Morsang-sur-Orge (1)

 

 

 

 

Lieu fermé de murs

         On devrait écrire le nom de ce village Morcent, parce qu’il est l’abrégé de « Murocinctus », lieu fermé de murs. Châtillon a donné dans le cours du XVIIe siècle une vue de Morcent, il le représente encore fortifié.

         M. Cocheris, conservateur de la bibliothèque Mazarine et archéologue, sur l’origine des noms de lieu, donna les diverses formes du nom de Morsang, en langue latine et en langue romane, du Xe au XIIIe siècles. (Latin : Murcinctus (10e), Meurcentum (1268). Roman : Morcent, Murcent 1159). On trouve encore à une époque plus rapprochée Morsant, Morssans, Morsans et Morsan ; cette dernière forme ayant longtemps prévalue.

         Les labours étaient dans la plaine haute derrière le village, on apercevait aussi quelques vignes.

 

Collection privée

 

Morsang donné à l’abbaye de Saint-Magloire à Paris

Robert-le-Pieux confirme à l'abbaye de Saint-Magloire le don de la moitié du hameau ou ménil de Morsang fait par Hugues Capet, son père. « Dans ce diplôme de Robert, on trouve, à la fin de l’énumération des biens de l’abbaye Saint-Magloire, biens déjà présents dans un diplôme de Lothaire et Louis. Cet acte est un peu douteux, écrit Madame Fossier, mais sa copie, presque contemporaine (XIe siècle), est de 997-999. La première confirmation certaine date de 1159 (Louis VII).

         L’abbé Lebeuf semble insinuer qu’on a bien pu au IXe siècle, apporter dans les murs de Morsang les restes de la patronne de Paris. L’auteur anonyme d’un article du Magasin Pittoresque (1866), parle aussi de « la donation de quelque relique au seigneur qui possédait Morcent … pendant le temps que le corps de sainte Geneviève fut réfugié à Draveil, à cause des Normands, en 845 et 850, car il n’y a qu’une lieue de l’un à l’autre … ». Et il ajoute : « Ne peut-il pas se faire aussi que pour ôter la connaissance du lieu où étaient cachés les ossements de Sainte-Geneviève, on les eût transportés de Draveil à l’autre côté de la Seine, dans un lieu fortifié qu’un titre du Xe siècle. Une charte du roi Robert, d’où sont tirés ces renseignements, appelle Murcinctus, abrégé de Murocinctus ? »

         L'enceinte fortifiée du village n'existe plus, de l'ancien manoir de ces moines il ne reste pas grand chose, sinon le manoir de l'abbaye de Saint-Magloire (XVe siècle) avec sa voûte d’entrée et un escalier à vis dans une tourelle hexagonale conduisant à une galerie que soutient, en son milieu une poutre curieusement sculptée. Mais il ne faut pas croire qu’il fut habité couramment par les moines de Saint-Magloire ; il fut plutôt le logement d’un représentant de leur autorité, un régisseur, un « maire ». Au XIVe siècle d’ailleurs, Sainte-geneviève-des-Bois était dissocié de l’abbaye quand cette seigneurie fut crée en paroisse à laquelle Morsang y fut subordonné.

 

Musée de Sceaux

 

Six siècles où Morsang fut sous la dépendance de l’Eglise

Avec l'abbaye de Saint-Magloire, les églises qui avaient des revenus à Morsang étaient le prieuré de Longpont, et les moines de celui de Juvisy. Ceux de Longpont y possédaient au XIIe siècle une terre de franc-alleu donnée par Odon de Ouriaco (Orangis). Ils y avaient aussi des hôtes qui étaient chargés de six setiers d'avoine par an envers Guy de Linas, lequel leur en fit remise au couvent à l'article de la mort. Ce fief sans nom appartenait encore à Longpont en 1480.

Pour ce qui est de Robert, prieur de la léproserie de Juvisy, lui et son couvent vendirent en 1182 la dîme qu'ils avaient à Morsang, à l'abbé de Saint-Magloire, du consentement de Maurice de Sully, évêque de Paris. Guy de Vaux, du fief duquel était cette dîme, y donna aussi son consentement moyennant quarante sols que la léproserie lui paya. Ce Guy de Vaux fut déclaré homme lige du roi sous le règne de Philippe-Auguste pour ce qu'il avait à Morsang.

