Villemoisson et

l’Asile de Vaucluse (1)

 

 

 

 

 

         En 1863, le département de la Seine se rend acquéreur du domaine de Vaucluse autrefois appelé la Gilquinière. On y construit un asile d'aliénés qu’on inaugure le 23 janvier 1869. Cette colonie crée « pour le traitement et l’éducation des enfants dont l’intelligence est peu développée ou atteinte d’idiotisme », prend une certaine importance, et fait qu’il faut créer une station de chemin de fer entre Epinay et Saint-Michel-sur-Orge qui prend le nom de Perray-Vaucluse à Sainte-Geneviève-des-Bois. La Construction de cet asile pour aliénés n’a pas été réalisée sans méfiance et même sans opposition de la part des habitants des communes voisines. Il faut savoir, que compte tenu « du bon air de la région », il avait été question de l’établissement d’un sanatorium.

 

Vue prise du futur parking S.N.C.F

 

         Pendant la guerre de 1870, les malades furent augmentés de ceux de Ville-Evrard. L’ennemi vainqueur, un détachement de hussards du 4e régiment de Silésie occupa le Breuil. Pour se préserver une neutralité il fut arboré le drapeau de Croix Rouge et 12 lits furent mis à la disposition de cet organisme. A l’entrée de l’asile se lisait sur une pancarte : « Asile d’aliénés et ambulance ». Cependant, le docteur Billot obtenait du prince royal le retrait des soldats allemands et la libre circulation pour l’achat de vivres. L’asile devenait une enclave en territoire occupé ; des habitants venaient remettre au directeur des biens précieux pour les soustraire aux rapts de l’occupant.

 

         L’asile de Vaucluse s’étendant de part et d’autre de la rivière l’Orge, sert de limite aux communes riveraines, Sainte-Geneviève-des-Bois et Epinay-sur-Orge, considèrent cet établissement comme faisant partie de leur histoire locale.

 

Le site de l’Hôpital de Vaucluse vu de satellite (Internet). Depuis le haut, nous pouvons suivre l’Orge. A gauche Epinay, à droite Sainte-Geneviève-des-Bois. A la pointe, à droite, le bois est la Garenne de Villemoisson, ce bois se prolonge vers le bas sur Sainte-Geneviève. Il est la propriété de Vaucluse. Une partie aujourd’hui est rétrocédée à Villemoisson. En bas la « Ferme » donnant sur la route de Longpont, puis, derrière et en remontant est la prairie. Dans la partie le long du chemin de fer est une demi-douzaine de bâtiments récemment construits. A gauche, depuis le lac au Breuil, suit un bois au bout duquel sont les bâtiments administratifs.

 

Villemoisson ne veut pas d’une cure partagée avec les « idiots ».

11 février 1877. - Il est donné connaissance d'une lettre de M. de Verdières, père, dans laquelle son intention est de faire don du presbytère à l'évêché pour l'usage d'un prêtre que Monseigneur serait à la veille de nommer à Villemoisson. Cet arrangement comporterait la séparation de Villemoisson et de Morsang pour le service religieux qui se fait pour les deux communes par le même prêtre depuis plus de cinquante ans. Monsieur le maire précise que M. de Verdières l'informe qu'en échange de l'abandon de Morsang, le département de la Seine donnerait au nouveau titulaire le soin de la colonie des « idiots » de l'asile de Vaucluse ».

Le conseil municipal, en présence de cette question décidait que la lettre suivante serait adressée à Mr. le préfet :

« Monsieur, - Les communes de Villemoisson et de Morsang, séparées par une distance de quelques centaines de mètres, ont de temps immémorial été réunies pour le service religieux. Notre curé, à le titre de curé de Morsang et de Villemoisson. Nos deux communes sont pauvres; elles ne comptent ensemble qu'environ 850 habitants, et suffisent à peine à elles deux aux besoins du prêtre desservant. Morsang à un assez beau presbytère et un grand jardin attenant à l'église. Villemoisson, desservi par Morsang, n'a pas de presbytère et n'en a pas besoin dans l'état actuel des choses. Cependant, l'établissement d'un presbytère à Villemoisson, et l'érection de cette petite commune en succursale, sont demandés à l'archevêché, et, à l'appui de cette demande, mademoiselle de Verdières offre de faire don à l'évêché d'une maison située à Villemoisson, à destination de presbytère.

