Un patrimoine
Misère et détresse de la petite
mairie école de 1832 (1)
Bien humble était la petite école
construite en 1832 rue Marcel Girard. Pourtant, que de souvenirs, que de soucis
a-t-elle été pour la municipalité et les Villemoissonnais. Pour sa mémoire,
malgré son peu d’intérêt architectural, devrions-nous conserver ce rare témoin
de notre histoire passée.
Sous
l’ancien Régime
Pour M. Victor Chaudun dans son livre
« Villemoisson en Hurepoix », les quelques enfants de Villemoisson
devaient fréquenter l’école de Savigny pour deux raisons : la première,
Villemoisson dépendait de la paroisse de Savigny, la seconde, l’instruction
était dévolue aux religieux. Etienne Vasille, curé du lieu en 1535, par
testament faisait don « aux enfants de l'escolle à chacun 5 deniers
tournois jusqu'à la somme de 7 livres tournois » ; ce geste ne prouve pas
qu’il enseignait et le village de Villemoisson est bien loin de celui de
Savigny.
En 1698, une déclaration royale encourage
le développement des écoles dans chaque paroisse.
C’est bien d’y avoir pensé, mais il
faudra attendre.
C’est seulement en 1738 qu’est libérée une rente de
154 livres pour l'entretien d'une maîtresse d'école, à condition qu’elle soit
tenue d'instruire gratuitement les jeunes filles de la paroisse sous
l'inspection du sieur curé et que ladite maîtresse sera prise du nombre des
sœurs de la communauté de Sainville près Dourdan. Cette école bâtie sous Louis
XV, est construite près du pont sur l’Orge. A la Libération elle servit de
dispensaire ; puis, laissée à l’abandon, elle est démolie pour cause de
vétusté lors de l’établissement du sens giratoire devant l’entrée du parc du
château.



L’école près du pont sur l’Orge : dans les années
1930 ; dans les années 1970 ; détails de la charpente.
Le 5 avril 1788,
Bertier de Sauvigny, seigneur de Villemoisson, fait un bail à vie d’une
ancienne école située à l’entrée de la ferme seigneuriale au profit de Louis
Bénédicte de Surbeck, baron, maréchal des camps et armées du roi, propriétaire
du château de Morsang. Cette école, qui a coûté 600 livres, a été certainement
construite vers 1758 à l’époque où Durey d’Harnoncourt
seigneur de Villemoisson et de Morsang faisait rebâtir l’église. Elle
« consistait en une cuisine, bûcher, cellier et poulailler dans le bas;
deux chambres au-dessus, dont l'une avec cheminée ; grenier au-dessus,
cour, nouvellement construite devant, et un quartier environ de jardin enclos
au-dessus ».
L’école de la ferme louée, celle du
pont fonctionne toujours, mais en 1787, Jean-Baptiste Petit est l’instituteur.
Il est fils de Jean et de Marie-Geneviève Constantin, de la paroisse de
Fontenay-en-Brie, marié en février 1791 à Françoise Mouroux.
Sous
la Révolution
Le 9 février 1790, la municipalité nomme Philippe
Georges Lechien Doisnel, curé de la paroisse, pour exercer les fonctions de
maître d’école jusqu'à ce qu'il soit relevé par un postulant.
Le 8 décembre 1791 Jean Dalleux est
installé à sa place par la municipalité. Il est dit que les enfants viendront à
l'école gratis, qu’il enseignera pour 300 livres par an. Il commencera l'école
le matin à 8 heures et l'après-midi à deux heures précises ; il sonnera
les angélus le matin à 11 heures et le soir. Les habitants ont accordé au
maître d'école un mois dans le courant d'août ou de septembre et une journée
par semaine de congé. Il demande pour son congé le mercredi, à la charge que
s'il y a une fête dans la semaine, il n'y aura pas de congé.
Les plans de Talleyrand en 1791 ou de Condorcet
en 1792, prévoyant gratuité, laïcité et généralisation de la scolarité, sont
abandonnés progressivement faute de moyens.
Conformément à la loi du 29 frimaire de l’an II (19
décembre 1793) sur la déclaration des parents, tuteurs et curateurs faite des
enfants et pupilles devant être envoyés à l'instruction publique, 22 enfants
sont déclarés : Jacques Picot, 7 ans. Pierre Boissiquat, 7 ans. Denis
Mouroux, 7 ans. Nicolas Taillefer, 10 ans. Philippe Pescheux, 7 ans. Marie
Henriette Rabioul, 7 ans. Le fils Jacob, 7 ans et Marie sa sœur, 9 ans.
