Le moulin de Villemoisson (2)

(Extraits)

 

 

 

Bail de la ferme et du Moulin de Villemoisson.

Ce bail est important ; on peut dire que Restilat Galice est le métayer seigneurial de Bertier de Sauvigny à Villemoisson. Son bail comprend la ferme seigneuriale et le moulin; c'est-à-dire la partie propre (utile) au seigneur de Villemoisson.

         « 1771, 10 mars. - A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Anne Gabriel Henry Bernard de Boullainvilliers, chevalier, seigneur de Passy, Glizolles et autres lieux, conseiller du roy en ses conseils, prévost de la ville, prévosté et vicomté de Paris, salut, sçavoir …, fut présente dame Louise Bernarde Durey d'Harnoncourt, épouse et procuratrice autorisée de monseigneur Louis Jean Bertier …

         « Laquelle a par ses présentes, donné à titre de ferme loyer et prix d'argent, pour 9 années et 9 dépouilles entières et consécutives qui ont commencé aux jachères de l'année 1769, dont les semences ont été faites l'année dernière 1770, et pour faire la récolte en la présente année 1771. Pendant le dit temps à sieur Restilat Galice, laboureur, et Séraphine Jouette sa femme, demeurant au dit moulin de Villemoisson

         « 1°) la ferme seigneuriale de Villemoisson, les terres et près dépendants de la dite ferme. (Pour les détails se reporter au terrier : ancien manoir et les terres labourables, prés, friches, et autres, seigneuriales)

         2°) Le moulin à eau consistant en son entrée par une porte cochère à deux battants, en la cour du dit moulin fermée de murs en laquelle sont les bâtiments du meunier appliqués en une cuisine par bas où il y a four et cheminée, chambre à côté sans cheminée, le tout planchéié; chambre et grenier au-dessus; petit poulailler sous l'appentis des dits bâtiments. A côté de la cuisine sont les moulantes et travaillant d'icelui; le tout planchéié, grenier au-dessus. Vis-à-vis les dits bâtiments en sont d'autres appliqués en une écurie et une vacherie, planchéiées et grenier au-dessus, à côté desquels sont d'autres bâtiments en appends appliqués en poulailler et grenier au-dessus, escalier hors oeuvre pour monter audit grenier. Au fond de la dite cour et en face de la porte d'entrée est une grange de cinq travées, compris l'aire. Au-dessus de la roue du dit moulin est un autre corps de logis, composé d'une salle par bas planchéiée, de largeur de trois travées, chambre et grenier au-dessus, escalier en oeuvre pour y monter, dont l'entrée est fermée d'une porte donnant sur la dite cour. En laquelle sont encore une laiterie voûtée et une cave ensuite, dont les entrées et portes sont aussy en la dite cour. Le tout couvert de tuiles. Avec le réservoir des eaux, un bas pré appelé Le Préau et comprise au présent bail la jouissance de la pèche.

 

Le moulin de Villemoisson. En 8 un réservoir

 

         Ce bail est fait à la charge par les dits sieurs et dame Galice, ainsy qu'ils promettent et s'y obligent de bien labourer, fumer, cultiver et ensemencer les dites terres labourables, par soler en saisons convenables sans les dessoler ny dessaisonner. Convertir les pailles en fumiers, et répandre les dits fumiers sur les dites terres en temps convenables. Engranger les grains et fermages dans les granges de la dite ferme. Garnir la dite ferme de bestiaux suffisant pour l'exploitation des terres. Entretenir les bâtiments de la ferme de toutes menues réparations, et tous les ans se feront visite voir s'il n'y a point à faire de réparations plus importantes.

         Les réparations qui seront à leur charge, comme aussy d'entretenir les bâtiments, d'entretenir la mécanique du dit moulin, des roues tournantes et travaillant, arbres, vannes et autres machines ; charge d'entretenir le réservoir et le canal, de faire curer et nettoyer, ainsy que le déchargeoire, à leurs frais lorsqu'ils sortiront (partiront) du moulin. Le sieur Jean-Baptiste Douceur, meunier expert, nommé d'office par le prévôt de Montlhéry pour constater l'état où doit être remis le dit moulin par les dits preneurs à la fin du bail.

