Saint-Michel-sur-Orge (1)
« Romanaria » est-il le premier
nom de Saint-Michel ?
Comme on
trouve l'ancien nom de tous les villages autour de Montlhéry, excepté celui de
Saint-Michel, l’abbé Lebeuf en déduit qu’un certain lieu appelé
« Romanaria » ne pouvait être que Saint-Michel. Du romain Romanaria,
cette localité était-elle une villa romaine, puis une villa gallo-romaine. Mais
comme le mot « villa » ne semble pas avoir influencé notre abbé qui
conclut par un lieu de campement de troupes gallo-romaines ; l’absence du
mot « villa » ne peut signifier un domaine portant le nom d’un
propriétaire d’origine : Romanus.
On
aurait substitué à Romanaria le nom de Saint-Michel, qui
aurait été celui sous la protection duquel ce quartier de troupes Romaines
s'était mis, et sous le titre duquel était l'oratoire du camp.

Plan d’intendance de Saint-Michel-sur-Orge déposé aux archives
départementales de l’Essonne.
Une approche : le pavillon forestier
et la motte féodale
Sur l’un des registres de l’inventaire du comté de Montlhéry
(XVIIIe siècle), nous pouvons lire :
« Lettre de juillet de l’année 991. Copie en langue
latine de la donation faite par Hugues Capet, roi de France, à Thibaut (2) de
Philoscripte ou File-Etoupe, forestier de France, de la terre et domaine dudit
Montlhéry dans la contrée de Paris, avec toutes justices, métairie, domaine,
terres, maisons, bois, vignes, pressoirs, prés, pâtures, chasse, rivière,
pêche, moulin et autres dépendances; avec les cens, redevances et fournitures;
ensemble le marché dans la ville de Montlhéry avec les droits d’étalonnage,
péage, réages, etc... » (3)
« Pour, par ledit Thibaut, posséder lesdites terres et
domaines de Montlhéry et de Gonesse à perpétuité, sous le titre de comte de
Montlhéry. A la charge qu’il relève pour toujours en foy et hommage de l’église
de Notre-Dame de Paris, et de payer, comme vassal 12 marcs d’argent pur vérifié
et essayé par les orfèvres à chaque nouvel évêque de Paris le jour de son
investiture audit évêché. Et pour les mêmes lettres de donation, le même roi a
donné à Jean, abbé titulaire des abbayes de Saint-Denis et de
Saint-Germain-des-Prez, un certain territoire ou domaine dit les Marche situé
aux environs de Montlhéry, proche la Seine, joignant la rivière d’Orge sous la
forêt de Séquigny, ensemble toute la forêt de ce même nom. A la charge de
relever à perpétuité dudit comté de Montlhéry. »
Auparavant ces lieux
appartenaient au roi par confiscation sur le comte Sequin dont la forêt de
Séquigny en faisait partie.
Le
domaine capétien à l’avènement de Hugues Capet était très restreint, il
s’articulait autour des villes d’Orléans, d’Etampes et au nord de Paris
(Gonesse, Laon). Une marche représentait souvent un territoire frontalier d’un
Etat ; la marche dont il est question, s’étendant depuis la Seine jusqu’à
Montlhéry, représentait à l’époque la limite territoriale du comté de Paris au
sud, dont Hugues était issus des comtes de Paris. Il est vrai que ce comté
devenu un petit royaume était peu assuré dans son intégrité.
Le territoire que le roi érigea en comté sur la tête de
Thibault était un revenu, « à la charge qu’il releva pour toujours en foy
et hommage de l’église de Notre-Dame de Paris, etc … ». Ceci devait créer
par la suite des quiproquos ; le comte de Montlhéry, pour le roi,
disputait à l’évêché de Paris la haute justice sur certaines seigneuries du
comté, comme par exemple à Morsang-sur-Orge où l’abbaye de Saint-Magloire
prétendait avoir droit de fourches patibulaires signifiant la haute justice.
Le goulot de la porte Baudry à Montlhéry, avec son poste à
« péages », qui contrôlait le grand chemin de Paris-Orléans, son
trafic, son marché local, valut aux premiers seigneurs du lieu la renommée de
détrousseurs.
Dans un acte de foi et hommage nous pouvons lire : En
l’année 991, Hugues Capet, roi de France, pour récompenser Jean, dit Labbé (4),
des services qu’il avait reçu, lui fit don des seigneuries des Marches et de
Launoy et de plusieurs autres domaines, compris aux lettres du mois de juillet
991.
