Le
moulin de Villemoisson (1ère partie)
Le moulin seigneurial
Le droit de banalité est une servitude consistant dans
l'usage obligatoire et public du four à pain, pressoir et moulin appartenant au
seigneur, dont d'ailleurs il en a la seule possibilité de posséder. C'était là
un véritable monopole contraignant les habitants des villages à les lui
utiliser sous peine d'amendes aux contrevenants. C'était un profit assuré en se
réservant une partie des produits traités; de plus, cela lui permettait le contrôle
de la productivité de ses sujets, dont, là aussi il se réservait quelques
redevances comme le champart
Si four et pressoir se trouvaient en sa demeure, ou dans sa
ferme le plus souvent, il n'en était pas de même du moulin tributaire de son
mode de fonctionnement. C'est par milliers que les moulins à eau se répandirent
du XIIe au XIIIe siècles. Le premier aveu de 1462, très sommaire dans sa
transcription est muet sur la présence d'un moulin à Villemoisson; mais nous le
trouvons dans celui du 11 juillet 15O6, consistant « en un corps d'hôtel,
grange et jardin derrière, d'une contenance d'un arpent environ. »
C'était, avant toutes perfections techniques, des roues à
pales installées au fil de l'eau que retenaient des digues de bois remplies de
pierres. L'arbre était cerclé de fer, mais il fallait souvent le réparer ou le
remplacer.
On peut dire que les meules de pierre étaient extraites aux
Moulières de Liers, dont l'industrie se révèle dés 1394. Ces carrières se
situaient, pour une faible partie, entre ce hameau et Sainte-Geneviève, et pour
l'autre sur le chemin du Port à Fleury (Bois des Trous); d'où l'appellation de
Petite et Grande Molières.

Bail du moulin de Villemoisson du 9 octobre 1656
(photo M. Saint-Sevin)
Les meuniers jusqu’à
d’Harnoncourt.
En dehors d'un certain Jehan Lécuyer, meunier à Villemoisson
en 1513, il faut attendre la fin du XVIIe siècle pour reconstituer, grâce à
l'état civil paroissial, la généalogie des meuniers du moulin.
Nous y trouvons la famille Baron : les frères Rémy, Nicolas
et Gérard. Rémy, peut-être l'aîné, menait l'affaire, quoique en 1678, nous
ayons un Henri Baron. Etait-il un frère ? Un fils ? L'état civil ne précise pas
le lien de parenté; à moins d'une mauvaise interprétation orthographique.
Rémy était l'un des notables du village, dont il était le
marguillier de la fabrique. D'ailleurs, le plus souvent, là comme en maints
endroits, les représentants de la meunerie jouissaient dans l'échelle sociale
d'une certaine aisance, formant un milieu relativement fermé, recherchant
alliances entre familles de la même corporation, ou de bons et honorables
partis.
Rémy n'eut point de fils, nous n'en trouvons aucune mention
à l'état civil ; mais sa femme, Barbe Besnard, qui décéda le 7 janvier 1681,
lui donna cinq filles.
Marie, née vers 1656, par son mariage lui succédera. Marie
Baron épousa Etienne Gresset, fils d'Etienne Gresset et de Marguerite Lemaire.
Il naquit à Epinay vers 1645. Qualifié de meunier de Villemoisson, il mourut le
8 mai 1682 au moulin de Savigny à Viry, où sa veuve continua d'habiter. Marie
devait lui donner, elle aussi, que des filles. A la mort de son mari, Etienne
Gresset, en 1682, Marie Baron se remaria à Jehan Renou
« meunier-laboureur ». Elle eut encore huit enfants.
Nous voyons en cette fin du XVIIe siècle, une véritable
dynastie familiale établie au moulin : Rémy Baron, puis sa fille Marie épousant
successivement Gresset et Renou ; l'ascendance de cette famille est telle que
du temps où la fille faisait marcher l'affaire avec son mari Gresset, pour
beaucoup, c'était toujours les Baron meuniers de Villemoisson
Toutefois, Denis Dumont, meunier, décédait à 38 ans le 27
février 1710. C'est sans doute sa sœur Geneviève qui lui a succédé. Son mari
Nicolas Fleury était meunier du marquis de Vince de Vins, seigneur de Savigny
et Epinay; au Breuil, ainsi le trouvons-nous cité en 1706.