         S'obligent les dits sieur et dame Galice de faire moudre pour la maison de madame de Sauvigny, au prix de 20 sols par septier, la quantité suffisante d'orge où bled, sarrasin, plus de moudre pour les habitants des terres de Villemoisson et Sainte-Geneviève et du dit lieu de Morsan, deux fois la semaine sur le pied d'une dix sols par mouture par ... d'un septier de bled pesant 230 livres.

         Ce présent bail est fait en outre moyennant, sçavoir pour la ferme de Villemoisson 800 livres par chacune année, et pour le moulin et dépendances moyennant 1500 livres aussy par année, faisant 2300 livres. La dite dame de Sauvigny consent d'accorder aux dits Galice et sa femme deux cordes de bois et trois cents fagots par année que toute fois ils ne pourront exploiter par eux-mêmes

 

Les faits

 

1°) Déplacement du moulin du Breuil.

         1771, 20 juin, nous, Prosper Cauclier, conservateur du roy, maître particulier des Eaux et Forêts de la maîtrise, ville, prévôté, vicomté de Paris et autres lieux

         Henry Cochin, chevalier, seigneur d'Epinay-sur-Orge, expose que son moulin du Breuil qu’il étoit dans l'intention de le faire reconstruire à 20 toises plus haut, qu’il vouloit être autorisé par un procès-verbal d'alignement qui seroit par nous dressé en présence des propriétaires ou meuniers des moulins du dessus et du dessous. Il fut donc ordonné que nous nous transporterions au dit lieu, assisté d’expert pour dresser procès-verbal d'alignement au dit moulin à reconstruire, la hauteur de l'eau que le dit moulin prendroit, et la hauteur et largeur du déversoir ou de la fausse vanne servant de déversoir qui seroit établi, comme le dit procès-verbal seroit dressé en présence des propriétaires où meuniers des moulins du dessus et du dessous, afin de faire les observations que bon leur sembleroit.

         Nous sommes descendus en la maison moulin du Breuil assisté de notre greffier et de François Urbain Chaillou géomètre, où les nommés Jean Guignard, meunier du moulin de Gronteau et Galice, meunier du moulin de Villemoisson, doivent être présents, qu’en cas de leur absence, le sieur Cochin nous a requis de donner défaut contre les non comparants et pour le profit qu'il nous plaise de procéder aux dits alignements.

         Jean Jacques Guignard, meunier du moulin de Gronteau, dépendant du prieuré royal de Longpont, dit qu'il est prêt et offre d'être présent. Est comparu François Urbain Chaillou, est aussi comparu le procureur du roy. Sur quoi, nous avons constaté défaut contre le meunier du dessous (ledit Galice) non comparant, en conséquence l’expert a procédé aux opérations nécessaires pour parvenir aux alignements demandés et dressé procès-verbal de reconstruction du moulin dans les mêmes conditions que l’original. Sans préjudicier au moulin du dessus, et encore moins à celui du dessous, aux droits, actions et prétentions des seigneurs et propriétaires des moulins de dessus et du dessous, et avons permis et permettons à mon dit Cochin de faire démolir le moulin et de le faire reconstruire à 34 toises au-dessus du dit ancien moulin suivant les alignements et faire demander la réception des dites nouvelles constructions en la manière accoutumée.

 

 

2°) La plainte du meunier de Villemoisson.

         L'an 1771, le samedy 3 juillet, est comparu sieur Restilat Galice, meunier du moulin de Villemoisson, y demeurant.

         Lequel nous a dit et déclaré qu’il s'est aperçu que le travail de son moulin diminuoit considérablement par l'abaissement des eaux de la rivière d'Orge. Qu'il s'est aperçu de cette diminution d'eau procèdoit d'une tranchée qui a été faite dans la berge de la rivière d'Orge, du côté du chemin allant du parc du dit Villemoisson à Epinay, un peu au-dessous de la naissance d'une fausse boële servant à l'écoulement des eaux dans les temps de débordements. Ce pour sauver des inondations le chemin d'Epinay et les près d'une espèce d'isle, et la dite fausse boële va rejoindre la rivière au-dessous et près de la roue du moulin.