Dans un document du XVIIIe siècle se lit : « Nous
Hugues Capet, roi de France … donnons en bénéfice à Jean
« Labbé » : le pavillon forestier où il est né ; le château
des Marches ; le district proche de la Seine ; la partie de la vallée
de l’Orge située à côté et au-dessous du mont Séquigny (5) et de ses
chênes ; la forêt de Séquigny jusqu’au Mont Lhéry avec tous les près,
pacage et aulnaie du bord de l’Orge. »
Le
château des Marches était situé à Viry-Châtillon, dans le même document, nous
relevons encore : « Vers ladite année 991, le fief des Marches et
celuy de Launay avec plusieurs autres domaines ne faisaient qu’un seul et même
fief.
Ce qui ne subsiste que jusqu’en l’année 999 où Jean Labbé,
maria sa fille avec Roger dit le Boiteux et lui donna en dot le château des
Marches avec le labourage de deux charrues, à la charge de tenir en fief »
(ou comme on disait alors en bénéfice) ; relevant du château de
Launay qu’il avait fait bâtir au milieu des Bois, sur le bord de la rivière
d’Orge assis près de Montlhéry pour être voisin du comte de Montlhéry son
proche parent et dont les fiefs avoient été érigés par les mêmes lettres du
mois de juillet 991. »
Ce fief compris dans la donation portera par la suite le nom
de fief de la Salle des Marches de Viry. Nous connaissons par la suite des
l’allégeance de ce fief à celui de Launay : En 1380, Guillaume de
Chanderousse rendit foi et hommage à un autre Jean Labbé ; en 1493, nouvel
aveu rendu au seigneur de Launay et Saint-Michel. Le 17 août 1772, déclaration
de foi hommage et aveu de Jean Nau d’une partie du fief de la Salle.

Document aux archives départementale de l’Essonne
Nous retrouvons à travers les siècles la famille Labbé. De
nos jours un lieu-dit à Villiers s’appelle « La Pointe de Labbé »
La copie des lettres patentes dudit roi Robert de 999
l’autorisant Thibaud de « profiter du château dudit Montlhéry »,
prouve qu’un château ou une maison forte, existait avant son arrivée. Mais nous
relevons par ailleurs : « Environ ce temps, assavoir 1015 fut
« fermé » et « clos » le chasteau de Montlhéry par un
forestier du roy Robert appelé Thibaut file Estoupe, aussi fut fermé celui de
Tournant et semblablement fut fait Montmorency qui est à trois lieues près
Saint-Denis. » (Recueil des Historiens de France).
Avant la construction du château de Montlhéry dont ne
subsistent que les ruines, il existait déjà un « château » sur son
emplacement puisque Thibaud est autorisé à le clore de murailles.
Ce « château » (qui d’ailleurs n’est pas cité dans
le texte de l’inventaire), reçu par Thibaut File-Etoupe, pourquoi ne serait-il
pas à l’origine qu’une motte féodale ? Le château de Ganne de l’abbé
Lebeuf. Sur un plan topographique établi par M. Bardin (1843) intitulé :
« La Tour et le château de Montlhéry », il est indiqué une :
« Motte, très ancien fief ». La présence de cette motte se trouve
confirmée sur le cadastre de Montlhéry, par un lieu-dit et par une parcelle
circulaire sous le numéro 858.

Le « château » dont Thibaud hérita devait être bien
sommaire. Une basse-cour, entourée d’une palissade. A l’Ouest, là où s’élèvera
la Tour, l’escarpement du « Mont » ne nécessite pas la présence d’un
point de défense important. A l’opposé, vers la vallée dominant la forêt, la
« Motte », élévation artificielle, compensait la pente du
terrain ; une sorte de tour de guet. Habitation forestière ? Certes,
ce n’est pas incompatible.
Pourquoi n’aurait-elle pas été la demeure de Jean
l’abbé ? Pourquoi le pavillon forestier n’aurait-il pas été, à l’origine,
cette Motte où naquit Jean l’abbé, parent de Thibaut que ce dernier reçut du
roi en apanage avec le titre de comte et Jean, abbé titulaire des abbayes de
Saint-Denis et de Saint-Germain-des-Près, reçut en échange le territoire
compris entre la Seine et Montlhéry ?
Les textes ne sont pas suffisants pour se permettre de
comparer cet antique « pavillon » derrière son fossé et sa palissade
de bois, à la fameuse motte féodale ou à la maison forestière. Beaucoup
d’ombres subsistent, les documents proposés ci-dessus nous laissent dans
l’incertitude ; d’autres témoignages existent certainement dans les écrits
des abbayes et des prieurés.
