La villa gallo-romaine aurait-elle été située
sur Villemoisson ?
En 1931,
Monsieur Albert Chaudun, père, adresse au bulletin de la « Commission des
antiquités de Seine-et-Oise », un rapport sur l’état de mise en
lotissement de la forêt de Séquigny (A), qu’il accompagne du croquis des lieux
ci-dessous. Ce croquis obligatoirement est non proportionné, les routes du
prince et de la princesse sont inversées réciproquement par rapport aux deux
autres plans présentés. Mais il est riche de renseignements. Dans ses
investigations, il déclare avoir découvert des ruines gallo-romaines, ainsi que
d’autres substructions, témoignages, et même des traces néolithiques.
Où pouvait
donc être la construction principale de ce centre habité ?
Pour avoir
pris « l’avenue des Tilleuls » (notée sur le croquis en 4) pour la
rue du « Docteur Vaillant » j’ai commis une erreur d’appréciation en
situant ces ruines romaines sur la commune de Sainte-Geneviève-des-Bois.
Après
avoir fait de nouvelles recherches, le hasard a fait que j’ai appris que cette
dernière rue a été depuis rebaptisée avenue Victor Basch. Cette révélation
m’amène à modifier tout mon raisonnement à la suite duquel cependant il me
reste un doute sur l’emplacement exact de cette villa : a-t-elle été sur
Sainte-Geneviève ou sur Villemoisson ?
Sur le
plan contemporain qui suit, ces ruines se trouveraient situées au-dessus
l’ancienne route de la Princesse (du Prince sur le plan), (5), matérialisée en
gros pointillés, à moitié distance entre cette ancienne route et le coude formé
par l’avenue Victor Basch, premier repère.
Second
repère, afin de cerner davantage cette implantation, à la limite de séparation
des deux communes (petits pointillés), la route de la Gilquinière, passe avenue
Victor Basch à cette mi-distance, il est donc possible que ces ruines romaines
pussent être vers cet endroit.
Evidemment
ce croquis qui ne peut-être qu'indicatif pour situer avec précisions ces
ruines, laisse un doute pour les placer sur l’une ou l’autre commune. Dans son
livre « Villemoisson en Hurepoix », Monsieur Victor Chaudun les
placent sous les n° 101, 103, 105, 107, avenue Victor Basch, ce n’est peut-être
qu’un choix pour la circonstance de son ouvrage.

1 – Chemin
de Montlhéry à la Pyramide, aujourd’hui allée des Genoux Blanc prolongée par
l’avenue de la République
2. – Vieux
chemin de Montlhéry à Viry-Châtillon, aujourd’hui rue Antoine Rocca, prolongée
par la rue du Vieux Chemin à Villemoisson
3. – La
rue de la Paix sans doute.
4. –
L’avenue des Tilleuls (indiqué tronçon), aujourd’hui avenue Victor Basch à
Villemoisson.
L’ancienne
route de la Gilquinière, aujourd’hui disparue, était en prolongement de l’avenue
des chèvrefeuilles. Elle représente aujourd’hui la délimitation de Villemoisson
avec Sainte-Geneviève (petits pointillés sur carte actuelle)
5. –
L’ancienne route de la princesse, aussi disparue, passant par la place
des Six Chênes, elle se prolongeait par l’avenue de Villiers et de la princesse
à Morsang. (Elle traverse la rue du Maréchal de Lattre de Tassigy, passe
par le croisement des rues de la Paix et de l’Avenir, passe l’avenue du Général
Leclerc, la rue du docteur Vaillant pour aboutir sur la rue Antoine Rocca
presque en face du pont de la Fouille).(Gros pointillés)
6. –
L’ancienne route du Prince, aujourd’hui avenue Paul Vaillant-Couturier, elle
se prolonge par la rue du Prince à Morsang.
7. –
L’ancien chemin des Gravelets, avenue de Beauséjour, aujourd’hui avenue Gabriel
Péri.
8. – La
route de Sainte-Geneviève, de nos jours la rue Georges Pitard
Quant aux
autres implantations portées sur le croquis, elles sont toutes sur le
territoire de Sainte-Geneviève-des-Bois.
