Villemoisson et
l’Asile de Vaucluse (1)
En 1863, le département de la Seine se rend acquéreur du
domaine de Vaucluse autrefois appelé la Gilquinière. On y construit un asile
d'aliénés qu’on inaugure le 23 janvier 1869. Cette colonie crée « pour le
traitement et l’éducation des enfants dont l’intelligence est peu développée ou
atteinte d’idiotisme », prend une certaine importance, et fait qu’il faut
créer une station de chemin de fer entre Epinay et Saint-Michel-sur-Orge qui
prend le nom de Perray-Vaucluse à Sainte-Geneviève-des-Bois. La Construction de
cet asile pour aliénés n’a pas été réalisée sans méfiance et même sans
opposition de la part des habitants des communes voisines. Il faut savoir, que
compte tenu « du bon air de la région », il avait été question de
l’établissement d’un sanatorium.

Vue prise du futur parking S.N.C.F
Pendant la guerre de 1870, les malades furent augmentés de
ceux de Ville-Evrard. L’ennemi vainqueur, un détachement de hussards du 4e
régiment de Silésie occupa le Breuil. Pour se préserver une neutralité il fut
arboré le drapeau de Croix Rouge et 12 lits furent mis à la disposition de cet
organisme. A l’entrée de l’asile se lisait sur une pancarte : « Asile
d’aliénés et ambulance ». Cependant, le docteur Billot obtenait du prince
royal le retrait des soldats allemands et la libre circulation pour l’achat de
vivres. L’asile devenait une enclave en territoire occupé ; des habitants
venaient remettre au directeur des biens précieux pour les soustraire aux rapts
de l’occupant.
L’asile de Vaucluse s’étendant de part et d’autre de la
rivière l’Orge, sert de limite aux communes riveraines,
Sainte-Geneviève-des-Bois et Epinay-sur-Orge, considèrent cet établissement
comme faisant partie de leur histoire locale.

Le site de l’Hôpital de Vaucluse vu de satellite (Internet). Depuis le haut, nous pouvons suivre l’Orge. A gauche Epinay, à droite Sainte-Geneviève-des-Bois. A la pointe, à droite, le bois est la Garenne de Villemoisson, ce bois se prolonge vers le bas sur Sainte-Geneviève. Il est la propriété de Vaucluse. Une partie aujourd’hui est rétrocédée à Villemoisson. En bas la « Ferme » donnant sur la route de Longpont, puis, derrière et en remontant est la prairie. Dans la partie le long du chemin de fer est une demi-douzaine de bâtiments récemment construits. A gauche, depuis le lac au Breuil, suit un bois au bout duquel sont les bâtiments administratifs.
Villemoisson ne veut pas d’une cure partagée avec les
« idiots ».
11
février 1877. - Il est donné connaissance d'une lettre de M. de Verdières,
père, dans laquelle son intention est de faire don du presbytère à l'évêché
pour l'usage d'un prêtre que Monseigneur serait à la veille de nommer à
Villemoisson. Cet arrangement comporterait la séparation de Villemoisson et de
Morsang pour le service religieux qui se fait pour les deux communes par le
même prêtre depuis plus de cinquante ans. Monsieur le maire précise que M. de
Verdières l'informe qu'en échange de l'abandon de Morsang, le département de la
Seine donnerait au nouveau titulaire le soin de la colonie des
« idiots » de l'asile de Vaucluse ».
Le
conseil municipal, en présence de cette question décidait que la lettre
suivante serait adressée à Mr. le préfet :
« Monsieur,
- Les communes de Villemoisson et de Morsang, séparées par une distance de
quelques centaines de mètres, ont de temps immémorial été réunies pour le
service religieux. Notre curé, à le titre de curé de Morsang et de
Villemoisson. Nos deux communes sont pauvres; elles ne comptent ensemble
qu'environ 850 habitants, et suffisent à peine à elles deux aux besoins du
prêtre desservant. Morsang à un assez beau presbytère et un grand jardin
attenant à l'église. Villemoisson, desservi par Morsang, n'a pas de presbytère
et n'en a pas besoin dans l'état actuel des choses. Cependant, l'établissement
d'un presbytère à Villemoisson, et l'érection de cette petite commune en
succursale, sont demandés à l'archevêché, et, à l'appui de cette demande,
mademoiselle de Verdières offre de faire don à l'évêché d'une maison située à
Villemoisson, à destination de presbytère.
