Leuville-sur-Orge.(1)
Encore une fois Les archives du prieuré de Longpont-sur-Orge
nous donnent les noms de quelques seigneurs du XIIe siècle, aussi bien que le
rôle des feudataires de Montlhéry. A l’époque ce lieu était appelé en latin le
plus souvent « Lunvilla », « Luggvilla », et « Lunavilla ».
Il restera toujours à deviner l'étymologie de la première
syllabe, laquelle ne peut pas être tirée de Lupus (quoiqu'à Paris et en
Picardie de Lupus on ait fait Leu) : puisque la plupart des anciens manuscrits
mettaient « Lunvilla », et que jamais la lettre « n » n'a
été employée pour le « p ». On pensera ce qu'on voudra sur l'origine
du nom de ce lieu, qui peut-être lui est commun avec celle de Lunéville en
Lorraine.
La situation de Leuville est presque sur le bord du grand
chemin de Paris à Etampes et Orléans (RN20). C'est un pays de labourages,
vignes et prairies, lequel a, à son levant, du côté de la pente de la colline,
la rivière d'Orge qui vient de Châtres (Arpajon) et va passer au-dessous de
Longpont, Savigny, Juvisy et Athis.

Plan d’intendance de Leuville-sur-Orge déposé aux
archives de l’Essonne
Le guide rose de l'Arpajonnais (1899) décrit ainsi :
« Le village de Leuville est situé dans la riante vallée de l'Orge, sur la
pente sud-est d'une colline dominant la vallée. Le point culminant de cette
colline appelée le mont Thabot ou vulgairement dit le Juillé, à une très petite
distance du village, est à 142 mètres d'altitude. On y jouit d'une vue très
étendue, et la région boisée qui l'avoisine offre aux visiteurs d'agréables
promenades.
Dans les rôles de l'élection de Paris on connaît cette
paroisse sous le nom de Saint-Jean de Leuville, titre donné à son église. En
1726 elle compte 174 habitants selon le Dictionnaire Universel.
Les dehors de cet édifice ne peuvent rien fixer sur le temps
qu'il a été bâti, parce qu'il est construit de grès : quelques pilastres du
dedans semblent indiquer le XIVe siècle, quoique les voûtes soient plus
nouvelles. Cette église a une croisée, à l'un des bouts de laquelle est une
chapelle couronnée par une lanterne ou petit clocher différent de celui de la
paroisse. On y trouve une dalle funéraire des seigneurs de Leuville 1633, une
litre funéraire de Leuville 1663.
On trouve la cure au pouillé de Paris à partir du XVe
siècle. Auparavant elle était, semble-t-il, une succursale, de Saint-Germain de
Châtres (Saint-Germain-lès-Arpajon) dont elle aurait été détachée, plutôt que
de croire qu'elle ait été succursale de Linas dont elle est si voisine. Si le
chapitre de Linas, écrit Lebeuf, avait été curé du territoire de Leuville
lorsqu'il n'y avait qu'une chapelle, il n'aurait pas souffert que l'évêque de
Paris lui eut ôté cette administration en y créant une cure.

