Naissance du « Centre ville » (1)
C’est le temps où les promoteurs cherchent partout à
implanter des grands centres d’habitations ; où l’idéal est d’obtenir un
maximum de surface et d’y bâtir plus possible de logements sur place ;
construire ainsi à la chaîne est rentable et répond à un système d’habitations
à loyers modérés (HLM). Depuis dix ans la guerre est finie, mais la crise de
l’habitat demeure et le gouvernement pense ainsi satisfaire à cet impératif par
une stratégie de multiplication de ces villes champignons : il se rendra
bien vite des problèmes que cela va susciter.
En 1955, la municipalité reçoit du préfet une demande
d’approbation d’un projet de construction de 180 logements dans la Plaine par
la Société anonyme La Sablière ; le Conseil s’étonne que l’on ne se soit
pas préoccupé préalablement de lui demander son opinion et se trouve devant le
fait accompli. Il s’insurge et justifie ses motifs de désapprobation ;
devant deux arrêtés préfectoraux et l’invitation du Ministère de la Reconstruction
et du Logement (MRL) il faut s’incliner. En 1957, la Sablière se trouve dans
l’impossibilité d’amorcer les réalisations prévues.


Photos collection André Clément

Mais en 1960, coup de tonnerre sur Villemoisson. Le plan directeur
d’urbanisme n°16 intéressant plusieurs communes autorise la création à
Villemoisson d’une zone d’habitations collectives de 1700 résidents ; son
périmètre englobe des maisons individuelles existantes, la zone est déclarée
d’utilité publique : Faut-il démolir pour construire ? Le conseil ne
peut que donner un avis défavorable, la réaction de la population frappée
d’expropriation ne tarde pas à s’exprimer.
En 1962, la SEMEASO travaille à l’aménagement de la zone. En
1363, de force, M. le maire cautionne le sacrifice d’un certain nombre de
propriétés bâties à la meute des lotisseurs, à leur rentabilité dont la bonne
conscience se retranche derrière une politique gouvernementale de
reconstruction pour faire face à la pénurie de logement ; elle sollicite
même un emprunt auprès du FNAT pour payer l’acquisition à l’amiable des 140
propriétés expropriées. Il se constitue un « Comité de défense ».
En 1965, c’est le Schéma directeur d’aménagement et
d’urbanisme de la région parisienne. Le PADOC plan d’aménagement et
d’organisation de la région parisienne. En 1967 se met en place le Groupe
d’études et de Programmation (G.E.P), pour 2700 logements. L’OCIL prend le
relais de la SEMEASO, tout est à outrance malgré les modérations proposées par
un urbaniste, M. Pointet. Les atermoiements se poursuivent. Quand, parait le 23
décembre 1971 un article sur « Le Monde » intitulé « Faire la
part du béton »
« Un village de 3442 habitants, de vieilles rues
étroites, une rivière à ses pieds, du calme plein le cœur. Un aménageur
promoteur constructeur, l’Office Central Interprofessionnel du Logement (OCIL)
utilise le 1% patronal consacré au logement. Il a acheté une quarantaine
d’hectares sur le plateau de Villemoisson et en voudrait 58. … Cela signifie
9000 nouveaux habitants, des immeubles de quatorze étages. … (Ceci) se retrouve
aux quatre coins de la région parisienne. … L’association de Défense ne se
contente pas de protester, faisant la part du béton, elle propose : il est
possible de bâtir que trois cents logements collectifs et six cents maisons
individuelles, on épargnerait les deux derniers espaces verts sans nécessiter
des expropriations dramatique. L’auteur de ce contre-projet, M. Pointet, dirige
l’atelier d’urbanisme des Hauts-de-Seine. » (Alain Faujas)