« Le
conseil municipal de Villemoisson préoccupé des conséquences d'un pareil
changement a mûrement examiné cette importante question et a décidé qu'il était
urgent de vous faire connaître son avis, avant que monseigneur l'évêque de
Versailles ait nommé un titulaire à Villemoisson.
« L'une
des observations que le conseil croit devoir, tout d'abord, vous soumettre, et
dont vous comprendrez toute la gravité, c'est qu'en séparant Morsang de
Villemoisson, on est obligé pour faire vivre le nouveau curé, de lui imposer le
service religieux de l'asile des idiots dépendants du domaine de Vaucluse.
Lequel a été distrait du département de Seine-et-Oise par la loi du 14 août
1874, et jouit, au milieu de nos villages, de son autonomie administrative,
comme partie du département de la Seine. Le conseil municipal de Villemoisson
sait bien que le département de la Seine accordera au nouveau desservant une
indemnité de 900 francs, peut-être de 1000 francs, mais cette indemnité ne
compensera pas sa peine; il sera beaucoup plus occupé à Vaucluse qu'à
Villemoisson. D'ailleurs la colonie des idiots est séparée de notre église par
une distance deux ou trois fois plus considérable que la distance de
Villemoisson à Morsang; enfin la colonie des idiots est située sur le
territoire de Sainte-Geneviève-des-Bois et non sur celui de Villemoisson.
« L'asile
départemental de la Seine, relevant d'une administration indépendante de celle
du département de Seine-et-Oise, le conseil craint, avec raison, qu'il n'y ait
là une cause de conflits, qu'il sera toujours difficile, souvent impossible
d'apaiser dans une situation aussi complexe. Le conseil ne peut comprendre
pourquoi on nous séparerait de Morsang, et il ne comprend pas davantage notre
alliance avec Vaucluse, car le département de la Seine peut d'un moment à
l'autre changer d'avis, faire d'autres arrangements, rompre ses engagements
avec nous et nous abandonner en nous laissant, commune de 300 et quelques
habitants, la charge d'une cure que nous n'aurions acceptée étant
matériellement impossible de l’entretenir à nous seuls. Ce point est très grave
pour notre commune dont le conseil municipal ne veut en aucune façon engager
l'avenir inconsidérément.
« Enfin,
même au point de vue du service religieux, les occupations du curé de
Villemoisson, dans la colonie de Vaucluse, l'obligerait constamment à ce tenir
loin de notre village, surtout à cause de la distance. Et encore, il n'y a pas
de diffusion possible entre ces pauvres enfants idiots et les enfants de
Villemoisson; tandis qu'avec nos arrangements actuels, M. le curé de Morsang et
de Villemoisson peut réunir les enfants des deux villages avec leurs parents,
et, dans bien des circonstances, donner au culte une plus grande solennité. En
nous adjoignant Vaucluse, rien de pareil n’est possible; nous restons forcément
isolés dans tous les cas et de toutes manières.
« Le
conseil municipal de Villemoisson vous prie, Mr. le préfet, de vouloir bien
prendre en sérieuse considération les observations qu'il a l'honneur de vous
soumettre, et d'être son interprète auprès de monseigneur l’évêque de
Versailles pour ajourner l’exécution d’une mesure dont les résultats seraient
certainement opposés à ceux que désirent obtenir les honorables donateurs d'un
presbytère ».
Villemoisson
a eu gain de cause, il ni a pas eu de paroisse Vaucluse-Villemoisson.

L’asile de Vaucluse pollue l’Orge
17
février 1882, lettre du département de la Seine au préfet du département de
Seine-et-Oise. - « Je viens vous demander au nom du département de la
Seine, propriétaire du moulin de Villemoisson-sur-Orge la permission de modifier
les conditions de retenue du bras de la rivière d'Orge, moteur du dit moulin,
au déversoir d'amont existant à 33 mètres de la roue hydraulique, en abaissant
le niveau du seuil du dit déversoir jusqu'à 0,40 m en contrebas du niveau
actuel, et modifiant parallèlement la hauteur des deux vannes contiguës au
droit de la roue hydraulique. Permission de porter la largeur de dégagement du
déversoir, après le seuil abaissé, jusqu'à 7 mètres au lieu de 4 mètres
actuels ».