Mais le rapprochement de la maison forestière avec la motte
féodale est une hypothèse possible ; humble motte contre laquelle Linas
s’abrita, surveillant le vieux chemin royal. N’est-il pas logique d’accorder au
forestier Thibaut une « maison forestière », qui, compte tenu de sa
dignité de comte, entreprendra la construction d’un véritable château
fort ? (6)
Quant à Jean, natif de « la maison forestière »,
parent de Thibaut, à défaut du château des Marches, il fera bâtir dans les bois
le château de Launay dans la portion de son apanage qui lui reste après la
donation qu’il fit à sa fille. L’abbé Lebeuf écrit : « Jean l’abbé
fit défricher une partie des bois d’aulnes qui étaient à l’orient de la rivière
d’Orge. Il y fit bâtir un château entouré de fossés, avec pont-levis et autres
fortifications, à l’endroit connu sous le nom de chantier du Vieux Château, où
passe l’avenue des quatre rangs d’arbres qui conduit de la rivière au
parc : cette situation au milieu des bois d’aunes, le fit appeler le
château de l’Aunaye (Launois sur plan d’Intendance) : il donna son nom
ensuite aux terres des environs.
« L’abbé sachant
qu’une terre n’a de valeur qu’autant qu’elle est peuplée et cultivée, attira
dans celle de l’Aunay plusieurs colons qu’il y fixa par des concessions
d’héritages et par la construction d’une église sous l’invocation de
Saint-Michel Archange. Ces nouveaux habitants s’étant bientôt multipliés par
les bons traitements de leur seigneurs, lui aidèrent à défricher (7) les bois
des environs qui faisaient partie de la forêt de Séquigny et à les réduire en
terres labourables ».
Le souvenir de la Motte féodale est une réalité, nous trouvons
dans l’inventaire du comté de Montlhéry ce fief appartenant aux seigneurs de
Plessis-Pâté, c’est : « Le 21 juin 1452, un aveu de ladite terre du
Plessis-Paté, avec la « Mothe » de Montlhéry, donné au roi par
Rogerin Blosset. Le 22 décembre 1612 et le 1er janvier 1655,
hommages rendus au roi par Jean Blosset, chevalier, seigneur du Plessis Paté.
Enfin hommage de François d’Argouges pour les fiefs de la « Mothe »
de Montlhéry séant devant la barrière du château dudit Montlhéry et de
Montpipeau situé au-dessus du parc de Launay en Saint-Michel ».
Sous l’ancien régime, la forêt de Séquigny était une gruerie
(8) à la charge d’un gruyer. On peut donc considérer qu’à par son titre de
comte, Thibaud le forestier pourrait être considéré avant cette organisation, comme
le premier gruyer (9) de la forêt de Séquigny ; forêt qui semble être la
seule subsistant dans la région, malgré la présence certaine de quelques bois
dispersés çà et là.

31 janvier an 1000 :
fondation de la paroisse de Saint-Michel
« Jean Labbé, seigneur et maître
du château de l'Aulnaie, proche du château du mont Lhéry, nous a maintes fois
exposé sa requête. Après avoir converti en terres arables des étendues boisées,
il a édifié, dans les bois, une chapelle dédiée à Saint-Michel … »
Pour cette chapelle, Jean Labbé a
demandé un prêtre, « pour la rémission de ses péchés, le salut de ses
ancêtres et le soin de ses sujets présents et à venir. Tout cela nous ayant
paru parfaitement juste et honnête, nous, Renaud, … avons donné accueil favorable
et consentement attentif pour toutes ces demandes. Jean Labbé devra toutefois,
sur ses revenus personnels, supporter entièrement les frais de nourriture,
logement et autres, du prêtre de cette chapelle Saint-Michel. Ceci remplace les
dîmes qui proviendront des récoltes à venir sur ces nouvelles terres
arables ».
Mais … « chaque année le jour de
la fête de Saint-Michel, Jean Labbé aura, sur les dîmes d'annone , à nous
livrer, … avec droit d'inspection par le prêtre de Saint-Michel, deux setiers
de grain, l'un de blé et l'autre d'avoine ». A tout ce qui est dit
« quiconque transgressera sera frappé d'anathème ».
