Les produits de l’imagination sources de légendes

(Les allées de la Grotte, des Ouches, rue de la Butte, l’avenue du Grand Orme)

 

 

 

Aucune trace préhistorique ne peut être révélée officiellement à Villemoisson

  Où Monsieur Victor Chaudun se réfère à Mortillet pour confondre Villemoisson aux écrits de cet historien.

           « Pas de pilotis, pas de murs de pierre. Nous avons pu voir en pleine Beauce, mais aux bords de l'Aigre et de la Canche, petits affluents du Loir, régions rêvées des chasseurs et des pêcheurs, les fameux ronds de verdure, témoins irrécusables des hommes de la préhistoire. Sur les plateaux incultes depuis toujours où le calcaire affleure, comme est celui de Villemoisson, ces ronds d'herbe fine et touffue, parfaitement réguliers, épais d'environ 30 cm se dessinent au mois de mai parmi les gazons des pâtures. Ce sont les fonds des cabanes ou des huttes de nos ancêtres néolithiques. Autour de ces nids d'hommes primitifs, on a trouvé et on trouve encore des silex taillés et polis et dans les pentes qui descendent aux marais, des restes de souterrains refuges bouchés ou éboulés, tels que les signala de Mortillet. De semblables ronds de verdure ont été repérés un peu partout en France là où la charrue n'a jamais passé à cause des affleurements de roches et en particulier, pour se rapprocher de nous, au-dessus de Villeneuve-le-Roi, sur un coin du plateau dominant l'ancien lit de la Seine.

           « Il est donc probable que Villemoisson, ou son emplacement, connut, lui aussi, ces îlots de vie primitive puisque notre plateau nous donne encore des haches polies et que les pentes vers l'Orge ont gardé nombreux leurs souterrains refuges, où l'eau surabondante a pris son cours depuis longtemps. Les ronds de verdure, restes des huttes primitives, ont dû disparaître dès que les habitants de la région ont pu retourner le sol à l'outil et les souterrains utilisés au Moyen Age et depuis lors, ont été en partie voûtés de pierre, mais ils sont toujours là. Il y a cent ans à peine, Villemoisson nommait ses ronds de verdure des margelles et le merveilleux aidant, c'est sous le nom de ronds de sorcières — en souvenir des sabbats de sorcières dans les déserts — qu'on les désigne en maints autres lieux. »

 

          Aucun outillage préhistorique n’a été officiellement trouvé, à ma connaissance, sur le plateau de Villemoisson. Telles pierres taillées et polies découvertes ne peuvent être appréciées sans la confirmation d’une découverte. Á moins que de semblables vestiges soient restés dans une collection particulière à la seule appréciation historique de qui les a découverts.

          D’une façon certaine, de par nos textes, nous savons qu’au moins dès le XVIIIe siècle la plaine était cultivée et les pâturages rares. Les terres étaient misent en jachères une année sur trois et cette année là elles étaient laissées en pâture aux animaux. Nous savons que de tels lieux spécifiques appelés « franchises » à Villemoisson dans prairie près de l’Orge, à Morsang en face de la Demi-lune, non loin de la « Porte aux biches », sont laissés aux habitants. Aussi les ronds de huttes semblent n’émaner que des textes de Mr. Mortillet. La plaine a été conquise sur la forêt de Séquigny à une époque postérieure à une période d’essartement. Rechercher des témoignages, précédents le XVIIIe siècle, paraît hasardeux.

           Mais il y aurait eut une zone tampon entre la vallée et les bois, une zone à l’opposé de la rivière de l’Orge, comme à Epinay-sur-Orge, « couverte d’une végétation buissonneuse, non cultivée, avant les défrichements de l’époque carolingienne », dont cette commune aurait d’ailleurs tiré son étymologie de « épineux ».

 

Au XVIIIe siècle la Plaine avait déjà la physionomie de celle du XXe siècle (carte des « Chasses du roi »

 

Les souterrains

           Les maisons bourgeoises, possédaient un système d'adduction d'eau très élaboré. Villemoisson avait son château d'eau dans la « Pièce des Eaux », laquelle pièce était située dans les terres derrière la ferme Beaumont. Là, tout un réseau ruisselant, en partie effondré, existe toujours. Un escalier de pierre nous conduit à un « réservoir d'où partent et passent des souterrains vers la plaine, vers le collège, vers le château, dont une ouverture se trouve à l'angle de la rue Ferrande. Le trop-plein aboutissait à un immense réservoir au bas de l'allée prenant de la Demi-Lune face à l'une des entrées du château et descendant vers la rivière. A l'origine, ces souterrains ont-ils servi à autre chose, ne furent-ils inondés que par la suite ? »

           Revenons aux écrits de Monsieur Victor Chaudun. « C'est dans la « Pièce des Eaux » que se trouvent les souterrains, auxquels on descend par une trentaine de marches, consistant en plusieurs galeries pierrées convergeant du même point au pied dudit escalier. La galerie principale forme maintenant bassin parce que plusieurs canalisations d'eau y aboutissent, mais on peut sur des terre-pleins cimentés gagner les autres galeries beaucoup plus étroites qui s'en vont assez loin dans le potager et sous les champs, le château et le parc de Beaumont.