« Le conseil municipal de Villemoisson préoccupé des conséquences d'un pareil changement a mûrement examiné cette importante question et a décidé qu'il était urgent de vous faire connaître son avis, avant que monseigneur l'évêque de Versailles ait nommé un titulaire à Villemoisson.

« L'une des observations que le conseil croit devoir, tout d'abord, vous soumettre, et dont vous comprendrez toute la gravité, c'est qu'en séparant Morsang de Villemoisson, on est obligé pour faire vivre le nouveau curé, de lui imposer le service religieux de l'asile des idiots dépendants du domaine de Vaucluse. Lequel a été distrait du département de Seine-et-Oise par la loi du 14 août 1874, et jouit, au milieu de nos villages, de son autonomie administrative, comme partie du département de la Seine. Le conseil municipal de Villemoisson sait bien que le département de la Seine accordera au nouveau desservant une indemnité de 900 francs, peut-être de 1000 francs, mais cette indemnité ne compensera pas sa peine; il sera beaucoup plus occupé à Vaucluse qu'à Villemoisson. D'ailleurs la colonie des idiots est séparée de notre église par une distance deux ou trois fois plus considérable que la distance de Villemoisson à Morsang; enfin la colonie des idiots est située sur le territoire de Sainte-Geneviève-des-Bois et non sur celui de Villemoisson.

« L'asile départemental de la Seine, relevant d'une administration indépendante de celle du département de Seine-et-Oise, le conseil craint, avec raison, qu'il n'y ait là une cause de conflits, qu'il sera toujours difficile, souvent impossible d'apaiser dans une situation aussi complexe. Le conseil ne peut comprendre pourquoi on nous séparerait de Morsang, et il ne comprend pas davantage notre alliance avec Vaucluse, car le département de la Seine peut d'un moment à l'autre changer d'avis, faire d'autres arrangements, rompre ses engagements avec nous et nous abandonner en nous laissant, commune de 300 et quelques habitants, la charge d'une cure que nous n'aurions acceptée étant matériellement impossible de l’entretenir à nous seuls. Ce point est très grave pour notre commune dont le conseil municipal ne veut en aucune façon engager l'avenir inconsidérément.

« Enfin, même au point de vue du service religieux, les occupations du curé de Villemoisson, dans la colonie de Vaucluse, l'obligerait constamment à ce tenir loin de notre village, surtout à cause de la distance. Et encore, il n'y a pas de diffusion possible entre ces pauvres enfants idiots et les enfants de Villemoisson; tandis qu'avec nos arrangements actuels, M. le curé de Morsang et de Villemoisson peut réunir les enfants des deux villages avec leurs parents, et, dans bien des circonstances, donner au culte une plus grande solennité. En nous adjoignant Vaucluse, rien de pareil n’est possible; nous restons forcément isolés dans tous les cas et de toutes manières.

« Le conseil municipal de Villemoisson vous prie, Mr. le préfet, de vouloir bien prendre en sérieuse considération les observations qu'il a l'honneur de vous soumettre, et d'être son interprète auprès de monseigneur l’évêque de Versailles pour ajourner l’exécution d’une mesure dont les résultats seraient certainement opposés à ceux que désirent obtenir les honorables donateurs d'un presbytère ».

Villemoisson a eu gain de cause, il ni a pas eu de paroisse Vaucluse-Villemoisson.

 

L’asile de Vaucluse pollue l’Orge

17 février 1882, lettre du département de la Seine au préfet du département de Seine-et-Oise. - « Je viens vous demander au nom du département de la Seine, propriétaire du moulin de Villemoisson-sur-Orge la permission de modifier les conditions de retenue du bras de la rivière d'Orge, moteur du dit moulin, au déversoir d'amont existant à 33 mètres de la roue hydraulique, en abaissant le niveau du seuil du dit déversoir jusqu'à 0,40 m en contrebas du niveau actuel, et modifiant parallèlement la hauteur des deux vannes contiguës au droit de la roue hydraulique. Permission de porter la largeur de dégagement du déversoir, après le seuil abaissé, jusqu'à 7 mètres au lieu de 4 mètres actuels ».

