Sainte-Geneviève-des-Bois (1)

 

 

 

Sainte-Geneviève-des-Bois :

         C’était un manoir dépendant d’un organisme religieux. Cette demeure, qui pouvait peut-être appartenir à un certain « Seguin », propriétaire au temps des rois de la seconde race, (2) s’appelait « Sicnii » (Séquigny), C’était quelques maisons alignées le long d’une rue se cantonnant depuis la place Saint-Exupéry (face au Donjon) à la place où se tiennent aujourd’hui les marchés. Il y avait une petite chapelle, elle fut remplacée au XIIIe siècle quand l’Eglise voulut édifier la localité en paroisse. On lui donna le nom de Sainte-Geneviève dont il ne faut pas y chercher les reliques de cette sainte. Il y avait une fontaine du même nom, utile aux habitants; on en fera, pour le plaisir du seigneur une grotte. Quand le village et ses dépendances devinrent propriétés séculières, un modeste château s’édifia derrière le manoir et celui devint les communs du château. Le village était adossé à l’immense forêt de Séquigny qui reçu le nom de ce village, à moins que celle-ci ne le lui ait donné.

 

Sur cette partie du plan d’Intendance des seigneuries de Bertier de Sauvigny (XVIIe s) déposé aux archives de l’Essonne, nous distinguons au centre : le village de Sainte-Geneviève compris du Donjon à la place entre les avenues Jacques Duclos et du régiment Normandie-Niemen (place des marchés). Au-dessus : la Cossonnerie, le Parc Pierre, enfin Liers. Tout en bas, le long de l’Orge, le Perray séparé du chef-lieu par l’immense forêt de Séquigny.

 

         C’était aussi Liers, une seigneurie d’importance ancienne. Leurs seigneurs servaient au château fort de Montlhéry ; l’un deux partit en croisade avec le comte du chef-lieu. Liers était un fief considérable à côté du hameau de Séquigny. Il comprenait, outre le village du même nom, mais le Parc Pierre anciennement appelé les Bordes de Liers (3). Une succession avait divisé la seigneurie et les textes citent souvent la présence de deux manoirs : l’un à Liers, l’autre au « Parc de Pierre ». Tout le territoire comprenant la Cossonnerie et l’emplacement de l’actuelle église était aussi de la seigneurie de Liers. Le village s’étendait principalement sur une rue, l’actuelle rue des Fermes, dont l’une d’elles deviendra plus tard la ferme seigneuriale de Sainte-Geneviève. Son souvenir est encore connu de nos jours.

         Entre les deux villages de Sainte-Geneviève et Liers, les « terres cultivables » étaient parsemées de mares, tant était argileux le sol. La principale, le « Marchais » se situait au carrefour face à l’actuelle église. Un jour, le seigneur loua une partie de ces terres à un certain Gousseron, avec pour contrat d’établir une exploitation agricole ; depuis la « Goussonnerie » devait s’appeler « La Cossonnerie ».

         Sainte-Geneviève c’était aussi une autre seigneurie : Le Perray. Une ferme avec de rares habitations. Elle était vassale de Plessis-Pâté, à cause de son fief de Montpipeau à laquelle elle appartenait. Cette seigneurie s’étendait le long de la vallée plus ou moins marécageuse de l’Orge. Là encore une succession fit qu’elle fut partagée entre deux frères. L’aîné se réserva la partie principale qui sera achetée par le seigneur de Sainte-Geneviève ; le cadet eut la partie qui prendra le nom de la Gilquinière, puis celui de Vaucluse.

         La forêt de Séquigny, appelée aussi de Sainte-Geneviève, puisque le village de Séquigny devint Sainte-Geneviève, appartenait principalement à différents organismes religieux : au séminaire d’Orléans, aux dames de Saint-Cyr de la communauté royale de Saint-Louis, aux Minimes de la place royale de Paris, à l’abbaye de Longpont. Mais aussi à des propriétaires séculiers comme le seigneur de Ballainvilliers, le marquis du Luc seigneur de Savigny Viry, à madame de Bréhant marquise de Saint-Michel.

         Les chemins de la forêt appartenaient aux « Chasses du roi ». La forêt était divisée en plusieurs bois : Bois Clair, des Puits, de l’Epine, Pommier, d’Ablon, les Grands Aulnois, de la Commission, des Trous, du Beau-Chêne, de la Mare Pavée, des Roches. L’un d’eux situé derrière le parc du château (2), englobant plusieurs lieux-dits devait se nommer le, ou les bois, du Perray, dont les anciennes cartes postales attestent cette appellation jusqu’au début du XXe siècle. Tous ces bois différents sont à l’origine du complément du nom de Sainte-Geneviève auquel on ajouta « des Bois ».