Sous le règne de Louis VII, c'est-à-dire cent cinquante ans après le roi Robert, cette terre était devenue presque entièrement propre à l’abbaye de Saint-Magloire, en sorte que le roi n'en retirait plus que vingt sols par an à la Saint-Rémy, tous les autres droits, redevances et coutumes ayant été remis à cette abbaye, même avec la voirie.

On connaît par le cartulaire de Longpont un autre seigneur à Morsang un peu auparavant, lequel s'appelait Frédéric de « Murcenc ». Le Prévôt de Montlhéry prétendit, sous Philippe-le-Bel, que le droit de fourches patibulaire ou de haut justicier lui appartenait à Morsang : mais par une information faite en 1295, il fut reconnu appartenir à l'abbaye de Saint-Magloire.

Il faut dire que Morsang dépendait du roi par son comté de Montlhéry, dont il était compris dans ses limites ; mais il faut dire aussi que les biens de l’Église n’étaient pas soumis directement au souverain mais à l’évêque de Paris pour ce qui est du diocèse dont il appartenait. Si à l’époque Saint-Magloire eut gain de cause dans ce différend, c’est que son abbé était aussi évêque de la capitale. Cependant, jusqu'à la fin de l’Ancien Régime ce litige se poursuivit, les obligations féodales (foi hommage, aveux) étaient réclamées aux seigneurs de Morsang par l’un et l’autre.

Il y a eu en 1534 un accord entre les Chartreux de Paris et Saint-Magloire, sur des censives en la terre de Morsang. Mais en 1564 Guillaume Viole, évêque de Paris, aliéna cette terre en qualité d'abbé de Saint-Magloire, à Jean de Fourmicon, écuyer, sieur de la Raguenière en Touraine, à la charge de la tenir à foi et hommage de lui. En ces derniers temps Morsang et Sainte-Geneviève ont eu un même seigneur. Morsang a donc appartenu à l’Eglise pendant près de six siècles. Si Colin Bruneau se trouva inscrit, en qualité de seigneur du lieu, sur la liste des seigneurs de la châtellenie de Montlhéry, qui contribuèrent à payer la rançon du roi Jean, ce ne fut qu’en qualité de vassal de l’abbaye de Saint-Magloire dont il régissait le domaine pour cet établissement.

 

Morsang extrait du plan d’intendance de Bertier de Sauvigny comprenant Villemoisson et Sainte-Geneviève-des-Bois (Document aux archives de l’Essonne)

 

L’église

         Il y a, à Morsang une église formée de deux Chapelles bâties l'une à côté de l'autre. La principale est du titre de Saint Jean, elle parait être du XVIe siècle. Cependant, dès l'an 1309, il existait en ce lieu une chapelle de ce nom, qui fut reconnue annexe de Sainte-Geneviève, et soumise à Regnaud, curé et ceux qui en étaient les marguilliers ; elle tenait de l'abbaye de Saint-Magloire. Cette chapelle de Saint-Jean qui sert de succursale, est celle qui occupe le côté du septentrion. On y fait régulièrement l'office paroissial, parce que le curé l'a choisie pour le lieu de sa résidence, l'air y étant plus tempéré qu'à Sainte-Geneviève, où le vicaire reste en sa place.

         De cette chapelle, deux siècles plus tard, devenue trop exigu, on en doubla la construction en 1630. L’ensemble constitue l'église actuelle. Cette autre chapelle qui est du côté du midi, est sous l'invocation de Saint Charles. C'est un bénéfice auquel il y a quelques revenus attachés, ce qui fait, qu'on le trouve dans le rôle des décimes : il est à la collation de l'archevêque de Paris.

 

 

Les gisants

Dans cette dernière chapelle reposent Jacques de Vassan, d’une ancienne famille, maison originaire du Berry ; conseiller au Parlement, qui était seigneur de Morsang vers l'an 1630, et Catherine Langault, sa femme, fille d’un gouverneur de Vassy en Champagne, lesquels sont dits avoir fondé un prêtre-chapelain pour la messe et pour l'instruction de la jeunesse.