         En sorte que d'un côté le manque d'eau au-dessus du dit moulin et d'un autre l'engorgement de la roue d'iceluy par l'affluence des eaux perdues opère une diminution la plus considérable dans le travail du moulin qu'il faut arrêter fréquemment pour laisser amasser de l'eau. Qu'il est irréparable; que ce tort est tellement important qu'au lieu de 18 à 20 septiers de bled que le dit mouloit il ne peut moudre qu'environ 4. Il est de son intérêt d'être dédommagé, pourquoi il requiert qu'il vous plaise lui donner acte de la plainte qu'il nous rend. Nous nous sommes transporté pour constater l'état et en dresser procès-verbal pour lui servir et valoir. Après avoir vu et examine la dite tranchée, laquelle se perd dans la boille ou fausse boile (Boéle), avons observé qu’il ne se perdoit de l'eau que par quelques petites espèces de ruisseaux, le surplus du terrain se trouvant à peu près au niveau des eaux ou un peu au-dessous. Nous sommes ensuite transporté au versoir du moulin de Villemoisson, et avons mesuré la distance du niveau de l'eau.

 

3°) Extraits des minutes du greffe de la maîtrise des Eaux et Forests de Paris.

         L'an 1771, le 29 septembre, Jean Auguste David, garde, investi de la maîtrise des Eaux et Forests, à la réquisition du sieur Galice, meunier de Villemoisson, s’est transporté en son moulin. Lequel m'a dit que depuis hier que son moulin manquoit d'eau, ce qui l'empêchoit de tourner, et se seroit mis en devoir de visiter les berges de la dite rivière au-dessus de son dit moulin et s'est aperçu que l'on avoit rompu une berge d'icelle rivière qui renvoyait l'eau du dessous de son dit moulin.

         Nous étant transporté avec ledit sieur Galice le long de la rivière d'Orge et parvenu au-dessous et proche Epinay-sur-Orge; entre le pont de Villemoisson et le moulin du Breuil, j'ai remarqué que l'on a ouvert et fait une tranchée dans la berge du côté du dit Epinay. J'aurois pareillement remarqué que dans toute la largeur de la dite tranchée, l'eau s'écouloit de la dite rivière par la dite tranchée se répandait dans une boille et un chemin, et que la dite eau ne rentroit dans la dite rivière d'Orge qu'au-dessous du dit moulin de Villemoisson, ce qui prive le dit moulin d'avoir son eau ordinaire et l'empêche de travailler comme il a coutume de faire.

         Je fait sommation au dit sieur Galice de me déclarer ceux qui avoient fait ou fait faire la dite tranchée, et m'a fait réponse qu'il avoit appris que c'étoit Mr. Cochin, seigneur d'Epinay qu'avoit fait faire la dite tranchée pour donner de la facilité de tourner à son moulin qu'il vient de faire nouvellement construire à deux tournants (roues à aubes) au lieu du Breuil, lequel n'étoit cy-devant que d'un seul tournant. Dont et de tout ce que dessus j'ai fait et dressé le présent procès-verbal.

 

         L'an 1771, le 25 octobre, à la requête du sieur Rétilat Galice, meunier et locataire du moulin à eau de Villemoisson, j'ay Henry Degoutte, premier huissier audiencier en la prévosté et châtellenie royale de Montlhéry. Laissé la présente copie des procès verbaux qui constatoient le trouble fait en la dite rivière d'Orge par la tranchée y mentionnée, ce qui empêche le travail ordinaire du dit moulin de Villemoisson, à monseigneur Bertier de Sauvigny, premier président du Parlement de Paris et dame Durey d'Harnoncourt son épouse, seigneur et dame de Sainte-Geneviève-des-Bois, Villemoisson et autres lieux. A ce que du contenu aux dits procès-verbaux fait y énoncé, mon dit seigneur et dame de Sauvigny n'en ignore. Le dit sieur Galice les suppliant de prendre son fait et cause et de faire cesser le trouble à lui fait. Le tout sous les réserves que fait le dit sieur Galice à tous ses droits, actions, dommages et intérêts résultant du dit trouble et des faits énoncés aux dits procès-verbaux.

