de la vassalité de la Motte de Savigny à Villemoisson  demeure lointaine, nous trouvons déjà des traces en 1389, cela ne veut pas dire qu’elle ne remonte pas encore plus avant.

 

Deux principaux documents permettent de reconstituer le suivi de cette vassalité qui remonte à Jean de Giresmes, seigneur de Villemoisson, jusqu’à la chute de l’ancien régime. Les Giresmes sont d’une grande famille originaire de Seine-et-Marne, dont certains d’entre eux ont été évêque du diocèse de Meaux, commandeur de l’ordre de Malte, etc. …, seigneur du Mée les Melun dont Villemoisson était vassale. (Voir le fief du Sauvage)

 

« Topographie française », par Claude Chastillon, ed. Louis Boissevin, 1655. -. Au fond Morsang-sur-Orge et les coteaux de la forêt de Séquigny.

 

1. - Le premier document fait état de la succession des hommages rendus par le seigneur de Savigny jusqu’à la saisie de son fief de la Motte par le seigneur de Villemoisson.

 

10 septembre 1389. – Estienne de l'Isle, huissier d'armes du roi, seigneur de Savigny, rend hommage à Jehan de Giresmes, chevalier, maistre d'hôtel du roi, chambellan de Pierre de Navarre, seigneur de Villemoisson. « Pour raison de 5 livres de menus cens payables aux octaves de Pasques ; 4 sols de cens payables au jour de Saint-Jehan. Le tout à prendre et percevoir sur plusieurs hôtels et héritages sçis à Savigny-sur-Orge. Droits de justice foncière, rouages et foirages. Icelle justice ressortissant en la prévosté de Montlhéry. Aussi 7 arpents de prés sçis vers Morsan. Une droiture sur une maison sçise à Morsan appartenant à Jehan Bavillet, valant un septier d’avoine; une mine de froment et deux chapons. Une autre droiture asçise au-dessus de Savigny. Une masure et jardin appartenant à Jehan le Barbier, chargée d’un septier d’avoine, une mine de froment et deux chapons ».

 

3 juillet 1466. - Jehan de Châlon, écuyer, seigneur de Savigny, à cause de Louise de l'Isle sa femme, fait hommage à Guy de Giresme, écuyer, seigneur de Giresmes et de Villemoisson.

 

14 octobre 1473. – « foi et hommage portant aveu et dénombrement par Guillaume Courtois, avocat en Parlement, seigneur de Savigny à Guy de Giresmes, écuyer, seigneur de Dumoy de Réau et de Villemoisson. A cause et pour raison du fief de la Motte de Savigny, mouvant en plein fief de la seigneurie de Villemoisson. Par lequel le dit Guillaume Courtois s’est obligé de compter et remettre les revenus pendant trois années du dit fief de la Motte au seigneur de Villemoisson, pour perte de fonds qui luy sont dus du dit fief ».

 

Mars 1474. – « Lettres patentes du roy de France Louis XI à monseigneur Jehan Haberge, évêque d’Evreux seigneur de Savigny-sur-Orge, du droit de haute justice en la dite terre et seigneurie de Savigny, les appartenances et dépendances. Composées de trois fiefs, sçavoir : le fief de la Vicomtesse, tenu en fief de Jehan, escuyer, seigneur de Graville à cause de sa terre et seigneurie de Fouchanville ; du fief de Joppelin tenu et mouvant de François Fleury, escuyer, et du fief appelé le fief de la Mothe, tenu et mouvant de Guy de Giresme. A cause desquels trois fiefs il n’avoit droit que de moyenne et basse justice sous le ressort de la prévosté de Montlhéry pour de la dite haute justice ».

 

Le 12 avril 1480, Estienne de Veest, succède à Jehan Haberge. De par Anne Courtois sa femme il obtient la terre et seigneurie de Savigny. Suivent les seigneurs: Charles de Veest, baron de Greiniault, et Savigny ; Antoinette de Clermont, veuve du Charles de Veest ; Jehan de Veest, son fils, écuyer, seigneur de Savigny

 

Erreur, ce château est celui de Savigny-lès-Beaume

 

15 janvier 1520. – « Acte de souffrance requise et demandée par Jehanne de Veest de Montlor, épouse de messire François d’Agoust, chevalier, seigneur et baron de Sault, seigneur et dame de Savigny, au tuteur des enfants mineurs de défunt Claude Barbeau et de Marie Lepicard leur père et mère, seigneur de Villemoisson, de luy porter la foy hommage pour raison du fief de la Motte.

Appartenant de la dite Jehanne de Veest de la succession de Henry de Veest, qui étoit au lieu de Fleury de Veest, qui étoit au lieu de Pierre de Veest, héritier de Jehan de Veest. Laquelle souffrance a été accordée ».