En 1717, Pierre Jumelle est cité meunier du marquis de
Noailles. De ses deux femmes, Geneviève Duguet et Louise Mace (ou Masse), nous
lui connaissons quatre filles et un fils. Il tint le moulin de 1717 à 1723. Son
successeur, Nicolas Picart eut un passage de courte durée au moulin.
Des quatre enfants de Nicolas Laisné, meunier, décédé le 13
avril 1723, Charles et Nicolas gérèrent-ils ensemble le moulin ? Rien ne le
confirme, puis vint Pierre Latteux.
Comment était le moulin
à la fin de l'ancien régime ?
L'aveu et dénombrement de Bertier de Sauvigny rendu à
Nicolas Florimond Fraguier, seigneur du Mée-les-Melun, dont la seigneurie de
Villemoisson était vassale, nous le décrit dans ses détails.
- « Le moulin à eau du dit
Villemoisson avec ses roues, tournant et travaillant, faisant farine, construit
sur la rivière d'Orge.
- « Grande cour dont
l'entrée est par une porte cochère à deux battants
- « Logement du meunier
composé de cuisine à four et cheminée par bas, chambre à côté sans cheminée, le
tout planchayé. Chambre et grenier au-dessus.
- « Petit poulailler
sous l'appentis des dits bâtiments.
- « A côté de la dite
cuisine est la halle du dit moulin où sont les moulants tournants et
travaillants d'iceluy, le tout planchayé, grenier au-dessus.
- « Vis-à-vis les dits
bâtiments sont une écurie et une vacherie avec grenier, escalier hors oeuvre
pour y monter.
- « En face de la porte
d'entrée est une grange de cinq travées compris l'aire.
- « Au-dessus de la dite
roue du dit moulin est une salle par bas de trois travées, planchayée, chambres
et grenier dessus, escalier en oeuvre pour y monter.
- « Dans la cour, il y a
une laiterie voûtée et cave ensuite.
- « Le tout couvert de
tuiles.
- « Clos ou petit jardin
derrière les murs de la dite cour en forme de terrasse, contenant avec l'ancien
étang et le réservoir des eaux du dit moulin, en totalité deux arpents dix-neuf
perches.
- « Tenant le tout d'un
long du midy au chemin tendant de Sainte-Geneviève à Villemoisson; d'autre long
du nord au pré du sieur Bourier d'Athis, un bras de la rivière faisant
séparation; d'un bout d'occident sur le grand chemin tendant du dit
Sainte-Geneviève à Paris »(actuelle route de Corbeil).

Le
moulin au XVIIIe siècle. Remarquer l’absence de la route de Corbeil et le
chemin de Villemoisson à Morsang, prenant devant la « Maison-sous
l’église », et passant sous la ferme seigneuriale.
Une manufacture à
cuivre.
Possesseur du moulin Galant de Villabé, manufactures de
cuivre, Durey d'Harnoncourt voulait en faire de même avec celui de
Villemoisson.
Son livre de comptes de 1747 à 1757 correspondait à la
période de travaux pour mener à bien l'établissement de sa manufacture. Pierre
Latteux, au nom de d'Harnoncourt, était chargé de régler les achats aux
fournisseurs. On y révèle tout son travail et la marche de son affaire. Il paie
des sommes relativement considérables à des entrepreneurs qui sont : Ragon
Thuillier à Sceaux, pour fournitures de ciment ; Jean Sauvagnac,
maçon ; Colleau charpentier demeurant à Mennecy, pour l'achat du gros
arbre du moulin ; le serrurier Antoine Lance à Mennecy ; les
charpentier de Paris pour fourniture de plates-formes poutres. (1751) ;
Lepouges, marchand de pierre ; Pierre Couppa, scieur de long ; Baron
marchande sable ; Cirop marchand de grès ; Duhamel cimentier ;
Saint-Lot carrier.
