Le dernier seigneur de Villemoisson

Louis Bénigne Bertier de Sauvigny (1775 – 1789)

 

 

Forêt de Séquigny

         « Arrêt du conseil d’Etat du roy concernant les routes des chasses de Sa Majesté dans la forest de Séquigny, du 8 décembre 1779.

         « Le Roy étant informé que, quoique Sa Majesté ne possède aucun bois dans la forêt de Séquigny, elle à néanmoins en différents temps ordonné l'ouverture de plusieurs routes dans cette forêt pour l'utilité et l'agrément de ses chasses, et pourvu au remboursement de la superficie et du fond des terrains qu'elles traversent.

         « Que malgré ces remboursements et la réformation générale des Eaux et Forets de Paris, plusieurs de celles de la dite foret de Séquigny, sont tellement en mauvais état, qu'il est des endroits si dangereux que l'on ne pourroit les fréquenter sans s'exposer. Que cette dégradation ne vient que de la facilité que donnent les propriétaires de la dite foret, à leurs voituriers de s'en servir pour la « vuidange » des « sentes » qu'ils font faire annuellement sans pourvoir à leur rétablissement. Qu'au moyen des dits remboursements, ces dits propriétaires ne peuvent en aucun cas se servir des dites routes, ni permettre à leurs voituriers de les fréquenter pour la « vuidange » de leurs bois, et Sa Majesté voulant que l'usage des dites routes soit interdit, et pourvoir à leur rétablissement, elle a résolu de faire sur ce, connoitre ses intentions. Le Roy fait très expresse inhibitions et défenses à toutes personnes de quelque qualité et condition qu'elles puissent être de se servir en aucun cas, de quelque manière que ce soit, des routes qui ont été ouvertes ou qui le seront par la suite dans la forêt de Séquigny, pour l'utilité et la commodité des chasses de Sa Majesté, à peine de 10 livres d'amende et de confiscation des bois, chevaux, voitures et charrettes qui seront trouvés longeant ou traversant les dites routes. Ordonne en outre Sa Majesté qu'il sera construit des ponceaux, ouvert des fossés, posé des barrières et poteaux indicatifs dans tous les endroits nécessaires. » (8 décembre 1779)

 

         28 novembre 1783. – « De par le roi. Ordonnance portant défenses de peler et écorcer les ormes et autres arbres plantés le long des routes et grands chemins, à peine de 300 livres d’amende à tout ce qui pouvoit tendre à l’entretien et conservation des arbres qui bordent les chaussées, grandes routes et chemins royaux. Qu’en effet, depuis que les papiers publics avoient annoncé les propriétés médicinales de la décoction de l’écorce intérieure de l’orme, plusieurs particuliers se permettoient d’écorcer nuitamment et sans distinction, les ormes plantés sur les chemins. »

 

Les plans d’Intendance

         Louis François Bénigne Bertier de Sauvigny, avait entre autres charges celle d’être Intendant de la généralité de Paris. Méthodique dans cette fonction, il fit établir un plan d’intendance de toutes les « paroisses » de son administration, véritable cadastre qui devait porter son nom, dont la qualité et les détails n’ont rien à devoir au cadastre napoléonien. Il est peut-être, à ma connaissance, le premier à l’avoir créé, mis à part peut-être les plans terriers contemporains mais réalisés sans unité régionale. Les Archives départementales de l’Essonne possèdent environ 170 plans sur le département de l’Essonne. Les Archives départementales des Yvelines, dans un livre intitulé « Paysages d’Yvelines à la fin du XVIIIe siècle », publient 211 cartes.

         Ces plans sont d’une haute qualité de précisions, dépassent largement celles des cartes Cassini. Ils n’ont à rien perdre en valeur par rapport au cadastre napoléonien. Bien au contraire, sont notés sur ceux-ci les superficies des terres labourables, des prés, des vignes, des bois, bâtiments, cours jardins, chemins de chaque localité. Chaque élément a une couleur représentative standardisée. Finalement c’est un héritage d’une valeur inestimable que nous laisse Bénigne Bertier, une photographie régionale française avant la Révolution.