C’est vers 1050 que le
territoire de l’Aunay commença, selon M. l’Instituteur, à prendre le nom de
l’église, à s’appeler indifféremment « Launai » ou Saint-Michel et
plus souvent Launay-Saint-Michel. Nous trouvons : Launai-sur-Orge,
Launay-sous-Longpont, Launai-sous-Saint-Michel, Launai-en-Saint-Michel, puis
Saint-Michel tout court, et enfin Saint-Michel-sur-Orge.
Les
chartes du cartulaire de Longpont
Grâce au cartulaire nous avons deux
documents, les premiers de l’histoire locale de Saint-Michel.
Il y avait des dîmes dont jouissaient
des seigneurs ou dames de Linas. - Charte CXI (111) - s. d. vers 1090. - «
Hersende, femme de Vulgrin, alors qu’elle allait mourir, a fait don à Sainte
Marie de Longpont de tout ce qu’elle possédait dans l’église de Saint-Michel,
c’est-à-dire : deux parts des dîmes de cette église, c’est-à-dire l’annone, (1)
le vin, le lin, le chanvre, les moutons, les porcs, les veaux, et tout et tout.
Le présent texte de donation a été placé devant la coupe de Saint Macaire et
déposé sur l’autel de Sainte Marie, par Vulgrin son mari et par Guy de Linas,
son frère. Sont témoins de cette chose : le prêtre Hardouin ; le doyen Frotger
; Vulgrin ; Geoffroy Bernoala ; Gui de la Norville (2) ; Gui, fils
d’Aldebert ; Baudouin, fils de Rainard ; Nantier de Donionio ; Aymon Angevin;
Guillaume Cuchivit; Hunger de Cavanville; Hunger de Limos (3) Jean Beroardus ;
Herman son fils ; Thibaud, Gui, Hugues de Ver ». (4)
1.
- L’annone est la récolte de l’année, ravitaillement du peuple en blé.
2.
– Norvilla, Novilla, Nulvilla (la)), La Norville cant. d’Arpajon, Essonne.
3.
- Limos, Limaos, Limous, Lymois), Limours ch.-l. cant., Essonne.
4.
- Lebeuf juge que cet acte est antérieur à 1130, Jules Marion confirme en
donnant comme date approximative 1090. (C. Julien)
Charte CCCXLIX (349) - s. d. vers 1140.
- « Aymon de Bullion (1) donna à Dieu et à Sainte Marie de Longpont et aux
moines qui servent Dieu dans ce lieu, pour le salut de l’âme de son fils
Renaud, un hôte nommé Georges à Saint-Michel rapportant la droiture et vingt
deniers de cens, et qui est libre du paiement de toute taille. Ce don fut
approuvé par sa femme Comitisse et les témoins de cela, sont nommés maintenant
Gautier de Bullion ; Gui, son frère Thomas, son neveu ; Thibaut Cocherel
(2) ; le serviteur Jean ; Geoffroy Torpauz ».
1.
- Boolum, Bullion Yvelines.
2.
- La famille Cocherel possédait le fief de Villebouzin. (C. Julien)
L’église
«Quoique l'église de Saint-Michel soit bâtie
principalement de grés, il restait du chœur, au XVIIIe siècle, assez de
pilastres d'une autre pierre, dont l'ouvrage montrait que cette église a été
bâtie ou sur la fin du XIIe siècle ou au commencement du suivant. Ce choeur est
voûté. Il y a une aile du côté méridional, mais elle est nouvelle. La tour est
basse et écrasée. M. de l'Hôpital, brigadier des armées du roi, a fait dresser
en cette église l'an 1710 une épitaphe en marbre noir à Gabriel de l'Hôpital, son
père, décédé le 12 décembre 1709.
L’église primitive de
Saint-Michel-sur-Orge était située dans la propriété de madame Launay. Elle fut
détruite au moment de la construction de l’église actuelle. Les matériaux de
l’ancienne église tombée en ruine furent employés à la reconstruction de
l’église nouvelle. C’est un monument du style ogival inauguré le 1er
septembre 1867, construit sur pilotis. Les fonds nécessaires à la construction
proviennent d’une souscription publique faite par le curé de l’époque entre les
habitants de Saint-Michel et des environs. Elle renferme quatre vitraux datant
du XVIe siècle. Le clocher n’a été construit que plus tard, aux frais de la
commune, à la suite d’une contestation entre la fabrique de la paroisse de
Saint-Michel et le conseil municipal (1873).