         Au même lieu repose encore un fils des précédents, voici l’acte de décès : « L’an de grâce 1717, le vendredy 27 aoust, est décédé dans cette paroisse et dans son château, messire Claude de Vassan, âgé de 60 ans ou environ, chevalier, seigneur de ce lieu de Morsan-sur-Orge et autres lieux, lieutenant général de la grande fauconnerie de France et capitaine en chef des vols de Milan. Son corps a été inhumé dans la chapelle de Saint-Charles, proche le chœur et à la droite dans ladite chapelle le samedy 28e du même mois par moy, soussigné prestre, curé de Sainte-Geneviève-des-Bois et dudit Morsang, en présence de haut et puissant seigneur, messire François Auguste de Gode, chevalier, marquis de Varenne, capitaine du régiment des gardes françaises, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, gendre dudit seigneur défunt, de haut et puissant seigneur messire Armand Victor Bouthillier, comte de Chavigny, chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis et messire Claude d’Annillides, chevalier, seigneur d’Epinay et des Bordes Pied-de-Fer, de messire Gabriel Jean-Baptiste, sieur et prestre curé de Plessis-le-Comte, Jean-Baptiste Dumas prestre vicaire de Sainte-Geneviève-des-Bois, Gabriel le Comte chapelain du dudit Morsan, Pierre Pichon, prestre chapelain dudit Sainte-Geneviève et de plusieurs autres ».

         Au cimetière. - La famille de Bertier et celle de Bassompierre à Villemoisson, ont plusieurs de leurs membres inhumés dans le cimetière de Morsan, où est aussi la sépulture de M. Féry, né à Arcy-le-Bas (Moselle), le 28 octobre 1778, mort à Morsan le 7 juillet 1844. Il a été successivement chef de division à la préfecture de Luxembourg, puis les évènements de 1814 l'ayant ramené à Paris, secrétaire général de l'administration des cultes, chef de bureau de la grande aumônerie, et eut un emploi supérieur an ministère des cultes de 1824 à 1830.

 

Il y avait une fontaine ancestrale, transférée depuis en face près de l’entrée du presbytère

 

Une histoire de clocher.

La paroisse de Sainte-Geneviève-des-Bois créée au XIIIe siècle, comprenait Sainte-Geneviève et Morsang son annexe ;

         Les habitants de Morsang avaient à cœur cette subordination paroissiale à Sainte-Geneviève-des-Bois. Ils ne comprenaient pas, alors qu’ils représentaient une population deux fois plus nombreuse, que la seigneurie sœur bénéficiât d’être le chef-lieu de la paroisse ; ne possédant qu’une petite église insignifiante, alors que chez eux existait une double chapelle. Cette sorte rancœur se poursuivit même après la chute de l’ancien régime. Telle cette curieuse lettre datant du 20 décembre 1791, qu’ils adressaient à l’évêque du département de Seine-et-Oise.

         « Nous avons l’honneur de vous présenter que d’après vous avoir été communiqué de la part des habitants de Villemoisson-sur-Orge, que leur intention est de vouloir s’unir avec nous, rapport à l’avantage qu’ils trouvent, tant pour la proximité des héritages qu’ils se communiquent l’un à l’autre, que part les mêmes coutumes et usages qui s’y trouvent, qu’ainsi un caractère sociable se trouve en nous. D’ailleurs, nous sommes toujours annexés à Sainte-Geneviève-des-Bois, mais comme nous sommes plus fort qu’eux en population, avec une distance d’une lieue, et en outre, comme leur caractère nous parait pas être sociable, nous a fait désirer à nous unir avec les habitants de Villemoisson. Ainsi, Monsieur, nous vous supplions de vouloir bien avoir égard aux habitants de Morsang et Villemoisson ».

 

Une coutume : Le feu de Saint-Jean.

         C’est entre la porte de l’église et la fontaine Saint-Jean qu’a lieu chaque année le samedi 24 juin, ou le samedi qui suit cette date, la curieuse cérémonie du feu de Saint-Jean, suivant une ancienne coutume qui existait autrefois en maintes localités, mais ne s’est perpétuée qu’en rares endroits. Religieuse au début, elle devenaient profane une demi-heure après, puis bouffonne comme certaines fêtes du moyen-âge.