 

            Seigneur des trois seigneuries Villemoisson, Sainte-Geneviève-des-Bois et Morsang, c’est un plan d’intendance de celles-ci groupées que nous lègue Bertier. Nous pouvons remarquer autour de l’immense forêt de Séquigny, à gauche, les villages de Morsang et dessous Villemoisson se prolongeant dans la vallée jusqu’aux Franchises. A droite en haut, échelonnés : Sainte-Geneviève, la Cossonnerie, le Parc Pierre et Liers. En bas, à droite quelques maisons du Perray.

Plan suivant

            Agrandissement de la partie du plan d’intendance concernant Villemoisson. Chaque maison est fidèlement représentée, dont certaines aujourd’hui existent encore. Es suivent : A gauche la ferme seigneuriale, l’église, le moulin. Le parc du château, traversé par la rue de l’église ; un côté composé de parterres, de cultures, l’autre côté est boisé avec des allées. Le château, son pigeonnier, les communs. Le village, le Collège, le fief de la Chapelle (Vieux-Logis). Devant la mairie-école qui sera construite en 1879, une ferme est située dans un lieu-dit appelé la Nouvelle France. Plus loin le hameau des Franchises et la garenne. Cette physionomie de Villemoisson sera encore la même au seuil du XXe siècle.

 

 

La forêt et la chasse.

         Concession de chasses en la forêt de Séquigny accordée à monsieur et madame de Sauvigny : Le 11 janvier 1775 par messieurs de Saint-Louis de la Culture, sur 212 arpents et demy de bois, il a été convenu que pendant la vie de Monsieur et Madame de Sauvigny, l’on donnerait à ces messieurs 60 pièces de gibiers chaque année en cinq envois composés de six lapins, quatre perdrix et deux lièvres chaque. Le 22 décembre 1778. Concession de chasse sur le fief de Sainte-Catherine. Le seigneur Bertier devra faire planter des poteaux dans la circonscription du dit fief et s’oblige, de fournir au dit hôpital un panier de gibier le jour Saint-Augustin, 28 août, un autre à la Sainte-Catherine, 25 novembre, de chaque année, de quatre pièces de gibier chacun.  Le 15 mai 1779, c’est Louis Bénigne accorde au seigneur Claude Jean Baptiste Brochant de Juvisy, de chasser sur une pièce relevant de Ballainvilliers, contenant 29 arpents à 22 pieds ; en échange le sieur Brochant consent que le seigneur Bertier continue de chasser sur des bois appartenant au séminaire d’Orléans montant à 18 arpents 39 perches.

 

Faits divers.

L’affaire des filets de pêche. (Extraits d’échange de correspondances).

         5 mai 1777. « Delmas, pêcheur et garde de Mr. de Surbeck et les nommés Hérault et Fauve pèchoient dans l’Orge, Lorsque Hérault et Fauve ont aperçu trois varveux (verveux :filet de pèche en entonnoire), à deux geules qui égouttoient attachés à un arbres sur le bord de la rivière devant Villemoisson et ils s’en sont emparés. Sur cela paru des gens de Mr. Séneschal du château de Villemoisson, pour réclamer les trois varveux confisqués. Sur le refus d'Hérault et Fauve de les remettre, M. Séneschal a paru lui-même. Il s'est tenu de la part des gens de Mr. Sénéchal beaucoup de propos et de menaces. Mr. Séneschal ne voyant point à Hérault et Fauve de bandoulières, les a menacé de leur faire bien du mal jusqu'à des coups de bâtons. Mais Delmas prenant la parole lui a fait voir la marque qu'il portoit sur lui, et Mr. Séneschal la voyant est resté muet et confus. Il y a grande apparence, rapporte le garde que ce n’est pas la première pêche que Mr. Séneschal a faite ou fait faire dans votre rivière et je ne m'étonne plus qu'on y trouve si peu de poissons. »

         Le même jour Sénéchal se plaint à Bertier : « Monsieur, permettez que je réclame votre justice et mes droits au sujet d'un acte de violence que je viens d'éprouver de deux de vos gardes. Ses gardes, accompagnés de votre concierge en venant faire leur pesche s'étoient saisi, malgré la réclamation de mon cuisinier de trois varveux m'appartenant accrochés pour faire sécher aux arbres qui m'appartiennent le long de mon potager, sous le prétexte que je n'avois pas le droit de pescher dans la riviére. J’ay représenté qu'au moins par honnesteté on pouvoient dresser procès-verbal, mais que la saisie de mes varveux me paroissoit un acte de violence sans excuse vis-à-vis de moy propriétaire présent qui les réclamoit en vertu de mon droit ».

