Villiers-sur-Orge (1)

 

 

 

 

Villiers serait un dérivé du mot latin villa ou de villaris, lieu habité, soit une ferme, une métairie ou maison de campagne. Le nom d'Orge, ajouté à Villiers, sert à différencier Villiers des autres localités du même nom. Lebeuf, dans son chapitre sur Longpont, précise que Villiers est un hameau plus considérable que bien des villages, puisqu’il renferme 25 feux, suivant les dénombrements de l’élection de Paris, mais c’était au XVIIIe siècle.

         La commune de Villiers prendra naissance seulement en 1792, auparavant elle se trouvait divisée, approximativement, pour les 3/4, rattachée à Longpont, c’est la partie peuplée ; et pour l’autre quart, consistant en des champs, à Epinay. Cette coupure est matérialisée aujourd’hui par la route de chasse.

         Mais cette coupure existait-elle ? Côté Epinay aucune habitation jusqu’au Breuil, à l’opposé le village. Rien ne justifie qu’à l’origine ces deux parties formaient un tout. L’idée de cette fraction peut-être considérée sur la base de la création en 1792 de Villiers. Cependant le plan d’intendance, produit plus loin, montre Villiers dans les proportions actuelles.

 

Les seigneurs de la partie de Villiers dépendante de la seigneurie d’Epinay

         La partie sur Epinay, était comprise dans la communauté du Breuil, laquelle était déjà connue au temps de Charlemagne, pour avoir été un des biens de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. En 1246, son abbé, Hugues d'Issy, décida tout en réservant ses droits temporels et seigneuriaux, d’affranchir les serfs de leurs domaines ; en souvenir un lieudit de Villemoisson, dépendant à l’époque du Breuil, se nomme les Franchises.

         En 1577, nous avons Barnabé Brisson, président des Ligueurs, sa veuve, Denise de Vigny décédée en 1614.

         La seigneurie d’Epinay, appartint ensuite aux seigneurs de Savigny : 1616, François de la Baume de Montrevel ; 1684, Jean de Vins d'Agoult de Montauban ; 1732-1768, Charles François de Vintimille, comte du Luc, héritier de Jean de Vins d'Agoult.

         En 1768, Augustin Henri Cochin est un seigneur d’Epinay. Il édifia le château d'Epinay, de nos jours l'Hôtel de Ville. En 1785 il y avait Gilbert Georges de Montcloux, fermier général du roi. En 1786, il vendit le moulin du Breuil au Bailli de Crussol, déjà propriétaire de la Gilquinière qui, acheté par la ville de Paris, sera le futur site de l’hôpital de Vaucluse.

 

Les seigneurs de Villiers-sur-Orge.

         Jusqu’à la Révolution, Villiers fut vassale de Guillerville seigneurie dominante.

         En 1050, il y avait au Breuil un moulin sous la suzeraineté de Garin de Guillerville.

         M. Bernard Auguin écrit : « Thomas de Châtres (Arpajon) possédait le village de Villiers et certaines redevances au moulin du Breuil. Plus tard, les droits de Thomas furent cédés à Ansold de Villiers, et passèrent au XIIe siècle à son fils Pierre, ce dernier les vendit en 1211 aux Bénédictins de Saint-Germain, pour la somme de 150 livres parisis, leur cédant avec la moitié du moulin du Breuil, le cours d'eau et ses vannages. Il s'engageait, lui et ses héritiers, à ne pas construire d'autre moulin entre Longpont et le Breuil.

         « Il se soumit en outre «avec ses hommes, ses bêtes et les habitants de Villiers,» à la banalité du moulin qu'il cédait ainsi. En même temps, il se réservait «lui et les siens» le privilège de faire moudre ses grains le premier; de surcroît, il avait le droit de prendre chaque année, le jour de la Saint-André, un muid de blé en nature ou en espèces.

         « La vente de Pierre de Villiers fut confirmée par Guillaume de Guillerville et la Mote Pierre, tous les deux suzerains du vendeur ».

         Dans une charte du cartulaire de Notre-Dame de Paris datée mars 1217, Pierre de Villiers est témoin d’une imposition pour l’église de Paris.

         Au XIVe siècle, nous trouvons dame Tiphaine de Villiers, inhumée dans l’église du prieuré de Longpont.