Durey d'Harnoncourt ne pouvait évidemment trouver sur place
des ouvriers qualifiés. Aussi le voyons-nous rembourser le 12 novembre 1751, 32
livres 16 sols à Mr. Bertier, pour frais payé pour la sortie de la prison du
Châtelet un hongrois marteleur de métier. Il avance, par l'intermédiaire d'un
notaire, les frais du voyage de deux ouvriers fondeurs auvergnats. Extrait de
ce contrat : « L'an mil sept cent-cinquante trois, le onzième jour du mois
de novembre, en ville d'Aurillac, par devant nous notaires royaux soussignés,
ont esté en personne Antoine Cadilhac, fondeur de cuivre, et Michel Delmas,
aussi fondeur de cuivre … pour aller travailler de leur métier dans la
manufacture de Villemoisson près Paris, appartenant à Mr. d'Harnoncourt, savoir
cinquante livres chacun pour salaire d'avance et trente livres chacun pour
faire le voyage ».
Jusqu'en 1756, nous trouvons aussi au moulin : Joseph Delmas
ouvrier fondeur, marié à Marie Anne Rossignol. Jean Thouvenin, maître fondeur,
qui était précédemment copropriétaire du Moulin Galant.
Toujours dans son livre de comptes on y relève l’achat de
matière première : à Vallioud, pour le montant des frais de réception et
expédition au Havre et à Rouen de la partie de cuivre venant de Hongrie chargé
à Hambourg. Une facture du 4 avril 1754 mentionne l'arrivée d'un tonneau de
cuivre en rosette acheté par Mr. His à Hambourg, d'ordre de Mr. Ribes, pour le
compte de Mr. d'Harnoncourt, chargé sur le navire Handrina au capitaine
Tabre-Janssen, arrivé chez le sieur Daniel Ferray au Havre. Un autre envoi du 1er
avril 1754. Le cuivre était étaient voiturés vers Villemoisson, tantôt par le
sieur Bordier, aubergiste à Longjumeau, tantôt par Latteux et Antier de
Villemoisson.
On y voit un certain Anthiaume chargés de la vente de la
production à Paris (1756, 1757). Il était en même temps le garde magasin. Ses
ventes se montèrent pour la période du 20 mars 1753 au 1er juillet
1757, à 57.979 livres.
Pour la fonte du cuivre était utilisé le charbon de bois. La
forêt de Séquigny dont la chasse était réservée, et les routes appartenaient au
roi. Aussi était-il nécessaire de faire venir d’ailleurs ce combustible. Le 1er
avril 1752, c’est François Fildier, marchand de charbon à Montargis, qui fait
une livraison au port de Chatillon ; le 11 septembre 1753, c’est
Jean-Baptiste Roger, marchand de bois à Gentilly ; le 28 décembre 1754,
Dutrait, charbonnier à Montlhéry. Le 28 mars 1755, c’est un contrat avec
François Girard, marchand de bois rue de la Cerisaye, paroisse Saint-Paul à
Paris, transporté par un bateau de canal venant de Montargis.
Travaux d’amélioration
de fonctionnement.
Ce n'est pas en modifiant son moulin à farine que
d'Harnoncourt crée son industrie; celui-ci existe toujours. Mais sans doute y
montre-t-il peu d'intérêt et passe-t-il au second plan de ses préoccupations.
La manufacture fonctionne-t-elle au préjudice du moulin ? Le débit de la
rivière change-t-il ? Ce n'est que quelques années après qu'il décide
d'apporter remède à des mauvais fonctionnements. C’est le départ de différends
avec les voisins, créant procès et contestations entre le seigneur de
Sainte-Geneviève-des-Bois et Villemoisson et ses propres meuniers d'une part, et
les seigneurs de Savigny et d'Epinay d'autre part. Là, sans doute est la cause
de la disparition de cette manufacture qui semblait si florissante.
L'existence de deux moulins, l'un à farine, l'autre pour le traitement
du cuivre est de trop pour l'Orge petite rivière qui cependant à l'époque avait
un plus grand débit qu'aujourd'hui; le rapport qui suit ne met pas en cause une
raison mécanique.