         « Paris, le 7 may 1777. M. Bertier à M. Le Séneschal, secrétaire du roy, à Beaumont... Je vais me faire instruire très promptement de cette affaire afin de vous procurer toute la satisfaction qui sera en mon pouvoir. Je vous prierez d'avoir la complaisance de me faire communiquer le titre que vous (devez ou avez dit) avoir, qui établit votre droit de pêche. »

         « 9 may 1777. Monsieur, … Quant à mon droit que j’ay revendiqué, mon titre n'est autre chose, estre en fief que j’ay eu l'honneur de vous en payer les droits en conséquence, et qu'à ce titre comme j'ay la chasse sur tous ce qui comprend mon enclos, et que les lois de la pesche sont conformes à celles de la chasse. » (Le Sénéchal)

         Paris le 14 mai 1777, Bertier à monsieur Le Séneschal, receveur général des domaines et bois, rue Vieille rue du Temple, vis-à-vis la rue Chapon. « J'ay consulté sur votre petite affaire. Vous n'avez pas de droit de pêche dans la rivière, ce qui doit se justifier par votre contract d'acquisition et par celuy de monsieur Marchand de Beaumont. Je ne veux point avoir de procès avec vous, sinon nous choisirons un avocat qui nous réglera. »

         10 juin 1783. (En guise d'épilogue). La rivière d'Orge coulant le long de la seigneurie de Villemoisson appartient à Mr. Bertier. A Mr. de Beaumont, on a permis de pêcher concurrent avec le seigneur dans un cours limité, depuis l'encoignure du clos de l’Osier, c’est-à-dire depuis le pont de la chaussée jusqu'à l'Aulnette Carré. Mr. de Beaumont en vendant à Mr. Le Séneschal lui a probablement cédé son droit de pêche. Cependant, Mr. Le Séneschal élève aujourd'huy cette difficulté; il a voulu défendre au garde de traverser son clos, et il lui a dit que Mr. Bertier ne pouvoit aller que de l'autre rive, et qu'il n'étoit pas obligé de fournir de passage de son côté. Cependant, suivant l’ordonnance des Faux et Forest, le « marche-pied » de la rivièredoit être absolument libre, et si Mr. le Séneschal s'est enclos, il doit laisser un « marche-pied » ou livrer un passage quand on veut pêcher

 

Braconnages, vols

         Ce 16 janvier 1785. – « Le nommé Jean Daragon qui a l'honneur de vous présenter ma lettre, est mon paroissien demeurant au Breuil qui m'assure se repentir de l'insulte qui vient d’être faite à monsieur l'intendant, par la hardiesse de son fils pris dernièrement dans la forêt, fouillant des terriers de lapins. Il est très reconnoissaat de la grâce que vous avez la bonté de luy accorder. Signé Lepitre, curé d'Epinay-sur-orge. »

         28 décembre 1786. Il a été obtenu une sentence contre les nommés Delmas et Boudineau qui les condamne chacun en 100 livres d'amende. Mais il est observé que ces deux particuliers étant garçons et fort peu à leur aise, il sera difficile de leur faire payer l'amende dont il s’agit et il est proposé en conséquence, tant pour les punir que pour donner de la crainte aux autres braconniers, de les faire mettre pour quelques temps à Bicêtre ou au dépôt de Saint-Denis

         31 mars 1789. – « Monsieur. J'ai l'honneur de vous rendre compte que les voleurs et les braconniers s'évertuent, surtout les voleurs d'église. La semaine dernière on a volé à l'église de Savigny. Les mêmes voleurs avoient déjà fait fracture à l'église d'Epinay. Mais heureusement un marchand de foin qui partoit d'Epinay à deux heures du matin pour conduire une voiture à Paris, ayant avec lui un très gros chien. Cet animal a entendu du bruit proche l’église, y est accouru avec férocité, il a écarté les voleurs qui ont pris la fuite sans faire leur coup ». (Lepitre, curé d'Epinay-sur-orge.)