 

6 septembre 1520. – « Foi et hommage, aveu et dénombrement rendu à Henry Barbeau, seigneur de Villemoisson, par Antoinette de Clermont, veuve de Charles de Veest au nom et pour de Jehan de Veest, son fils, escuyer, seigneur de Savigny. Pour raison du fief de la Motte de Savigny, mouvant en plein fief de la seigneurie de Villemoisson.

- « Consistant en un lieu appelé la masure de la Motte, où jadis il y avoit maison forte close de fossés à eau tout à l'entoure avec un arpent et demy de pré. Tenant au grand chemin du Pont à Savigny, devant et l'opposite du jardin du château et maison seigneuriale du dit Savigny; aboutissant à la rivière d'Orge et au chemin de la Franchise. La rivière, fossés, pré et saulsaye des environs du dit lieu, le pressoir, estable, cour et jardin contenant deux arpents et jouxtant au presbytère du dit Savigny et d’un bout sur champ de la foire et marché du dit Savigny. (Place actuelle entre le château et le chemin de fer).

- « 100 sols de menus cens payables au jour Saint-Rémy portant lods, ventes, saisines et amendes quand le cas y échoit sur plusieurs personnes, sur plusieurs héritages tant du dit Savigny que des environ ; 36 sols parisis payables en octave de Pasques et 4 sols parisis de menus cens, payable au jour Saint Jehan-Baptiste à prendre sur plusieurs héritages sçis au dit Savigny et aux environs.

- « Droit de justice foncière, rouage, foirages et justice des meubles et chasteaux sur les dits hôtes et sujets.

-«  Un arpent de pré en la prairie de Villemoisson vers Morsan, (tenant) d’une part à la rivière, d’un bout à damoiselle Marie Destas et d’autre bout aux Franchises de Morsan.

- « Une droiture due sur une masure sçise au village de Morsan qui fut à Jehan Barillet, et depuis au nommé Deschamps à cause de Jehanne Gilbert sa femme; laquelle droiture vaut 1/7e de septier d’avoine, un minot de froment et deux chapons avec 18 deniers d'abreuvage.

- « Une autre droiture sur une masure et jardin sçis au dit lieu de Savigny qui fut à Jehan le Barbier ».

 

         Le 15 janvier 1560, « Jeanne de West Desmouster, épouse de messire François Dagoust, chevalier, seigneur et dame de Savigny a obtenu acte de souffrance pour son hommage, lequel lui a été accordé pour le temps de six mois par le tuteur des enfants mineurs de Claude Barbeau, seigneur de Villemoisson ».

 

Saisie du fief de la Motte. - A la mort de dame Jeanne de Veest de Montlor, « Nul n'est venu depuis vers moy, écrit le seigneur de Villemoisson, ny ses héritiers, ny autres envoyés de par eux pour me faire la foy et hommage. A raison de quoy, il faut faire saisir le dit fief de la Motte et le remettre entre mes mains pour en jouir jusqu'à ce que la foy, hommage et serment de fidélité me soient fait. »

 

Enfin, le 5 février 1674. – « Acte de foy hommage par Henry Ferdinand de la Baume, chevalier de l’ordre du roy, comte de Montrevel, marquis de Saint-Martin de Savigny, à Anne duc de Noailles, seigneur de Sainte-Geneviève-des-Bois, Villemoisson et autres lieux, pour raison du fief de la Motte ».

 

Extrait des « Environs de Paris » (Ed. du Bastion)

 

2. - Le second document émane du terrier de Villemoisson

 

26 juillet 1782 - mars 1786. – « Aveu et dénombrement, foi hommage faits par très haut et très puissant seigneur monseigneur Charles Emmanuel Marie Madelon de Vintimille des comtes de Marseille, marquis du Luc de Vins, des Arts, baron d’Ollioules, Saint-Nazaire, Castelnau des Guers, Laval, Saint-Paul, seigneur haut, moyen et bas justicier des terres et seigneuries de Savigny-sur-Orge, Viry-sur-Orge et du fief et seigneurie de la Motte ; brigadier des armées du roy, colonel, propriétaire du régiment royal Corse, gouverneur des Isles de Porquerolles et Lingoustier, lieutenant du roy en Provence. Demeurant à Paris, rue Saint-Dominique, paroisse Saint-Sulpice étant actuellement au service du roy.

 

« A messire Louis Bénigne François Bertier, chevalier, conseiller du roy en ses conseils, maître des requestes ordinaires de son hôtel, intendant de justice, police et finances de la généralité de Paris, surintendant de la maison de la reine, seigneur de Sainte-Geneviève-des-Bois, Morsan, Villemoisson et autres lieux.