 

Le Breuil, dessous le moulin

 

L’affaire

         En 1751, Durey d'Harnoncourt, conçu le projet de faire travailler un moulin, mais pour prévenir toutes réclamations et toutes contestations, il fit dresser le 10 juillet 1751 un procès-verbal par le juge de la gruerie royale de Montlhéry à l'effet de constater le nivellement de l'eau de la rivière, que l'eau de la dite rivière ne sort pas de son lit et ne se répand point dans les près des riverains et ne leur cause aucun tort ni préjudice.

         Le 14 juin 1771, monsieur Cochin, propriétaire d'un moulin appelé du Breuil a conçu le projet de faire reconstruire plus haut qu'il n'était alors. Il a demandé d'être autorisé à faire détruire son moulin et à le faire reconstruire plus haut. A cet effet il requis un procès-verbal d’exécution, le 20, qui seroit dressé en présence des propriétaires et des meuniers des moulins au dessus et au-dessous, à l'effet de quoi il a demandé permission d'assigner les dits propriétaires et meuniers aux jour et heure qui seroient. Il est cependant certain que monsieur de Sauvigny n'a été ni appelé ni assigné. Monsieur Cochin c'est contenté d'assigner le sieur Galice, meunier du moulin appartenant à monsieur de Sauvigny le 18 juin à l'effet de comparaître le 20.

         Le 19, Mr. et Mme de Sauvigny ont protesté de la nullité des opérations ; qu'ils avoient appris, qu'il se proposoit de faire dès le lendemain sans les y avoir appelés comme propriétaires du moulin de Villemoisson, déclarant néanmoins qu'ils n'entendoient point s'opposer aux démolition et reconstruction du moulin de Cochin pourvu qu'il n'en résulta aucun tort pour le leur. Mais soutiennent que pareilles opérations ne pouvoient se faire sans que les propriétaires des moulins voisins y furent appelés, et qu'il soit laissé un temps suffisant pour examiner si ce que proposoit monsieur Cochin de faire ne pouvoit pas leur préjudicier.

         Pour Monsieur Cochin, le 20 juin, lors de la convocation des propriétaires des moulins pour procéder au procès-verbal, madame de Sauvigny, lui a assuré qu'il a laissé faire les opérations et a évité d'y être présente, elle a refusé sa présence qui se trouve constatée déjà dans l'ouverture du procès-verbal. Il a été ordonné que le procès-verbal seroit communiqué aux dits seigneurs et propriétaires des moulins de Gronteau et Villemoisson, et qu'il seroit sursis à toutes démolitions et construction nouvelles des dits moulins ancien et nouveau pendant huitaine à compter du jour de la communication du dit procès-verbal. Or cette disposition n'a point été exécutée et monsieur Cochin est dans l'impossibilité de représenter l'original d'un acte qui constate cette communication. Il passa outre, pour lui la présence seule des meuniers suffisait, et, par une lettre adressée le 24 à madame de Sauvigny , il devait s'expliquer. Pour Mr. Cochin la présence des meuniers suffisoit ; il fit appeler que les meuniers, sauf s'il s'élevoit quelque difficulté à faire appeler les propriétaires ».

         Monsieur Cochin muny de son procès-verbal et de l'ordonnance qui l'a suivi ne tardât pas à s'occuper de la démolition de son moulin, de la reconstruction de celuy à deux tournants à la situation de 34 toises au-dessus et d'un déversoir. Ce sont les différentes opérations pour ce déversoir qui ont occasionné les plaintes réitérées du meunier de Villemoisson, que l'on peut croire n'être pas sans fondements. Le meunier de monsieur de Sauvigny ne tarda pas à ressentir les torts que causoient à son moulin ces innovations, lequel a fait constater ces faits par un procès-verbal du juge des lieux du 3 juillet 1771,

         Le meunier de Villemoisson a fait constater par un procès-verbal du 13 juillet 1771, l'existence d'une brèche pratiquée au-dessous de la naissance d'une fausse boëlle servant à l'écoulement des eaux dans le temps des débordements seulement, mais lui provoquant cependant une perte d’eau pour actionner son moulin.