         En 1398, Jean Labbé de Villiers (sous Longpont), chevalier, déclarait à l’Hôtel-Dieu de Paris un fief de sa femme, fille de Jean de Brétigny, un manoir à Liers. En 1406, confirmation de l’Hôtel Dieu, pour un fief de Liers à « Brétigny-Villiers-sous-Longpont. En 1415, pour le même héritage, nous trouvons Guillemette la Morlière, veuve de Jean Desprez, écuyer, seigneur de Villiers-sous-Longpont et de Boissy et Simon la Morlière, chevalier, son frère, aussi seigneur de Villiers et de Morlière.

         En 1454 : Guillaume de Vie rend aveu et dénombrement de Villiers à Jean de Graville ; en 1499 : main levée de la terre de Villiers fut faite à Guillemette de vie, son héritière.

         En 1511: Jean Hennequin, fit le même aveu dénombrement à Louis de Graville.

         En 1586 : Foi et hommage était rendus par Louis de Mornay à Louis le Royer.

         En 1604, Noël de Compans, trésorier général en Picardie, acquéreur de Villiers rendit foi et hommage à Louis Le Royer.

         La famille Lemaître, la même, sans doute, que celle des Lemaître de Bellejame, originaire de Montlhéry, apparaît seigneur dominant de Villiers : en 1619 nous avons une saisie féodale pour défaut d'aveu et dénombrement à l’encontre de Jérôme le Maistre. En 1625 François de Rousselet mari de Louise de Compans, dame de Villiers, fille de Noël de Compans avait fait acte de vassalité à Jérôme Le Maistre.

         En 1634 Antoine d'Aubray, Comte d'Offémont, lieutenant civil à Paris, fit l’acquisition de la seigneurie de Villiers et rendait foi et hommage à Louis Le Maistre, seigneur de Bellejambe, Conseiller d'Etat.

         La Marquise de Brinvilliers, fille d’Antoine, ou Dreux, d’Aubray, par cupidité et avec l'aide de son amant, Jean-Baptiste Gaudin de Sainte-Croix, empoisonna son père en 1666 et ses deux frères en 1670. On trouva chez l’amant des pièces accusatrices. Réfugiée en Belgique, la Brinvilliers fut ramenée à Paris et condamnée à mort en 1676. Une légende l’entourait, on l’accusait avec madame de Montespan qui, pour reconquérir les faveurs de Louis XIV, pratiquaient des messes noires au château de Villebouzin à Longpont

         En 1671, après la mort de son père et de ses deux frères, Thérèse d'Aubray rendit foi et hommage au seigneur de Guillerville ; elle avait une sœur religieuse, Marie d'Aubray.

         Le 24 janvier 1687, le fils aîné de la marquise de Brinvilliers, Claude Antoine Gobelin et son frère Louis vendirent la Seigneurie à Jean Quentin, originaire d'une famille de Bretagne, premier Barbier et Valet de Chambre du Roi Louis XIV, il mourut en 1717. (Ses armes : d'azur à trois pommes de pin de Sinople).

         Son fils, Jean II, lui succéda, il avait pour femme Madeleine Poisson, femme de chambre de madame la duchesse de Bourgogne. Il rendit hommage en 1727 à Henri Louis Le Maistre, comme seigneur de Villiers et baron de Champlost.

         Le fils aîné de Jean II, Louis, militaire de carrière, fut seigneur de Villiers. A sa mort, son frère, successeur, Louis-Philibert, avec Anne-Marie Adrienne de Gueudreville, eurent un fils unique Marie Louis qui épousa Charlotte de Ballainvilliers.

         Le successeur de Marie Louis Quentin, Jean-Philibert, fit don de la terre de Villiers à Louise-Sophie Bourdet, mineure, sa femme (1776). En 1783, ce fut la rupture entre les deux époux, Louise Sophie Bourdet se retirait dans un couvent. « Elle sortait et découchait », un tribunal lui ordonna de retourner au foyer conjugal. En 1786, les époux vendirent la seigneurie de Villiers au baron Charles Bernard de Ballainvilliers, seigneur de Villebouzin, le Mesnil.