Source Internet
Dans le cartulaire du chapitre de Notre-Dame de Paris, une
charte datable entre 1197 et 1208, site Eudes de Sully, évêque de Paris,
seigneur de plusieurs fiefs et énumère ses vassaux dont Guillaume Cuchevis, détient
les terres à Montrouge, Clamart, etc., Brétigny et Saint-Michel.
Sous le règne de Saint-Louis. Le cartulaire de l'abbaye de
Saint-Maur-des-Fossés porte que Nicolas, prêtre de Saint-Michel proche
Longpont, donna à ce monastère l'an 1259 une vigne située à Brateau (Braietel),
dans la censive du couvent. La cure de Saint-Michel est nommée au pouillé de
Paris du XIIIe siècle parmi celles que l'évêque confère purement et de plein
droit au doyenné de Linais (Linas); elle y est simplement appelée « De
Sancto Michaële ». On trouve dans le même cartulaire le nom de Jean de
Dumo « chevalier de Saint-Michel ».
Vers 1480, les seigneurs
de saint-Michel ruinés par les guerres, pour se débarrasser de la subsistance
qu’ils étaient obligés de fournir aux curés de Saint-Michel leur abandonnèrent
10 arpents de vignes et 5 arpents de pré avec le tiers des dîmes de la
paroisse, à la charge d’acquitter les deux setiers de grains dus à l’évêque de
Paris. Vers 1485, les évêques de Paris s’emparèrent de la présentation de la cure
de saint-Michel, ne laissant aux seigneurs pour leurs droits de fondation et
dotation que honneurs de l’église.
Le 7 avril 1508,
Hortense, femme de Jacques Allegrin, fit donation au prieuré de Longpont des
deux tiers des dîmes de Saint-Michel, sous la réserve des clos et jardins du
château de Launay : « Je, Hortence, femme d’Allegrin … en vüe de la
mort, pour le remède de mon âme et celle de mon mari, donne à la bienheureuse
Marie de Long-Pont, tout ce que nous avons en l’église de saint-Michel, savoir :
Les deux parts des dixmes, à l’exception des clos et jardin de notre chasteau
de Launay. »
Les curés de Saint-Michel
et les religieux de Longpont essayèrent toutes sortes de moyens pour assujettir
les jardins et parc de Launay à la dîme ecclésiastique.
Les deux pouillés imprimés au XVIIe siècle marquèrent aussi
que la nomination de cette cure appartenait entièrement à l'archevêque de
Paris. Le curé de ce lieu avait obtenu au XVIIIe un arrêt de règlement sur la
dîme du vin, contre un homme de la Ville-du-Bois qui avait emmené chez lui la
récolte du vin de la paroisse de Saint-Michel, et qui a été condamné à payer la
dîme sur le lieu.

Les Launay et Jean Labbé
Guy de Launay
était homme lige du roi Philippe-Auguste pour ce qu'il possédait à Vert-le-Grand,
et pour quatre fiefs que des chevaliers tenaient de lui à Dourdan. Il était le
même Guy de Launay qui s'était emparé d'une dîme de Vert-le-Grand et de
Leudeville, et dont le fils Hugues se fit religieux a Sainte-Geneviève de
Paris, sur la fin de l'épiscopat de Maurice de Sully, en conséquence de la
liaison que le voisinage lui avait fait contracter avec ceux de cette abbaye
qui venaient à Sainte-Geneviève-des-Bois.
Milon de
Launay et Pierre de Launay, frères, donnèrent à la maison de Longpont du grain à
percevoir à Leudeville vers le même temps. Milon fut déclaré homme lige du roi
Philippe-Auguste pour le Moulin de « Buison » (Biron), et pour ce que
son frère tenait de lui à Fontenelles, paroisse de Marcoucis. On trouve encore
qu'un nommé Thomas Matthuc devait la chevauchée au même prince pour trois
arpents de prés situés à Launay.
En 1330, la terre de Saint-Michel appartenait à
Jeanne de Launay, veuve de Guillaume de Brétigny. Vers 1380, Jean Labbé de
Villiers acquit la terre de Launay-sous-Saint-Michel de Guillaume Bernier, ce
Jean Labbé « était probablement (selon Lebeuf) un des cadets de la maison
de Labbé dont il a été parlé au début. L’affection naturelle pour les biens de
ses aïeux le détermina à vendre la terre de Cohon du pays du Maine moyennant
1000 livres or qu’il employa en cette acquisition pour la conserver dans sa
famille, il engagea Marguerite de Brétigny sa femme à déclarer que la terre de
Launay était un bien propre à son mari.