Cette demande d'autorisation de baisser le barrage du moulin de Villemoisson est en fait pour éviter l'inondation quasi permanente de la prairie de Vaucluse.

 

Le 2 juillet 1882, Villemoisson fait faire une enquête, il ressort :

1°) Cet abaissement de niveau d'eau serait la ruine complète des lavoirs et abreuvoirs de la commune, dont l'un serait à sec.

2°) La commune manque d'eau, pendant l'été, les habitants sont dans la nécessité d'aller s'approvisionner à la rivière, soit avec des tonneaux, soit avec des seaux tant pour l'usage journalier que pour l'abreuvoir des bestiaux. Il y a une proposition à l'étude pour établir une pompe sur la place centrale du village au moyen d'une prise d'eau dans l'Orge, ce projet deviendrait alors irréalisable.

3°) L'abaissement du niveau d'eau et la mise à nu d'un sol vaseux porteraient atteinte à la salubrité de nos villages. Déjà, dans l'état actuel des choses, les eaux vannes de l'asile de Vaucluse tombent dans une « boèle » qui les déverse dans l'Orge, rendant les eaux très impures et donnant naissance à des émanations putrides qui se font sentir à Villemoisson. Si le niveau de l'eau est abaissé il ne restera plus qu'un mince filet qui alors sera complètement empoisonné.

4°) Cet abaissement pour améliorer la situation du moulin du Breuil appartenant à Vaucluse, provoquerait une diminution de 5600 m3 d'eau à celui de Villemoisson, mais comme le moulin de Villemoisson appartient aussi au département de la Seine, la raison exposée est sans fondement est fallacieuse.

Il est fait observer qu'au su de toute la population de nos villages (avec Epinay) le département de la Seine a fait l'acquisition du moulin de Villemoisson pour avoir à sa disposition un moyen d'assainir la prairie de l'asile de Vaucluse. Le meilleur moyen serait d'abaisser le niveau d'eau en amont du moulin du Breuil, à l'endroit où cette partie de la rivière est à 1,50 m au-dessous du niveau de la prairie ; que d'ailleurs on peut obtenir un même résultat par un système de drainage sans baisser la rivière.

Mais qu'en maintenant l'Orge au-dessous du moulin du Breuil, le département de la Seine conserve un réservoir d'eau très poissonneux, lequel réservoir est en même temps un embellissement de sa propriété.

La mise à sec des bords de la rivière serait extrêmement dangereuse pour la santé des habitants surtout par suite de l'écoulement des immondices et déjections de l'asile de Vaucluse, et par de plus fréquentes inondations, conséquence du rétrécissement de la rivière.

Pour toutes ces raisons, le conseil municipal de Villemoisson proteste d'une façon véhémente et à l'unanimité. Que si, contre toute attente, M. le préfet croit devoir acquiescer à la demande du département de la Seine, le conseil le prie du moins de n'y consentir que sous la réserve expresse des droits des tiers. Parce qu’il est résolu à solliciter l'autorisation de les faire valoir en justice et à demander devant les tribunaux civiles compétents la suppression de la réalisation, ainsi que le droit nous en est reconnu par une jurisprudence constante, consacrée notamment par un arrêt de la Cour de cassation du 14 mars 1870.

 

Vu du pont du Breuil, perspective d’une parie des terres du Breui

 

Les raisons pour lesquelles le département de la Seine a acheté le moulin de Villemoisson.

Le 14 août 1882. M. le maire de Villemoisson écrit au préfet de Seine-et-Oise.

Il a été procédé à une enquête dirigée par M. l'ingénieur des Ponts et Chaussées de Seine-Oise sur la demande du département de la Seine, propriétaire de l'asile de Vaucluse. Le procès-verbal de cette enquête contient les motifs d'opposition présentés par les communes de Villemoisson, d'Epinay et de Morsang, néanmoins je regarde comme un devoir d'insister auprès de l'administration sur certains points qui ressortent plus spécialement de cette enquête…

Il y a plusieurs années, l’asile avait commencé l'écoulement dans l'Orge ses eaux sales et les habitants durent renoncer aux eaux infectées de la rivière. L’asile avait entrepris des travaux importants en creusant canal où ses eaux sales étaient déversées, espérant faire profiter à la culture maraîchère les détritus et les eaux sales. Mais le terrain de Vaucluse est glaiseux; c'est alors que le département de la Seine imagina l'abaissement de la rivière, sans se soucier des droits des communes et sans s'éclairer préalablement par une enquête publique, il fit l'acquisition du moulin de Villemoisson.