 

Dernier aveu et dénombrement du fief de la Motte (26 juillet 1782).

         « Aveu et dénombrement que donne à haut et puissant seigneur messire Louis Bénigne François Bertier, demeurant à Paris en son hôtel rue de Vendôme, paroisse Saint-Nicolas des Champs. De très haut et très puissant seigneur monseigneur Charles Emanuel Marie Madelon de Vintimille, des comtes de Marseille, marquis du Luc, de Vins, des Arts, baron d’Ollioules, Saint-Nazaire, Castelnaux des Guers, Laval, Saint-Paul, seigneur haut, moyen et bas justicier des terres et seigneuries de Savigny-sur-Orge, Viry-sur-Orge et du fief de la Motte. Brigadier des armées du roy, colonel propriétaire du régiment royal Corse, gouverneur des Isles de Porquerolles et Lingoustier, lieutenant de roy en Provence. Dudit fief et seigneurie de la Motte, assis au terroir et paroisse de Savigny en la haute justice dudit lieu appartenant audit seigneur marquis du Luc, mouvant du roy, ledit fief tenu et possédé noblement en plein fief, foy et hommage dudit seigneur Bertier, à cause de sa seigneurie de Villemoisson. Nous connaissons la consistance du domaine. » (Voir terrier)

 

Bail à vie au profit de M. le baron de Surbeck de l’ancienne école de Villemoisson. (1788, 5 avril).

         « Par devant le notaire fut présent, haut et puissant seigneur Louis Bénigne François Bertier. Lequel à, par ces présentes, cédé, quitté et délaissé à titre de bail à vie et promet faire jouir et garantir de tous troubles et empêchements généralement quelconques.

         « A M. Louis Bénédicte de Surbeck, maréchal des camps et armées du Roy, demeurant au château de Morsan-sur-Orge, à ce, présent et acceptant, preneur pour lui sa vie durant, un petit corps de bâtiment couvert de tuiles, servant autrefois d'école. Consistant en une cuisine, un bûcher, un cellier et un poulailler dans le bas ; deux chambres au-dessus, dont l'une avec cheminée, grenier au-dessus, cour, nouvellement construite, devant, et un quartier environ de jardin au-dessus actuellement enclos à prendre dans une pièce de terre de quatre arpents et demy environ, non compris la portion de chemin longeant les murs du parc de M. le Sénéchal, au droit d’aller puiser de l'eau au puits étant dans la ferme seigneuriale. La totalité desdits maison et jardin, tenant à la cour de la dite ferme seigneuriale et sur le carrefour. »

 

Bâtiment à gauche de l’entrée

 

         « Ce bail est fait moyennant la somme de 50 livres aux charges, clauses et conditions qui suivent : De bien cultiver, fumer et amender ledit jardin. D'entretenir les bâtiments des réparations dont est chargé un usufruitier. De laisser 24 pieds de longueur sur 12 pieds de largeur auprès dudit bâtiment dans ledit quartier de jardin, sur lesquels on ne pourra faire aucune culture, pour la conservation de la cave dépendante de ladite ferme seigneuriale, étant sous ladite portion de jardin. De souffrir mettre par le propriétaire une gouttière pour retirer les eaux tombant sur la voûte de ladite cave. »

 

Les revenus des seigneuries de Bertier à la veille de la Révolution. (1782)

         « La ferme de Sainte-Geneviève-des-Bois et celle de Liers réunies. - Bail de neuf années au sieur François Motteau pour la somme de 2000 livres. A la charge de fournir 50 grosses bottes de paille de seigle, 200 bottes de paille de bled rendu à Paris, deux voitures pendant huit jours pour aider à remplir la glacière; de labourer et ensemencer sans rétribution cinq arpents de terre dont la semence sera fournie. De plus a été baillé en 1780, pour 60 livres une terre appelée Jardin Anglois et l'allée en face du château appelée l'Allée de la Greffiére pour 40 livres. Total 3100 livres.