         On y venait de tous les villages environnants et la population entière de Morsang se faisait un devoir d’y assister. On indiquait l’âge d’un enfant en disant qu’il n’a vu que quatre fois le feu de Saint-Jean, ce qui signifie qu’il a moins de cinq ans. Des vieillards disaient l’avoir vu 75, 80 fois, et, quand ce feu formé d’un bûcher de paille et de sarments au pied d’un grand chêne, décoré de rubans attachant des pièces d’artifice, était sur le point de s’éteindre, ils demandaient : « Le verrons-nous encore une fois ! »

         Les charbons du feu de Saint-Jean sont considérés comme précieux : ils préservaient de la foudre, les demoiselles avaient grand soin d’en prendre en cachette quand elles désiraient se marier dans l’année. Enfin il est de tradition que tout nouvel habitant de Morsang soit marqué à la figure d’un charbon du feu de Saint-Jean, sans quoi le séjour de cette localité ne lui vaudra rien.

 

Seigneurs et propriétaires du château.

 

La famille de Vassan

         Nous avons vu l'abbaye Saint-Magloire de Paris en possession de la seigneurie de Morsang. Elle l'aliéna durant l'occupation anglaise dans le cours du XIVe siècle. Puis, après une lacune marquée, vient Jacques de Vassan.

        Pinard fait ici une erreur Ce n’est pas au XIVe siècle que Morsang fut vendue, mais au XVIIe, en 1564, pour d’autres raisons que les guerres du Moyen-Âge qui désolèrent le pays ; ce qui explique la lacune.

         Jacques de Vassan était maître d'hôtel ordinaire du roi, aïeul de celui dont nous venons d'indiquer la pulture. Il fut marié deux fois : Madeleine Bailly, sa première femme, lui donna Charles de Vassan, mort président en la Chambre des Comptes, et Magdeleine qui épousa Henri de Bullion, chevalier marquis de Courcy, comte de Fontenay, conseiller en la grande Chambre. Cette dame est morte en 1709. Sa seconde épouse, Geneviève Céline Marsollier , lui survécut. Elle est morte à Paris le 19 mai 1752, à l’âge de 97 ans, et a été inhumée à Saint-Paul.

         Charles de Vassan, seigneur de Morsang à la mort de son père, eut huit enfants de son mariage avec Marie Monet de la Salle. Jacques l’un d’eux eut en partage la seigneurie de Morsang. Il mourut vers la fin du dix-septième siècle.

 

La famille d’Harnoncourt.

La seigneurie fut acquise ensuite par Pierre Durey d’Harnoncourt, dont on lui doit le château actuel de Morsang. Marié avec Françoise de la Marcque, dont il eut Joseph Marie Anne, le 13 août 1717. Ce dernier porta le nom de Morsang. Il eut pour épouse Anne Françoise Geneviève d‘Albignac de Castelnau. Sa sœur Louise Bernarde, née en 1720 épousa en 1736 Louis Jean Bertier, fils d’un président au Parlement de Paris, à qui elle porta la terre de Morsang en dot. Bertier possédait déjà Sainte-Geneviève-des-Bois et Villemoisson.

 

 

La famille Bertier de Sauvigny.

         De leur mariage est né en 1738 Louis-Bénigne-François Bertier de Sauvigny intendant de Paris, marié en 1764 à Marie Foulon, fille de l’intendant de Paris. Le bruit courut que ce dernier allait être contrôleur général des finances lors du renvoi de Necker, 12 juillet 1789 ; mais il était haï des créanciers de l’Etat parce qu’il disait que la banqueroute était le seul moyen de rétablir le crédit en France, et odieux au peuple de Paris qui l’accusait d’accaparer les blés et d’avoir dit « Si cette canaille n’a pas de pain, elle mangera du foin ». Après la prise de la Bastille, il s’échappa de Paris, vint se cacher à Morsang, mais il fut découvert, ramené avec son gendre, les mains liées et une poignée de foin dans la bouche. Tous deux furent égorgés par le peuple le 22 juillet.

         A la veille de la Révolution, Bertier de Sauvigny, avait loué «dans un bail à vie » le château de Morsang à Louis Auguste Benedict de Surbeck, capitaine au régiment des gardes suisses, chevalier de l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis, seigneur de Garlande-sous-Bagneux.