Après enquête, l’architecte de Vaucluse, reconnaît formellement qu'une partie des eaux sales de l'asile, tout en cherchant à en atténuer le volume, s'écoulent dans la rivière. L'eau de la rivière d'Orge est de première nécessité pour les habitants de Villemoisson et d'Epinay, où les puits quoique très profonds manquent souvent d'eau. Il en résulte la nécessité de prendre dans la rivière l'eau nécessaire aux usages journaliers et notamment pour la fabrication du pain, pour laquelle on ne devrait jamais employer une eau infecte. On a pu voir les tonneaux des boulangers faisant leur provision d'eau dans la rivière.

         Nous avons appris qu'il y a quelque temps, une usine appartenant à M. Darblay et dont les eaux sales s'écoulaient dans la rivière d'Essonne, avait motivé une poursuite, laquelle n'a été écartée que parce que M. Darblay aurait employé des moyens chimiques qui ont épuré les eaux de son usine. Pourquoi le département de la Seine n'a-t-il pas recoure à de semblables moyens ? C'est sans doute parce qu'il a fait l'acquisition du moulin de Villemoisson et qu'il s'est engagé là dans une dépense difficile à comprendre. Si le département avait recours pour l'épuration de ses eaux sales, à des moyens chimiques quelconques, l'acquisition du moulin de Villemoisson n'aurait plus de raison d'être…

 

L’Orge au Breuil, au fond les terres de Vaucluses

 

Où la commune de Villemoisson craint pour son « usine » du moulin.

Dix ans après, l’administration se réveille. 1893 :

24 septembre. – Il est fait un compte rendu relatif à l'enquête prescrite par l'administration pour la suppression complète du barrage du moulin de Villemoisson. Il résulterait de ces premiers renseignements encore incomplets que le projet différerait essentiellement du projet déjà présenté en 1882 ou il s’agissait que de baisser de 0,40 m le barrage du moulin de Villemoisson, mais de la suppression complète de ce barrage. Le résultat de ce projet donnerait un abaissement d'eau tel que ce serait la suppression complète de la rivière qui deviendrait un ruisseau agrémenté de flaques d'eau dans les bas-fonds.

12 octobre. – Pour le conseil municipal, attendu que le projet dont il s’agit tendant à la suppression du barrage de Villemoisson dans le but de supprimer les inondations des prairies de Vaucluse, d'améliorer les terres et de garantir des épidémies résultant des inondations.

Considérant que la suppression du barrage de Villemoisson et toutes les vannes, de tous les autres barrages étant levées, ceci fera qu'accélérer l'évacuation des eaux, réduisant ainsi l’Orge et pénalisera les utilisateurs de ses eaux. Que la question d'hygiène doit être écartée : les déclarations des docteurs sont formelles à cet égard; il est de notoriété publique que notre climat est très sain malgré les inondations périodiques de notre rivière qui ne laissent jamais séjourner les eaux stagnantes.

S'oppose énergiquement à la réalisation du projet de l'asile de Vaucluse. Prie M. le préfet de bien vouloir défendre nos intérêts prés de Mr. le Préfet de la Seine en s'opposant à l'exécution de son projet.

12 août 1894. - La question de la suppression du barrage du moulin de Villemoisson serait préjudiciable aux deux communes intéressées Epinay et Villemoisson. M. le Préfet de Seine-et-Oise, tenant compte de l'avis du conseil général de ce département a demandé à l'administration du département de la Seine d'étudier le moyen qui consisterait à abaisser le plan d'eau de la rivière à Vaucluse sans toucher au barrage de « l'usine » de Villemoisson.

Le service de l'assainissement a dressé un projet de dérivation de la Boële et du canal de Vaucluse, mais il aurait été reconnu que ce système ne donnerait qu'un résultat à peu prés négatif et qu'il entraînerait une dépense quatre fois plus considérable que l'abaissement pur et simple du déversoir de l'usine. M. le Préfet de la Seine ajoute qu'il se trouve par suite dans l'obligation de s'en tenir de l'abaissement des eaux. Il assure toutefois que pour obtenir l'assainissement des prairies, il ne sera pas nécessaire de descendre au fond et que le dérasement du déversoir et des vannes, tel qu'il sera exécuté, laissera encore dans la rivière une quantité d'eau très suffisante.