           « De nombreux regards ou trous d'homme se voient encore de tous côtés donnant accès dans les galeries sèches jusqu'au bord de la route n° 25 et jusque dans l'ancien parc dit de Verdière. Ces sortes de puits et ces galeries n'ont à notre connaissance jamais été explorées, et font penser bien sérieusement aux souterrains refuges préhistoriques décrits par M. de Mortillet. Primitivement, ces galeries creusées à même le crayon ou le calcaire ont dû être sèches mais les eaux souterraines très abondantes sur tout le plateau s'y sont frayé un passage et ont fini par inonder les plus basses. Et elles n'auraient pas eu leur raison d'être si elles n'avaient pas été destinées par nos lointains ancêtres à servir de refuges. La proximité de l'ancienne Butte de l'Orme nous confirme dans cette idée.

           « Un vieillard, mort il y a une dizaine d'années à quatre-vingt-sept ans, nous a affirmé qu'en 1870, voulant échapper aux Prussiens, il avait suivi une de ces galeries très étroite, taillée dans le roc,

conduisant à une chambre carrée possédant des bancs de pierre dans laquelle il était resté caché pendant trois jours ; cette galerie passait sous la rue Ferrande.

           « Une autre butte percée d'un grand puits se trouve dans le parc Frange (Collège) vers l'Orient.

           « Les grandes galeries n'ont pu être pierrées et maçonnées que quand on a capté et canalisé les eaux mais il y a certainement plus d'un siècle. »

 

           Pourquoi prendre encore référence, qui n’est peut-être pas comparable, sur Mr. De Mortillet ? Voir des refuges souterrains préhistoriques rayonnants creusés à l’aide d’instruments de pierre. Voir au Moyen âge un réseau aboutissant à une chimérique motte féodale.

           Il est vrai que le sol marneux et calcaire de la plaine favorise des ruissellements. D’où venaient-ils, de la forêt ? Aujourd’hui il ni a plus de forêt et l’eau ruisselle toujours. Comme toujours un filet d’eau alimente encore la « Fontaine des genoux blancs » dans le bois « du Genou Blanc à Sainte-Geneviève-des-Bois. Nous avons trouvé noté dans un texte « la fontaine de Villemoisson » à l’angle de la rue Ferrande et de l’avenue Guy Moquet, cette fontaine, source de providence des villageois, de nos jours est signalée par une petite porte

           Cette eau, certainement dès le XVIIe siècle, a donné l’idée de faire des canalisations d’adduction vers le château de Villemoisson nouvellement construit, par la suite vers le Collège, enfin en passant par les communs du château, alimenter au XIXe siècle le pavillon Verdière (Anciennement situé vers la rue de l’Aubrier

           Personnellement je me rappelle être descendu dans cette « grotte ». Elle est traversée par un boyau, d’une hauteur approximative d’un mètre, venant des « Hautes terre » (de la plaine), se dirigeant, vers l’angle de la rue Ferrande et l’avenue Guy Moquet, vers la petite porte signalée ci-dessus. Á droite et à gauche les galeries sont murées par sécurité. L’une en direction du « Collège », l’autre vers la rue Ferrande. Une personne de mon âge, ma déclaré s’être aventuré dans ce souterrain alors gamin (sans doute avant qu’il ne soit bouché).

           Quant aux nombreux trous d’hommes, cela semble être de l’utopie, pas plus que les « on dit » d’un souterrain reliant le château fort de Montlhéry, ce sont des rumeurs qui souvent donnent naissance à des légendes.

 

La « Pièce des Eaux » ici avant la mise en chantier du lotissement dit du Château Gaillard

 

L’entrée de la « grotte »

 

 

Pour y rentrer il faut descendre une dizaine de marche (non une trentaine). – La photo prise depuis le bas des marches est pour montrer l’état de la margelle usée à la longue par l’écoulement continuel de des eaux de temps immémorial.

 

 

En face, l’entrée du boyau découlement en direction de la plaine.

 

A l’opposé le boyau reprend son écoulement vers l’angle de la rue Ferrande et de l’avenue Guy Moquet

 

A droite de la « grotte » un couloir a été bouché. A gauche un autre couloir aussi bouché passant sous la rue Ferrande. L’étroitesse de la margelle ne m’a pas permis un recul suffisant pour le photographier.

 

La « Motte féodale

           Une motte féodale est une butte artificielle faite de main d’homme, ou éminence de terrain naturelle, favorable à une construction, sorte de château fort en bois, pouvant dominer les alentours.