Extrait du bulletin municipal de l’époque
La municipalité demande la création d’une ZAC (Zone
d’Aménagement Concerté), dite « Le poirier de La Farinette » sur un
ensemble de terrains d’une superficie de 600.000 m². Cette zone dont la
majorité des terrains est en propriété ou en option de la société immobilière
« Les Logis parisiens » et « La Sablière ».
En 1973, est prévu 1200 logements au lieu de 1700, 4000 m²
de bureaux ; 2000 m² de commerces, 49.000 m² de zone d'activités ; les
pavillons existants doivent être respectés. Les proportions devront se
rapprocher de 1/3 collectifs, 2/3 en individuel. L’action de l’Association de
défense contre le projet de l’OCIL s’amplifie, de même qu’il est présenté au
cabinet du ministre, M. Chalendon, puis à M. Guichard. Les démarches de MM.
Pointet et Lepine n’ont pas été inutiles, une ordonnance de M. Olivier Guichard
sauve Villemoisson d’une cité aux proportions monstrueuses.
Olivier Guichard décide d’interdire les grands ensembles.
Paris le 21 mars 1973. (Extraits) « Les grands ensembles se sont imposés à
la fin de la guerre, à un moment où il fallait construire vite et massivement Le
grand ensemble n'a du reste pas de réelle justification économique. Il ne
revient pas forcément moins cher de réaliser un ensemble de 3.000 logements que
de réaliser 6 fois 500 logements.
« En réalité, le grand ensemble est l'enfant de la
facilité et du goût moderne pour le gigantisme. Facilité administrative et
technique qui aboutit à concentrer en une seule opération, conçue en une fois
par une même autorité, confiée à un seul organisme, un programme comportant des
milliers de logements. Le grand ensemble tend à détruire les architectures
urbaines. Ce qui fait le charme des villes, c'est d'abord la qualité de
l'habitat, sa diversité, les surprises qu'il ménage, l'absence de monotonie
dans le détail comme dans l'ensemble. Dans des immeubles sans visage, souvent
étrangers au paysage, on découvre rarement l'effort des ouvriers ou l'intention
des architectes. La ville et la société, comme la vie, sont diversité. Or le
grand ensemble s'oppose à la diversité sociale de la ville. Il est l'aspect
physique d'une politique qui tend à organiser la ségrégation sociale dans nos
villes.
« Il est temps de réagir sinon le grand ensemble
deviendra l'ordinaire de notre paysage urbain. La réaction a d'abord consisté à
répondre à la préférence des Français pour la maison individuelle. Nous avons
supprimé les pratiques discriminatoires à l'encontre de la maison particulière.
Le résultat ne s'est pas fait attendre. La proportion des maisons individuelles
est passée de une sur 5 logements construits à près d'une sur 2.
« Une circulaire célèbre a interdit les « tours et
barres » dans les villes petites et moyennes. Mais les tours et les barres
sont en grande partie la conséquence d'un urbanisme opérationnel qui incline à
créer de grands ensembles. Il faut donc s'attaquer aux causes. Et comme les
causes à vrai dire ne sont qu'une pratique sans réelle justification, il faut
et il suffit d'interdire ces pratiques. On doit s'opposer à ce que les
disparités s'accentuent et tendent à créer de véritables ghettos, les
privilégiés soigneusement protégés d'un côté, les moins favorisés soigneusement
concentrés de l'autre ». La loi Olivier Guichard
Dans le Bulletin municipal n°73-06, mais 1973, nous
relevons : « l’O.C.I.L., propriétaire de 40% des terrains de la
Z.A.C. s’engagent d’acquérir le maximum de terrains pour pouvoir déposer le
P.A.Z., L’ensemble est négocié à un prix moyen de 70 F/m² (60 f pour les
enclaves). La propriété Mousset (parc des Erables), ex-propriété « des
sœurs » est en cours de négociation ; L’O.C.I.L. céderait à la commune
cette propriété au prix coûtant ».
En 1974, l'OCIL avait acquis 15 à 20 hectares achetés entre
4 et 20 francs le mètre carré ; hors il faut 90% de la surface du
périmètre. Pour atteindre ce résultat il est proposé aux propriétaires de 75
francs le mètre carré, alors que les Domaines (État) considérait que le prix
moyen de 45 Francs.
1975 : Les directives gouvernementales concernant
l’arrêt de l’urbanisation dans la région parisienne ont entraîné la cessation
de toutes les discussions : Le plan d’occupation des sols (POS) élaboré
par la municipalité est en attente ; la zone d’aménagement concerté (ZAC)
devient une vaste étendue qui tente les nomades, et attire les dépôts de
détritus. Si bien que M. le sous-préfet de Palaiseau propose la création d’une
aire de stationnement pour les nomades dans la Z.A.C. : le Conseil refuse
.Cependant, le Préfet annonce qu’il accepterait une petite Z.A.C. de 150
logements. Aucun promoteur ne s’intéresse à ce projet. En 1976, l'OCIL fait
savoir qu'il n'est plus volontaire pour devenir aménageur. Il souhaite que ses
excès d'achat soient compensés par les impôts communaux et refuse le terme de
« spéculation »