 

         Un personnage original – M. Le Livry, de la famille Sanguin, en a été depuis propriétaire de la seigneurie ; après lui, vint l'excentrique Grimod de la Reynière, fils d'un fermier général, un original. Alexandre Laurent Balthazar Grimod de la Reynière naquit à Paris le 20 novembre 1758; sa mère, née de Jarente de Senas, était fille du marquis d'Orgeval, et nièce et petite-nièce des évêques d'Orléans. Grimod vint au monde avec un défaut de conformation aux mains qui l'obligeait de se servir de doigts postiches ; mais il s’en servait avec facilité.

         Destiné à la magistrature, il passa son temps au foyer des spectacles, dans les coulisses, et préféra la société du café du Caveau à la compagnie où l'appelait sa naissance. Fortuné, l'auteur de l'Almanach du Gourmand et de beaucoup d'opuscules, donnait des festins. Il traversa assez paisiblement la Révolution, sous l'Empire, ses publications lui procurèrent l'accès des meilleures tables. Lors du retour des Bourbons, il se retira dans son château de Villiers où il fut conseiller municipal de la commune et y mourut en 1837. En 1816, il avait épousé Adélaïde Feuchère, ancienne actrice du théâtre de Lyon. (Armes : d'azur, à la fasce d'argent, accompagné en chef d'un croissant de même, accolé de deux étoiles d'or; en pointe, un poisson d'argent, sur une rivière de même). La seigneurie passa ensuite à Madame veuve Messener

 

« La Chapelle Villers »

         La seigneurie de Villiers se trouva partagée entre les deux paroisses de Longpont-sur-Orge et Epinay-sur-Orge ; mais comme il ni avait pas de villiérains sur la seconde, on peut dire que Villiers dépendait uniquement de la première. Pourtant il y avait eu jadis une chapelle que son état de vétusté a fait détruire. Construite par un évêque de Nevers, elle fut dédiée à Saint Claude archevêque de Besançon.

         Il est très curieux de trouver sur une carte Cassini du XVIIIe siècle, le nom de la « Chapelle Villers » au lieu de celui de Villiers-sous-Longpont. Nous serions tenté à la vue de cette carte de penser que « Chapelle Villers » fut une ancienne appellation de Villiers, cependant les actes qui précèdent prouvent le contraire.

         Cette appellation apparaît importante à côté de celle de Longpont mentionné seulement que par son abbaye et deux de ses écarts le Ménil et Villebouzin. Il est vrai qu’autrefois la paroisse de Longpont était composée de trois seigneuries : le bourg qui était à l’abbaye, Villebouzin et Lormoy, quoique ces deux dernières aient fusionnées à une certaine période.

 

Extrait de la carte Cassini n°1 (1736)

 

 

         Il y avait à Villiers un couvent de femmes appelé la Mère-Dieu, le bâtiment existe toujours.

 

Les domaines de Villiers.

         Quatre domaines se partageaient la quasi-totalité de Villiers : la Seigneurie, la Maison Rouge, la propriété du général Barrois (la Résidence du Parc), le « château Moderne ».

 

Plan d’intendance de Villiers-sur-Orge (1782) déposé aux archives de l’Essonne. Près de l’Orge la Maison Rouge, en haut la Seigneurie, à droite la « Résidence du Parc ».

 

La seigneurie.

         Grande demeure basse et allongée du XVIIe siècle, portail du XIXe, elle était la résidence des seigneurs de Villiers sous l’ancien régime.

 

 

La Maison Rouge.

         Grande demeure en brique (rouge) et pierre à toit de tuiles XIXe siècle de style Louis XIII.

         Au commencement du dernier XVIIIe siècle, Jean Joseph Nau était qualifié sieur de la Maison Rouge.

         Nous lisons dans « l’Opuscule » de M. Leroi, bibliothécaire de la ville de Versailles, ayant pour titre : Madame du Barry, 1768-1793 (Versailles, 1858) : « Madame du Barry (maîtresse de Louis XV) acheta fort peu de biens pendant sa grandeur. Elle fit l'acquisition d'une maison à Saint-Vrain, près Arpajon, et d'une petite ferme appelée la Maison rouge à Villiers-sur-Orge, près Longjumeau ».