Entre les
anciennes routes du prince et de la princesse – 5 et 6 – (l’une représentée en
gros pointillés, l’autre par l’avenue Gabriel Péri) est le lieudit du Fonds de
Calais appelé « la Mare Pavée ». Il se distingue des ruines : le
long de l’avenue du Général Leclerc, peut-être vers le croisement avec la rue
de l’Epargne, un autre emplacement à l’angle de l’avenue Gabriel Péri avec ce
qui pourrait être la rue de la paix à l’opposé du jardin public « La
Paix ».
L’appellation
de Mare Pavée se trouve dans plusieurs documents du XVIIIe siècle, peut-être
est-ce un surnom ? Mais il faut se garder de prendre à la lettre cette
dénomination qui peut avoir un autre sens. Une mare naturelle ne peut se
trouver pavée, sinon que par des travaux humains, comme pour un abreuvoir à chevaux
ou d’autres raisons. Toutefois il est exclu de voir là des thermes romains,
s’il y eut une exploitation agricole, partout c’est de la pierre meulière avec
du bois et du torchis légers dessus, des habitations, écrit V. Chaudun,
« comme ayant servies qu’à des esclaves ou des colons de passage ».
Entre les
avenues Paul Vaillant-Couturier et Gabriel Péri, passé la rue de la Paix,
« des haches néolithiques » auraient été mises à jour.
Enfin,
quelque part entre l’avenue Gabriel Péri et la rue Georges Pitard, encore des
ruines avec puits attestant une présence humaine antérieure.
Il est
permis de penser qu’éventuellement ce quartier centré sur les territoires de
Villemoisson et Sainte-Geneviève-des-Bois, fut un des plus anciens sites
habité, remontant dans le temps à une
époque antique, et d’aucuns de dirent que cette villa a pu influencer sur le
toponyme de Villa-Moisson.

(A)
Voici le rapport de M. Albert Chaudun
dont il est question.
« Dans
la forêt de Sainte-Geneviève, anciennement forêt de Séquigny, et maintenant
lotissement des bois du Perray, nous nous trouvons en présence de découvertes
bien incomplètes, certes, mais de plus en plus intéressantes à mesure que les
défrichements gagnent du terrain. Malheureusement, je ne puis pénétrer que
rarement dans les terrains lotis et clôturés, ce qui fait que beaucoup d'objets
et de documents ont dû m'échapper et être enfouis de nouveau par les ouvriers.
« À
part quelques haches de l'époque néolithique, tout ce que l'on a trouvé
appartient à l'époque gallo-romaine. Il semble qu'on se trouve non sur
l'emplacement d'une ville ou même d'une manse importante, mais sur
l'emplacement d'une exploitation agricole, favorisée dans le goût des Romains
par l'abondance de l'eau et la légèreté du sol ».
« On
ne trouve réellement de substructions que depuis la route de Sainte-Geneviève à
Perray Vaucluse jusqu'à la corne nord du bois de Villemoisson; c'est-à-dire sur
un espace d'environ un kilomètre. La tradition d'un centre anciennement habité
en cet endroit n'est pas entièrement perdue dans le pays. Le nom même du
lieu-dit cadastral est une indication formelle: le Fonds-de-Calais. Le mot
fonds ne veut-il pas dire juridiquement, bien cultivé ou cultivable. »
« Dans
certaines parties du bois non vendues, on voit encore la trace de ces
affouillements. Le centre de l'exploitation semble avoir été la Mare Pavée qui
n'a pas été vidée ni fouillée, mais que les défricheurs commencent à remplir de
grosses souches dans le but de la combler ».
« Les
premières substructions que l'on ait découvertes sont environ à 100 mètres de
là vers le sud-ouest : mais le terrain qui touche au nord de ladite Mare Pavée,
est profondément formé de petites et grosses meulières détachées qui semblent
provenir d'habitations ou de murailles en ruine et qu'on exploite carrément
pour des constructions nouvelles. Beaucoup de lots voisins n'ont pas encore été
touchés et il semblerait très intéressant de le faire parce qu'ils se trouvent
en bordure ou en travers d'un vieux chemin perdu sur lequel rien n'a poussé ».