Elise de Leuville source Internet
Les seigneurs :
On trouve quelques seigneurs de Leuville dès la fin du onzième
siècle dans le cartulaire de Longpont.
Pierre de Lunvilla est témoin avec Guy Troussel ou Trousseau
issu des premiers seigneurs de Montlhéry dans un acte touchant le prieuré de
Longpont. Dans un autre acte il fait don à ce même monastère, lui et ses frères
d'un arpent de terre pour le salut de l'âme de dame Rence, surnommée la
Comtesse. Enfin il prend l'habit monastique à Longpont en leur cédant le droit
qu'il avait sur le pressurage des vignes que le monastère possédait au village
de Leuville.
Vers l'an 1100, Hugues, fils d'Ansold Harpin, qui avait un
droit de coutume sur sept arpents de vignes en fait don au prieuré. Milon de
Launay ou d'Aunay, donna à ces moines, vers l'an 1198, un muid de vin dans son
clos de Leuville pour être employé aux messes qu'on devait dire pendant l'année
pour l'âme de son père décédé au voyage de la Terre-Sainte.
Un certain Simon aurait été seigneur de Leuville. Sous le
règne de Philippe-Auguste, Bencelin possédait cette seigneurie. Dans le
catalogue des fiefs principaux de la châtellenie de Montlhéry il serait sixième
feudataire ou du le sixième fief.
Il faut arriver sous Charles VII pour trouver Jean Alart de
Court-Alari, écuyer, et Jeanne de Germigny, sa femme. Qui possédaient cette
terre.
En 1466 Jacques Olivier, natif de Bourgneuf près la Rochelle,
était venu s'établir à Paris où il fut procureur au Parlement, il épousa Jeanne
de Noviant, fille d'Etienne, procureur du roi en la Chambre des Comptes. Il
leur avait donné les fiefs de Mons et de la Poitevine. D'autres le qualifient
seigneur de Leuville et du Coudray près Châtres (Arpajon). Il mourut au vers
1488.
Jacques Olivier succéda à son père dans la terre de
Leuville. Louis XII le fit avocat général au Parlement, puis l'un des
présidents de la même Cour en 1507. Il obtint de ce roi en 1508 l'établissement
d'une foire à Leuville le jour de Sainte Catherine, et d'une autre le troisième
jour d'après la Pentecôte. Il fut fait premier président du Parlement par
François 1er en 1517, et mourut le 20 novembre 1519.
François Olivier, son fils, lui succéda. Après avoir été
conseiller au Parlement, maître des requêtes, puis président à mortier, il fut
nommé chancelier de France par François 1er en 1545. Il obtint en
septembre 1547, l'établissement de trois foires à Leuville : le jour de
Saint Matthias, le jour de la Saint Jean en Juin, et le jour de Sainte
Catherine. Il mourut le 30 mars 1560. Château de Leuville fut bâti par François
de Leuville. Olivier, chancelier de France, était exilé dans son château de
Leuville par une intrigue attribuée à Diane de Poitiers.
Jean Olivier, fils aîné du chancelier, posséda ensuite la
terre de Leuville. Il épousa en 1667 Susanne de Chabannes. Il mourut
gentilhomme de la chambre du Roi en 1597. Son château fut pris avec Châtres
(Arpajon) par les royalistes maîtres de Corbeil le 6 janvier 1892.
Son fils aîné aussi appelé Jean, et gentilhomme ordinaire de
la Chambre du roi, hérita de la terre de Leuville, il mourut le 15 septembre
1641. Il avait épousé en 1598 Magdeleine de l'Aubespine, dont il avait eu en
1601.


