Durey
d’Harnoncourt entrepreneur
Pierre Durey d’Harnoncourt, fermier général de
Franche-Comté, seigneur de Morsang, Sainte-Geneviève-des-Bois et Villemoisson,
est un homme actif et entreprenant. En dehors de ses charges importantes dans
le royaume, il n'hésite pas à se lancer dans des entreprises commerciales et
lucratives. L'affaire du moulin Galant de Villabé terminée, il crée à
Villemoisson une manufacture de cuivre. En société et avec un armateur de
Biarritz, il constitue une petite compagnie maritime, établissant un commerce
avec Port-Royal et les îles d'Amérique, notamment sur le trafic de la morue
ayant un débouché vers l'Espagne, et des bois précieux.

Affaire du Moulin Galland, usine à cuivre à Villabé.
Dans les années 1740 d’Harnoncourt posséde en indivis avec
six autres héritiers l’usine du Moulin Galant à Villeroy, paroisse de Villabé
près de Corbeil. C’est l’occasion d’une suite d’années de procédures contre le
sieur de la Maison Rouge, receveur de Picardie son neveu, copropriétaire.
L’affaire commence en 1748. « A la requeste de messire
Pierre Durey d'Harnoncourt, conseiller du roy, receveur général des finances de
Franche-Comté, demeurant à Paris, rue de Vendosme au Marais, paroisse
Saint-Nicolas-des-Champs, de la saisie réelle, vente et adjudication par
décret, de la manufacture de cuivre établie au moulin Gallant de Ville-Abbé,
afin d'être payé des sommes à luy dues par Jean Joseph Thouvenain, maître fondeur
à Paris ». Acte « signifié, au sieur Jean Joseph Thouvenin, y
demeurant, rue de la Tixeranderie, et au sieur Estienne Pierre Masson de Maison
Rouge, receveur général des finances de Picardie, demeurant à Paris, rue
Fourteau-Villain. »
Les choses s’arrangent entre d’Harnoncourt et Thouvenain,
mais l’affaire se poursuit avec le personnel du moulin, contre Jean Joseph
Robert de Richemont, prêtre, Spire Nicolas et consorts et maître Girault
procureur, et plusieurs des créanciers opposants. En 1750, « il est
ordonné que sur le prix provenant de la vente des biens acquis par la dite
Entremont, seroit payé des sommes à luy dues par les propriétaires et
entrepreneurs de la manufacture de cuivre du moulin Galant, tant en principal
intérêt que frais et dépens ».
Enfin, un acte de 1753 : « Les juges et
conseillers des marchandises établis par le Roy, notre sire, à Paris ; à
tous ceux qui les présentes lettres verrons, salut. « Sçavoir faisons que
sur le différend mue et pendant par devant nous entre le sieur Jean Joseph
Thouvenin, maistre fondeur à Paris, y demeurant rue de la coutellerie, paroisse
de Saint-Merry ; cy-devant propriétaire de la manufacture et fabrique de cuivre
sçise au lieu-dit le Moulin Galand, demandeur, d’une part.
« Et le sieur Pierre Durey d’Arnoncourt, cy-devant
intéressé en ladite manufacture de cuivre, demeurant à Paris, rue de Vendosme
au Marais, défendeur et comparant d’autre part.
« Par ledit demandeur Thouvenin, d’une sentence rendue,
contre le sieur Mathieu Roth, principal ouvrier de ladite manufacture, de la
signification portant commandement de remettre audit Thouvenin, les
marchandises de cuivre énoncées au procès-verbal du 8 du mois d’avril 1744.
Lequel procès-verbal, porte remise des marchandises énoncées en ladite sentence
au moyen de la main-levée qu’en avoit donné ledit défendeur Durey d’Arnoncourt
à Thouvenin. Et ce au moyen d’une somme de 1200 livres que le dit Durey
d’Arnoncourt a reçu dudit Thouvenin, par laquelle il donne plein et entier
pouvoir à Thouvenin, de retirer les marchandises de cuivres étant en ladite
manufacture aux mains dudit Mathieu Roth, principal ouvrier d’icelle.