 

« Lequel fief de la Motte consiste :

« 1°) Cinq quartiers de terre, partie de 2 arpents, qui forment l’avant-cour du château de Savigny. Sur lesquels 5 quartiers sont construits un pavillon à deux étages, composé au rez-de-chaussée d’une audience, cabinet à côté, une cuisine y tenant; au premier de deux chambres à feu et cabinet; et au second pareillement deux chambres à feu et cabinet. Plusieurs écuries, granges et pressoir. Et un autre pavillon composé d’une cuisine, salle, cabinet et deux chambres dessus. Avec une porte cochère donnant sur le mail en face du château, étant entre ce dernier pavillon et le pressoir.

Tenant iceux 5 quartiers d’un côté au surplus de l’avant-cour faisant partie du domaine du fief de Savigny, d’autre côté à la rue allant de l’église au mail; d’un bout au pont et fossé du château du seigneur, et d’autre bout au mail en champ de foire. (Espace actuel entre le château et le chemin de fer).

 

Sur cet extrait de plan. En rouge des bâtiments ; à gauche du château l’église. Derrière un parterre. En bas, l’Orge. Dans les près un vague rond marque l’emplacement de la motte seigneuriale de Savigny. On distingue aisément le quadrilatère formé par les rues actuelles : la Grande rue, la rue Charles Rossignol et le prolongement de la rue Chateaubriand (en jaune).

 

« 2°) L’ancien manoir du dit fief, étant à présent en pré, contenant 3 arpents et demy. Tenant d’un côté vers le midy à la rivière d’Orge, d’autre côté et d’un bout au seigneur marquis du Luc pour d’autres prés, et d’autre bout vers l’occident, tant par ses parterres du seigneur que par le pont de son parc ».

 

3°) Deux pièces de terre au chantier du Viel Moustier

 

« Enfin en 8 livres 18 sols 5 deniers de cens portant profit de lods et vente, défauts, saisines et amendes, à prendre et percevoir sur 106 arpents 66 perches, dont un arpent 74 perches ¾ est chargé de 4 livres 13 sols 4 deniers de surcens et rente seigneuriales. Le tout assis aux paroisses de Savigny et Morsan-sur-Orge, et possédé par plusieurs censitaires détaillés au dit aveu. Les sus dites redevances payables chacun an, sçavoir : les cens, le jour de Saint-Rémy et les surcens et rentes au jour de Saint Martin d’hyver.

 

« Sur tous lesquels héritages le seigneur marquis du Luc a droit de justice foncière et de banalité, à pressoir ; où tous les dits censitaires sont obligés de venir pressurer les raisins qui proviennent de leurs vignes et de payer la cinquième partie du vin qui en sort ».

 

Il est fait ensuite une rétrospective des propriétaires du fief.

 

« 1°) Le fief de la Motte fait partie de la terre de Savigny, et appartient au marquis du Luc, fils et unique hoir de très haut et très puissant seigneur Jean-Baptiste Félix Hubert de Vintimille des comtes de Marseille, comte du Luc, lieutenant général des armées du roy.

« 2°) Auquel seigneur il appartenait comme héritier de très haut et très puissant seigneur Gaspard Madelon Hubert de Vintimille son père.

« 3°) Qui était également recueilli de la succession de monseigneur Charles François de Vintimille, chevalier des ordres du roy, son père.

« 4°) Auquel la terre de Savigny et dépendances appartenaient au moyen de la donation qui lui en avait été faite par Jean de Vins, marquis de Vins, suivant son testament du 26 juin 1729.

« 5°) Le marquis de Vins était propriétaire de la terre de Savigny et dépendances savoir : de 3/8e dans les biens nobles et 1/3 et 4/7e dans les biens roturiers, comme héritier de dame Marguerite Dagouts épouse de Hubert de Vins sa bi aïeule qui était héritière pour pareilles parts de Jeanne de Vesc épouse de François Dagouts comte du Sault, sa mère.

« 6°) A laquelle Jeanne de Vesc la totalité de ladite terre de Savigny appartenait comme étant devenue héritière de Fleury de Vesc son frère issu de Jean de Vesc, et celui-ci de Charles de Vesc qui était fils et unique héritier d'Estienne de Vesc et d'Anne Le Courtois, décédé le 13 janvier 1501.

 

« Et les autres portions de ladite terre étant en possession par arrêt du grand conseil du 10 février 1584. Pour jouissances des parts et portions qui lui appartenaient et dont les comtes de la Baume Montrevel ont jouit depuis la mort de Jeanne de Vesc, dont la maison de la Baume Montrevel était également devenue héritière comme issue de Jeanne Dagout, petite fille de Jeanne de Vesc décédée en 1561 ».

 

 

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