Cette
demande d'autorisation de baisser le barrage du moulin de Villemoisson est en
fait pour éviter l'inondation quasi permanente de la prairie de Vaucluse.
Le
2 juillet 1882, Villemoisson fait faire une enquête, il ressort :
1°)
Cet abaissement de niveau d'eau serait la ruine complète des lavoirs et
abreuvoirs de la commune, dont l'un serait à sec.
2°)
La commune manque d'eau, pendant l'été, les habitants sont dans la nécessité
d'aller s'approvisionner à la rivière, soit avec des tonneaux, soit avec des
seaux tant pour l'usage journalier que pour l'abreuvoir des bestiaux. Il y a
une proposition à l'étude pour établir une pompe sur la place centrale du
village au moyen d'une prise d'eau dans l'Orge, ce projet deviendrait alors
irréalisable.
3°)
L'abaissement du niveau d'eau et la mise à nu d'un sol vaseux porteraient
atteinte à la salubrité de nos villages. Déjà, dans l'état actuel des choses,
les eaux vannes de l'asile de Vaucluse tombent dans une « boèle » qui
les déverse dans l'Orge, rendant les eaux très impures et donnant naissance à
des émanations putrides qui se font sentir à Villemoisson. Si le niveau de
l'eau est abaissé il ne restera plus qu'un mince filet qui alors sera
complètement empoisonné.
4°)
Cet abaissement pour améliorer la situation du moulin du Breuil appartenant à
Vaucluse, provoquerait une diminution de 5600 m3 d'eau à celui de Villemoisson,
mais comme le moulin de Villemoisson appartient aussi au département de la
Seine, la raison exposée est sans fondement est fallacieuse.
Il
est fait observer qu'au su de toute la population de nos villages (avec Epinay)
le département de la Seine a fait l'acquisition du moulin de Villemoisson pour
avoir à sa disposition un moyen d'assainir la prairie de l'asile de Vaucluse.
Le meilleur moyen serait d'abaisser le niveau d'eau en amont du moulin du
Breuil, à l'endroit où cette partie de la rivière est à 1,50 m au-dessous du
niveau de la prairie ; que d'ailleurs on peut obtenir un même résultat par un
système de drainage sans baisser la rivière.
Mais
qu'en maintenant l'Orge au-dessous du moulin du Breuil, le département de la
Seine conserve un réservoir d'eau très poissonneux, lequel réservoir est en
même temps un embellissement de sa propriété.
La
mise à sec des bords de la rivière serait extrêmement dangereuse pour la santé
des habitants surtout par suite de l'écoulement des immondices et déjections de
l'asile de Vaucluse, et par de plus fréquentes inondations, conséquence du
rétrécissement de la rivière.
Pour
toutes ces raisons, le conseil municipal de Villemoisson proteste d'une façon
véhémente et à l'unanimité. Que si, contre toute attente, M. le préfet croit
devoir acquiescer à la demande du département de la Seine, le conseil le prie
du moins de n'y consentir que sous la réserve expresse des droits des tiers.
Parce qu’il est résolu à solliciter l'autorisation de les faire valoir en
justice et à demander devant les tribunaux civiles compétents la suppression de
la réalisation, ainsi que le droit nous en est reconnu par une jurisprudence
constante, consacrée notamment par un arrêt de la Cour de cassation du 14 mars
1870.

Vu du pont du Breuil, perspective d’une parie des terres du Breui
Les raisons pour
lesquelles le département de la Seine a acheté le moulin de Villemoisson.
Le
14 août 1882. M. le maire de Villemoisson écrit au préfet de Seine-et-Oise.
Il
a été procédé à une enquête dirigée par M. l'ingénieur des Ponts et Chaussées
de Seine-Oise sur la demande du département de la Seine, propriétaire de
l'asile de Vaucluse. Le procès-verbal de cette enquête contient les motifs
d'opposition présentés par les communes de Villemoisson, d'Epinay et de
Morsang, néanmoins je regarde comme un devoir d'insister auprès de
l'administration sur certains points qui ressortent plus spécialement de cette
enquête…
Il
y a plusieurs années, l’asile avait commencé l'écoulement dans l'Orge ses eaux
sales et les habitants durent renoncer aux eaux infectées de la rivière.