Marianne Limay 7 ans. Geneviève Dupré, 8 ans. Le garçon Lafeuille, 7 ans.
Pierre Charpentier, 14 ans. Charles Quignot, 12 ans, et Françoise, 13 ans.
Elisabeth Daragon, 6 ans. François Saint-Lot, 9 ans et Marie sa soeur, 12 ans.
Rosalie Dardenne, 10 ans. Marcelle Rabioul, 7 ans. Pierre Anjou, 13 ans. Marie
Véronique le Dour, 7 ans.
Le 7 prairial an II, il est délibéré sur l’utilisation
des édifices nationaux. L’église est conservée pour les séances de la société
populaire et du comité de surveillance ; le presbytère conservé pour
l’instituteur et servira pour les séances de la municipalité ; l’école
près du pont, sera louée au citoyen Mouroux lequel sera obligé de céder cette
maison toutes les fois qu’il sera exigé d’y monter la garde.
Le 11 nivôse, an III (31 décembre 1794), le citoyen
Kervan, demeurant à Montlhéry, chef-lieu de canton, demande a être aidé à
remplir sa mission pour organiser l’école. L’agent national et le secrétaire
greffier doivent prendre des renseignements tant sur l'instituteur que sur les
élèves ; et veiller au respect des principes et morales républicaines que les
instituteurs doivent apprendre aux élèves.
L'obligation scolaire, imposée par la
loi Bouquier de l’an II disparaît avec les décrets Lakanal du 27 brumaire an
III (17 novembre 1794). La gratuité n'est plus envisagée avec la loi Daunou du
3 brumaire an IV (25 octobre 1795), pas plus que la rétribution, par l'Etat de
l'instituteur, désormais payé par les communes.
Il n’y a plus d’école à
Villemoisson
Sous
le premier Empire
Napoléon s'attache surtout à fonder un
enseignement secondaire solide (11 floréal an X, 1er mai 1802, création des
lycées).
Le 1er fructidor an XII de
la République et premier de l’Empire, considérant que le territoire de la
commune est peu étendu et qu’il n’y a que 58 ménages, il est demandé que la
commune soit réunie à celle d’Epinay-sur-Orge pour les « offices » et
pour l’instruction des enfants comme étant la commune la plus proche de
Villemoisson.
Les écoles primaires sont aux bons
soins des communes et des congrégations, notamment celle des Frères des Ecoles
chrétiennes, à nouveau autorisées à enseigner (1810). A Villemoisson cependant,
en 1811, c’est Jean-Baptiste Dautier, marié à Marie Gay, couturière, qui est
chargé de l’instruction des enfants.
La
Restauration
L'ordonnance du 29 février 1816
renforce le rôle de l'Eglise dans les écoles primaires tout en imposant pour la
première fois aux instituteurs une « norme technique » mesurée par le
brevet de capacité.
Monarchie
de Juillet
24 octobre. 1831. - M. le maire, François Maurey,
expose que depuis longtemps la commune éprouve le besoin d'une école primaire,
mais que le défaut de ressource pour se procurer un local a jusqu'à présent été
considéré comme un obstacle impossible à surmonter. Mais maintenant, les bonnes
dispositions de M. le Préfet manifestées dans sa circulaire du 27 août,
viennent au secours de la commune.
M. le maire offre gratuitement à la commune un terrain
sur la rue conduisant du village au hameau des Franchises. « Cet
emplacement aurait l'avantage d'être isolé des habitations pour que les enfants
n'incommodent point les habitants, et d'avoir un bon air ». Le devis
estimatif des travaux s'élèverait à 1823 francs, dont 623 francs sont obtenus
grâce aux dons volontaires de la population. Mais attendu que les impositions
extraordinaires dont la commune sont grevées : la nécessité de voter
annuellement le traitement du curé et les dépenses de la Garde Nationale
absorbant les 22 centimes, ce dont la commune ne peut dépasser les limites, il
est demandé au préfet de bien vouloir accorder à la commune les 1200 francs
restants.
La construction de l’école commencée en avril est
terminée en juillet 1832 et 160 francs sont votés pour le traitement du maître.