 

Six siècles de domination religieuse

         Un rapport de fouilles effectuées dans la forêt de Sainte-Geneviève indique la découverte de quelques traces néolithiques et des fondations gallo-romaines.

 

 

         Dans un diplôme de Robert le Pieux (997-999), dénombrant les biens de l’abbaye Saint-Magloire, il est précisé que « Sicni villare »et son voisin Murocinctus (Morsang-sur-Orge) avaient été donné par son père Hugues Capet. « Sicnii villare, Seguini villare, Sicuin, Seguin » francisé devint Seguigny, Séquigny, Premiers noms ce Sainte-Geneviève.

         C’est au XIIIe siècle que le village, érigé en paroisse, fut appelé Sainte-Geneviève. Lebeuf vois peut-être ce nom tiré d'un bien que l'abbaye de Saint-Geneviève de Paris avait au lieu dit Perreil (Perray). Des légendes ont voulues donner plus d’ancienneté à l’origine de ce nom.

         L’une dit que les reliques de Sainte-Geneviève auraient été transportées dans la petite chapelle isolée de Séquigny pour échapper aux incursions des pillards Normands. C’est peut-être vraisemblable, Plusieurs siècles cependant séparent ces agressions de l’invasion des Huns où Sainte-Geneviève rassurait les parisiens en disant que Lutèce sera évitée de ces hordes.

         L’autre Légende relate qu’en 448 Sainte-Geneviève allant au devant de Saint-Loup évêque de Troyes, alors qu'elle se trouvait dans la forêt de Séquigny par une forte chaleur elle ressentit la soif ; répondant à ses vœux, une source jaillit à ses pieds. Mais est-ce bien l’itinéraire de Lutèce vers Troyes ? Cette source devait être pour des générations la fontaine de Sainte-Geneviève. Elle sera transformée en grotte par Bertier de Sauvigny à la veille de la Révolution.

         Sainte-Geneviève fut dans la dépendance de l’Eglise pendant six siècles : Soit de l’abbaye Saint-Magloire, puis de l’Hôtel-Dieu de Paris après son érection en paroisse. C'est-à-dire dans le début du douzième siècle, où Sainte-Geneviève fut démembrée de la paroisse de Villemoisson dont elle fut celle d’un canton allant jusqu’à Bondoufle.

         Curieusement de cette période nous ne connaissons peut de choses sur Sainte-Geneviève, mais nous avons une importante documentation sur Liers qui lui était vassal.

         La seigneurie de Sainte-Geneviève fut placée à fermage à des régisseurs non héréditaires avec moyenne, basse et parfois haute justice. On trouve en 1209 un nommé « Reginaldus » qualifié « Rector S. Genovefoe » dans un titre qui regarde Morcent. Sous Philippe le Bel en 1304, Jean de Belmont qualifié seigneur de Sainte-Geneviève pour fait de la guerre, ne pouvait être que vassal de l’Eglise.

         L’Eglise eut à se conformer aux subventions accordées au trésor royal, l’Hôtel-Dieu de Paris aliéna son domaine de Sainte-Geneviève le 28 novembre 1598.

 

La petite église qui se trouvait sur l’actuel parking du Carrefour.

         L'église de Sainte-Geneviève était du XIIIe siècle, excepté la nef plus récente. Elle avait un chœur assez élevé, mais sans vitrage ni galeries; des deux ailes il n'y restait que celle du côté septentrional, et une chapelle seulement du fond de celle du côté méridional ; on y voyait encore, au fond du sanctuaire, un reste de vitrage rouge du XIIIe siècle, qui représentait quelque chose de la vie de Saint-Vincent, et dans l'aile, des vitrages blancs du même siècle. Ce bâtiment était supporté du côté du midi par une tour de grés surmontée d'un pyramide de pierre qui ressentait assez le règne de Philippe-Auguste. La dédicace de cette église a été faite par M. de Noailles, évêque de Cahors, le 30 juillet 1679. C'est la seule année que ce prélat occupa ce siége. Sa présence à Sainte-Geneviève s'explique : son père était seigneur du lieu.

         Vers la fin du XVIIIe siècle, le seigneur de Sainte-Geneviève dans ses grands desseins, décréta que la petite église du XIIe siècle gênait ses projets, il la décréta vétuste et malsaine et décida d’en faire reconstruire une autre. L'architecte Cellerier fut chargé de jeter les fondements d'une nouvelle église à l’entrée droite de la route conduisant au Parc Pierre. Il adopta les plans dressés par Soufflot pour celle de Paris, sur une échelle réduite. A la veille de La Révolution elle était pratiquement terminée quand les événements de 1789 vinrent en suspendre les travaux. Ils furent seulement repris en 1812, mais les calamités de l'invasion vinrent de nouveau les interrompre. Ils ne devaient plus être repris ! Entièrement détruite, ses matériaux furent employés à la construction des moulins de Savigny.