L’asile avait entrepris des travaux importants en creusant canal où ses eaux
sales étaient déversées, espérant faire profiter à la culture maraîchère les
détritus et les eaux sales. Mais le terrain de Vaucluse est glaiseux; c'est
alors que le département de la Seine imagina l'abaissement de la rivière, sans
se soucier des droits des communes et sans s'éclairer préalablement par une
enquête publique, il fit l'acquisition du moulin de Villemoisson.
Après
enquête, l’architecte de Vaucluse, reconnaît formellement qu'une partie des
eaux sales de l'asile, tout en cherchant à en atténuer le volume, s'écoulent
dans la rivière. L'eau de la rivière d'Orge est de première nécessité pour les
habitants de Villemoisson et d'Epinay, où les puits quoique très profonds
manquent souvent d'eau. Il en résulte la nécessité de prendre dans la rivière
l'eau nécessaire aux usages journaliers et notamment pour la fabrication du
pain, pour laquelle on ne devrait jamais employer une eau infecte. On a pu voir
les tonneaux des boulangers faisant leur provision d'eau dans la rivière.
Nous avons appris qu'il y a quelque temps, une usine
appartenant à M. Darblay et dont les eaux sales s'écoulaient dans la rivière
d'Essonne, avait motivé une poursuite, laquelle n'a été écartée que parce que
M. Darblay aurait employé des moyens chimiques qui ont épuré les eaux de son
usine. Pourquoi le département de la Seine n'a-t-il pas recoure à de semblables
moyens ? C'est sans doute parce qu'il a fait l'acquisition du moulin de
Villemoisson et qu'il s'est engagé là dans une dépense difficile à comprendre.
Si le département avait recours pour l'épuration de ses eaux sales, à des
moyens chimiques quelconques, l'acquisition du moulin de Villemoisson n'aurait
plus de raison d'être…

L’Orge au Breuil, au fond les terres de Vaucluses
Où
la commune de Villemoisson craint pour son « usine » du moulin.
Dix
ans après, l’administration se réveille. 1893 :
24
septembre. – Il est fait un compte rendu relatif à l'enquête prescrite par
l'administration pour la suppression complète du barrage du moulin de
Villemoisson. Il résulterait de ces premiers renseignements encore incomplets
que le projet différerait essentiellement du projet déjà présenté en 1882 ou il
s’agissait que de baisser de 0,40 m le barrage du moulin de Villemoisson, mais
de la suppression complète de ce barrage. Le résultat de ce projet donnerait un
abaissement d'eau tel que ce serait la suppression complète de la rivière qui
deviendrait un ruisseau agrémenté de flaques d'eau dans les bas-fonds.
12
octobre. – Pour le conseil municipal, attendu que le projet dont il s’agit
tendant à la suppression du barrage de Villemoisson dans le but de supprimer
les inondations des prairies de Vaucluse, d'améliorer les terres et de garantir
des épidémies résultant des inondations.
Considérant
que la suppression du barrage de Villemoisson et toutes les vannes, de tous les
autres barrages étant levées, ceci fera qu'accélérer l'évacuation des eaux,
réduisant ainsi l’Orge et pénalisera les utilisateurs de ses eaux. Que la
question d'hygiène doit être écartée : les déclarations des docteurs sont
formelles à cet égard; il est de notoriété publique que notre climat est très
sain malgré les inondations périodiques de notre rivière qui ne laissent jamais
séjourner les eaux stagnantes.
S'oppose
énergiquement à la réalisation du projet de l'asile de Vaucluse. Prie M. le
préfet de bien vouloir défendre nos intérêts prés de Mr. le Préfet de la Seine
en s'opposant à l'exécution de son projet.
12
août 1894. - La question de la suppression du barrage du moulin de Villemoisson
serait préjudiciable aux deux communes intéressées Epinay et Villemoisson. M.
le Préfet de Seine-et-Oise, tenant compte de l'avis du conseil général de ce
département a demandé à l'administration du département de la Seine d'étudier
le moyen qui consisterait à abaisser le plan d'eau de la rivière à Vaucluse sans
toucher au barrage de « l'usine » de Villemoisson.
Le
service de l'assainissement a dressé un projet de dérivation de la Boële et du
canal de Vaucluse, mais il aurait été reconnu que ce système ne donnerait qu'un
résultat à peu prés négatif et qu'il entraînerait une dépense quatre fois plus
considérable que l'abaissement pur et simple du déversoir de l'usine. M. le
Préfet de la Seine ajoute qu'il se trouve par suite dans l'obligation de s'en
tenir de l'abaissement des eaux. Il assure toutefois que pour obtenir
l'assainissement des prairies, il ne sera pas nécessaire de descendre au fond
et que le dérasement du déversoir et des vannes, tel qu'il sera exécuté,
laissera encore dans la rivière une quantité d'eau très suffisante.