         « Ferme de Viry. – Bail pour neuf années au sieur Déduit, pour la somme de 1500 livres.

         « Ferme de Morsan. - Bail pour neuf années au sieur Fontaine de la ferme, du pressoir et droits, terres, prés, vignes et clos pour la somme de 3500 livres. A la charge de fournir par an deux agneaux gras. De plus, une pièce de vin provenant de la récolte des vignes de la ferme au choix du bailleur, d'une valeur de 20 livres. Deux journées de voitures à trois chevaux pour aider à remplir la glacière, valeur 40 livres. Total des charges 84 livres.

         « Château de Morsan. - Bail « a vie » avec dépendances du château, droits de chasse, etc., accordé au baron de Surbeck, pour la somme de 2400 livres ; plus 24 livres pour quatre remises.

         Moulin de Villemoisson et dépendances. - Bail passé au sieur Robine en 1781 des moulins à eau, jardin, dépendances. A la charge de 3 boisseaux de bled froment mesure de Montlhéry de cens, bail portant lods et vente, défaut saisines et amandes le cas en échoit, moyennant 2500 livres de rente foncière rachetable. Autre bail à cens pour une pièce de terre au terroir de Villemoisson, non compris la remise de chasse qui est au milieu et qui est réservée (elle se trouvait dans le lotissement entre le cimetière et la route de Corbeil). Soit 2500 livres plus 383 livres 17 sols 6 deniers = 2883 livres 17 sols 6 deniers de cens; 3 boisseaux de bled froment à 5 livres ; deux chapons en nature pour les terres : 6 livres, faisant au total 2894 livres 17 sols 6 deniers.

         « Ferme de Villemoisson: (excepté la pièce donnée à rente à Robine) - Bail donné en 1781, au sieur Lamoureux, consistant en bâtiment, terres, clos à luzerne, bâtiment de la ferme. Soit 1731 livres 15 sols.

         « La ferme du Perray (démembrée en sept baux) : Total 2325 livres 13 sols

         « Bois exploités par le sieur Baron : 26.000 livres tous les ans sur 100 arpents de bois ; à la charge de rendre gratuitement à Paris chaque année 30 cordes de bois (780 livres) et voiturage (300 livres) égal 1080 livres.

         « Récapitulation des revenus des terres et seigneuries de Sainte-Geneviève-des-Bois, Morsan, Villemoisson et le Perray. Total : 48.285 livres 9 sols 7 deniers. »

 

La mort de Louis Bénigne Bertier de Sauvigny

         Toutes ces qualités, en particuliers celles d’intendant de justice et de police plaçait Bénigne Bertier en tête de la vindicte populaire lorsque éclata la révolution de 1789. Pourtant il n’apparaît pas dans les textes avoir été un homme tyrannique avec ses sujets. Toutefois son beau-père, sans doute, lui a porté ombre dans sa réputation. Joseph Foullon d’Escotier, baron de Doué, intendant des finances, seigneur de Morangis était haï du peuple pour son âpreté au gain. On l’accusait d’avoir prononcé : « Si le peuple à faim qu’il mange du foin, mes vaches en mangent bien ». Et le peuple se vengera bien, il fut, avec son gendre les toutes premières victimes.

         Après la chute de la Bastille, la troupe environnait Paris. Des faits accusaient l’intendant, dans ses papiers, on a trouvé des plans, des lettres, des ordres pour Paris, pour distribuer des munitions, des cartouches à la troupe étrangère, et l’intendance manquait. Ces documents exposés au public révélaient un véritable complot tramé contre la capitale. Il n'était donc pas étonnant que l'intendant de Paris devienne l'un des instruments essentiels.

         Necker était rappelé, le ministère dissout s’enfuyait à l’étranger. Foullon se retira dans ses terres où, dit-on, il organisait son propre enterrement pour faire croire à sa disparition. Reconnu il était appréhendé le 21 juillet par Rappe, procureur fiscal de Viry. Le 17, Bertier s’enfuyait de son côté, vers Soissons où était son gendre Charles Esprit Marie de La Bourdonnaye-Blossac. Le 18 juillet il était arrivé à Compiègne, en modeste équipage, quand il fut reconnu. Deux cent quarante hommes à cheval de la garde étaient fournis par les districts pour le ramener à la capitale.