         Après la Révolution, lorsque leurs enfants purent rentrer dans une partie des biens de leur père, Morsang échut à Antoine Ferdinand Louis de Bertier (La Restauration avait anoblit cette famille), fils puîné du précédent, qui s’y fixa au retour de l’émigration. Le comte de Bertier reçut à la Restauration les croix de Saint-Louis et de la Légion d’honneur, et pendant cette période fut préfet, député, directeur général des Eaux et Forêts et ministres d’Etat. Les évènements de 1830 le confinèrent dans sa terre de Morsang ou il vécut jusqu’en 1847. (Arme : d’or, à un taureau cabré, de gueules, chargé de cinq étoiles d’argent rangées en bande, au chef).

         Le comte de Bertier s’est marié trois fois : 1°) avec dame Marie Louise Françoise de Paule Aglaé Thaïs Lefèvre d’Ormesson, née à Paris le 19 août 1789, morte au château de Morsang le 19 octobre 1805 et inhumée dans le cimetière de cette commune ; 2°) dame Amélie Angélique Marie Anne de Baschi ; 3°) et dame Marie Louise Pauline de Riencourt. Du second lit est nés madame Reviers de Mauny et deux fils, Marie Joseph Alphonse et Victor. Ce dernier est né à Morsang le 27 mai 1821. Du troisième lit est aussi né au château de Morsang, le 16 août 1841, Marie Dieudonné Paul Emmanuel Bénigne Louis. Il est mort à Auteuil où il étudiait, le 27 novembre 1857, et a été inhumé à Morsang.

 

M. Chomel

M. le docteur Chomel, acheta le château de Morsang en 1847. Il y est mort le 9 avril 1858, et a été inhumé au Père-Lachaise. Auguste François Chomel était né à Paris le 13 avril 1788. Il était membre de l’académie de médecine, médecin honoraire des hôpitaux de Paris et officier de la Légion d’honneur. La science médicale a perdu en lui un de ses praticiens les plus distingués. Ses leçons ont été publiées en 1836 (3 volumes). Il eut trois filles, deux moururent avant lui; la troisième le suivit de près dans la tombe. Elle était mariée avec le fils du général Paixhans, inventeur du canon auquel il a légué son nom.

 

M. Ricord.

Le château de Morsang devint ensuite la propriété du docteur Ricord, ancien chirurgien en chef de l'hôpital du Midi. Il avait décoré les allées du parc des bustes de toutes les célébrités de l'art médical. Né à Baltimore, de parents français, le 10 décembre 1800, il est venu en France à vingt ans, et six ans après, il prenait le grade de docteur. Il fut fait chevalier, puis officier de la Légion d'honneur.

 

M. Collas.

         M. Collas, ancien représentant du peuple en 1848, ayant pris une certaine part au rétablissement de l’empire, posséda ensuite le château de Morsang, y fit des dépenses considérables pour le restaurer et en agrandir le parc. M. Collas est mort en 1898 à Paris. Au seuil du XXe siècle le château appartenait à M. Vauréal, gendre de M. Collas.

 

Le Clos de la Guérinière.

         Maison bourgeoise ayant appartenue à la fin du XVIIIe siècle au baron de Surbeck, selon Pinard. Ce qui est douteux, le baron de Surbeck était propriétaire du château, dont la Guérinière lui était vassale. Le domaine de la Guérinière fut morcellé et on y bâtit des maisons de campagne, qui formèrent un hameau auquel le nom de la Guérinière resta.

 

 

Nous avons Anne Antoine Robichon, sieur de la Guérinière.

         « Messire Anne Antoine Robichon, sieur de la Guérinière, écuyer, demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, paroisse Saint-Roch, tant en son nom que comme se faisant et portant fort de messire Ignace Lesieur, écuyer, sieur de Croissy et de dame Apolline Robichon de la Guérinière son épouse, demeurant à Paris rue du faubourg Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache, frère et sœur, copropriétaires pour moitié des biens cy-après; légataires universel de défunt maître Nicolas Louis Paris avocat au Parlement leur oncle, suivant son testament et ordonnance de dernière volonté, reçu par maître Bapteste et son confrère notaires à Paris le 7 mars 1747.

