Les « fourches patibulaires »

 

 

 

Le côté répréhensif et punitif était représenté au premier degré par le carcan. Poteau avec un collier en fer qui servait à attacher les délinquants pour les exposer ; à un niveau supérieur par un triste monument, appelé « fourches patibulaires », destiné à la pendaison, à la peine capitale. Cette installation macabre était pour le seigneur un signe de haute justice qu’il tenait à exhiber et à conserver. Ce gibet était en gros une grande traverse de bois portée sur deux piliers de pierres dont le nombre variait suivant le rang du seigneur justicier : les duc avaient huit piliers, les comtes six, les barons quatre, les châtelains trois, le seigneur de Villemoisson, qui n’avait pas encore acquis de titres de noblesse, malgré ses hautes fonctions en avait sans doute deux. Si les fourches patibulaires pouvaient faire office pour plusieurs seigneuries, le carcan restait propre au village pour être vu des habitants.

 

 

Le carcan

A Villemoisson, le carcan se trouvait à l’angle de l’avenue Guy Mocquet et de la rue Ferrande. Cependant, à la fin de l’ancien régime, cet attirail d’origine moyenâgeuse devait peu à peu être remplacé par la prison ; quant à la peine capitale elle était relayée au chef-lieu qui était le comté de Montlhéry.

 

Le carcan est signifié pour la première fois le 16 mars 1482. Un certain Estienne Garnier possède une « masure, cour et jardin, d’environ demi arpent, sis au carrefour du Pin sur le pilier de la justice dudit lieu. Tenant d’une part à la voye qui descend des Hautes Terres au pont de Villemoisson (Rue Ferrande, y compris sa continuité vers l’Orge) … d’un bout près dudit pilier sur le grand chemin (avenue Guy Mocquet) … »

- Le 17 mars 1540 : Guillaume Gatineau et Chardin Prévôt : « deux maisons, contenant chacune deux travées, cour, jardin et terre derrière … Tenant à la rue tendant du carrefour où est le carcan au bois de Séquigny ».

- Le 9 juillet 1598, dans un aveu et dénombrement rendu par Jacques Odoart, régisseur-métayer de Jehan de la Fosse seigneur de Villemoisson, il est question de « deux masures et cour appartenant au dit Pelon, tenant au chemin tendant du carrefour où étoit autrefois le poteau et carcan de justice du dit lieu au carrefour de l’Orme… » Ainsi le carcan n’est plus…

  - Sous les Noailles, en 1666, nous notons : « … la rue Ferrant dudit Villemoisson au Grand-Orme, anciennement dit carrefour du Reposeur … » (Ne pas confondre avec l’avenue du Grand-Orme aujourd’hui qui n’est pas le même emplacement)

 

« Carrefour du Pin sur le pilier de la justice » Sur cette « butte se trouvait le carcan. (Bien entendu le pin que l’on voit n’est pas d’époque).

 

Fourches patibulaires

 

Extrait du plan Jubien (1768). - En rouge, le lieu où se trouvaient les « fourches patibulaire », rouge aussi, l’avenue des Gardes messiers ; en orange l’allée du Bocage et son prolongement l’avenue du Bois. « Le chemin de Montlhéry au cimetière de Morsang », surnommé le « Chemin de la Cousine » à disparu, ainsi que le « chemin des charbonniers » traversant le quartier du Fonds de Calais ; on retrouve sa continuité dans la rue du Docteur Vaillant à Sainte-Geneviève-des-Bois.

 

Le carcan n’est plus à l’angle de la rue Ferrande, mais, par cette rue, ou le chemin du carcan, traversant les « Hautes Terres » l’on se rendait au « Chantier de la Justice » où se trouvait édifié un gibet. Nous notons :

- Le 11 juillet 1506. « Aveu et dénombrement rendu à demoiselle Marguerite Fournier, veuve de Michel Champront, dame du Mée-lez-Melun, par noble homme Jacques Fourquault, de la terre et seigneurie de Villemoisson … ». Dont il déclare : « 25 perches de terre où sont les fourches patibulaires de Villemoisson ».

- Le 18 décembre 1596 : « Acquisition de Louis de la Ferté, la seigneurie de Villemoisson par Jehan de la Fosse : c’est « 50 perches de terre où sont les fourches patibulaires tenant au chemin de Montlhéry (av. des Gardes messiers)

- Le 4 novembre 1609, Beauxamis, procureur à la Cour du Parlement de Paris, régisseur de Jehan de la Fosse déclare « une pièce appelée les Hautes Terres sur laquelle est assise sa justice … dans laquelle pièce passe le chemin de Grigny à Montlhéry » (av. des Gardes messiers)

 

Extrait de la carte des « Chasses du Roi » (fin XVIIIe s). La justice du seigneur de Villemoisson est nommée « justice royale ».

 

- Le 30 septembre 1767 : Terrier. – « ½ arpent de terre friches sur lequel sont édifiées et élevées les fourches patibulaires de la haute, moyenne et basse justice dudit Villemoisson et dépendances. Situé au terroir dudit Villemoisson, chantier dit les Hautes-Terres… », Situé au milieu des terres de dame Hérault (de Séchelles). (Article 12, plan 2, n°30b).

 

Les plans et cartes que nous présentons, ne nous permettent pas de situer avec précision où se trouvaient les « fourches patibulaire », le plan terrier numéro 2, représentant la plaine est manquant. Disons qu’elles se trouvaient situées sensiblement à hauteur de l’actuelle allée du « Chantier de la justice » à mi-distance en l’avenue des Gardes messiers et le parc les Erables.

 

L’allée du « Chantier de la justice » entre le parc les Erables et l’avenue des Gardes messiers. Où se trouvait le gibet.

 

L’allée du « Chantier de la justice » côté centre ville, dans le prolongement

 

Lieu-dit « la Fosse à faire dodo »

Qu’allons-nous faire des suppliciés ? Tout près de là un lieu-dit semble résoudre le problème. Nos ancêtres ont créé le « chantier de « La Fosse à faire dodo », appellation réaliste mais non dénuée d’un certain humour.

 

- 30 septembre 1767 : Terrier. – « 4 arpents 38 perches de terre labourable, lieu-dit la Fosse à faire dodo, ou la Justice. Tenant d’une part et aboutissant d’un bout au bois de la seigneurie ; d’autre part sur la rue Ferrande qui conduit à Saint-Michel et d’autre bout aux religieux Chartreux de Paris ». (Article 13, plan 4, n°35)

- Projet d’aveu 3 mai 1776 –« 4 arpents, 38 perches nouvellement plantés en bois taillis, cy-devant en terre labourable, chantier de la Fosse à faire dodo, coupés par la nouvelle route cavalière des sycomores. Tenant à un bois utile de la seigneurie de Sainte-Geneviève-des-Bois et tenu en roture de messieurs de Saint-Louis de la Culture à Paris à cause de leur seigneurie du Saulcier ; tenant à Mr. Le Bailly de Crussol (ayant succédé à dame Hérault), aux Chartreux, à Robin de la Forest. » (Article 20, plan 1er, n°35)

 

Plan IV du terrier de Villemoisson représentant le chantier de « La Fosse à faire dodau ». En rouge l’avenue des Gardes messiers, la rue de la Plaine ; en bleu l’avenue du Bois.

 

Aujourd’hui, au bout de l’avenue du Bois, « La Fosse à faire Dodo » présente un aspect plus rassurant/

 

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