Sous le second Empire : la pauvreté

 

 

 

Le troisième recensement

16 mai 1866. - Nouvelle et troisième photographie démographique de Villemoisson. Nous avions noté seulement au recensement de 1841, que ce qui concernait l’évolution des conditions sociales des habitants qui restaient proches de celles de 1831.

Dans celui de 1866, nous considérons toujours Villemoisson divisée en deux parties : le Village : 57 maisons, 73 ménages, 248 habitants ; le hameau des Franchises : 23 maisons, 32 ménages, 109 habitants. Fait nouveau quand même, une maison isolée. Où se trouve-elle ? Dans la Plaine. Elle est habitée par la famille Désiré Thomas, jardinier, sa femme Louise Emez et sa belle-mère Marie Potet,veuve Emez, 87 ans. On relève : 189 personnes de sexe masculin, dont 95 garçons, 84 hommes mariés et 10 veufs; 171 personnes de sexe féminin, dont 67 filles, 83 femmes mariées et 21 veuves, faisant an total de 360 habitants.

Sur le cahier de recensement, une annotation : « Les causes principales de l'accroissement de la population sont les travaux pour l'établissement que le département de la Seine fait construire à Vaucluse (communes d'Epinay Sainte-Geneviève), qui est l'hôpital psychiatrique. Nous avions en 1831, 282 habitants ; en 1841, 296 habitants ; 1866, 360 habitants. Soit en 25 ans 64 habitants de plus, alors que entre les deux premiers recensements, dans un espace de dix ans, on ne trouve que 14 habitants supplémentaires.

         Professions état de la population :

Comme au recensement de 1831, la profession dominante est celle des journaliers et journalières démontrant le peu d’évolution professionnel, certainement due au manque de débouchés faute d’entreprises, de là l'instabilité du travail et la précarité. On dénombre ainsi 41 personnes à tout faire.

Il est certain que la construction de l'hôpital de Vaucluse a amené des maçons dans la commune, nous en relevons 21. Dame Fourrier, veuve Saint-Lot, marchande de vin, s'occupait, elle aussi, d'une entreprise de maçonnerie. Chez elle, il est dénombré 8 maçons, dont son fils, 1 terrassier et 1 tailleur de pierres. Á moins que ces ouvriers y prenaient pension.

Les cultivateurs restent la « classe aisée », nous verront plus loin que ce n’est pas certain, pourtant la terre est encore la plus sûre garantie, quoique les exploitations sont de petite importance. 23 cultivateurs demeurant dans la commune vivent des produits agricoles. Parallèlement il y a 10 jardiniers, dépendant de la même catégorie, souvent placés chez des particuliers.

Deux métiers féminin très répandus à l'époque expliquent peut-être le manque de commodité dans les foyers et le sens de l'économie en entretenant au maximum et en confectionnant les vêtements : nous trouvons 10 couturières et 8 blanchisseuses.

L'extraction de la pierre est encore peu répandue : 7 carriers, dont l'entreprise familiale Boudier et ses 3 fils. L’extraction de la meulière est un revenu par ses taxes à la commune.

Le personnel de maison est en nette régression : 4 domestiques. On ne distingue plus les trois maisons bourgeoises de Villemoisson avec leur personnel parfois nombreux (21 personnes avec la famille propriétaire au château lors du recensement de 1831). Que sont devenues les cuisinières, les gouvernantes ? Sans doute se trouve encore des jardiniers.

La marquise de Bassompierre vend, le 28 avril 1839, à l'audience des criées du Tribunal Civil de la Seine le château et ses dépendances à Charles Cossonnet, propriétaire au Perray. Deux mois plus tard, le château est acheté par Nicolas Gaudy, sa femme Geneviève Lasson et Jean Lasson, Marie Gaudy son épouse. La propriété reste à la famille Lasson : Jean, Louis puis Eugène.

Dans le même temps, le Vieux-Logis appartient à Mr. Maurey, maire. Maurey meurt le 27 janvier 1849, son gendre, Alexis Damour, conseiller municipal, vend la propriété à Charbonné Boutteville le 22 mai 1869.

Le Collège appartient depuis 1817 à Antoine Lisfranc de Saint Martin. Paul Alexis, son fils, en hérite en 1824 et meurt le 27 janvier 1849. La même année, la vente sur licitation des biens est faite entre les cinq enfants du défunt. Ils sont adjugés, à Pauline Lisfranc, femme de Jean Lemoine.

Revenons à notre recensement, nous trouvons les métiers suivants : 1 serrurier, 3 voituriers dont Lejeune et son fils faisant marcher l'affaire familiale, 1 épicier, 1 cordonnier, 1 menuisier, 1 marchand de beurre, 2 marchands de vin (sont-ils les cabaretiers d'autrefois?). 2 merceries, 2 matelassières.