 

La petite église du XIIIe siècle, avec au pied son petit cimetière, se trouvait sur le parking du magasin « Carrefour »

 

         En 1875, la petite église que l’on disait vétuste était toujours là, mais le 19 août, la foudre détruisit le clocher et fit de grands dégâts sur cet édifice du XIIe siècle ; la façade menaçait ruine. En 1877 une nouvelle église était inaugurée entre le village et Liers à son emplacement actuel.

 

Les seigneurs laïques de Sainte-Geneviève

         Le 28 novembre 1598 donc, l’Hôtel-Dieu de Paris vendit son domaine de Sainte-Geneviève à Jehan de La Fosse pour 7.300 écus soleil. Jean de la Fosse, était trésorier de France. Avant l’achat de Sainte-Geneviève il avait acquit Villemoisson deux ans auparavant. Il a été inhumé, ainsi que Louise Rochon, sa femme, dans l'église des Minimes de la place Royale, à Paris.

         Vint ensuite Antoine Boyer conseiller au parlement de Paris. (Armes des Boyer : de gueules, à la colonne d'argent, chapitrée et basée d’azur ; au chef d'or chargé d'une aigle déployée de sable). Il épousa Françoise de Vignancourt, nièce et petite-nièce de deux grands maîtres de l'ordre de Malte. Il en eut une fille unique, Louise, qui épousa en 1645 Anne marquis, puis Duc de Noailles, nouveau seigneur de Sainte-Geneviève.

         Ici vient une légende que l’on veut situer place des Six-Chênes. Comme cette place est sur la limite de Villemoisson avec Sainte-Geneviève, nous la rapportons. Alors que Louis XIV vint à la chasse dans sa forêt de Séquigny, dont les routes étaient comprises dans les « chasses royales », il vit pour la première fois Marie de Fontanges, l'une des filles de Madame. Celle-ci parut en amazone avec un habit en broderie dont l'élégance était assortie à celle de sa taille. Sa coiffure de caprice se composait de quelques plumes relevant l'éclat de son teint et la délicatesse de ses traits ; le vent s’étant élevé vers le soir emporta cette coiffure ; mademoiselle de Fontanges se la fit attacher avec un ruban dont les nœuds retombaient sur le front. Cet ajustement, dans lequel le hasard avait eu de part que la coquetterie, plut extrêmement au roi ; il pria mademoiselle de Fontanges de ne pas se coiffer autrement de tout le reste de la soirée. Toutes les dames parurent le lendemain, ajoute le chroniqueur avec une pareille coiffure, et ce goût de hasard devint le goût dominant; de la cour, il passa à la ville, se répandit dans les provinces et pénétra bientôt partout sous le nom de Fontanges. L'héroïne mourut à vingt ans ! Elle fut moins heureuse, on le voit, que sa coiffure, elle perpétua son nom près d'un siècle. Combien de choses pourraient nous apprendre les échos de la petite forêt de Séquigny !

 

Anne duc de Noailles. – Anne Jules duc et maréchal. – Adrien Maurice de Noailles (5)

 

         Nous avons encore une autre légende. Un pâtre de Sainte-Geneviève, appelé Pierre Roger prédisait l'avenir ! Il vint déclarer à la reine Anne d'Autriche, en 1637, qu'il avait eu révélation de « la part de Dieu » qu'elle était enceinte ; et assura à cette princesse qu'elle accoucherait d'un fils ; et qu'il naîtrait le 4 septembre, bien que cette date se rencontrât dans le dixième mois de sa grossesse. Les mémoires du temps confirment l'accomplissement de la prédiction de Pierre Roger. On ne dit pas quelles faveurs lui furent accordées; ni s'il mourut dans sa condition.

 

         Le duc de Noailles était propriétaire d’importants domaines en France, il préféra le séjour de Maintenon à celui de Sainte-Geneviève. Cela peut se comprendre pour qui connaissent l'un et l'autre lieu. Aussi confia-t-il en gérance les seigneuries de Sainte-Geneviève et Villemoisson à des métayers : Monnerot et Bartel de Bonneval qui laissèrent à leur tour ces terres à d’autres mandataires chargés d’exploiter nos villageois dont le travail doit profiter à tout ce monde.