Le 24 juillet du dit an 1771, monsieur Cochin et madame de Sauvigny avoient signés un compromis par lequel il s'en rapportoient à messieurs Doutremont et Gerbier sur deux questions, savoir. Si entre l'endroit de la rivière d'Orge qu'on appelle l'abreuvoir d'Epinay et le pont de Villemoisson, il devoit y avoir un versoir par lequel l'eau de la rivière pût se décharger dans une boële nommée Boële d'Hathis, collatérale à la dite rivière dont le cours se porte sous la dernière arche du pont de Villemoisson, d'Epinay à Petit-Vaux. Si l'endroit ou est la petite boële est de la seigneurie d'Epinay ou de celle de Villemoisson, et si au-dessus ou au-dessous du dit endroit, il y avoit quelque terrain de la seigneurie de Villemoisson.

         Le même meunier de Villemoisson fit constater par un procès-verbal du sieur David, garde traversier de la maîtrise des Eaux et Forêts de Paris du 29 septembre 1771, sur le fait que le 28, dans l'après-midy son moulin avoit manqué d'eau. Que l'on avoit ouvert dans la berge de la dite rivière d'Orge une brèche ; que l'eau qui sortoit de la dite rivière par la dite tranchée se répandoit dans une boële et un chemin et que la dite eau ne rentroit dans la dite rivière d'Orge qu'au dessous du dit moulin de Villemoisson, ce qui privoit son moulin d'avoir son eau ordinaire et l'empêchoit de travailler comme il avoit accoutumé de faire. Sur quoy Galice interrogé a répondu que s'étoit monsieur Cochin qui avoit fait faire la dite tranchée et poser la dite pièce de bois pour donner de la facilité de tourner à son moulin qu'il a fait nouvellement construire à deux tournants au dit moulin du Breuil.

         Mr. Cochin et Mr. et Mme de Sauvigny firent des conventions sous seing privé le 28 octobre 1772. Savoir, par monsieur Cochin d'acquérir des dames de Saint-Cyr leur portion de bois dans la forêt de Séquigny, de la céder ensuite à monsieur et madame de Sauvigny, qui, de leur côté promirent de donner en contre-échange à monsieur Cochin le dit moulin de Villemoisson, la directe qu'ils ont sur la rivière d'Orge et les domaines et directes à eux appartenant pareillement de l'autre côté de la rivière et du côté d'Epinay. Pour fixer les produits et les estimations, ils compromirent encore ès-mains de messieurs Dontremont et Gerbier.

Enfin, ils compromirent une troisième fois dans la crainte de ne pouvoir contourner les dits échanges et donner un pouvoir aux mêmes arbitres de procéder à l'estimation du moulin de Villemoisson et de tous les domaines appartenant à madame de Sauvigny du côté de la rivière d'Orge entre le cours de la dite rivière et Epinay, même de la portion de cette rivière à elle appartenant. Monsieur et madame de Sauvigny promirent aussitôt après la dite estimation de céder à monsieur Cochin tous leurs dits domaines et droits. Monsieur Cochin s'obligera de faire la dite acquisition des bois des Dames de Saint-Cyr, de les céder, et cependant de payer l'intérêt à 5% des biens qu'abandonneroient monsieur et madame de Sauvigny; et outre à en payer le prix suivant l'estimation si dans le cours de trois années il ne réussisoit pas à faire l'acquisition des dits bois des Dames de Saint-Cyr.

Aucun de ces compromis n'eurent lieu. Ce fut heureux pour la seigneurie de Villemoisson qui aurait été ainsi amputée d'une partie de son territoire.

Cependant, madame de Sauvigny qui ne demandoit que la certitude de jouir paisiblement de son moulin de Villemoisson, écrivit à monsieur Cochin au 13 septembre 1773 qu'elle consentoit à ce que sans attendre le curage de la rivière d'Orge, il fut procédé par les officiers des Eaux et Forêts au nivellement des eaux. Elle le prioit de lui dire quand il seroit à Epinay, qu'elle iroit lui chercher et qu'elle ne désireroit autre chose que de voir finir cette affaire.