« De
là, jusqu'à la limite de Villemoisson, tout à fait en bordure du plateau, les
défricheurs ont presque partout trouvé et démoli des anciennes fondations, mais
les ont détruits et dispersées à mon insu. J'ai su trop tard que les ruines
s'étendaient aussi loin. D'autre part, les chantiers sont le plus souvent tenus
par des inconnus qui ne veulent rien dire ou sont d’un abord très
difficile ».
« Mais enfin j'ai eu par hasard à
faire à un propriétaire et un ouvrier sympathisants ; et, par cet ouvrier,
j'ai appris que dans tel terrain à côté on avait trouvé des pierres taillées,
de la chaux, des restes de voûtes; dans tel autre des substructions assez
importantes pour que les occupants puissent se vanter d'avoir arraché les
fondements d'un château. Paroles d'autant plus pénibles à entendre que je sais
qu'on ne pourra jamais y revenir bien que les terrassements n'aient été faits
partout qu'à moins de 50 centimètres de profondeurs ».
« Et puis qu’archéologue, si
modeste fut-il en constatant l'importance de ces ruines, n'aurait pas la
hantise du Metiosedum des Commentaires de César, ville dont l'emplacement est
resté mystérieux, mais dont le nom fait penser beaucoup plus à Villemoisson
qu'à Meudon ou à Choisy-le-Roi ? »
« Enfin,
dans le terrain où j'eus l'autorisation de travailler moi-même, presque à la
lisière du bois de Villemoisson, j'ai constaté qu'on découvrait des tuiles à
rebord à chaque coup de pioche ; et l'ouvrier qui m'accompagnait me certifia
avoir dispersé l'année dernière, sans savoir leur origine, une grande quantité
d'objets brisés en fer, en verre, en poteries et des fers à clous d'âne et de
mulet ».
« Je n'ai rapporté de la légère
fouille opérée que deux grandes tuiles à rebords à peu près intactes, et un
instrument de fer, genre serpette. Mais j'ai bien recommandé de mettre de côté
désormais tout ce qui peut avoir un intérêt archéologique. Actuellement peu de
propriétaires habitent leurs lotissements, et il y a peu de défrichements; mais
au beau temps, j'essaierai d'avoir des renseignements nouveaux sur les
trouvailles faites de-ci de là, et je surveillerai spécialement les alentours
de la Mare Pavée ».
« Jusqu'ici nous n'avons presque à
enregistrer que des destructions irréparables. Et comment faire pour éveiller
un intérêt archéologique dans cette population si spéciale, sans faire naître
en même temps de nouveaux égoïsmes destructeurs ».
« En finissant, je signale
plusieurs perrés anciens en pierres sèches complètements écroulés et envahis
par la mousse, la terre et les racines d'arbres. Ces perrés rectilignes ou
perpendiculaires sont au-dessous de l'emplacement des ruines, partent du bord
du plateau et s'étendent jusque dans les bois de l'asile de Vaucluse. Ils
semblent nettement être les limites d'anciens champs, clos ou jardins que la
forêt a reconquis avec le repos ».
« Parmi les objets trouvés depuis
la corne de Villemoisson et conservés par moi figurent plusieurs clés romaines
en bronze et en fer; une meule à bras cassée, un broyeur à grains de l'époque
gauloise et une très fine médaille à la louve. »

« Nulle part, écrit M. Victor
Chaudun (fils), on ne trouva de mosaïques ni de pierres de taille : de la
pierre meulière partout et seulement pour les fondations, montrant la modestie
des occupants de cette colonie. Cette maison, fut détruite par un incendie vers
la fin du IVe siècle, des traces de cet incendie ont été constatées à 1,50 m de
profondeur au cours des fouilles. Fut-elle victime du passage d'une de ces
hordes barbares traversant périodiquement le pays ? La découverte de deux
médailles: la plus petite à la louve, et la plus grande au chrisme représentent
à elles deux le commencement et la fin de la domination romaine. »
« Mon père, au cours des
défrichements, a (encore) sorti de terre une lampe de bronze, un petit mercure
de bronze, la grande dalle du foyer, et les deux clés d’une maison, les tuiles
courbes et plates du toit recouvrant le tout. »
Le pont de la Fouille sur lequel passe
la ligne de chemin de fer Paris-Orléans, par son nom rappelle le souvenir de
ces lieux où furent trouvés tant de témoignages anciens.