Le 13 mai 1390, Jean
Labbé de Villiers rendit aveu et dénombrement de la terre de
« Launay-près-Saint-Michel » à Louis Pâté, seigneur du Plessis. C’est
le premier acte de service qu’on trouve de cette terre, elle était déjà devenue
fief servant du Plessis à titre de protection.
Les
seigneurs de Saint-Michel vassaux de Brétigny
En 1480, le
roi Louis XI voulant récompenser Jacques de Saint-Benoit, seigneur de Brétigny,
qui était son chambellan et gouverneur d'Arras, au sujet de 800 écus d'or que
lui avait coûté la rançon de quatre prisonniers de guerre, lui accorda la haute
Justice de Brétigny, Marolles et Saint-Michel par lettres expédiées aux Forges,
près Chinon.
Les Descamin - Jérôme Descamin a été le premier
de cette famille qui, vers 1580, était seigneur de saint-Michel dont les lettres
de confirmation de toute justice sont accordées par Henri IV le 15 Juillet
1599.
François Martel, seigneur
de La Fontaine et de Brétigny obtint du roi en 1610 des lettres de confirmation
de la haute, moyenne et basse justice sur Brétigny, Marolles et Saint-Michel.
Par la transaction faite
entre M. de Fontaine Martel, seigneur de Brétigny, et M. Descamin, auditeur des
comptes, seigneur de Launay et saint-Michel, le 7 février 1615, il fut
convenu : 1°) que M. Martel aurait la haute justice sur la paroisse de
Saint-Michel, à la réserve de la personne et famille de Saint-Michel, son
château et parc de Launay qui en seraient toujours exempts et pour tous les
cas. 2°) Que M. Descamin aurait la moyenne et basse justice. 3°) Que les deux
seigneurs auraient concurremment le droit de chasses et pêcher dans la paroisse
de Saint-Michel. 4°) Que les dits seigneurs échangeraient les censives éparses
qu’ils possédaient l’un sur l’autre. (Extrait des titres de la seigneurie de
Saint-Michel.)
Les termes obscurs dans
lesquels cette transaction de 1615 est rédigée, surtout par rapport à la
chasse, font voir que M. Descamin n’attendaient que des circonstances plus
favorables pour en éluder les clauses qui paraissaient trop dures : elle a
été une source de procès continuelle entre les deux seigneurs ; aussi
cette transaction fut elle résiliée en 1772.
En 1618, Louis d'Escamin, apparemment fils de
Jérôme, lui succéda. Vers 1624, il fit reconnaître par les habitants de Saint-Michel
la banalité du pressoir de Launay sur toutes les vignes de sa seigneurie.
Les seigneurs Descamin eurent de fortes
contestations avec les curés au sujet de leur banc dans le chœur de l’église de
Saint-Michel ; ces curés prétendaient que ce banc gênait le service
divin : nonobstant cette prétention, il y eut plusieurs jugements en
faveur des seigneurs.
En 1693, Bardon de
Morange, devint seigneur de saint-Michel, par son mariage avec Marie Descamin.
Il fit à l’église de saint-Michel différents présents montant à 2400 livres. Le
plus remarquable de ces présents est le tableau de saint-Michel, original
d’Italie, peint par Guide qui lui a coûté 1400 livres ; il fit mettre ses
armes (trois colombes avec bande d’or sur fond d’azur) au bas du tableau et
au-dessous : « fendum dedit anno 1701 ». Ce tableau a été passé
sur une nouvelle toile en 1779 et a été détruit par un incendie avec l’église.
1699. Le seigneur de
Sainte-Geneviève-des-Bois avait enfermé dans sa garenne quelques terres qui
appartenaient au seigneur de Saint-Michel. Etant requis de les céder, il ne
voulut le faire qu'à deux conditions. L'une, que le seigneur de
Sainte-Geneviève serait tenu à perpétuité d'envoyer à l'offrande de la grande
messe qui se célèbre en l'église paroissiale de Saint-Michel, le 29 septembre,
jour de la fête patronale, un cierge de cire blanche d'un certain poids, et un
lapin blanc. L'autre condition, que le lendemain de la Saint-Michel, le même
seigneur serait aussi tenu à perpétuité de faire dire en l'église de Saint-Michel
une grande messe et service des morts pour le repos de l'âme de Hugues Capet,
tige de la troisième race de nos rois. Ces deux conditions se réduisirent à une
messe pour Hugues Capet le jour même de Saint-Michel, et l'on ne porta plus de
lapin blanc à l'offrande, mais au château de Launay.