         « Qu’encore le dit sieur de la Guérinière comme se faisant et portant fort pareillement des enfants et héritiers de feu sieur Cobin de la Forest, écuyer, aussy neveu du dit sieur Paris, avocat leur oncle. Lesquels par représentation du dit feu sieur de la forest leur père sont propriétaires pour l’autre moitié des dits biens cy-après, comme le dit feu sieur de la forest leur père, aussy légataire universel du dit défunt sieur Paris, avocat, son oncle, suivant le même testament sus-daté.

         « La délivrance desquels legs universels en a été faite aux dits sieurs légataires sous les conditions de l’usufruit y contenu par lequel sieur Robichon de la Guérinière esdit noms et qualités, a reconnu et confessé que conjointement avec les dits légataires universels susnommés, ils sont conjointement et par indivis détempteurs propriétaires et tiennent en la censive de mon dit sieur et ma dite dame de Sauvigny à cause de leur seigneurie du dit Morsan, les biens et héritages... ».

 

La forêt de Séquigny. (L’Instituteur)

         A diverses reprises, nous avons nommé la forêt de Sainte-Geneviève ou de Séquigny qui occupe le tiers du territoire de Morsang-sur-Orge et s’étend sur les communes voisines.

         L’auteur anonyme de l’article du Magasin pittoresque dont nous avons parlé à propos de l’origine de Morsang nous apprend qu’à la cour de Charlemagne vivait « un comte Sicuin ou Seguin, lequel fut envoyé pour veiller à la sûreté de la ville de Bordeaux » (l’abbé Lebeuf l’écrit aussi) et laisse à penser qu’il fut parrain de la forêt de Séguigny, comme ce nom se trouve encore sur d’anciens titres, ou de Séquigny , comme on la nomme maintenant.

         Cette forêt n’avait rien de remarquable en elle-même, sauf la richesse de son sol en pierre meulière. L’exploitation de cette pierre a bouleversé le terrain, détruit les chemins et rendu les bois presque impraticables.

         Mais nous devons en parler à l’occasion de droits d’usage dont jouissent les habitants « nobles et non nobles, manants et roturiers » de Morsang et d’autres communes avoisinant ladite forêt. Ces droits sont très anciens. Une tradition locale veut qu’ils aient été octroyés par la reine Blanche de Castille. Ils ont été contestés par les propriétaires à diverses époques, notamment au commencement de ce siècle (XIXe), comme l’indique la délibération ci-après qui nous fournit sur les origines, la nature et l’étendue desdits droits d’usage des détails intéressants :

         « Aujourd’hui, seize mars1806, le conseil municipal de la commune de Morsang-sur-Orge, convoqué par Mr. le maire … à l’effet cy-après.

         « 1°) La séance ouverte, M. le maire expose premièrement que « de temps immémorial les habitants de la commune jouissent du droit d’usage dans les bois qui composent la forest de Séquigny et buissons adjacents. Lequel droit d’usage consiste. Premièrement dans celui de cueillir et d’emporter sur leur col les avelines et tout autres fruits, à l’exception du gland, depuis la veille de l’Assomption Notre-Dame jusqu'à la fin de l’année. Deuxièmement dans celui de prendre et couper les bois morts et secs pour leurs chauffage et de l’emporter à leur col seulement. Troisièmement Dans celui de faire pâturer leurs bestiaux dans ladite forest excepté les taillis de moins de cinq ans ».

 

         « 2°) Qu’une grande quantité de titres qui remontent à près de cinq siècles et qui forment une série continuelle et non interrompu, établissent et prouvent le droit d’usage de ladite commune. Lesquels titres consistent :

« Premièrement en un arrêt de la cour du Parlement de la Saint-Martin 1318 qui maintient et garde les manants et habitants de ladite commune dans ledit droit d’usage en la possession duquel ils étoient déjà lors de temps immémorial.

« Deuxièmement dans un autre arrêt en parchemin donné sous le règne du roy Philippe-le-Long, au mois d’aoust 1319.

« Troisièmement, en des lettres patentes du roy François 1er données le 19 novembre 1547.

« Quatrièmement, en une sentence des Eaux et Forests de France de 1517 qui les maintient dans ledit droit.