         Le bruit de la présence de Foullon s'était répandu dans Paris et la foule commençait à se masser sur la place de Grève. « Foullon a prévariqué et volé à l'Etat 20 millions ; c'est lui qui voulait la banqueroute générale. Bertier de Sauvigny avait également volé 16 millions, aurait fait mourir de faim 6.000 personnes dans les dépôts de mendicité ». Il était rappelé que l'intendant a été l’organisateur du rassemblement des troupes à Paris et qu’il devait être jugé.

         A peine sorti de l’Hôtel de ville, Foullon était pendu et déchiqueté sauvagement. La Fayette avait fait venir la troupe. Il aurait fallu que les soldats s'opposent par la violence, à la foule assemblée. Mais le peuple et les soldats faisaient cause commune. « Arrivé sur la place, Louis Bénigne fut percé de mille coups, son corps dépecé, son coeur arraché. Sa tête, comme celle de son beau-père transportée au bout d’une pique à travers Paris. Le peuple, qui s’était rappelé, avait rempli de foin la bouche de Foulon. Elles furent rapportées dans la soirée au Châtelet : la tête de Foullon dans un torchon, celle de Bertier dans la manne d'un petit pâtissier. Le 23 juillet, les deux corps étaient inhumés dans la même fosse du cimetière Sainte-Catherine, au faubourg Saint-Marcel.

 

 

L’abbé Foullon tuteur des enfants Bertier (29 ventôse an 2.- 19 mars 1794)

         « Monsieur Simon Tardiveau, natif de Paris, y demeurant, rue Saint-Paul n°5, tuteur honoraire croit devoir rendre compte des arrangements que la famille des enfants Bertier avoit pris pour les rapprocher et réunir. Louis Bénigne François Bertier, dernier intendant de la généralité de Paris, a laissé à sa mort arrivée le 22 juillet 1789, huit enfants mineurs, savoir :

- Anne Louise Bertier, mariée à de Blossac,

- Bernarde Françoise Bertier, mariée à de Mory,

- Antoine Joseph Louis Bertier, l'aîné des garçons,

- Anne Pierre Bertier, son frère cadet,

- Antoinette Bernarde Bertier, mariée à de Pardieu,

- Bénigne Louis Bertier,

- Anne Ferdinand Louis Bertier

- Blanche Louise Antoinette Bertier.

         « Les garçons ont été quelque temps réunis et vivant en commun dans une maison que les deux aînés ont loué place du cy-devant palais Bourbon appartenant au citoyen Saisseval qui leur a passé un bail de trois ans expiré en 1792.

         « L'abbé Foullon, leur oncle et tuteur honoraire leur a meublé cette maison avec les meubles dont il c'étoit rendu adjudicataire lors de la vente faite au décès de Louis Bénigne François Bertier.

         « La négligence des deux aînés dans la tenue de leur maison, leurs absences fréquentes et les dépenses que leurs absences occasionnoient paroissent avoir déterminé l'abbé Foulon à retirer d'avec eux leurs plus jeunes frères, Bénigne Louis et Anne Ferdinand Louis, et de les conduire lui-même au collège de Tournay après leur avoir fait voir Londres ou ils se sont arrêtés quelques temps.

         « Depuis il a été question de les rappeler à Paris pour y suivre le cours de leurs études. Ils devoient venir demeurer avec leur sœur aînée, madame de Blossac qui avoit commencé à prendre un établissement rue Saint-Lazare, barrière Blanche. Les deux aînés devoient venir résider avec eux et la plus jeune, Blanche Louise Antoinette, qui avoit été retirée par une parente à la mort de son père, devoit se réunir à eux pour ne former entre eux qu'une seule maison.