En 1704, Pajot, abbé de
Valsaintes, acquit de M. Bardon, la terre et seigneurie de saint-Michel, avec
plusieurs ornements qu’il donna à l’église. Il fit construire l’aile
méridionale de cette église et transporter son banc, du chœur, dans la chapelle
de la vierge ; il fit encore construire à neuf le presbytère de
Saint-Michel vers 1709, et à sa mort on mit une litre avec ses armes autour de
l’église en dehors et en dedans telles qu’elles subsistaient encore en
1830 ; elles portent trois têtes d’aigles de sable avec un chevron brisé
d’azur sur un écu d’argent.
En 1710 Christophe Pajot, seigneur de « Launay et
Saint-Michel » fit l’acquisition de la propriété de Lormoy. Pour des raisons de
confort, il abandonna le petit château féodal de Launay pour s'installer dans
sa nouvelle possession. Ainsi le chef-lieu seigneurial de Saint-Michel se
trouvait à Longpont.

En 1767, les terres de saint-Michel et Lormoy étaient
licitées sur les neveu et nièces de M. l’abbé Pajot de Dampierre et adjugées à
Françoise Jeanne Taschereau de Baudry, fille d'un conseiller d'État, marquise
de Bréhant, veuve de messire Marie Jacques, marquis de Bréhant, d'une
famille de la noblesse bretonne, militaire, inspecteur général de l'infanterie.
Madame de Bréhant, seigneur de « Lormoy, Launay et
Saint-Michel », supportait mal sa vassalité aux seigneurs de Brétigny depuis
1480, des seigneurs du Plessis-Pâté depuis 1390, de Villebouzin depuis
1710 ; elle engagea d'interminables procès pour faire prévaloir sa
prééminence sur Saint-Michel, elle obtint satisfaction en 1786.
En 1772, Mme de Bréhant
fit bâtir à neuf le pavillon de Launay à la place du château qu’elle avait fait
démolir. Elle eut soin d’y mettre le portrait de Hugues Capet pour conserver la
mémoire de ce roi qui, comme on a vu avait donné les terres des Marches et de
Launay à Jean l’abbé ; c’était sans doute pour le même motif que son
effigie était peinte à fresque sur l’un des murs de la salle d’audience de
l’ancien château.
Et Saint-Michel suivit l’Histoire.
Les évènements de 1789
n’eurent qu’une très faible répercussion sur Saint-Michel-sur-Orge, la
châtelaine, Mme de Bréhant ne fut pas inquiétée. En 1793, dans un esprit de
déchristianisation, Saint-Michel-sur-Orge fut baptisé « Michel-sur-Orge ».
A la fin du premier
empire, Saint-Michel, comme le reste de la France, souffrit de l’absence de
bras, les vieillards seuls restaient pour cultiver la commune. De nombreux
pillages et massacres eurent lieu sur le territoire au moment de l’invasion de
1815.
Rien de particulier
jusqu’en 1848, l’arbre de la liberté fut planté sur la place qui se trouvait à
l’intersection de la rue du Four et de la Grande Rue. Le curé du village, avec
tous les membres du clergé, vinrent bénir cet arbre et dirent des prières pour
la république. Les temps ont changés. Des réjouissances eurent lieu, l’arbre
fut arrosé avec du vin ; on y enterra du blé et de l’avoine pour amener la
prospérité du gouvernement qui commençait.
Pendant la guerre
Franco-allemande de 1870 la commune de saint-Michel eut assez à souffrir de
l’invasion allemande. L’école fut occupée comme ambulance, de novembre 1870 à
janvier 1871 ; des réquisitions y furent opérées : 7 chevaux, 12
vaches, 20 moutons, 4 porcs durent être fournis aux envahisseurs.
Ici une anecdote : Comme on demandait à un nommé
Collet de livrer son cheval, celui-ci refusa en disant : « Mon cheval
ne servira jamais contre la France ! », et il s’enfuit. Le maire du
village, M. J-B. Peuvrier, interrogé par les Allemands sur le lieu du refuge du
sieur Collet, ne pouvant donner aucune indication fut emmené et demeura
incarcéré à Montlhéry pendant quelques jours. Pendant ce temps, les ennemis
incendièrent la maison du sieur Collet avec défense d’en rien sauver.

Fiefs dépendants du domaine de Launay.
Le fief de la Noue-Rousseau était une ferme à
l'extrémité de la paroisse de Saint-Michel.