Le chemin de fer Paris-Orléans emploie 3 personnes dont 1 mécanicien.

La commune dispose d’un cantonnier, Charles Saint-Lot, le garde-champêtre Monnet, un instituteur Simon Paul. Aucune précision sur le secrétaire de mairie dont il est relevé le traitement au registre des délibérations. (Cette fonction équivalente au greffier de l’époque révolutionnaire est peut-être assurée par l’instituteur).

Qu'est-elle devenue la famille Robine ? Le moulin de Villemoisson est-il toujours en fonction ? Nous savons que le moulin, vendu comme bien national, appartient à la ville de Paris, en 1850 Robine est toujours avec un copropriétaire nommé Dubourg. Nous relevons seulement le nom de Chaumette, garde moulin.

Bon nombre de personnes sont portées au recensement comme rentières, mais il s'agit d'avantage de personnes âgées. 24 sont ainsi relevées dont le « père » Dupré, 87 ans, est le doyen d'âge.

Signalons aussi les familles nombreuses devenues rares aujourd'hui : Mr. Mme Rousselle, leur six enfants, la belle-mère, le beau-frère, soit dix personnes vivants sous le même toit. La plupart de ces familles sont pauvres ; nous voyons les enfants Rousselle admis gratuitement à l'école par décision municipale. La famille Denis, le père est journalier, ses cinq enfants, la grand-mère et chez eux Denise Colas qualifié « d'idiote » et d'indigente. Héloïse Malgon, journalière, seule avec ses quatre enfants à charge. Porcher, employé au chemin de fer, cinq enfants. Théodore Dupré quatre enfants, Diard cinq enfants, Danne sept enfants, ces trois derniers cultivateurs. Avard quatre enfants, Moreau, maçon, quatre enfants.

 

 

La pauvreté

La préférence à des secours de proximité

         Villemoisson dont les revenus sont faibles du fait d’une population le plus souvent en état d’impécuniosité due à un état professionnel souvent précaire, préfère le concret à une solution dont l’efficacité reste incontrôlable et équivoque.

Le 6 novembre 1853. - Il est donné connaissance des instructions du préfet relatives au secours médicaux qui seraient donnés gratuitement aux pauvres. Le conseil considérant que cette nouvelle forme de secours n'est pas profitable dans les petites localités, ni aux administrations, ni aux indigents, en ce sens que les fonds votés pour ces secours médicaux peuvent ne pas avoir l'emploi auquel on les destine, selon l'absence ou le très petit nombre de cas de maladie. Attendu que la commune déjà considérablement grevée pour les charges ordinaires, ne peut supporter cette nouvelle imposition qui souvent n'aura pas son emploi.

Dans les circonstances présentes, il convient mieux d'assurer, d'une manière solide la destination du peu de ressources dont la commune et le Bureau de Bienfaisance disposent, en augmentant les rations de pain de viande que le pauvre demande avec bien plus d'insistance. D'ailleurs, lorsque des cas de maladie se présentent, ce qui est rare, l'administration prévoyante assure aussitôt, et d'une manière plus directe, des soins aux malades, en appelant immédiatement un médecin auprès d'eux. La municipalité, après avoir délibéré mûrement sur cette affaire, décide à l'unanimité qu'il y a lieu de conserver le système de secours actuel jugé très satisfaisant. Mais Mr. le préfet reviendra à charge.

On comprend par ces quelques lignes que les Villemoissonnais, peu enclin à la maladie, préfèrent à tous remèdes celui de s'assurer son assiette garnie.

 

Un tiers des Villemoissonnais sont nécessiteux

Déjà lors de la réunion du 18 novembre 1854, le maire a informé le conseil des dispositions de la circulaire préfectorale qui invite les conseils municipaux à émettre leurs opinions sur l'utilité de la création d'une société de secours mutuels dans leur commune. Il a indiqué également la possibilité ou l'on serait de s'adjoindre à une autre commune pour cette fondation. La municipalité a rejeté complètement ce projet, la commune se trouvant satisfaite de son organisation de bienfaisance et déclare qu'il n'y a pas lieu de s'occuper plus longtemps de cette question.