         « Ces dispositions qui paroissent bien vue ont changé tout à coup. Madame de Blossac et son mari après avoir commencé à faire enlever les meubles qui garnissoient la maison de la place cy-devant Palais Bourbon et faire conduire en leur demeure rue Saint-Lazare, endroit pour les faire conduire à leur destination rue Saint-Paul dans des appartements qui se sont trouvés successivement vacants, maison de la citoyenne de Perthuis qu'ils ont destinés pour les deux aînés Bertier qu'ils attendoient et les deux cadets qui devoient également les venir occuper, même la plus jeune des filles, si le local pouvoit le permettre de réunir une de ses aînées poursuivre son éducation et avoir la surveillance sur elle.

         « On ne sçai quel a été le motif de Marie de Blossac et son mari pour changer de résolution et prendre un parti différent de celui qui avoit été d'abord déterminé; on ne sçai non plus qui a pu détourner les deux aînés Bertier de se rendre à Paris et y occuper leur nouveau logement qui avoit été sans doute concerté avec eux.

         « Quant au troisième garçon, Bénigne Louis Bertier, l'abbé Foullon l'a fait sortir du Collège de Tournay, soit pour le mettre dans un autre collège, soit pour le retenir auprès de lui, car il l'affectionnoit beaucoup.

         « A l'égard d'Anne Ferdinand Louis Bertier, le plus jeune des garçons, l'abbé Foullon l'a laissé partir pour Paris, et a occupé quelque temps un des appartements qui lui étoit destiné, et a voulu aller rejoindre sa sœur à Bois Herpin, prés Etampes, n'ayant plus à compter sur le retour des aînés Bertier. Mais espérant encore sur celui de Louis Bénigne le déclarant a pris le parti d'abandonner les meubles et effets qui garnissoient leur appartement au rez-de-chaussée. Il a donné congé de cet appartement qui étoit le plus cher, et a pris celui du premier qui s'est trouvé vacant pour y établir son bureau ; il a meublé cette appartement avec partie des meubles qui étoient dans celui du second qui se trouvoit trop resséré pour les trois mineurs qui devoient l'occuper.

         « Ce déclarant ne s'est déterminé à faire cette réserve de meubles pour ses mineurs que parce qu'il lui a paru constant que l'abbé Foullon, leur oncle, ne s'en étoit rendu adjudicataire que pour eux. Chacun devoit en avoir sa portion, et cette portion déjà déterminée à l'égard des deux garçons puisnés par l'usage qu'ils en avoient eu, devoit également avoir son effet pour leur sœur cadette; chacun d'eux leur éducation finie, auroit pu prendre sa maison sans grande dépense.

         « Ce motif qui a sans doute fixé l'abbé Foullon étoit bien ou mal vu de sa part, il n'en résulte pas moins que les meubles qu'il leu a cédé sont à eux, et qu'ils pourroient à leur majorité en disposer à leu gré. Mais ce déclarant voyant que leur réunion ne s'éffectuoit pas, au moyen de l'absence de Louis Bénigne, l'un d'eux, et considérant qu'il y auroit plus d'avantage pour les deux mineurs qui sont en France de laisser vendre leurs deux portions avec celle de l'absent, puisque par là, indépendamment du dépérissement inévitable des meubles pendant le temps que dureroit leur minorité, il fait cesser en prenant ce parti le cour d'un loyer fort onéreux pour eux. C'est pourquoi il s'est décidé d’appeler le commissaire du département qui a apposé les scellées sur les premiers effets pour les poser de même sur les seconds.

         « Mais l'absence de ce commissaire qui dure depuis très longtemps étoit un obstacle à la levée des scellées qui tiennent les lieux fermés, qui empêchent l'effet de congé qu'il a également donné de ces lieux et perpétue le cours des loyers.  Il a été forcé pour ces raisons de présenter un mémoire au département pour faire nommer un commissaire à la place de l'absent. Lequel, assisté de deux commissaires et de suite à l'inventaire, description et estimation des meubles et effets étant sous les dites scellées.

         « Il dépend des mêmes meubles et effets une pendule que le déclarant a appris avoir été mise au Mont-de-Piété, le déclarant s'en est fait remettre la reconnoissance et la retirée, moyennant la somme de 132 livres; il l'a représentée et elle fait partie des effets inventoriés.