Mais il reste encore à pourvoir au mobilier de l'école. Le conseil déclare
qu'il ne peut voter aucun fonds destiné au mobilier scolaire en complément du
traitement de l'instituteur. Une demande d'aide supplémentaire, sans réponse,
ayant été adressée au préfet, celle-ci est renouvelée en 1834 avec, en plus, le
traitement de l'instituteur fixé à 200 francs. Soit une rétribution mensuelle
de 1,50 franc par enfant qui apprend à lire et à écrire et 1 franc seulement
pour ceux qui ne savent encore écrire. 5 élèves sont admis gratuitement.
Le 28 juin 1833, un comité
d’instruction communal est installé composé de Maurey, maire et président,
Orain, curé, tous deux « membres de droit », et Lisfranc de
Saint-Martin, bourgeois de la commune. M. Dauchelle est l’instituteur.
Le 20 août 1837, un «évènement, Madame
la duchesse d’Orléans a envoyé 200 francs pour l’école élémentaire primaire
dans laquelle « la princesse » a été reçue et complimentée par des
jeunes enfants.


La petite école paraît avoir été agrandie : le
registre municipal ne le dit pas clairement. A gauche sans doute la pièce de
l’instituteur.
La loi Guizot (28 juin 1833). - Cette loi est la
première grande intervention publique depuis la Révolution dans le domaine de
l'enseignement primaire. Elle impose une école de garçons dans les communes de
plus de cinq cents habitants et une école normale dans chaque département. Mais
l'Etat laisse aux communes les charges financières de cette obligation qui ne
sera pas partout remplie pour raison de faiblesse de revenus.
Conséquences, c’est l’hécatombe.
Le 1er juillet 1838, Dauchelle,
démissionnaire est remplacé par Nicolas Chéron, né dans le canton de Chaumont,
arrondissement de Beauvais.
Le 15 février 1841, M. Chéron, démissionnaire est remplacé
par Jacques Augustin Fournier originaire de Francastel (Oise)
Le 21 janvier 1842, M. Fournier, démissionnaire, est
remplacé par Honoré Francis Ballin, né à Saint-Morainvilliers, Oise.
Le 5 novembre 1843, c’est au tour de Henri Alexandre
Tolleking, ancien instituteur à Champlan, de remplacer Ballin démissionnaire.
1844, vu la démission de Tolleking, il est proposé
Pierre Alphonse Thorillon, né à Chepoix, canton de Breteuil, toujours dans
l’Oise, qui le remplace.
22 juillet 1846. Suite à la démission du sieur
Thorillon, est proposé Louis François Lechaut, né à Canteleu (Seine-Maritime).
Décidément la commune de Villemoisson n'a pas de
chance avec ses instituteurs communaux qu'elle n'arrive pas à conserver.
La
raison du problème de Villemoisson avec ses instituteurs.
En 1847, la rétribution mensuelle à payer par élève de
l'école primaire est fixée à 1,25 franc pour les enfants de moins de six ans et
à 1,75 franc pour les enfants de plus de six ans, le salaire du maître étant de
200 francs par an auquel s'ajoute le montant de la rétribution scolaire.

Le minuscule jardin de l’Instituteur
Une faible rétribution n’est pas la cause de ces
démissions répétées. M. l'Inspecteur de l'école primaire chaque fois qu'il fait
son inspection, signale l'inconvénient que l'Instituteur n'a à sa disposition
qu'une seule pièce qui lui sert de cuisine et de chambre à coucher.
Reconnaissant qu'il conviendrait de faire le nécessaire pour qu’il soit logé
d'une manière convenable, le maire prévoit son agrandissement Le devis des
travaux à exécuter s'élève à 2421 francs. Le maire reconnaît que la commune
déjà grevée de contributions considérables pour subvenir à ses dépenses
ordinaires, est hors d'état de pourvoir à cette nouvelle dépense, mais il y a
lieu d'espérer que si la municipalité votait une forte partie de la somme, M.
le Préfet accorderait un secours souhaité.
Et la question reste en suspend : il faut
attendre.
En 1848, M. Paul Alexis Lisfranc de Saint-Martin fait
donation à la commune de 35 centiares (35 m²) de terre contiguë à la maison
d'école pour y établir les constructions nécessaires à son agrandissement. En
1849, M. Lisfranc décédé, lègue à la commune une rente annuelle et perpétuelle
de 100 francs pour augmenter le traitement de l'instituteur ; rente
marchandée par Mme Joséphine Lisfranc de Saint-Martin. (Mme Lemoine, fille
Lisfranc, donnera à la commune un terrain de 400m² pour l’édification d’une
place publique sous la condition expresse qu’elle porte le nom de « Place
Lisfranc » - près de l’ancienne mairie).