         « On voit par le contrat de mariage de madame du Barry, que sa mère se nommait madame Rançon. Elle avait épousé en 1749 un nommé Rançon, commis aux aides, titre qu'on changea, dans le contrat en celui de comtesse intéressé dans les affaires du roi. On conçoit qu'avec un aussi mince emploi pour toute fortune, M. et Mme Rançon devaient mener une assez triste existence. Dans sa haute position, madame du Barry n'oublia pas sa mère. Elle allait souvent la voir, et elle la mit à même de vivre largement. Quoiqu'elle n'eût ni les manières ni le langage d'une femme de qualité, on ne pouvait cependant continuer de donner ce nom de Rançon à la mère d'une comtesse qui avait l'insigne honneur d'être la maîtresse du roi, et on l'appela Madame de Montrable. C'est pour madame de Montrable que madame du Barry acheta la maison rouge, et cette dame l'habita fort longtemps. »

         Au commencement de l'Empire, la maison appartint au comte Malvalle, en 1808 à Monsieur La Veyssière, en juin 1813 à la famille Gay.

         Sophie Gay, fille de François Michault de la Valette, financier, a daté plusieurs de ses poésies de Villiers-sur-Orge ; Grimod de la Reynière était en commerce de lettres avec cette dame. Sophie affectionnant l’aristocrate, elle eut pour gendre le comte O'Donnell, né dans Maine-et-Loire en 1783, militaire de carrière, puis maître des requêtes au Conseil d'Etat, conseiller à la Cour des Comptes, maire de Villiers de 1820 à 1826.

         Après la famille Gay la propriété appartint à Louis Alexandre Duwicquet, né en 1766, chevalier de Rodelinghen, mort à Villiers en 1836. Les héritiers vendirent la maison Rouge à Monsieur Alquier, ancien agent de change. Puis elle fut acquise par M. Albert Paillard qui fut maire de Villiers.

 

 

La propriété du général Barrois.

         Elle renfermait dans son enclos, des eaux, il y avait l'emplacement d'une ancienne chapelle. Propriété de Jean-Jacques Lemaitre au début du XVIIe siècle et du Comte de Baglioni, envoyé extraordinaire de Mantoue sous le règne de Louis XIV, du peintre Jean-Baptiste Huet (1745-1811) qui la vendit en 1807 au Général Barrois comte de l'empire. Né à Ligny-en-Barrois (Meuse) le 30 octobre 1774, ce général fit toutes les guerres de la Révolution et de l'Empire, il fut blessé à Waterloo. Général de division, Grand croix de l'Ordre de la Légion d'Honneur, chevalier de la couronne de fer d'Italie, il mourut à Villiers-sur-Orge, le 19 octobre 1860 à l'age de 87 ans. Il fut conseiller municipal de la commune. Sa femme Adélaïde Jeanne Victoire Levesque de Vilmorin, mourut à Villiers la même année le 26 décembre à l'age de 87.

         Leur fille Blanche Adélaïde Barrois, avait épousé le général de division Benjamin Pierre Perrot, ancien commandant supérieur des Gardes Nationales de la Seine, ancien député au Corps législatif, décédé à Villiers le 19 octobre 1865, il avait fait la campagne de Russie sous Napoléon 1er, fut aide de camp du Maréchal Jourdan. Participa à l'expédition d'Alger en 1830.

         Adélaïde Blanche Mathilde Perrot, héritière, épousa le baron Henri Marie Lacour, colonel de cuirassiers, né à Arras le 14 août 1814, décédé aussi à Villiers-sur-Orge le 21 mars 1895. Il exécuta la charge héroïque de Reishoffen où il eut plusieurs chevaux tués sous lui, fut fait prisonnier à Sedan et emmené en captivité en Allemagne.

 

Aquarelle de l’arrière petite fille du général Barrois

 

Le « château Moderne ».

         A l'emplacement de la mairie existait une résidence ayant appartenue aux Decosnat (1732), Devaudy (1734-1757) Ecosse (1758-1800) et Letellier (1800-1808), au docteur Joseph Ignace Guillotin, auquel on doit la triste guillotine.

         La construction actuelle, qui est la mairie, date de 1905. Les deux ailes ont été ajoutées en 1923 par André Terrail.

 

 

         (1) Histoire, archéologie, biographie du canton de Longjumeau par M. Pinard (1864) ; Monographie de M. l’Instituteur (1899) ; Villiers-sur-Orge traverse l’histoire de Bernard Auguin éditions du Soleil Natal (1987); Villiers-sur-Orge : 100 ans d’histoire (1900-1999) de Jean-Pierre Kolasinski pour l’iconographie

 

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