         « Il dépend encore des mêmes meubles et effets de l'argenterie que les aînés Bertier ont laissés à Paris, laquelle consiste : En une cuillère à potage à filets, Six cuillères à ragoûts à filets, 22 couverts à filets, 12 cuillères à café à filets, quatre pelles à sel, six osselets, et enfin une chocolatière sans et son manche de bois. Le tout armoriés.

         « Cette argenterie provient d'un partage qui s'est fait à la mort de Mr. Foullon de l'argenterie dépendante de la succession entre les enfants auquel partage le déclarant n'a point été présent ny

appelé, et il se réserve pour raison de ce, pour ses mineurs tous leurs droits, actions et réceptions. Laquelle argenterie le déclarant offre et est prêt de représenter, et il en requiert dés à présent pour les deux mineurs le partage par égales portions.

         « Déclare le déposant qu'indépendamment des papiers inventoriés après décès de Louis Bénigne François Bertier dont il est resté dépositaire, il lui en a laissé un grand nombre qu'on n'a pu juger utile d'inventorier, mais dont une partie néanmoins peuvent servir de renseignements.

         « Déclare pareillement que les mineurs ont une action à exercer contre le cy-devant duc d'Orléans pour raison d'une portion de terrain qu'il a pris sur une pièce de terre d'environ 10 arpents sçitués à Monceaux, sur la rue dite de Valois, appartenant à la succession Bertier, tenue à loyer par Jean Baptiste Le Bouteux, nourricier demeurant à Paris, rue Mirabeau.

         « Déclare pareillement qu'il est du pour le citoyen Saint-Priest, cy-devant maître des requestes, demeurant à Paris place appelée cy-devant place Royale, une rente de 1440 livres au principal au denier 25 de 36.000 livres par lui constituée au profit de madame de Sauvigny par contrat du 1er septembre 1776. Laquelle rente Louis Bénigne François Bertier, aprés la mort de madame de Sauvigny, sa mère, a cédé à madame de Blossac et son mari pour la remplir, à ce qu'on présume, d'une partie de sa dote. Mais en même temps, il s'est réservé les arrérages qui étoient dus et accumulés de plusieurs années, en desquels par arrangements avec son débiteur il percevoit tous les ans 360 livres sur les rétributions que son débiteur touchoit du cy-devant trésor royal pour raison desquels arrérages il y a compte à faire ... Il n'en s'est trouvé traces. »

 

Branche des Bertier de Séquigny.

         Anne Pierre de Bertier de Séquigny. Vicomte, né à Paris le 14 août 1770, mort le 10 septembre 1848. Entre dans l'armée des Immigrés du comte d'Artois en 1789, puis dans l'armée de Condé. Colonel en 1815. Député à Versailles en 1815. Maire de Sainte-Geneviève-des-Bois. Marié en 1803 à Marie Renée Louise de Foucquet. (Miniature de Bilfeld -1827- se trouvant au château de la Grange). (1)

         Louis René, comte de Bertier. Né au château de la Grange le 31 août 1808, mort le 17 juin 1877. Page des écuries du roi en 1825, sous-lieutenant au régiment de carabinier en 1829. Marié en 1835 à Marie Eléonore de Klinglin. (Miniature de Bilfeld -1827- au château de la Grange). (2)

         René Auguste Anatole, comte de Bertier de Sauvigny.     Chef d'escadron au 9e cuirassiers, né à Paris le 1er octobre 1839, marié le 15 septembre 1874 à Henriette Jeanne Marie Thérèse de Kergariou.

         Marie René Jean de Bertier, sénateur de Moselle, né à Saint-Mihiel le 31 octobre 1877, décédé en 1926. Marié à Marie-Louise Chalmeton de Croÿ. (Photo portrait). (3)

         D'un commun accord pris en 1872, et pour éviter toutes confusion avec d'autres familles, portant également le nom de Bertier ou Berthier, les descendants mâles de Louis Bénigne François Bertier, marquis de Bertier, de Sauvigny, dernier intendant de Paris, se sont décidés à joindre à leur nom de Bertier celui de Sauvigny, tel que le portaient leurs ancêtres.

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