Une
nouvelle étude est exécutée, il résulte que le département de la Seine a un
besoin impérieux d'abaisser maintenant le plan d'eau de la rivière au droit de
sa prairie de 0,20 à 0,25 m et pour arriver à un résultat. Non en détruisant
complètement le barrage, mais en le dérasant d'une quantité suffisante et
promettant de rétablir les lavoirs publics, les abreuvoirs, les berges qui
auraient à souffrir de ce travail, et en donnant la même profondeur d'eau avec
le même débit. Un moyen bien simple se présente à l'esprit pour résoudre ce problème
: c'est de baisser le lit inférieur de la rivière dans toute son étendue d'une
quantité égale à l'abaissement du plan d'eau que l'on veut obtenir.
Le
conseil municipal de Villemoisson temporise, l'administration de la Seine
manifeste des sentiments de conciliation, il y a lieu d'établir un contrat
entre les communes et les propriétaires intéressés d'une part et le Préfet de
la Seine de l'autre, il sera toujours temps d'entamer un procès.
M.
Hammel fait ressortir le danger pour la commune de se laisser entraîner dans un
procès dont la solution est incertaine. Il s'agit là de questions très
délicates et, quoique ancien avocat, il n'oserait affirmer que la solution
tourne à notre profit : il ajoute que si nous succombions ce serait une ruine
pour la commune.

Partie de la prairie de Vaucluse s’arrêtant au bois de la Garenne
Qui va payer ? Vers
un compromis amiable
Mr.
Caillette, maire de Villemoisson écrit à Mr. Sabatier, avocat à la cour de
cassation, pour avoir son avis sur l'issue d'un procès éventuel avec le
département de la Seine.
« …
Les commune de Villemoisson et d'Epinay sont actuellement menacées de se voir
supprimer la rivière d'Orge par le département de la Seine qui a le projet de
détruire le barrage du moulin de Villemoisson pour obtenir dans la prairie de
l'asile de Vaucluse dont il est propriétaire un abaissement de plan d'eau qui
lui est indispensable pour l'épandage de ses eaux ménagères en rendant plus
absorbantes les terres de ses prairies.
« Déjà
en 1880 le département de la Seine s'était rendu acquéreur du moulin pour être
maître de la situation. A cette époque on demandait un abaissement du barrage
de 0,40 m, mais en présence de l'hostilité des habitants des deux communes qui
menaçaient de jeter à l'eau les ingénieurs, le département de la Seine a mis de
côté son projet. Cet arrêt n'était que momentané, En 1893, il reprit la
question en demandant cette fois la suppression complète du barrage,
c'est-à-dire un abaissement de 1,10 m. Ce serait la suppression complète de la
rivière.
« Le
conseil général de Seine-et-Oise qui fut saisi de l'affaire, nomma une
commission, fit une enquête sur place et joignit sa protestation à la nôtre. Le
directeur des affaires départementales de la Seine, nous observa qu'il était
dans son droit de demander et d'exécuter la suppression du barrage; qu'il était
dans la situation de tout propriétaire possédant un moulin, et rendrait ainsi
la rivière à son état naturel. Il fut répondu qu'il s'agissait là d'un cours
non navigable, ni flottable, que le barrage datait d'un temps immémorial…
« L'administration
fit faire de nouvelles études, une détente se produisit, des visites
contradictoires sur place permirent de discuter ce projet. L'ingénieur chargé
des études déclara alors qu'un abaissement de 0,25m au droit de la prairie de
Vaucluse lui serait suffisant et que pour arriver à ce résultat, il lui
faudrait un abaissement moyen de la rivière de 0,40 m qui correspond à un
dérasement de 0,70 à 0,80 m du barrage. Que l'administration était disposée à
ne causer aucun préjudice aux communes et aux riverains, qu'elle rétablirait
les lavoirs et ferait toutes les réparations qui seraient la conséquence de ce
travail. C'était un appel à la conciliation… »
Il
fut répondu à l’administration que ses dispositions étaient intéressantes, mais
c’était une question de dépense sur laquelle le département de la Seine ne
devait pas hésiter puisqu'il est de son intérêt personnel, qu'à la rigueur pour
répondre aux difficultés qui pourraient se présenter dans l'exécution, il était
admis un abaissement maximum de 0,40 m à la condition que par un abaissement
suffisant du fond nous ayons la même hauteur d'eau et que tous nos lavoirs et
abreuvoirs seraient rétablis.