         On ne peut omette ici un fait assez singulier concernant Sainte-Geneviève. M. Monnerot, trésorier des parties casuelles fit ajouter à son parc une Garenne. Il se trouva, dans le terrain qu'il fit enfermer, quelque terre appartenant au sieur Bardon de Moranges, seigneur du fief de Launay-Saint-Michel. Ce dernier seigneur céda cette portion de terre à deux conditions qui méritent d'être rapportées. Dans la première Monnerot sera tenu à perpétuité d’envoyer à l’offrande en l'église de Saint-Michel, chaque année, le jour du patron, fête qui arrive le 29 septembre, un cierge de cire blanche d’un certain poids, et un lapin blanc. Dans la seconde, il sera tenu aussi à perpétuité de faire célébrer en la même église une grand-messe des Morts pour le repos de l'âme de Hugues Capet qui fit don à Jean dit Labbé, en 991, un territoire dont est compris Saint-Michel. Cette Garenne est aujourd’hui le parc de Châtaigneraie près de la mairie.

M. de Noailles mourut le 5 février 1678, sa femme était dame d'atours de la reine Anne d'Autriche.

         La famille de Noailles se succéda à la tête de la seigneurie de Sainte-Geneviève, il y eut Anne de Noailles, Anne-Jules, son frère duc de Noailles, maréchal de France, Jean Emmanuel son fils, puis à nouveau au maréchal duc. Françoise de Bournonville, son épouse, lui donna 21 enfants.

         Madame la marquise de Gournay fit acquisition de la terre de Sainte-Geneviève. Marguerite Pélagie Danican de L’Espine était veuve depuis 1730, de Michel-Charles Amelot, président à mortier au parlement de Paris. La marquise est morte dans son château de Sainte-Geneviève le 12 août 1742, à l'âge de 48 ans.

         Ses héritiers vendirent les seigneuries de Sainte-Geneviève et Villemoisson au fermier général Durey d'Arnoncourt qui était déjà en possession de Morsang-sur-Orge. Ces trois seigneuries resteront liées sous l’autorité d’un même seigneur jusqu’à la Révolution. D’Harnoncourt les posséda de 1743 à 1766.

         En 1767, Louise Bernarde d’Harnoncourt, grâce au désistement de son frère, apporta les trois seigneuries à Jean Louis Bertier de Sauvigny, successivement intendant des généralités de Moulins, Grenoble et Paris, puis premier président du parlement de Paris, établi en 1771, lors de l'exil de l'ancienne magistrature.

 

Jean Louis Bertier de Sauvigny. – Louis Bénigne Bertier de Sauvigny

 

         Son fils, Louis Bénigne, intendant de la généralité de Paris, etc., sera le dernier seigneur, en 1789, il est une des premières victimes de la Révolution. Il avait épousé en 1763, Marie Joséphine Foullon d’Escotiers dont il eut huit enfants. Louis Bénigne avait de grandes ambitions : il fit commencer la transformation du château, qui, s’il avait eut le temps d’amener son projet à terme, Sainte-Geneviève aurait été un petit Versailles. Il fit commencer la construction d’une église à l’entrée de l’avenue Jacques Duclos ; il fit construire le bâtiment de la maréchaussée ; il avait l’intention d’établir un axe routier reliant Montlhéry au port de Corbeil. Enfin en datant ses actes administratifs de « Sainte-Geneviève de Séquigny » il renouait ainsi avec le nom ancestral de Sainte-Geneviève, tout un symbole. Nous devons aux Bertier de Sauvigny, l’établissement des fameux plans d’intendance.

         L'aîné des fils de l'intendant de Paris, Pierre-Anne, devenu « vicomte de » Bertier, ancien général de brigade, a pu conserver le domaine de ses pères. Il est mort dans son château de la Grange, près de Thionville, le 13 septembre 1848. Il eut plusieurs enfants de son mariage avec mademoiselle Foucquet, fille du marquis d'Auvillard.

         Le vicomte Louis-René de Bertier, propriétaire, en fin du XIXe siècle, de Sainte-Geneviève, était marié à mademoiselle Eléonore de Klinglin, d'une famille de l'ancien parlement de Metz, dont il eut un fils.

 

Le château

         L’ancien château de Sainte-Geneviève ne pouvait être qu’un un manoir ou une ferme, c’est le site actuel où se trouve le « Donjon ». Dans les actes couvrant la période où la seigneurie de Sainte-Geneviève-des-Bois était tenue par l'Hôtel-Dieu de Paris, rien n'apparaît clairement citant la présence de quelconque tour, donjon ou château fort. C'est exceptionnel de noter que tel vassal rend hommage aux seigneurs religieux « à cause de leur hostel de Sainte-Geneviève ». Cet « hôtel » était le château du XVe siècle qui depuis ce temps jusqu’au XVIIIe subira divers transformations avant de disparaître, il se trouvait derrière le site du Donjon.