Montpipeau était un fief situé entre
Saint-Michel et Sainte-Geneviève. Il relevait du roi, et appartenait au
seigneur du Plessis-Pâté. L’Inventaire du comté de Montlhéry situe Montpipeau
au-dessus du parc de Launay à Saint-Michel, tenant d’une part au grand chemin à
Paris, d’autre côté à la barrière de fer de M. de Noailles, d’un bout sur les
bois de Longpont et d’autre bout au chemin de Saint-Michel à
Sainte-Geneviève-des-Bois. (Il reste à trouver nommément ce fief sur une
carte).
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(1)
Selon l’abbé Lebeuf (v. 1750). –
Monographie de l’Instituteur (1899). - Saint-Michel-sur-Orge : mille ans
d’histoire, l’auteur, M. Simon n’est pas mentionné sur le livre. – Audigié
Claude.
(2) « Pour Aimoin, un nommé Thibaud dont on ne fait
venir l'origine des Montmorency que par pure conjecture, selon Duchêne même,
mais qui étoit revêtu de la charge de forestier du roi Robert, construisit la
forteresse dite Mons Lethericus. Peut-être fis-il aussi bâtir la Collégiale de
Saint-Pierre. Ce Thibaud était surnommé en latin Filans stupas, que l'on rend
en français par File étoupes, sobriquet qui lui fut donné suivant l’usage de ce
temps là, à cause de ses blonds cheveux ».
(3) Au seuil du second millénaire, la « Lettre de
juillet de l’année 991 » de l’inventaire du comté de Montlhéry ci-dessus,
prouve que la région était bien loin d’être désertique, quand on imagine que
sous les Carolingiens, la petite communauté du Breuil avait une population
équivalente à celle de Villemoisson ou de Sainte-Geneviève-des-Bois à la veille
de la Révolution de 1789 (inventaire d’Irminon, abbaye de
Saint-Germain-des-Prés). Que lors de la construction de l’hôpital de Longjumeau
des témoignages d’une nécropole supposée mérovingienne sont mis à jour ;
que dans le cartulaire du prieuré de Longpont, les chartes nous révèlent déjà
l’existence d’une partie des localités actuelles au XIIe siècle. La proximité
du chemin royal Paris-Orléans (RN20) a toujours créé un courant de circulation
et de trafic, témoin d’une certaine activité.
(4) Apparemment, en dehors de ce prénom Jean, les textes
ignorent son nom ; l’abbé deviendra Labbé, c’est dans la mode du temps ;
il sera la souche d’une importante lignée, n’oublions pas que les religieux ou
certains religieux pouvaient encore se marier et porter les armes.
(5) Il n’y a pas de mont dans la forêt de Séquigny. Mais
cette forêt étant sur le versant opposé de la vallée et de l’Orge présentait un
coteau élevé, de là peut-être donnait-elle l’aspect d’un mont en opposition à
celui du mont Lhéry.
(6) A partir de 1015 commença à s’élever peu à peu le
château fort de Montlhéry, dont nous connaissons aujourd’hui les ruines
délimitées par le chemin de la Butte et une partie du chemin de la Porte de la
borde, ladite Porte étant l’accès principal, rue de la Poterne. On peut
imaginer là, dans cet ensemble, l’origine de la ville de Montlhéry, avant que
celle-ci se développe au bas de la colline.
(7) Il serait plutôt
raisonnable d’écrire que cette partie de la forêt a été défrichée afin
d’obtenir des terres cultivables pour la subsistance des colons et pour les
bénéfices du seigneur.
(8) Gruerie, lieu chargé de la juridiction forestière.
Officier chargé des délits survenant dans les forêts. Nom d’une ancienne
juridiction subordonnée aux maîtres des eaux et forêts, qui jugeait en première
instance de ce qui concernait les bois. Quoique, par arrêt de 1688 très
expresses défenses ayant été faites à tous seigneurs, tant ecclésiastiques que
séculiers, de se dire propriétaires des droits de verderie, gruerie, grayrie,
et de souffrir prendre par les juges ordinaires les qualités de juges verdiers,
gruyers, grayers, et juge des eaux forêts.
Droit de justice que le roi avait dans les bois de
quelqu’un, et qui, outre les profits de la justice, lui assurait dans les
coupes une part appelée « tiers danger » … Droit de gruerie,
permission que les rois accordaient sous certaines réserves, de laisser croître
des bois en haute futaie. (Littré). C’était une charge qui devint non
héréditaire et achetable.
(9) Gruyer : chargé de la juridiction forestière ;
officier chargé des délits survenant dans les forêts.