Si
l'administration acceptait cette convention amiable, M. le maire engagerait d'user
de son influence prés du conseil municipal et des propriétaires riverains pour
les engager de leur côté à l'accepter et à éviter par là un procès.

Perspective de la prairie de Vaucluse, d’une partie de l’Orge. Vue prise à la hauteur des dernières maisons de Villemoisson
Réponse
de Mr. Sabatier (6 septembre 1894). – « Le département de la Seine ne peut
faire ses travaux au détriment des tiers si la suppression du barrage porte
atteinte à des droits acquis. Il s'agit de savoir s'il y a des droits acquis et
au profit de qui.
« Cependant,
il est probable que la retenue de Villemoisson n'a pas été établie dans
l'intérêt exclusif de l'usinier. Lorsque le régime actuel des eaux de l'Orge a
été organisé au XVIIIe ou XIXe siècle, deux intérêts étaient là, comme partout,
en présence ; les usiniers qui voulaient utiliser les forces motrices et les
propriétaires riverains qui voulaient irriguer leurs prairies. Les retenues et
barrages ont dû être établis dans l'intérêt des uns et des autres. Il doit y
avoir des ordonnances réglementaires qui ont, dans le cours de ce siècle,
consacré et perfectionné le régime.
« Je
conclue de là que tout dommage causé aux propriétés riveraines par la
suppression de la retenue doit donner lieu à des dommages intérêts. Mais je comprends
qu'il n'y a pas que les propriétés riveraines qui peuvent éprouver un
préjudice. Les habitants en général, souffriront certainement de la suppression
du barrage, s'il a pour conséquence la suppression de la rivière.
« Si
les communautés riveraines, comme la commune de Villemoisson, ont établie des
lavoirs ou des abreuvoirs, que la suppression du barrage aurait pour effet
d’inutilité, les établissements pourraient être considérés comme ayant droit
acquis à la jouissance des eaux de la retenue, à la condition, bien entendu,
d'avoir une existence plus que trentenaire et la suppression du barrage ne
pourrait avoir lieu sans une indemnité…
« …
Il me semble que j'aimerais mieux une transaction avec le département de la
Seine, pour peu qu'elle fut acceptable; la partie entre vous et le département
de la Seine n'étant pas égale ».
10
juillet 1895. – Pour l'exécution de ses travaux d'assainissement de la prairie
de Vaucluse, le département de la Seine a le vif désir de n'apporter aucun
trouble aux droits qui peuvent être acquis par les communes ou les tiers
riverains de la rivière d'Orge et de n'apporter aucune modification au régime
des eaux, que dans la mesure absolument indispensable pour assurer leur
écoulement naturel au barrage de Villemoisson.
En
l'état actuel, les profondeurs d'eau varient de 0,68 à 1,42 m, les études
poursuivies jusqu'à ce jour reconnaissent la nécessité d'abaisser le déversoir
du moulin de Villemoisson d'une hauteur variant de 40 à 50 cm au maximum. Le
département de la Seine entreprendra un dragage à vif du fond de tout le lit de
la rivière, depuis le pont des Franchises jusqu'au déversoir du moulin, pour
qu'après l'abaissement de ce déversoir d'une hauteur qui ne pourra excéder 50
cm.
Le
département de la Seine s'engage expressément à prendre exclusivement à sa
charge tous les travaux utiles pour la réparation et la conservation des
berges, de même que tous les frais de rétablissement, dans des conditions au
moins égales à celles actuelles des lavoirs et abreuvoirs publics ou particuliers
et que le nouvel état n'entraîne pas la commune et les riverains à des frais
plus considérables de curage, lesquels frais seraient à la charge du
département de la Seine. Dans la bonne exécution de ces travaux,
l’administration compte sur le concours des riverains pour faciliter un curage
à sec et l'autorisation de déposer momentanément les produits de ce curage sur
les terres basses riveraines
Mais
tout n’est pas pour le mieux.