           Une comparaison vient à l'esprit de Mr. Chaudun : « Á la motte de Savigny, pourquoi à la butte (sous entendu une motte) de Villemoisson succéda aussi et en contrebas un château où purent affluer toutes les eaux du coteau pour faire le plein des fossés. Les premiers seigneurs de Villemoisson « auraient », sur cette butte, édifié leur demeure autour de laquelle se groupèrent à partir du Xe siècle quelques chaumières habitées de serfs. C'était dans ces temps lointains du fief du Sauvage… »          Monsieur Chaudun voit cette « Motte » au carrefour des rues Guy Moquet et Ferrande à la « Butte du Carrefour 

 

Imagination autour d’une motte féodale à Villemoisson.

 

           Or ici, à Villemoisson, cette motte féodale aurait été dominée par le plateau, c’est un non sens stratégique, et elle ne pouvait donc avoir aucun caractère défensif étant surplombée. A notre connaissance, encore une fois, aucun document trouvé ne fait mention d’une butte féodale à Villemoisson. Aurait-elle été succédée par une maison fortifiée plus solide ? Dans la liste des fiefs et arrières fiefs du comté de Montlhéry, en 1345, concernant Villemoisson, nous relevons : « Un petit fief : le fief et seigneurie de Villemoisson » considéré comme un « arrière fief ».

           Peut-être une autre raison à influer sur l’idée d’une motte féodale Mr. Chaudun. Il écrit : « … au carrefour des rues Guy Moquet et Ferrande actuelles, se trouvait la Butte du carrefour ou la Motte de l’Orme, butte qui disparut sous la Révolution … »

 

           Extrait du registre des délibérations municipales sous la Révolution où il est question de supprimer la « butte » du carrefour. M. Chaudun a associé cette butte avec une motte féodale.

 

Où se rendait la justice ?

           Nous trouvons dans les actes cette butte tantôt appelée du Carcan, tantôt appelée de l’Orme ; encore qu’il est difficile de discerner si ce n’était pas deux lieux différents. De cette butte de l’Orme, monsieur Chaudun pense que sous cet arbre devait se dérouler, comme au XIIIe siècle par exemple, des jugements que le seigneur rendait auprès de ses sujets. Or, très tôt les seigneurs de Villemoisson n’y demeuraient plus, toutefois cela ne pouvait certainement pas l’interdire de venir rendre sa justice, mais pour des choses qui en valaient la peine. Cependant dans tous les textes que nous possédons depuis le XVIe siècle nous savons que de tels jugements et débats se déroulaient dans la ferme seigneuriales autrefois manoir du seigneur, nous avons même l’exemple d’une réunion faite dans le presbytère (Maison-sous-l’église) sous la présidence du curé représentant le seigneur du lieu.

 

A propos de Château Gaillard

           Revenons encore une fois à Mr. Chaudun qui écrit dans « Villemoisson en Hurepoix » : « A ce même carrefour de l'Orme de Villemoisson, à l'angle Est de la rue de l'Eglise et de la rue Ferrande et à peu près à l'emplacement de l'ancienne école des Soeurs, s'élevait une maison dite le Château Gaillard qui fut détruite au début du siècle qui nous précède (XIXe). Peut-être cette maison fut-elle possession des de Gaillard de Longjumeau au début du XVIIe siècle. En tous cas, elle n'a rien de commun avec l'antique fief du Sauvage ni avec le Collège. Une tradition veut que « Château Gaillard » soit le nom de cette (dernière) propriété, rien ne confirme dans les documents cette dénomination. »

           Cette tradition Monsieur Chaudun la met en doute, mais cela a suffit pour qu’une partie du « Collège », revenant à la commune attribué à un nouveau lotissement est appelé du « Château Gaillard ».

 

           Evolution du château. Nous pouvons donner une explication qui mérite ce quelle vaut.

 

 

Sur le plan terrier de 1768, nous distinguons le château avec une succession de communs. Sur le plan cadastral napoléonien, à droite, les communs ont disparus au profit d’un grand bâtiment faisant suite au château initial.

 

Sur cette gravure du XIXe siècle se distingue le prolongement de deux bâtiments avec un décrochement.

 

Au XXe siècle le prolongement a disparu au profit d’une maison de concierge

 

 

 

La décision de faire du château de Villemoisson une maison de retraite, amène de nouveau son agrandissement. Cet agrandissement se distingue très bien sur la photo de droite côté gauche.

 

           Il est possible que l’appellation de « Château Gaillard » se rapporte au XIXe siècle, époque où le château de Villemoisson était à son apogée dimensionnelle. A-t-il appartenu, un certain moment, à un certain Gaillard ? Il reste à rechercher le suivi des propriétaires. Son importance, alors, lui a peut-être valu ce surnom, mais ce qui est sûr, il ni eut pas de château « Gaillard » à la place de conciergerie ancienne située à l’angle des rues de l’Eglise et Ferrande ; des plans de différentes époques montrent que rien n’a bougé dans sa représentation cadastrale.

 

Retour au sommaire