En 1866, une délégation cantonale de Longjumeau
signale l'insuffisance de la maison d'école de Villemoisson, M. l'Inspecteur
d'Académie assure qu’il serait très facile de construire une nouvelle salle de
classe dans un champ attenant.
« Considérant que : la classe construite en 1832
a subi depuis des améliorations importantes comme ouverture de deux nouvelles
fenêtres, établissement de deux vasistas, etc.; qu’elle n'est point humide et
qu'elle a été repeinte et blanchie il y a deux ans; le nombre d'élèves a été
plus grand qu'il ne l'est actuellement, et il n'augmentera pas d'ici à quelques
années. Mais il est pourtant vrai de dire que la classe ne se trouve pas dans
les conditions prescrites par les règlements, surtout à cause du peu
d'élévation du plancher ».
La commune n'ayant point de ressources, le conseil
décide unanimement de s'occuper de la maison d'école qu'après la construction
du lavoir couvert dont la nécessité se fait sentir depuis longtemps.
Et la question reste en suspend : il faut
attendre.
Second
Empire
« En donnant au curé un pouvoir de
surveillance de l'instituteur, la loi Falloux (15 mars 1850) remet en vigueur
des dispositions de contrôle de l'école par l'Eglise que la Monarchie de
Juillet avait abandonnées. Elle lui fournit aussi les moyens d'ouvrir davantage
d'écoles, en supprimant l'obligation du brevet de capacité pour les
ecclésiastiques et en créant la possibilité pour les communes, les départements
et l'Etat de verser des subventions aux établissements libres (10 % des
dépenses maximum).
« La loi Duruy, en 1867, décide
que les instituteurs des écoles publiques seront des laïcs et impose
l'ouverture d'une école de filles dans les communes de plus de cinq cents
habitants. Elle modère donc les effets de la loi Falloux qui a beaucoup
contribué à transformer la question des rôles de l'Etat et de l'Eglise dans
l'école en une lutte politique des Républicains laïcs et anticléricaux contre
les catholiques orthodoxes qui appuient la politique pontificale de Pie IX
(1864, condamnation d'une école affranchie de l'autorité de l'Eglise, par le
"Syllabus") ».
Réponses de la commune à cette loi sur l’instruction publique.
18 août 1867. - Suite à la loi du 10 avril dernier, le
conseil émet les avis suivants :
1°) La commune n'a que 360 habitants, l'école mixte
dirigée par un instituteur peut continuer à fonctionner. - 2°) Un traitement
annuel de 100 francs sera alloué à la directrice des travaux à l'aiguille. -
3°) Gratuité de l'enseignement : vote de 4 nouveaux centimes au principal
des 4 contributions directes : la commune ne peut actuellement établir la
gratuité. (Le taux est de 2 francs pour les enfants de 6 ans et au-dessus, et
de 1,50 francs pour les enfante en dessous de 6 ans). - 4°) Taux de la rétribution
scolaire à payer par la commune pour les élèves admis gratuitement : 16 francs
par an pour chaque élève. - 5°) Caisse des écoles : il n'y a pas lieu
quant à présent d'établir une caisse des écoles. - 6°) Cours d'adultes,
indemnité aux instituteurs : S'il y a un cours d'adultes, la commune s'engage à
payer au moins l'éclairage et le chauffage.
En 1870, le Conseil municipal et M.
Lasson, maire, reconnaissant l’exiguïté de l’école et ses normes sanitaires
dépassées, se décident à prévoir la construction d’une nouvelle salle de classe
avec ses dépendances.
Mais il faudra encore attendre quelques
années.
En attendant, l’état scolaire de
Villemoisson se limite en 1872 à une classe de 33 élèves, soit : 16 garçons et 17 filles sont admis
gratuitement à l'école, savoir : Jules et Louise Avard ; Léonie
Brément ; Julie Briére ; Jacques, Marie et Claire Choisy ;
Charles et Julie Demessant ; Augustin et Marie Douillet ; Edouard et
Pauline Grivot ; Antoinette, Denis, Etienne Hénault ; Céline
Laporte ; Marie Mouleau ; Félix, Louise et Berthe Moinet ;
Victor et Louise Moisy ; François Moreau ; Eugène, Alfred et Julie
Rémy ; Rosine Richard ; Emile Rousselle ; Joseph Repérant ;
Eugéne Mouroux ; Alexis Moreau ; Léon Renaudin ; Constance
Saint-Lot.
(1)
Registres des délibérations municipales. « Un siècle de lois
scolaires » (Ac. Toulouse Internet)