« Cinquièmement en une autre sentence du sieur grand maître des Eaux et Forest rendue en 1526 qui les maintient également contre le trouble qu’ils éprouvaient. …

 « Huitièmement, en une autre sentence du siège général des Eaux et Forest à la Table de marbre du palais à Paris du 12 mai 1549, rendu contradictoirement entre les habitants et le procureur du roy audit Siège d’autre part, qui sur le vue des titres et la preuve par enqueste de leurs possessions immémoriales, les maintient et garde dans ledit droit. ….

 « Treizièmement, en une sentence des commissaires du Conseil d’Estat députés par le Roy sur le fait des nouveaux acquêts et amortissement en date du 31 juillet 1555 qui sera sur le vu des titres produits par lesdits habitants leur fait main-levée dudit droit d’usage.

« Quatorzièmement dans les lettres patentes du roy Henry IV, de glorieuse mémoire, confirmatives dudit droit enregistré au siège général des Eaux et Forests de la table de marbre du Palais à Paris le 26 aoust 1603 (En fait ces lettres patentes sont du roi Charles IX de mars 1561).

« Quinzièmement, en un arrêté de l’administration centrale du département de Seine-et-Oise du 28 fructidor an VI, contradictoirement avec le directeur du domaine national et le commissaire du directoire exécutif qui a confirmé lesdits habitants en ce qui concernait les bois qui étaient devenus nationaux dans ledit droit d’usage.

« Seizièmement. De toutes lesquelles pièces, et encore de plusieurs autres qu’il seroit trop long d’analyser il a été fait production à M. le Préfet ... qu’outre ces titres les habitants de cette commune ont une possession si ancienne qu’elle remonte au douzième siècle et vaut tous les titres possibles.

 

         « 3°) Que Monsieur Bertier, intendant de la généralité de Paris, lors propriétaire d’une grande partie des bois de ladite Forest de Séquigny à toujours respecté le droit d’usage, et n’a jamais cherché les en priver. Mais que le sieur Bertier, son fils, au lieu de suivre les traces de son respectable et malheureux père dont la mémoire sera toujours chère aux habitants de la contrée par la sagesse de son administration, par ses qualités personnelles, et par les biens faits qu’il a fait accorder à cette contrée (sic), faits tous les efforts imaginables pour ravir aux communes qui ont droits, celui d’usage qui leur appartient .... ».

La commune obtint gain de cause cette fois encore. Mais en 1838 surgit un autre procès que termine un jugement du tribunal civil de Corbeil qui limita les droits d’usage plus étroitement en réduisant les périodes d’exercice de ces droits. Enfin, en 1896, les propriétaires voulurent affranchir totalement la forêt de cette servitude en rachetant les droits. Le tribunal de Corbeil s’est prononcé, mais appel de son jugement a été interjeté par certaines communes, dont celle de Morsang. Plus récemment encore d’autres contestations sont nées au sujet de la propriété des routes et chemins de la forêt.

         Enfin ces droits, dont les usages et les coutumes n’étaient plus d’actualité, devaient pourtant subsister jusqu'à nos jours. Jusqu'au jour où les nouveaux propriétaires-lotisseurs de la forêt de Séquigny, furent contraints, pour réaliser leurs desseins, d’indemniser les communes limitrophes de leurs droits ancestraux. Ce ne fut donc pas sans jugements et procès ; ce fut le « pot de terre contre le pot de fer », les communes avaient des moyens limités. Finalement, le 3 avril 1900, la Cour de Paris donna son verdict : les propriétaires devaient indemniser les villages en offrant 37.675,40 francs, somme répartie proportionnellement au nombre d’habitants et inversement proportionnel à la distance. De plus, ils étaient condamnés à tous les frais de juridiction.

Une partie importante de la forêt, sise sur le territoire de Morsang a été transformée, nivelée, on en a fait un parc que sillonnent de nombreuses routes et avenue. Cette propriété à laquelle on a donné le nom de Parc Beauséjour fut mise en vente par petits lots.

 

 

(1)   D’après l’abbé Lebeuf (v. 1750) ; la monographie de l’Instituteur (1899) ; Pinard « Histoire du canton de Corbeil ». (XIXe siècle)

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