16
février 1896. Le conseil, considérant que par ses travaux de curage à vif de la
rivière d'Orge en 1895, et pour son utilité personnelle, la ville de Paris à
complètement dépeuplé la rivière du moulin de Villemoisson à l'asile de
Vaucluse ; ce qui porte un grave préjudice aux riverains et aux habitants
; le conseil prie M. le Préfet de Seine-et-Oise de solliciter de M. le préfet
de la Seine le repeuplement de la rivière dans la partie désignée ci-dessus.
M.
le maire de Villemoisson expose que la ville de Paris a complètement encombré
l'abreuvoir de Villemoisson par les vases qu'elle a retirées de la rivière en
1895, ce qui rend cet abreuvoir impraticable aux bestiaux; et, s'il survenait
un orage, une grande partie de ces vases retourneraient à la rivière. Le
conseil, en outre, ayant déjà reçu de nombreuses plaintes des habitants par
suite de cet encombrement, prie Mr. le Préfet de Seine-et-Oise de vouloir bien
insister auprès de Mr. le Préfet de la Seine pour l'enlèvement immédiat de ces
vases.
Vaucluse
encore pollueur.
Si Vaucluse a obtenu gain cause pour
remédier aux inondations de ses prairie, cet hôpital ne se gène pas pour se
débarrasser de ses déchets.
Ainsi en 1955, nous relevons sur le registre municipal de
Villemoisson :
« A une époque où l’hygiène est imposée à juste raison
dans les milieux, où on exige des particuliers des installations rigoureusement
sanitaires, une administration, en occurrence le département de la Seine en son
domaine de l’hôpital de Vaucluse, dont le siège est à Epinay, continue depuis
des décades, sans être inquiétée, à empoisonner, polluer la rivière en y
déversant toutes ses eaux usées. Cette situation déjà navrante quand
l’établissement ne comprenait que quelques centaines de personnes est devenue
un défi à la santé publique de la part d’un hôpital renfermant plusieurs
milliers de malades sans compter le personnel logé. Le Conseil proteste donc
énergiquement contre la carence de la préfecture de la Seine, demande au préfet
de Seine-et-Oise et au directeur de la Santé publique de Seine-et-Oise :
1°) De prescrire toutes enquêtes nécessaires pour que soit respecté le
règlement sanitaire départemental dans un délais le plus bref. 2°) D’exiger du
département de la Seine tous travaux nécessaires pour faire cesser cet état de
chose.
Les registres ne révèlent pas de suite à ses réclamations.

Autre protestation. – Vaucluse possède à Villemoisson les
bois de la Garenne situés de part et d’autre du chemin de fer.
Le 27 mai 1964, toujours sur les registres municipaux on
relève cette protestation. « Le Conseil municipal constatant qu’il est de
notoriété publique que l’administration de l’hôpital de Vaucluse fait des
dépôts d’ordures non réglementaires, sans aucune déclarations, dans des
carrières à ciel ouvert abandonnées, situées dans des bois appartenant au
département de la Seine, sur le territoire de Villemoisson au lieudit « La
Garenne », cadastré AL n°5 et en pleine agglomération, à moins de 50
mètres des habitations. Que ces dépôts, étant constitués en grande majorité de
détritus de cuisine, boucherie, poissons, charcuterie, sont un lieu de prédilection
pour les rats qui se propagent de plus en plus et envahissent les habitations
du pays. Que ces dépôts sont souvent en feu, feux difficile à éteindre et qui,
couvant des semaines, dégagent une fumée malodorante infestant tout le
quartier. Que les plaintes adressées jusqu’à ce jour à l’hôpital soit par la
maire, soit par les habitants n’ont pas modifier la situation. Que cet état de
chose est en contravention formelle avec le règlement sanitaire départemental
et l’arrêté permanent du maire concernant les dépôts clandestins.
Demande : la suppression immédiate de ces dépôts
d’ordures ; une dératisation sans délai à la diligence et aux frais de
l’hôpital de Vaucluse et poursuivie jusqu’à la destruction complète des
rongeurs ; l’intervention de M. le directeur départemental de la santé
pour obtenir satisfaction.
Les registres ne révèlent pas de suite
à ses réclamations, ou si satisfaction a été obtenue.

Trou de carrière abandonné dans la garenne
(1) Registres des délibérations de
Villemoisson ; « Epinay-sur-Orge, il était une fois » réalisé
par l’Association Epinay Accueil.