Photo extraite du bulletin municipal de l’époque
L’année suivante, en 1976, il temporise : « Ce
secteur est déficitaire en équipement. Tout projet d'urbanisation important
doit donc être évité, sa vocation destinée à l'implantation d'espaces verts et
d'équipements publics doit être affirmé. Je ne suis pas opposé à la réalisation
d'une petite opération d’une centaine de logements et d'une zone
d'activité… » Mais une mini ZAC, en raison de son équilibre financier, ne
permet pas la création d'équipements publics suffisants et ne résout aucunement
l'ample problème de l'assainissement.
Enfin, M. le Préfet s'oppose à la réalisation de la ZAC pour
deux raisons : la cadence des constructions dans l'Essonne a atteint un niveau
anormal, « Villemoisson a conservé son caractère de petite ville calme, de
lieu de repos, qu'il importe de préserver contre toute tentation de profit ».
Il faudrait créer avec 150 logements un petit centre commercial, une petite
surface d'activités, la création d'un espace boisé interurbain. Son financement
devant être envisagé sur le plan régional, départemental et communal. De plus
un projet de circulation relatif à la voie des bords de l'Orge a soulevé un
tollé général des élus contre le sacrifice de la vallée. Une nouvelle étude
s’orienterait vers la création d’un courant empruntant le plateau de
Villemoisson rejoignant le projet du C.D.25 avantagerait la circulation. Mais
le conseil municipal craint qu’avec la création d’un parc intercommunal
Villemoisson soit coupée en deux.
Pour la direction commerciale de L'OCIL, aucun constructeur
ne voudra s’en charger, il ni a pas assez à gagner ; toutefois
propriétaire du terrain il va jouer sur la surenchère, il revendique 92 francs
le m² au lieu de 75 francs, prix indiqué par la DDE qui bloque l'opération en
son entier.
Ainsi la mise en chantier du lotissement de la Plaine
piétine ; pendant ce temps là les nomades occupent des terres en friches.
La municipalité ayant voté l’interdiction de stationnement procède à plusieurs
expulsions qui provoquent une réclamation du Service Social de l'organisation
des « Gens du Voyage ». Des pétitions de protestations sont déposées
par les riverains, des vols ont eu lieu même s'il est possible que certaines
personnes profitent de leur présence pour commettre des délits. En réponse au
commissariat de Police, l'OCIL réplique que si l'Administration Préfectorale voulait
bien appliquer l'arrêté de création de la Z.A C., ces terrains ne seraient pas
l'objet d'abandon.

En 1977, la ZAC de 1200 logements, annulée est remplacée par
un parc public assorti de quelques logements, le Conseil afin d'éviter tout
risque de manœuvre spéculative sur le prix de vente des terrains demande la
création d'une Zone d'Aménagement Différé (ZAD). Il est confié à l'AFT de la RP
(Agence Foncière et Technique de la Région Parisienne) le soin de l'aménagement
du périmètre de la ZAD.
Enfin, dans le cadre des plans d'occupation des sols (POS),
en 1979, c’est le projet d’aménagement d’un « Centre-Ville »
accueilli favorablement par la D.D.E. Il est déclaré d’utilité publique les
anciens champs de la Plaine, dont la Société des Logis Parisiens, filiale de
l’OCIL est largement propriétaire. L’Urbanisation de la Plaine démarre. Un
arrêté préfectoral de l'Essonne du 31 mars 1980 approuve le plan d'aménagement
(P.A.Z.) concernant l'ensemble du plateau.


Les constructeurs se partageront ainsi le gâteau, soit trois
ensembles de maisons individuelles :
1°) La société SOFEICO va édifier un ensemble de 85 maisons
individuelles de 4 à 7 pièces, sur des terrains de 400 à 900 m² : le long
du mur d'enceinte du parc du «Collège», près de l'ancienne ferme, bordant le
cimetière, le long d'une nouvelle voie allant de la chapelle provisoire à la
rue de la Plaine (av. des Gardes messiers).
2°) La Société Ferret Savinel : les terrains situés
entre la rue de la Plaine et les maisons bordant l'avenue de Séquigny, 85
maisons individuelles de 4 à 6 pièces sur terrains de 400 à 800 m2.
3°) La société O.C.I.L. construira 75 maisons
individuelles : au centre, entre l'entrée du collège Blaise Pascal et le
haut de la rue Ferrande. Et environ 90 logements agencés sur un, deux ou trois
niveaux.