Une nouvelle étude est exécutée, il résulte que le département de la Seine a un besoin impérieux d'abaisser maintenant le plan d'eau de la rivière au droit de sa prairie de 0,20 à 0,25 m et pour arriver à un résultat. Non en détruisant complètement le barrage, mais en le dérasant d'une quantité suffisante et promettant de rétablir les lavoirs publics, les abreuvoirs, les berges qui auraient à souffrir de ce travail, et en donnant la même profondeur d'eau avec le même débit. Un moyen bien simple se présente à l'esprit pour résoudre ce problème : c'est de baisser le lit inférieur de la rivière dans toute son étendue d'une quantité égale à l'abaissement du plan d'eau que l'on veut obtenir.

Le conseil municipal de Villemoisson temporise, l'administration de la Seine manifeste des sentiments de conciliation, il y a lieu d'établir un contrat entre les communes et les propriétaires intéressés d'une part et le Préfet de la Seine de l'autre, il sera toujours temps d'entamer un procès.

M. Hammel fait ressortir le danger pour la commune de se laisser entraîner dans un procès dont la solution est incertaine. Il s'agit là de questions très délicates et, quoique ancien avocat, il n'oserait affirmer que la solution tourne à notre profit : il ajoute que si nous succombions ce serait une ruine pour la commune.

 

Partie de la prairie de Vaucluse s’arrêtant au bois de la Garenne

 

Qui va payer ? Vers un compromis amiable

Mr. Caillette, maire de Villemoisson écrit à Mr. Sabatier, avocat à la cour de cassation, pour avoir son avis sur l'issue d'un procès éventuel avec le département de la Seine.

« … Les commune de Villemoisson et d'Epinay sont actuellement menacées de se voir supprimer la rivière d'Orge par le département de la Seine qui a le projet de détruire le barrage du moulin de Villemoisson pour obtenir dans la prairie de l'asile de Vaucluse dont il est propriétaire un abaissement de plan d'eau qui lui est indispensable pour l'épandage de ses eaux ménagères en rendant plus absorbantes les terres de ses prairies.

« Déjà en 1880 le département de la Seine s'était rendu acquéreur du moulin pour être maître de la situation. A cette époque on demandait un abaissement du barrage de 0,40 m, mais en présence de l'hostilité des habitants des deux communes qui menaçaient de jeter à l'eau les ingénieurs, le département de la Seine a mis de côté son projet. Cet arrêt n'était que momentané, En 1893, il reprit la question en demandant cette fois la suppression complète du barrage, c'est-à-dire un abaissement de 1,10 m. Ce serait la suppression complète de la rivière.

« Le conseil général de Seine-et-Oise qui fut saisi de l'affaire, nomma une commission, fit une enquête sur place et joignit sa protestation à la nôtre. Le directeur des affaires départementales de la Seine, nous observa qu'il était dans son droit de demander et d'exécuter la suppression du barrage; qu'il était dans la situation de tout propriétaire possédant un moulin, et rendrait ainsi la rivière à son état naturel. Il fut répondu qu'il s'agissait là d'un cours non navigable, ni flottable, que le barrage datait d'un temps immémorial…

« L'administration fit faire de nouvelles études, une détente se produisit, des visites contradictoires sur place permirent de discuter ce projet. L'ingénieur chargé des études déclara alors qu'un abaissement de 0,25m au droit de la prairie de Vaucluse lui serait suffisant et que pour arriver à ce résultat, il lui faudrait un abaissement moyen de la rivière de 0,40 m qui correspond à un dérasement de 0,70 à 0,80 m du barrage. Que l'administration était disposée à ne causer aucun préjudice aux communes et aux riverains, qu'elle rétablirait les lavoirs et ferait toutes les réparations qui seraient la conséquence de ce travail. C'était un appel à la conciliation… »

Il fut répondu à l’administration que ses dispositions étaient intéressantes, mais c’était une question de dépense sur laquelle le département de la Seine ne devait pas hésiter puisqu'il est de son intérêt personnel, qu'à la rigueur pour répondre aux difficultés qui pourraient se présenter dans l'exécution, il était admis un abaissement maximum de 0,40 m à la condition que par un abaissement suffisant du fond nous ayons la même hauteur d'eau et que tous nos lavoirs et abreuvoirs seraient rétablis.