 

 

         C’est seulement qu’en 1599, un arrêt du Parlement permettait à Jean de la Fosse la réparation des bâtiments de Sainte-Geneviève et en mars, des lettres patentes royales donnaient permission « de faire curer et nettoyer les fossés de sa maison de Sainte-Geneviève; d’en faire faire où il n’y en a point. Icelle faire fermer de murailles, portes et pont-levis, et y avoir et tenir pour sa sûreté toutes sortes d’armes ». Ainsi la ferme se trouva modifiée compte tenu des ravages dus aux guerres de religion et partisanes dans la région.

         Quant à la dite maison on a toujours voulu, à tort, qu’elle fut un château fort. Boucher d’Argis, avocat au parlement, dans le « Mercure de France » de décembre 1737, sans preuve à l’appuie laissa aller ainsi son imagination :

         « La grosse tour ronde qui est à l'une des encoignures, (…) est un édifice fort ancien et curieux, tant pour la solidité avec laquelle il est bâti, que pour la disposition des logements qu’on y a pratiqués. Cette tour, qui est environnée d'un fossé plein d'eau, étoit autrefois le château de Sainte-Geneviève, et les seigneurs le trouvoient alors assez vaste pour eux. Il y avoit d’abord au rez-de-chaussée la prison ; un peu au-dessus il y avoit une petite chapelle qui est détruite depuis que l'on en a bâti une autre dans le nouveau château. Dans les trois étages au-dessus sont des logements que le seigneur habitoit avec sa famille et ses domestiques. Il y a une cheminée construite de manière qu'elle sert à quatre chambres. Du côté du Nord, il y a deux tourelles avec des galeries de communication, de l’une à l’autre accolés à la grosse tour. Dans les combles et la lanterne étoient les pigeons, comme il y en a encore actuellement. L’avant-cour et la basse-cour qui formoient l’enceinte de cet ancien château, sont entourés de murs forts épais et terrassés, aux encoignures et pavillons qui servoient pour la défense du château.

         Pour ce qui est de la grosse tour, il y en a en quelques endroits de pareilles qui servent actuellement de colombiers, lesquelles pouroient bien avoir aussi été anciennement des châteaux ; car alors les seigneurs moins fastueux que ceux d’à présent y habitoient avec leur famille. Ce qui suffit à peine aujourd’hui (XVIIIe siècle) pour loger leur concierge et leurs pigeons, et c’est peut-être de cette forme des anciens châteaux que les colombiers à pied sont devenus dans l’usage la marque extérieure des fiefs. »

         Antoine Boyer, ne fit que récupérer le château de Jean de la Fosse et non d’en être le bâtisseur. « C’était une œuvre de pierres et de briques suivant la mode du temps. La chapelle occupait un appendice ». L'avant-cour, le parterre, le château étaient enfermés dans des fossés secs revêtus d'une maçonnerie couronnée par une balustrade à jour. Par delà le château s'élevait un portique dont les pilastres étaient décorés de naïades penchées sur des urnes dont elles versaient l'eau. On attribuait ces sculptures au ciseau du célèbre Jean Goujon, mort depuis longtemps déjà ! On sait qu'il fut tué d'un coup d'arquebuse à la Saint-Barthélemy. Ce château a été remanié par Durey d’Harnoncourt.

         L’ancien manoir devint les communs du château. Bénigne Bertier ne fit pas détruire le château pour le reconstruire, mais il voulut l’agrandir en débordant sur les fossés. Tout était en œuvre lorsque survinrent les événements de 17S9. Les travaux furent interrompus; ils n'ont jamais été repris. Le site du château s’étendait entre la route de Corbeil, l’avenue Gabriel Péri, l’avenue du Régiment Normandie-Niémen et l’avenue de Séquigny, compris la Châtaigneraie jusqu’à l’allée de la Grotte.

 

Evolution du château (d’après descriptions et différents plans)

Le manoir ou ferme au Moyen-âge, il deviendra après la création du château les communs de celui-ci

 

Le château de Jean de la Fosse aux Noailles. Sur le devant, pont levis, à gauche une chapelle, à droite la cuisine office. Derrière une terrasse bornée par deux pavillons. Fossé plein d’eau.

 

D’Harnoncourt fait construire un nouveau corps de logis entre le château et la chapelle. Devant, le bâtiment reliant  la chapelle à la cuisine, est supprimé. Une galerie est prévue reliant le château à la cuisine office. Un pont remplace le pont-levis. Les murailles surbaissées sont garnies de colonnettes. Derrière, les pavillons ne sont plus, le fossé est asséché.

 

La transformation du château stoppée par la révolution (vue arrière) – Les toitures sont modifiées, des mansardes sont crées. Deux gros pavillons sont prévus en extension dans le fossé. Un seul sera fait. La terrasse sera appelée plus tard « le Tapis vert » sur lequel s’édifieront la mairie et ses annexes.

 

Le projet du château

 

Les écarts.