Financement. - A tous ces travaux d’aménagement, la commune
accorde des garantis d’emprunt avec le département de l’Essonne :
17.000.000 francs, remboursable en 4 ans que l’AFTRP se propose de contracter
auprès de la Caisse des Dépôts pour financer les achats de terrains et travaux
d’équipement de la ZAC. Á la société anonyme d’H.L.M. France habitation,
25.000.000 francs que cet organisme se propose de contracter avec la Caisse de
Prêts aux organismes d’habitations à loyer modérés pour une durée de 34 ans. La
commune s’engage pendant toute la durée du prêt à créer, au cas de besoin une
imposition directe suffisante pour couvrir le montant des sommes dues à défaut
par les organismes empruntant. Villemoissonnais à votre porte-monnaie !
En 1981, une crise s’installe à la municipalité, des
conseillers démissionnaires s’insurgent contre l’augmentation des impôts
locaux, etc. ; (Selon des lettres adressées aux villemoissonnais et au
préfet). Le Conseil municipal perd le tiers de ses membres (8 sur 23), il
devient nécessaire de procéder à des élections complémentaires.
L'avancement des opérations piétine, « France
Habitation » remplace l'O.C.I.L. pour l’élaboration du centre ville où le
collectif largement augmenté passe de 30 à 70 logements. SOFEICO souhaite des
maisons moins importantes et plus nombreuses (110 logements) pour augmenter ses
affaires. L'A.F.T.R.P. est en transaction avec « Kaufman and Broad »
pour 60 logements et un deuxième constructeur pour les 50 autres. La curée.





Enfin, le 11 et 12 mai 1985, après tant de péripéties, 30
ans de démarches, le centre ville est inauguré avec une antenne de la Poste.
Des discours sont prononcés par Mme Gomond Maire, M. le commissaire adjoint de la
République et M. le Directeur départemental des Postes. Il est retracé le
chemin parcouru pour la réalisation de cette Z.A.C. Puis c’est la visite de la
ZAC. Un petit train serpente dans la plaine pour les visiteurs. Un vin
d'honneur est servi aux officiels à la Salle Polyvalente tandis que les
habitants se retrouvent Square Bassompierre pour le pot de l'amitié, orangeade
et soda. Autre inauguration : une messe est célébrée par le père Courtois
à la nouvelle chapelle Saint-Joseph. Le soir, à la Salle Polyvalente des
« Erables », un bal est animé par Aimable et son orchestre.

Extrait du bulletin municipal de l’époque
Ce jour là les badauds, malgré la publicité
municipale, étaient peu nombreux



Reconnaissons tout de
même, en comparaison d’ailleurs, que l’urbanisation de Villemoisson est pas
trop mal réussie : point d’alignements et de concentrations excessifs, un
peu de recherche rompant la monotonie ; cependant, dans l’ensemble les
maisons ont un style à peu près semblable. Les stationnements de la mairie sont
seulement orientés vers le village, donc l’accessibilité est mal répartie par
rapport au quartier sud.
Un demi siècle est passé, la crise du logement demeure. Ce
n’est plus le manque, mais les moyens pécuniaires. Aujourd’hui les clochards
ont laissé la place aux S.D.F ; certains salaires ne suffisent plus pour
acquérir la location d’un logis, des cabanes surgissent dans les bois, même aux
portes de Paris, des caravanes servent de foyer principal. Un sondage révèle
que près de la moitié des Français peuvent être victimes de cette
situation ; la précarité ronge le tissu social. Ceci devrait être un
avertissement. Point nécessaire de faire des ghettos, mais des habitations
accessibles diluées dans les ensembles. Le gouvernement frappe d’une taxe, que
l’on pourrait appeler de « luxure », les localités qui ne peuvent
répondre à une proportion demandée de logements sociaux ; pourquoi,
lorsqu’il serait justifié qu’il ni aurait pas de places disponibles, cette taxe
n’est-elle pas révisée ? Sur la question beaucoup de raisons différent.
(1) Extrait de
« Villemoisson au XXe siècle »et registres de délibérations
municipales