Mais le 14 octobre 1855, Le préfet invite à nouveau les conseils municipaux et les établissements de Bienfaisances de chaque commune à prendre de suite les mesures nécessaires pour venir en aide, d'une manière spéciale, aux ouvriers nécessiteux, aux vieillards, aux infirmes et aux pères de familles dont les ressources sont reconnues insuffisantes. La pensée du préfet étant de diminuer, par tous moyens possibles, les lourdes charges qui pèsent inévitablement sur tous, par suite de la cherté excessive du pain, le maire, s'associant entièrement aux sentiments charitables qui lui sont communiqués, invite les membres du conseil réunis à délibérer sur l'adoption d'un système commode de bienfaisance pendant l'hiver 1855-56.

Le conseil, considérant :

- que la commune de Villemoisson est essentiellement pauvre, qu’elle est complètement dénuée de toute ressource ordinaire, s'imposant chaque année de charges énormes supportées d'une manière très sensible par chacun pour faire face aux dépenses communales ;

- reconnaissant toutefois hautement l'indispensable nécessité de procurer un soulagement réel aux personnes si nombreuses dont l'état de gène très pénible intéresse à plus d'un titre ;

- que cependant, tout en se conformant et adoptant les généreuses pensées qui ont pour but le bien être général, il est de son devoir de veiller aussi à ne pas grever l'avenir, ce qui serait une bienfaisance mal entendue.

         Après une revue faite avec soin de toutes les personnes dont la position doit être améliorée, revue qui montre que plus du tiers de la population est véritablement dans ce cas ; sur les différents systèmes proposés par plusieurs membres, le conseil décide qu'il y a lieu d'adopter, dans l’intérêt général la forme de secours suivante :

Des cartes seront distribuées à partir du 1er novembre à toutes les personnes dont les noms sont relevés. Ces cartes donneront droit à une réduction sur le prix du pain, dans la proportion que permettront les ressources de toutes natures dont la commune pourra disposer. La présente disposition aura son exécution jusqu'à concurrence de la somme affectée à ce sujet. Il est voté extraordinairement 400 francs.

Le conseil prie le préfet, avec une vive instance, de bien vouloir prendre en considération le nouveau sacrifice que la commune s'impose. Il ose croire que la misère qui règne dans Villemoisson plaidera avec fruit prés de vous, et vous disposera à comprendre la commune dans le contingent de celles que vous désignerez comme devant participer au secours de « dix millions ».

 

Epidémie : Est-il besoin d’avoir un fonctionnaire brillant par son absence ?

Le 18 novembre 1854. - Le conseil est instruit des propositions du préfet tendant à aliéner aux commissaires de police des indemnités sur les fonds disponibles de 1853, pour leur tenir lieu de frais de bureau et de déplacements.

Le conseil, considérant :

- qu'il est de son devoir de veiller à ce que le peu de ressources dont dispose la commune aient une destination absolument utile;

- que le but n'est pas atteint en affectant une portion de ces ressources si faibles soit-elle, au traitement d'un commissaire de police cantonal ;

- considérant que la commune est en droit d'attendre d'un fonctionnaire qu'elle paie, plus de zèle, de soin et d'exactitude dans son service ;

- que malgré plusieurs appels faits à l'autorité de ce fonctionnaire, il ne s'est jamais rendu aux pressantes invitations qui lui ont été adressées, surtout dans ces moments où l'épidémie règne dans notre commune, et ou il aurait pu, préposé comme il l'est, assurer l'exécution immédiate des moyens d'assainissement dans les rues mal entretenues ;

- Qu'en un mot, notre commune, qui a tant besoin de ces innovations et règlements qui amènent la propreté et conséquemment la salubrité, n'a encore à constater aucune de ces bonnes mesures.

 

« Illustration » Internet

 

Le conseil d'une voix unanime, prie instamment le préfet de faire en sorte que cette institution dont la création à été nommée utile, reçoive une application qui en montre les bons effets, ce qui est jusqu'à présent douteux.

Il réitère donc de nouveau à Mr. le préfet, la prière d'inviter ce fonctionnaire à être désormais plus prodige de ses visites, de se multiplier davantage et de mieux assurer le bien-être de tous. Toutefois, il est voté qu'il y a lieu de prélever sur les fonds libres applicables aux traitements des commissaires de polices, pour l'année 1853, et centraliser à la caisse du receveur général les revenus nécessaires pour acquitter les indemnités proposées.

         Il semblerait qu'avec les traitements attribués aux commissaires de police, il a été créé ce service en remplacement de la dissolution de la garde nationale

 

Chasse aux logements insalubres.

19 octobre 1865. Il est recommandé de prendre toutes les mesures qu'indique l'hygiène publique et, s'il y a lieu de nommer la commission prescrite par la loi du 13 avril 1850 relative aux logements et dépendances insalubres. A l'exception de Boudineau et du maire, tous les membres du conseil constituent la commission assistée de Chairon, médecin à Savigny.

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