Si l'administration acceptait cette convention amiable, M. le maire engagerait d'user de son influence prés du conseil municipal et des propriétaires riverains pour les engager de leur côté à l'accepter et à éviter par là un procès.

 

Perspective de la prairie de Vaucluse, d’une partie de l’Orge. Vue prise à la hauteur des dernières maisons de Villemoisson

 

Réponse de Mr. Sabatier (6 septembre 1894). – « Le département de la Seine ne peut faire ses travaux au détriment des tiers si la suppression du barrage porte atteinte à des droits acquis. Il s'agit de savoir s'il y a des droits acquis et au profit de qui.

« Cependant, il est probable que la retenue de Villemoisson n'a pas été établie dans l'intérêt exclusif de l'usinier. Lorsque le régime actuel des eaux de l'Orge a été organisé au XVIIIe ou XIXe siècle, deux intérêts étaient là, comme partout, en présence ; les usiniers qui voulaient utiliser les forces motrices et les propriétaires riverains qui voulaient irriguer leurs prairies. Les retenues et barrages ont dû être établis dans l'intérêt des uns et des autres. Il doit y avoir des ordonnances réglementaires qui ont, dans le cours de ce siècle, consacré et perfectionné le régime.

« Je conclue de là que tout dommage causé aux propriétés riveraines par la suppression de la retenue doit donner lieu à des dommages intérêts. Mais je comprends qu'il n'y a pas que les propriétés riveraines qui peuvent éprouver un préjudice. Les habitants en général, souffriront certainement de la suppression du barrage, s'il a pour conséquence la suppression de la rivière.

« Si les communautés riveraines, comme la commune de Villemoisson, ont établie des lavoirs ou des abreuvoirs, que la suppression du barrage aurait pour effet d’inutilité, les établissements pourraient être considérés comme ayant droit acquis à la jouissance des eaux de la retenue, à la condition, bien entendu, d'avoir une existence plus que trentenaire et la suppression du barrage ne pourrait avoir lieu sans une indemnité…

« … Il me semble que j'aimerais mieux une transaction avec le département de la Seine, pour peu qu'elle fut acceptable; la partie entre vous et le département de la Seine n'étant pas égale ».

 

10 juillet 1895. – Pour l'exécution de ses travaux d'assainissement de la prairie de Vaucluse, le département de la Seine a le vif désir de n'apporter aucun trouble aux droits qui peuvent être acquis par les communes ou les tiers riverains de la rivière d'Orge et de n'apporter aucune modification au régime des eaux, que dans la mesure absolument indispensable pour assurer leur écoulement naturel au barrage de Villemoisson.

En l'état actuel, les profondeurs d'eau varient de 0,68 à 1,42 m, les études poursuivies jusqu'à ce jour reconnaissent la nécessité d'abaisser le déversoir du moulin de Villemoisson d'une hauteur variant de 40 à 50 cm au maximum. Le département de la Seine entreprendra un dragage à vif du fond de tout le lit de la rivière, depuis le pont des Franchises jusqu'au déversoir du moulin, pour qu'après l'abaissement de ce déversoir d'une hauteur qui ne pourra excéder 50 cm.

Le département de la Seine s'engage expressément à prendre exclusivement à sa charge tous les travaux utiles pour la réparation et la conservation des berges, de même que tous les frais de rétablissement, dans des conditions au moins égales à celles actuelles des lavoirs et abreuvoirs publics ou particuliers et que le nouvel état n'entraîne pas la commune et les riverains à des frais plus considérables de curage, lesquels frais seraient à la charge du département de la Seine. Dans la bonne exécution de ces travaux, l’administration compte sur le concours des riverains pour faciliter un curage à sec et l'autorisation de déposer momentanément les produits de ce curage sur les terres basses riveraines

Mais tout n’est pas pour le mieux.