« L'eau de la rivière qui entre dans le dit canal au
lieu de se diriger vers les confins du moulin se jette vers le vannage du dit
canal, d'où il résulte qu'il n'y a que la superficie de cette eau qui reflux
vers le moulin. Et comme cette eau n'a plus alors de force, le moulin est
souvent dans le cas de chaumer. Pour remédier à cet inconvénient, il est imposé
de construire un bon mur de pierre de meulière en avant du mur de digue du
canal. Lequel mur aura 74 toises 5 pieds de pourtour sur environ 8 pieds de
hauteur et de 24 pouces d'épaisseur. Le vannage sera avancé. Le vide entre les
deux murs sera rempli de décombres et de terre ». Le 25 mai 1763 un devis
estimatif est évalué à la somme de 3094 livres, afin de pallier au vice de
l'ancienne construction.
Pierre Latteux règle les fournisseurs, nous le retrouvons
qualifié de laboureur, voiturier, meunier tout à la fois. Ces fonctions
prouvent que le moulin ne suffit plus à lui seul pour subvenir à sa famille, à
son personnel. Quant à la fonction de laboureur, elle était souvent à l'époque
confondue avec celle de fermier; car il avait aussi c à bail la ferme
seigneuriale, en somme il était locataire des biens directs du seigneur.
Le seigneur emploie des journaliers Villemoissonnais à ces
travaux d’amélioration du moulin. Nous avons relevé les noms de ceux qui ont
participé, le nombre de jours détaillés et les sommes qui ont été versées pour
ces travaux à chacun d'eux. Soit pour la période de trois mois, 940 jours de
travail, ventilés entre les sieurs Lafeuille l'aîné, Lafeuille, Lavalette, Ben
d'Olande, Antoine Magnifique, Jules Charpentier, Vincent Taillefer et son fils,
Chaimbault, Hardy, Coulleau père et fils, Viel, Belot, Silvain Fleury,
Fleury-le-Jeune, Jean-Baptiste Fleury, les Boudineau François, Nicolas et
Antoine, Etienne et François Mézard, Mézard-le-Chantre, Silvestre François,
Antoine et Jugon Dautier, les Perrot François, Claude et André, Jean Guignot,
La Douceur, Deblois, Pascal, Antoine Naudé, Mathurin, Etard, André, Joseph,
Dimso.

Ces journées s'élevèrent à la somme de 1266 livres 8 sols 8
deniers. A ceci s'ajoutent 40 journées de voitures à quatre chevaux, 14
journées à trois chevaux pour la somme de 460 livres 10 sols. Il faut encore
compter les frais de matériaux pour cinq plabords afin de faire un batardeau au
détour de la rivière et pour servir à leurs transports; une voiture du plabord
de Choisy ; des cordages, six civières, quatre brouettes, huit pelles de bois,
trois mortiers de chaux. Le tout s'élevant à la somme totale de 2301 livres 8
sols 8 deniers. Sommes acquittées par monsieur de Sauvigny, en qualité
d'exécuteur testamentaire de feu monsieur d'Harnoncourt son beau-père le 12
juin 1766.
Procès avec le comte de
Luc.
Mais voilà que ces travaux entrepris pour l’amélioration du
moulin de Villemoisson, ce sont faits au détriment des moulins en aval et en
amont. Un premier procès est avec le comte de Luc seigneur de Savigny et
Epinay.; lequel prétend que le moulin de Villemoisson porte préjudices au
moulin Joppelin, situé plus bas lui appartenant. Un mémoire, dont nous tirons
de larges extraits, instruit toute l'affaire en apportant réponses aux
accusations et sa conclusion.
« 1°) Mr. d'Harnoncourt vient de faire construire à
Villemoisson aux deux côtés de la rivière d'Orge un canal revêtu de parapets
dans son pourtour pour retenir un volume d'eau capable d'animer en même temps
les deux roues d'un moulin à cuivre et celle d'un moulin à blé qui est vis à
vis ». La réponse de l’accusé : Le moulin à cuivre ne prend pas plus
d'eau pour les deux roues, qu'en prenait seul le moulin à farine qu'on suppose
tourner en même temps que celui à cuivre. Il est dit que le meunier ne fera
tourner son moulin que quand il y aura de l'eau qui sera inutile au moulin à
cuivre.
