Les cloches de Saint-Laurent

 

 

 

Au XVIIe siècle le clocher de l’église Saint-Laurent à Villemoisson ne contenait qu'une seule cloche portant l'inscription :

 

 

« L'AN 1644 J'AI ESTEE REFONDVE DES LIBERALITES DE QVELQVES PARTICVLIERS DE LA PAROISSE DE ST. MESME ST. LAURENT ET ST. MARTIN DE VILLEMOISSON POVR Y SERVIR ET AIE ESTEE NOMMEE DE ST. ANTHOINE ET DE STE LOVYES PAR ANTHOINE BOYER CHEVALIER SEIGNEVR DE STE GEVNEVIEEVE DES BOIES LE PERRAY ET DVDICT VILLEMOISSON ET PAR DAMOISELLE LOVYSE BOYER SA SEVRE ET FVTE BENISTE PAR MONSEIGNEVR PIERRE BOIVENT, PBRE, CVRE DUDICT LIEV ET SAVIGNY ASSISTE DE MONSEIGNEVR NICOLAS BOIVIN VICAIRE »

 

L’état civil paroissial relate le procès-verbal du baptême d’une autre cloche :

 

 

« En l’an 1733, j’ay soussigné, Jacques Cahours, prestre, curé de la paroisse de Villemoisson, certifie que une cloche a esté baptisée ou bénite dans l’église de Villemoisson, qui a esté donnée par moy en partie sortant d’entre les mains du fondeur et de laquelle j'ay fait l'avance. Pour l'autre moitié comme il paroit par la quittance dudit fondeur et de laquelle autre moitié je seray remboursé suivant qui l’a esté convenu par acte passé par devant sieur de Beaulieu nottaire à Savigny. De la cloche j’ay fait la bénédiction ou baptisée dans ladite église de Villemoisson le neuf du mois d’aoust en ladite année. Qui a esté nommée Charlotte Aimable par monsieur et ma dame la duchesse, qui ont esté les paris et marisme, seigneur et dame de ce lieu. Qui ne pouvant assister à la cérémonie ont commis en lieu et place messire *** Gaillard prestre, curé de Morsan et Sainte-Geneviève-des-Bois pour assister à la bénédiction, et ladite cloche à laquelle a esté invitée demoiselle Nicolle Prozelle fille de messire Prozelle conseiller du roy et auditeur des comptes qui ont signé avec nous le présent acte…».

 

 

Le duc et la duchesse sont Adrien Maurice de Noailles, maréchal de France, seigneur de Sainte-Geneviève, Morsang, Villemoisson et de nombreuses autres seigneuries, et Françoise d’Aubigné. On comprend que ces personnages n’ait pas daigné se déplacer pour assister à cette cérémonie qui a lieu dans l’obscure petit village de Villemoisson, arrière petit fief ; sauf bien sûr pour des raisons plus officielles. Prozelle était propriétaire du château de Villemoisson.

 

Cette cloche a disparu, subissant probablement le sort des trois cloches d'Epinay qui ont été descendues et transférées le 16 octobre 1793 sur la place du marché de Montlhéry, en vertu de la loi du 13 juillet 1793 et la réquisition du directoire du district de Corbeil «pour être converties en canons », les cloches étant ensuite rassemblées à l’Arsenal.

 

Il faudra attendre 1952 pour trouver le baptême des deux autres cloches appelées la moyenne et la petite : (1)

 

Nous relevons sur la moyenne :

SURSUM CORDA BENITE EN L'AN DE GRACE 1952 SOUS LE GLORIEUX PONTIFICAT DE SS. PIE XII POUR L'EGLISE ST. LAURENT DE VILLEMOISSON SUR ORGE. J'AI ETE NOMMEE MARIE DE LA PRESENTATION PAR MON PARRAIN MR. MARCEL FRANGE ET MA MARRAINE Mme MARIE MADELEINE FRANGE. MR. L'ABBE ALBERT PILLON ETANT CURE DE LA PAROISSE

 

Sur la petite :

« VENITE AUDITE ME » SOUS LE PONTIFICAT DE SS. PIE XII GLORIEUSEMENT REGNANT POUR L'EGLISE DE ST. LAURENT DE VILLEMOISSON SUR ORGE. J’AI ETE BENITE EN L'AN DE GRACE 1952, MON PARRAIN MR. MARCEL GIRARD MAIRE DE VILLEMOISSON S/ORGE ET MA MARRAINE Mme FERNANDE BOUTON M'ONT NOMMEE MARCELLE CECILE. MR. L'ABBE ALBERT PILLON ETANT CURE DE LA PAROISSE

 

Anecdote

Au sujet du baptême de la petite cloche, M. Marcel Girard maire de Villemoisson, dans son langage pittoresque, nous raconte :

« Le curé me dit un jour : Je vais électrifier les cloches de l’église. Parce qu’il a une troisième cloche qui porte mon nom, je suis parrain d’une cloche, c’est écrit dessus : j’ai été baptisée tel jour, à telle heure, mon parrain est M. Untel, ma marraine est Madame Une telle. Cela ma coûté des dragées, quoi, un cadeau à la marraine, et puis, un billet…

La marraine ! Cette dame est morte. Elle était la femme d’un ami établi à Paris, qui habitait avenue des Marguerites ; je me rappelle plus son nom… La vraie marraine, c’était la propriétaire du château, Mme Bouton, et puis, elle n’a pas pus se déplacer, ou elle ne voulait pas se déplacer, parce qu’elle avait sa tête à elle. Alors on a pris une remplaçante… Je ne sais pas si mon nom est marqué… officiellement, c’est Mme Bouton ».

(Extrait de « Villemoisson-sur-Orge au XXe siècle. Propos recueillis mot à mot lors d’une interview collective).

 

 

Ces photos prises par Monsieur Albert Giraud sont intéressantes, elles montrent le système de fixation et fonctionnement des cloches.

 

 

(1) Ces deux nouvelles cloches, fondues par la maison Blanchet de Bagnolet, sonnent : l’une « Marie de la Présentation », le Ré dièse ; l’autre « Marcelle – Cécile, le Fa dièse. Elles sont en accord majeur parfait avec l’ancienne cloche datant de 1644, et sonnant le Si. Selon l’abbé Pillon, curé de Villemoisson, ces deux cloches ont coûté 278.734 francs (2787,34 nouveaux francs ou 424,93 euros), somme réunie par souscription.

Retour à l’accueil