16 février 1896. Le conseil, considérant que par ses travaux de curage à vif de la rivière d'Orge en 1895, et pour son utilité personnelle, la ville de Paris à complètement dépeuplé la rivière du moulin de Villemoisson à l'asile de Vaucluse ; ce qui porte un grave préjudice aux riverains et aux habitants ; le conseil prie M. le Préfet de Seine-et-Oise de solliciter de M. le préfet de la Seine le repeuplement de la rivière dans la partie désignée ci-dessus.

M. le maire de Villemoisson expose que la ville de Paris a complètement encombré l'abreuvoir de Villemoisson par les vases qu'elle a retirées de la rivière en 1895, ce qui rend cet abreuvoir impraticable aux bestiaux; et, s'il survenait un orage, une grande partie de ces vases retourneraient à la rivière. Le conseil, en outre, ayant déjà reçu de nombreuses plaintes des habitants par suite de cet encombrement, prie Mr. le Préfet de Seine-et-Oise de vouloir bien insister auprès de Mr. le Préfet de la Seine pour l'enlèvement immédiat de ces vases.

 

Vaucluse encore pollueur.

         Si Vaucluse a obtenu gain cause pour remédier aux inondations de ses prairie, cet hôpital ne se gène pas pour se débarrasser de ses déchets.

         Ainsi en 1955, nous relevons sur le registre municipal de Villemoisson :

         « A une époque où l’hygiène est imposée à juste raison dans les milieux, où on exige des particuliers des installations rigoureusement sanitaires, une administration, en occurrence le département de la Seine en son domaine de l’hôpital de Vaucluse, dont le siège est à Epinay, continue depuis des décades, sans être inquiétée, à empoisonner, polluer la rivière en y déversant toutes ses eaux usées. Cette situation déjà navrante quand l’établissement ne comprenait que quelques centaines de personnes est devenue un défi à la santé publique de la part d’un hôpital renfermant plusieurs milliers de malades sans compter le personnel logé. Le Conseil proteste donc énergiquement contre la carence de la préfecture de la Seine, demande au préfet de Seine-et-Oise et au directeur de la Santé publique de Seine-et-Oise : 1°) De prescrire toutes enquêtes nécessaires pour que soit respecté le règlement sanitaire départemental dans un délais le plus bref. 2°) D’exiger du département de la Seine tous travaux nécessaires pour faire cesser cet état de chose.

         Les registres ne révèlent pas de suite à ses réclamations.

 

 

         Autre protestation. – Vaucluse possède à Villemoisson les bois de la Garenne situés de part et d’autre du chemin de fer.

         Le 27 mai 1964, toujours sur les registres municipaux on relève cette protestation. « Le Conseil municipal constatant qu’il est de notoriété publique que l’administration de l’hôpital de Vaucluse fait des dépôts d’ordures non réglementaires, sans aucune déclarations, dans des carrières à ciel ouvert abandonnées, situées dans des bois appartenant au département de la Seine, sur le territoire de Villemoisson au lieudit « La Garenne », cadastré AL n°5 et en pleine agglomération, à moins de 50 mètres des habitations. Que ces dépôts, étant constitués en grande majorité de détritus de cuisine, boucherie, poissons, charcuterie, sont un lieu de prédilection pour les rats qui se propagent de plus en plus et envahissent les habitations du pays. Que ces dépôts sont souvent en feu, feux difficile à éteindre et qui, couvant des semaines, dégagent une fumée malodorante infestant tout le quartier. Que les plaintes adressées jusqu’à ce jour à l’hôpital soit par la maire, soit par les habitants n’ont pas modifier la situation. Que cet état de chose est en contravention formelle avec le règlement sanitaire départemental et l’arrêté permanent du maire concernant les dépôts clandestins.

         Demande : la suppression immédiate de ces dépôts d’ordures ; une dératisation sans délai à la diligence et aux frais de l’hôpital de Vaucluse et poursuivie jusqu’à la destruction complète des rongeurs ; l’intervention de M. le directeur départemental de la santé pour obtenir satisfaction.

         Les registres ne révèlent pas de suite à ses réclamations, ou si satisfaction a été obtenue.

 

Trou de carrière abandonné dans la garenne

 

         (1) Registres des délibérations de Villemoisson ; « Epinay-sur-Orge, il était une fois » réalisé par l’Association Epinay Accueil.

 

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