2°) A la déclaration que le canal est trois fois plus large
que le lit de la rivière qui coule en son milieu, il est répondu : « Cette
largeur qui a augmenté la quantité d'eau, ne peut préjudicier non plus au
meunier de Mr. le comte de Luc, parce que ce meunier est maître des levées ou
baisses des vannes à proportion de ses besoins. On sait qu'avant que le canal fut fait, on étoit
trois mois de l'année à manquer d'eau, qu'il fallait écluser quatre à cinq
heures de suite, pour tourner tout au plus deux heures; ce qui est maintenant
bien différent, puisqu'il peut toujours travailler ».
3°) Au reproche que les vannes près du moulin peuvent à
volonté retenir l'eau, et même régulariser le débit, par un versoir près du
pont, rejetant l'excèdent dans un fossé allant rejoindre la rivière au-dessous
des moulins, il est répondu que « le dit versoir n'est pas plus haut que
les vannes en question, qui sont les mêmes qui servoient au moulin à farine
avant la construction du moulin à cuivre; ce que l'on a fait remarquer au sieur
Lamoureux, fermier du comte du Luc, seigneur de Savigny par un
procès-verbal ». Sans doute que ce meunier voulait reprocher la
possibilité d'un stockage d'eau au moyen de ce versoir à son détriment.
4°) Lorsque les moulins de d'Harnoncourt travaillent, il
leur faut un volume d'eau trois ou quatre fois supérieur à celui qu'un moulin à
blé à besoin. Cette prodigieuse affluence d'eau noie le moulin Joppelin qui est
en aval et qui doit lever plusieurs de ses vannes ; ce qui fait que le surplus
de l'eau qui passe sous la roue perd toute sa force et ralentit
considérablement sa production. A cette accusation, il est rétorqué avec
évidence que le sieur Lamoureux est maître de baisser ses vannes à proportion
de ce qu'il peut avoir de trop.
5°) Les moulins de d'Harnoncourt « assujettissent le
fermier du moulin Joppelin à une servitude qui n'est pas supportable, étant
contraint de surveiller constamment le débit de l'eau, où tantôt par manque
d'eau le moulin est paralysé, où par excédent, elle déborde le lit de la
rivière inondant les prés, endommageant les berges ». Réponse :
« Tout le monde sait que les moulins supérieurs ont la facilité de faire
tel usage qu'ils souhaitent de leur eau. Le moulin de d'Harnoncourt est
au-dessous de celui du Breuil : on n'a jamais vu d'Harnoncourt se plaindre du
meunier du Breuil. La prétendue affluence d'eau ne peut inonder les prairies
puisque on ne lève jamais toutes les vannes à la fois; et d'ailleurs le canal
ne contient pas une quantité d'eau suffisante pour faire sortir la rivière de
son lit.
« Une autre considération également intéressante pour
monsieur le comte de Luc, quoique étrangère au fermier du moulin Joppelin, doit
trouver ici place. Elle regarde le moulin du Breuil, aussi appartenant à
monsieur le comte de Luc, situé au-dessus des moulins de monsieur
d'Harnoncourt. Lorsque l'eau est retenue dans le canal en question pour le
remplir, le moulin du Breuil ne peut tourner non plus parce que la rivière
n'ayant point d'écoulement les eaux arrêtées se regorgent, se gonflent et
remontent vers la source. A quoi on peut ajouter que les moulins situés
au-dessous du moulin Joppelin étant réduits à la même alternative de disette
d'eau, les fermiers se plaignent beaucoup, et les propriétaires sont également
intéressés à se joindre à monsieur le comte de Luc pour obliger d'Harnoncourt à
remettre les choses dans leur état naturel et primitif ».
Et la réponse de conclure : « On sait assez que c'est
la coutume des fermiers de se plaindre toujours pour avoir un prétexte
d'obtenir quelque diminution sur le prix de leur ferme; et que la malignité de
ces gens là porte à vouloir brouiller les seigneurs à propos de rien; c'est ce
que monsieur d'Harnoncourt évitera toujours par les sentiments qui sont dus à
monsieur le comte de Luc ».
Monsieur d'Harnoncourt étant décédé peut avant la fin des
travaux entrepris pour l'amélioration du rendement de ses moulins, cause du
procès ici évoqué, c’est son gendre Bertier de Sauvigny qui règlera l’affaire à
l’amiable, mais cela n’évitera pas d’autres procès.
(Á suivre)