 

Liers

         Liers étaient une ancienne seigneurie plus importante que le village de Sainte-Geneviève. Elle s’étendait jusqu’au Parc Pierre y compris. Liers est connu dès le XIIe siècle, mais on disait alors Lers, comme il paraît par l'acte par lequel Ebrard de Lers donna au prieuré de Longpont la dîme d'un lieu appelé « Campus Garnodi »; par d'autres chartes où l'on voit Foulque de Lers donner au même monastère une terre contiguë à celle que ce couvent avait au Plessis et recevoir du prieur Landry vers l'an 1136 un destrier. Foulques de « Lers » partit en croisade avec Milon 1er comte de Montlhéry. Les seigneurs de Liers devaient la garde au château Montlhéry. Dans le rôle des feudataires de Montlhéry sous le règne de Pnilippe-Auguste, Foulque de Lers était déclaré homme du roi, et devait fournir des troupes et la chevauchée au sujet des Juifs et à cause des moulins de Chastres (Arpajon).

         Liers avait deux manoirs tenus par deux frères, l'un à Liers, l'autre au Parc-Pierre. En 1345, tandis que Liers entre dans la vassalité de l'Hôtel-Dieu, donc de Sainte-Geneviève, le Parc-Pierre ne voudra pas par la suite reconnaître l’autorité du seigneur de Sainte-Geneviève, mais celle du comte de Montlhéry, c'est-à-dire directement du roi. Il y avait à Liers une ferme appartenant au collège de Montaigu de Paris.

 

Le Perray

         Le Perray est nommé en latin « Perreolum » dans les titres de Sainte-Geneviève qui sont d'environ l'an 1250. De tous les biens que cette abbaye avait pu avoir autrefois dans ce canton, il ne lui restait plus alors de redevance annuelle qu'un setier d'avoine à percevoir à la mesure de Montlhéry et deux chapons.

         En 1243, Guillaume du Terme acheta Le Perray 35 sols. Dans le procès-verbal de la coutume de Paris de l'an 1580, Louis de Martine, écuyer, était seigneur de Perrey-sur-Orge. Le fief de Perray relevait de Plessis-Pâté.

         Par suite d’une succession, l’aîné eut les 2/3 de la seigneurie achetée par Antoine Boyer, seigneur de Sainte-Geneviève.

         Le dernier tiers (4) eut plusieurs propriétaires dont M. de Chamousset, maître des Comptes et Marie Hélène Moreau de Seychelles, grand-mère de Hérault rédacteur de la Constitution de 1793 tous deux habitants le château de Villemoisson. Il se construisit un château qui prit le nom de la Gilquinières. En 1782, le marquis de Crussol, maréchal de camp des armées du roi achetait était propriétaire. Un jour qu’il recevait le comte de Provence, le nom de la Gilquinière déplut au prince royal qui le baptisa Vaucluse à cause des roches et de la fontaine en cascade du parc.

         Une colonie dite de Vaucluse fut fondée en 1878 par le département de Seine pour le traitement et l’éducation des enfants dont l’intelligence est peu développée ou atteinte d’idiotisme. Son importance fit qu’il a fallut créer une station de chemin de fer entre Epinay et Saint-Michel qui prit le nom de Perray-Vaucluse. L’ouverture de cette gare permit des débouchés pour l'emploi vers la capitale et attira les citadins. Il se créa dans commune un nouveau quartier près de la gare, se développant rapidement, il engendra une double polarisation de la cité. En fin d’année 1912, un référendum demanda aux habitants du Perray-Vaucluse de se manifester pour ou contre leur autonomie. En 1932, « Perray-sur-Orge » à 3106 habitants contre 2056 à Sainte-Geneviève. Mais une délibération de juin 1932 rejeta la création de deux communes

 

Le château de la Gilquinière existe toujours sur Epinay

 

Le Parc Pierre.

Au Moyen-âge le parc Pierre appartenait donc à la seigneurie de Liers, dont il formait un des hameaux avec la Croix Blanche et la Cossonnerie. Cette seigneurie comportait deux manoirs dont l'un était celui du parc Pierre. Le seigneur servait alors au château de Montlhéry. En 1302, Guillemet de Cochet, écuyer, vend, à l'Hôtel-Dieu de Paris, seigneur de Sainte-Geneviève-des-Bois, une rente à prendre sur des maisons aux Bordes de Liers. En 1489, cet établissement accorde en bail au profit de Bertrand Scalinet (ou Scalignet) une maison et un jardin appelés les Bordes de Liers, « aultrement dit le parc de Pierre ».