Mais monsieur Cochin ne perdoit pas de vue l'idée d'améliorer son moulin en nuisant à celui de Villemoisson. Entre temps monsieur Bertier avoit perdu madame sa mère et avoit recueillit de sa succession les terres de Sainte-Geneviève-des-Bois et Villemoisson. C'est donc à lui qu'il demande son consentement pour la construction d'un déversoir en pierres à la place de celui provisoirement construit en bois ». (Entendons par déversoir, la tranchée permettant de renvoyer les eaux vers la boële).

Août 1775. Selon sa manière de faire, l'exécution suivit la demande. Ce à quoi Bertier de Sauvigny réagit en faisant savoir à Cochin que maintenant il était inutile de s'occuper de projets d'échanges, d'arbitrages et d'évaluation, et portoit plainte en décembre 1775 à l'encontre de monsieur Cochin pour raison de son déversoir et sa conduite.

 

         Observations. - Monsieur Cochin prétend qu'il a droit de déversoir. Il se fonde sur des déclarations anciennes dans lesquelles se lit : « assis au versoir au lieu dit du versoir, elles sont insignifiantes. Les anciens du pays attestent, dit-on, qu'ils n'ont jamais vu de déversoir existant en cet endroit. Voici ce qui étoit : la rivière quand elle étoit trop pleine s'y débordoit, la nature et la force de l'eau avoient formé une tranchée, un vide par ou les eaux s'écouloient ; cela formoit l'effet d'un déversoir, et c'est ce qui en a fait donner le nom à cet endroit. De là les habitants étoient accoutumés à appeler cette place vulgairement un déversoir, se sont servis de cette expression pour désigner le lieu. Mais cela ne peut prouver le fait de l'existence ancienne d'un déversoir construit de mains d'hommes, et encore moins le droit de monsieur Cochin. C'étoit une brèche naturelle que les eaux se sont faites. Au moulin de Villemoisson, Le meunier y remédioit, la fermoit, et c'est qui a été fait plusieurs fois. Pourquoi donc souffrira-t-on qu'il construise un déversoir réel. Au surplus, le moulin de d’Harnoncourt existé publiquement depuis 20 ans. Si ce moulin a existé légitimement et publiquement, monsieur Cochin n'a pas eu droit de rien faire qui puisse nuire à son existence. D'après cela, si monsieur Cochin, par le déplacement de son moulin de la manière dont il la construit cause quelque tort à celui de Villemoisson, on est fondé de l'attaquer avec d'autant plus qu’il a ignoré ses obligations. Il n'a pas plus eu davantage de faire d'abord une tranchée et ensuite construire un déversoir qui causent le dommage au moulin de Villemoisson.

         Propositions. - On penseroit qu’il seroit convenable d'assigner monsieur Cochin pour voir dire qu'il sera tenu de faire détruire son déversoir, et de remettre les lieux dans l'état où ils étoient avant la tranchée qu'il avoit fait faire précédemment à la construction de ce déversoir.

 

         Ici pour terminer l’affaire du moulin avec Jean Loui, nous empiétons sur la période où Bénigne succède à son père en 1775.

 

Le moulin du Breuil, peinture de Monsieur Ménager (1952)

 

Faits et causes entre Bertier et Cochin. (Suite)

         En 1776, Galice et sa femme sont locataire de monsieur et madame de Sauvigny par bail du 10 mars 1771 du dit moulin et de la ferme de Villemoisson. Au 1er octobre 1775 ils devaient une somme de 3049 livres pour fermages. Monsieur Bertier fils, héritier, fait commandement de payer.

         Le 19 avril, Galice et sa femme formèrent opposition au commandement, et en même temps assignèrent monsieur Bertier au Châtelet pour se voir condamné à payer une somme de 12.000 livres de dommages et intérêts, pour le chômage qu'ils avoient éprouvé journellement dans l'exploitation de leur moulin occasionné par les constructions de moulin et déversoir de Monsieur Cochin.

         Ce genre de procédures de la part de Galice mis Bertier dans la nécessité de faire renvoyer aux requêtes de l'Hôtel et forcer à une dénonciation à monsieur Cochin. Le fait assigner à ces requêtes pour voir dire que monsieur Cochin seroit tenu d'avouer où de nier ces faits articulés par Galice. Monsieur Cochin a commencé par proposer des exceptions déclinatoires, après avoir arrangé les faits à sa guise, s'est fondé sur l'existence ancienne d'un déversoir à son moulin et soutient l’assignation de monsieur Bertier non recevable.