Le marquisat de Leuville.
Le duc d’Orléans permit à Louis Olivier d’ériger Leuville et
Valorge, qui relèvent du comté de Montlhéry, en marquisat, avec la haute,
moyenne et basse justice ressortissant des appellations pour le civil au
Châtelet de Paris, et pour le criminel du Parlement. Il eut la permission de
tenir un marché toutes les semaines (1650). Il fut lieutenant général des
armées du roi et mourut le 5 août 1663. Il avait épousé en 1636 Anne Morand. De
son temps mourut dans le château de Leuville Charles de l’Aubespine, son oncle
maternel, le 26 septembre 1653.
Louis Thomas Olivier du Bois de Fiennes, marquis de
Leuville, de Givry, etc., bailli de Touraine, premier capitaine du régiment
Dauphin de cavalerie, puis lieutenant général des armées du roi, mourut en 1740
devant Egra en Bohème où il commandait,
Son fils lui succèda et fut tué aux dernières guerres
d’Italie.
Au milieu du XVIIIe siècle, la seigneurie appartenait au
marquis de Poyane, héritier de M. de Leuville.
Cette terre passa ensuite entre les mains du prince de Foix,
duc de Mouchy, maréchal de France, mort en 1793, puis au duc de Noailles qui en
gratifia son intendant Faucon. Après la Révolution, le domaine mis à l'enchère
fut adjugé à Mme Hèbert et revendu à M. Tornier.
Les problèmes des moulins
d’Aulnay et du Petit Paris.
Le 27 avril 1835. - M. Cottin est propriétaire. Il établit
en amont de son moulin auprès des deux vannes de décharge accolées, un
déversoir.(ADE - SP 54)
M. Cottin, propriétaire, est mis en demeure d'effectuer des
travaux par arrêté préfectoral, avec menace de fermeture de l'usine si les
travaux ne sont pas exécutés. Travaux consistant à abaisser complètement la
vanne ouvrière et à lever la vanne de décharge. Les vannes seront cadenassées
(Versailles, 7 octobre 1845) : délai 3 mois pour exécuter les travaux. Le
13 août 1846, les travaux sont réceptionnés. (ADY).
Le Syndicat de l'Orge inférieure dans ses délibérations du
30 avril 1854 et du 16 janvier 1855 signale les effets fâcheux qui résultent
pour l'écoulement des eaux du rétrécissement de la rivière d'Orge au droit de
la vanne de décharge du moulin d'Aulnay situé dans la commune de Leuville et
demande que cette partie du canal d'amenée soit portée à la largeur de celle
qui existe en face du déversoir de l'usine. (ADE
- SP 106)
Le 17 mai 1881 - Le sieur Ache propriétaire du moulin
d'Aulnay signale à M. le Préfet le comblement d'une des boëles de la vallée,
boële qui, prenant les grandes eaux, sert à l'écoulement du trop plein de la
rivière à la suite de son moulin, empêche les débordements du cours d'eau et
permet à son usine de fonctionner normalement. Vu les lieux, considérant :
- que la rivière d'Orge en
amont du moulin d'Aulnay a été détournée de son cours pour obtenir la chute
nécessaire à la marche de cette usine. Que les boëles actuelles, que pour la
plus part, occupent l'ancien lit de l'Orge sont indispensables à
l'assainissement de toutes les propriétés situées sur le coté gauche de la
vallée, soit en temps de crue à faciliter l'écoulement du trop-plein de la
rivière. que les boëles figurant toutes sur le plan cadastral de la commune de
Leuville, qu'elles sont très anciennes et paraissent remonter à l'époque
de la création des moulins d'Aulnay, du
Petit Paris et du Carouge. A fait rouvrir la boële indûment comblée et qu'ainsi
il a donné satisfaction à M. Ache.(ADE -
SP 106).


La direction du Chemin de fer sur route de Paris à Arpajon
demande le déplacement d'un fossé de décharge de la rivière d'Orge en aval du
moulin d'Aulnay et la fixation du niveau du seuil de cette nouvelle décharge
située sur le territoire de la commune de Leuville. Autorisé dans sa demande. (ADE - SP – 86)
Son implantation à flanc de colline fait que le village
domine la vallée, sa principale activité est axée sur la production des
primeurs destinées à l'approvisionnement des Halles de Paris, la récolte étant
transportée par le légendaire Arpajonnais.
Ardouin Dumazet en 1907 écrit : « C’est un long
village, entouré d'un admirable verger et de jardins soigneusement tenus. Beaucoup
de murs d'espaliers abritent des arbres conduits avec art. De grands espaces
couverts d'oseille, de persil, de chicorée fournissent un trafic important à la
petite ligne des Halles. Ces champs s'étendent jusqu'à Linas, véritable
faubourg de Montlhéry, le ru de la Salmouille sépare les deux territoires.
C'est à Leuville dans le calme et la solitude, que le
célèbre naturaliste Lacépède composa une partie de ses ouvrages, pendant la
période agitée de la révolution.
La tradition du Bineau rencontrée dans de nombreuses
localités du Hurepoix se perpétue entre autres à Leuville, où nous avons
assisté à l'exécution du triste sire ou plutôt de son effigie qui à l'issue du
Carnaval fut livrée à la proie des flammes après avoir été promenée à travers
la ville. Mais qui était donc ce personnage dont la tradition populaire
perpétue le souvenir ? Un satyre qui se cachait dans les bois, un puissant
seigneur abusant de son autorité ?
A. Pabiot nous indique que si l'on se réfère à Roger Le
Cotte, l'infâme ne serait rien de tout cela, mais tout simplement Jean-Martial
Bineau (1805-1855), polytechnicien, ingénieur et homme politique qui, lors des
grandes discutions d'ordre économique, eut des positions tranchées qui lui
firent pas mal d'ennemis, surtout parmi les petits rentiers. Tout le monde
sait, que lorsque l'on s'attaque au portefeuille de nos concitoyens, cela
constitue une raison valable pour être brûlé en effigie sur la place publique.


(1) D’après l’abbé Lebeuf.
(v. 1750) et d’autres documents
Cartes
postales Leuville sur Internet