A la fin de la Guerre de Cent Ans et celle où se sont opposés Bourguignons et Armagnacs, la région n'était que friches et ruines, les terres abandonnées était retournées au seigneur. A la fois pour relever son domaine et s'assurer des revenus substantiels, l'Hôtel-Dieu de Paris accorda des baux à la condition d'édifier une ferme sur les masures délaissées. Bertrand Scalinet était parmi ces défricheurs.

En 1651, Jacques Faulcher, écuyer, sieur du parc « de » Pierre et autres lieux, déclarait : « Tenir en plein fief foi et hommage de très hault et très puissant seigneur et prince, Monseigneur Gaston, duc d'Orléans, fils de France, le fief terre et seigneurie du parc de Pierre, autrement dit le parc de Montplaisir : une maison composée de tours, pavillons, colombier, etc. entourée de murailles. » Les tours n'existaient plus en 1748, c'est un vieux bâtiment que le sieur de la Taste fait démolir, les murailles en ruines servent à combler les fossés.

 

 

         Déjà avec Jacques Faulcher, les seigneurs de Sainte-Geneviève-des-Bois devaient sans cesse faire valoir leurs droits sur le parc Pierre, dont les propriétaires se veulent relever du roi, représenté par le comté de Montlhéry. Pour ces raisons, le 28 septembre 1667, s'ouvre un procès entre le duc de Noailles, seigneur de Sainte-Geneviève, et Jacques du Sucq, ingénieur du roi. Il s'achèva en 1672 par la saisie du parc Pierre appartenant au duc et « cy-devant de la succession de Jehan de la Lande, lequel l'avait obtenu en bail le 30 juin 1606 de Jehan de la Fosse, » seigneur de Sainte-Geneviève, Villemoisson. Le parc Pierre fut vendu aux enchères. Le 12 septembre 1735, Jean-Baptiste Tesson, écuyer, « chez Monseigneur le duc d'Orléans, dont il commande les écuries, l’acheta au sieur de Vizé, lequel l'avait acquis le 24 janvier 1725 de Saint-Bonnet.

         Le 12 décembre 1764, Claude Antoine Capon de Chateauthierry, écuyer, chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, capitaine du régiment de Poitou, demeurant à Paris, était acquéreur du parc Pierre saisi sur Edmée François de la Taste, avocat au Parlement, lequel de la Taste s'en était rendu adjudicataire par décret sur la saisie des héritages du sieur Tesson. A la demande de Louis Jean Bertier de Sauvigny, seigneur de Sainte-Geneviève, de fournir sa déclaration pour l'établissement de son terrier, de Chateauthierry lui répond à quel titre il pouvait le faire. Le roi a seul droit sur le fief du parc Pierre ou Montplaisir mouvant et relevant du comté de Montlhéry. Ne pouvant justifier l'appartenance « immémoriale » du parc Pierre à ses prédécesseurs et ne possédant que son titre d'adjudication, sa propriété « demeura par droit d'enclave » dans la mouvance du seigneur de Sainte-Geneviève.

         Le 21 octobre 1773, Claude Antoine Capon de Chateauthierry vendit sa propriété du parc Pierre à Louis Charles de Meissen, receveur des aides à Versailles. Combien de temps Charles de Meissen garde son acquisition ?

         Le 12 février 1780, Louis Bénigne Bertier de Sauvigny achètait le parc Pierre à Mathieu de Roussy. Dans le descriptif de la propriété, dans l'acte de vente, on relève la présence d'un colombier avec tourelles et une écurie de cinq chevaux dessous. La raison de son achat se trouvait dans le cadre des immenses transformations qu'il concevait sur sa seigneurie de Sainte-Geneviève, ici dans le cas de la percée d'une large avenue face à son château coupant en deux son acquisition. La propriété ainsi mutilée, il décida de la morceler en baux entre différents particuliers.

 

Bertier s’était rendu acquéreur du Parc Pierre pour ouvrir une allée face à l’entrée de son futur château ; nous retrouvons son tracé sur le cadastre napoléonien). Quant au site même il fut loué à bail.

 

La Cossonnerie

          A la fin du Moyen Âge, la région était ruinée. L'Hôtel-Dieu de Paris accorda des baux, à condition pour le preneur d'édifier une ferme sur les masures délaissées. En 1555, Cosme Gousseron déclarait sa ferme au terrier. Celle-ci prend le nom de son propriétaire : Gousseron, Goussonnerie, puis Cossonnerie. En 1752, René Dupasquy, avocat au parlement de Paris, déclara à Bertier de Sauvigny une maison bourgeoise et une ferme. Cette propriété appartint ensuite au baron Fain, historien, secrétaire de Napoléon 1er. En 1927, l'Anglaise Dorothy Pagès l'acheta pour la princesse Metschersky, afin de recueillir des réfugiés russes. Elle abrite aujourd'hui une maison de retraite.