         « Il n'est point utile d'entrer dans leur discussion et de prévoir la nature et l'étendue de la réclamation de ces meuniers dont l'astuce à toujours tendu à se procurer la jouissance au moins du moulin gratis, et avoir pour se plaindre. Sur la somme due à Bertier, ils ont payé quelques acomptes. Sur le fait de leur plaintes contre Cochin ils ont obtenu de madame de Sauvigny portant pouvoir par elle et pour ces meuniers, à des experts convenus, d'estimer le dommage.

         Cette lettre contient un aveu du dommage et de la juste raison que ces meuniers avoient de se plaindre. Le compromis d'entre madame de Sauvigny et Galice du 8 décembre 1774, s'exprime ainsi : « Avons de part d'autre nommé pour nos arbitres et à l'effet de voir et estimer le tort et dommage qui a été fait au dit moulin par une brèche sur la rivière d'Orge. Ensemble le préjudice qui a pu en résulter pour le dit Galice depuis le temps que la dite saignée a été faite, et en cas que les deux arbitres ne s'accordent pas, leurs donnons pouvoir d'en nommer un tiers auquel ....

         Les experts nommés le 21 décembre au dit an 1774, constate qu'ayant examiné la brèche, ils l'ont trouvé très spacieuse, ce qui faisoit ralentir le moulin de Villemoisson. L’eau de la brèche ne passant pas sous la roue, mais serpentant le long du dit moulin fait un regorgement au-dessous de la roue; qui cause un gros dommage évalué par 24 heures à 5 septiers de bled, dont il avoit coutume de moudre de plus qu'il ne fait depuis la dite brèche. C'est sur quoi le dit Conseil est pré de s'expliquer.

 

Dans le vieux cimetière au pied de l’église de Viry-Châtillon, dans cette tombe repose, depuis 1845, Joséphine Galice

 

Une usine à papier

         Comment les choses se sont-elles arrangées, nous ne possédons pas de documents à ce sujet, cependant nous avons une lettre du 5 juillet 1777, faisant une proposition inattendue et alléchante :

         « Monsieur, j'ay examiné le local et le moulin à farine sur lequel vous m'aviez fait part de vos vues pour y substituer un moulin à papier. J'ay remarqué la possibilité et même la facilité de faire ce changement sans beaucoup de dépenses, en préférence aux pilles nécessaires pour broyer le chiffon, le cylindre employé à Montargis, avec avantage, n'étant pas sujet aux réparations journalières d'un moulin à pilles occasionnées par les violents frottements est préférables. Une raison encore qui doit déterminer à lui donner la préférence, c'est qu'il faut un moindre volume d'eau pour le faire aller. Adoptant à l'arbre qui le traverse le cylindre en balancier qui suppléé à la faiblesse de l'eau, il est plus nécessaire sur cette rivière dont le courant est ralenti par le déversoir qui est au-dessus.

         « La principale construction à faire, indépendamment du cylindre, consiste comme vous le verrez au plan (ici joint), en un étendoir à la manière de Hollande, préférable à celui de nos manufactures de France, dont le trop grand air, précipitant le sèchement du papier, en fait couler la colle.

         « J'observe, Monsieur, que pour une plus grande économie, on pourrait convertir la grange en étendoir et porter le pourrissoir derrière le moulin, et le magasin à chiffons dans le logement du meunier, et faire du rez-de-chaussée une salle à papier superbe en faisant la réparation du plancher qui crève de pourriture. Le cylindre, la cuve, la presse et le réservoir pour filtrer l'eau prendront la place du moulin à farine en abattant les cloisons et continuant le bâtiment jusqu'à la grange destinée par réflexion à l'étendoir ou se pratiquerait l'escalier pour y communiquer. …. Je suis avec un profond respect, votre humble et très obéissant serviteur. Delaconté ».

         Cette proposition serait-elle restée qu’une suggestion fortuite, nous savons que sous la Révolution, le moulin de Villemoisson fut réquisitionné pour produire de la farine pour la capitale.

 

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