 

La dite maison Soufflot, les maisons neuves

         Il a été écrit à tort que l’architecte Soufflot fit bâtir à Sainte-Geneviève, vers 1757, une maison de « campagne » qu’il habita. C’est là une affirmation erronée, les justifications ne manquent pas pour le prouver. Le plan Jubien (1768), le plan du château et parc de Sainte-Geneviève et de la forêt de Séquigny (1773), le plan d'intendance de Sainte-Geneviève-des-Bois, montrent qu'aucune maison du village ne dépassait la place Saint-Exupéry (marché du Donjon) en direction de Liers. Le nom de Soufflot ne figure pas parmi les censitaires dans les registres du censier général (1770-1785), ni sur le cueilloir (1770-1787) de Sainte-Geneviève-des-Bois.

         Parmi ses grands desseins sur Sainte-Geneviève-des-Bois, à partir de 1776, Bertier de Sauvigny décida, pour agrandir son parc, de supprimer toutes les habitations comprises entre son château et l'avenue du Régiment Normandie-Niemen actuelle. Au nom du droit seigneurial d'échange, les familles qui les occupaient furent contraintes de partir et furent transplantées dans des maisons neuves construites aux frais du seigneur ; ainsi, le village s'étendait-il au-delà de la place du marché. Les grands travaux, tous azimuts, de l'époque étaient conduits par un nommé Gasser, ingénieur des Ponts et Chaussées. Où habitait ce personnage ? Au 185, route de Corbeil où se trouve la maison dite Soufflot. C'est dans ce nouveau quartier qu'il se fit construire une demeure bourgeoise.

         Sur l'aveu et dénombrement rendu par Bertier de Sauvigny au roi en 1786, nous relevons, au nom de Gasser, une imposition d'un sol trois deniers de cens et huit boisseaux de froment de surcens. Ce dernier impôt prouve qu'il possédait des terres labourables. Enfin, un plan de ce nouveau quartier, établi peu avant la Révolution, montre clairement et nommément la propriété de l'ingénieur chargé des travaux dans les seigneuries de Bertier de Sauvigny.

 

 

La forêt de Séquigny.

         Le sieur Chalibert Dangosse, auteur d'une courte description de la généralité de Paris imprimée en 1710, dit que la Gruerie de Séquigny était établie en la ville de Montlhéry ; qu'elle s'étendait sur 1397 arpents de bois, dont le roi ne possédait et n'a possédé aucune partie, et n'a que les routes seulement : que tous ces bois appartenaient à différentes communautés, ecclésiastiques et séculières, et à divers particuliers sur lesquels le roi n'a que le droit de Gruerie.

         En 1319, les habitants des villages voisins de cette forêt représentèrent qu’auparavant ces bois avaient été mis en garenne de lièvres et lapins depuis neuf ans. Qu'auparavant ils étaient en possession d'y chasser aux mêmes bêtes et au renard, et qu'outre, qu’il dépendait d'eux d'aller et de revenir à travers les mêmes bois en portant des bâtons ferrés et des épées, et d'y mener des chiens : que de plus ils étaient en possession d'avoir leur usage dans ces bois pour la cueillette des avelines ou noisettes, et autres fruits, depuis la veille de l'Assomption.

         Mais que les gardes forestiers les avaient empêchés de jouir de ces avantages. Les paysans de Viry, Morsang, Villemoisson, Longpont, Saint-Michel, se plaignirent que leurs villages étaient appauvris pour avoir été privés de ces droits. Le roi ordonna une enquête. On écouta Huon de Bouville, chevalier, de qui il tenait la saisine de ces garennes. Le Parlement maintint les habitants avec la restriction, que pour prendre le gibier ils ne tendraient point de filets ni autres engins, ils ne pourraient point user de flèches ni porter arc ou baliste, non plus qu'avoir des lévriers. En 1526 les habitants défendaient encore leurs droits dans cette forêt.

         Plus tard, les Génovéfains n’eurent pas de problèmes de circulation dans la forêt, comme dans les communes voisines. Séquigny sera la proie des lotisseurs au début du XXe siècle, il ne reste plus rien d’une des plus belles forêts de l’Ile-de-France.

 

         (1) Compilation de Claude Audigié

         (2). Il y a eu à la cour de Charlemagne un comte Seguin qui fut envoyé pour veiller à la sûreté de la ville de Bordeaux (Duchêne, tome II, page 288)

         (3) Bordes voulaient dire limites de l’agglomération ; il est cité une autre « borde » du côte où Liers mitoyen de Plessis-Pâté.

         (4) Cette partie se trouve à cheval sur Sainte-Geneviève et Epinay

         (5) Histoire et généalogie de la maison de Noailles (Georges Martin)

Retour à l’accueil