« Nous, après avoir ouye les dites parties comparante
lecture donnée et donnons défaut et en adjugeant les profit d’iceluy condamnée
et condamnons ledit Durey d’Arnoncourt à payer audit Thouvenin la somme de 174
livres avec les profits et intérests.
« Mandons
aux huissiers audienciers de cette juridiction, aux sergent royaux sur ce
requis, mettre les présentes à exécution selon leur forme et teneur et ce
nonobstant toutes oppositions, mêmes appellations et empeschement quelconque et
sans préjudice d’icelle pour lesquelles ne sera différé, en témoin de ce nous
avons fait mettre notre scel à ces présentes. Donné à Paris le lundy 15 du mois
d’octobre 1753 ».
Le moulin de
Villemoisson
D’Harnoncourt ayant acquis l'usine à cuivre du Moulin Galant
et jugeant probablement que les gains afférents à cette usine n'étaient pas à
dédaigner, pensr établir la même industrie au moulin de Villemoisson. Ceci fait
l’objet d’un chapitre particulier.
La compagnie maritime
Le 12 juillet 1739, un contrat de société commerciale
maritime est conclu entre : Jean-Baptiste Martin Dartaguiette Diron,
écuyer, receveur des finances, demeurant à Paris, rue de Richelieu, paroisse
Saint-Eustache ; Pierre Durey d'Harnoncourt, écuyer, receveur général des
finances, demeurant à Paris rue Vendôme, paroisse
Saint-Nicolas-des-Champs ; Jean Baptiste Jacquemin de Montly, écuyer,
demeurant à Paris rue Coquillère, paroisse Saint-Eustache ; Joseph de la
Combe, commissaire d'ordinaire des guerres, demeurant à Paris rue
« Verdéle », paroisse Saint-Eustache, d’une part ; et Jean de
Saint-Martin, bourgeois de Saint-Jean-de-Luz, d’autre part.
Contrat fait pour l'armement de deux vaisseaux appartenants
au dit sieur de Saint-Martin ; l'un appelé le Saint-Jean étant actuellement à
l'Isle Royale, et l'autre la Sainte-Anne étant à Bayonne.
Il est question de
trafic de morues, ancres, d'huile, de morues vertes, d’harengs, bois, etc.,
fret destiné principalement à l’Espagne. En échange de vin rouge, d’eau de vie,
huile d’olive, sel, biscuit, jambon, fromages, savon, etc.
Le siège social de la Compagnie est à la Villette à Paris.
L’affaire semble bien marcher, dans certains documents se trouvent cités les
navires : « La Nymphe », « la Baleine », « le
Saint-Louis », « l'Aventurier », « la Princesse »,
« le Saint-Michel ». Malheureusement, un décès entraîne procès et
saisie et l’entreprise disparaît (en 1754), du moins dans nos archives.
Au niveau local, nous devons à d’Harnoncourt le nouveau et
actuel château de Morsang ; la reconstruction de l'église de Villemoisson aux
frais des censitaires de ce village. (Voir : Un patrimoine de
Villemoisson : l’église ; et les cloches de Saint-Laurent

Nous trouvons un mémoire sur la construction d’un chemin
reliant Villemoisson à Morsang, (14 mai 1754).
« Le sieur d'Harnoncourt a l'honneur de représenter que
le chemin qui va du dit Villemoisson au dit Morsan est absolument impraticable.
Qu'il n'y a tout au plus que 300 toises de longueur de chemin à construire sur
9 pieds de large. Que la dépense pour faire ce chemin n'iroit tout au plus qu'à
2000 livres, attendu que la pierre est toute tirée et qu'on offre de la donner
à bon compte. Et il seroit extrêmement nécessaire pour le public parce qu'une
grande quantité de villages au-delà du dit Villemoisson y viendroient passer.
Le chemin y étant fait pour se rendre à Châtillon-sur-Seine qui est un port où
débarquent les marchandises qui viennent de Bourgogne, comme tuiles, charbons,
etc. Et les voituriers trouveroient un beau chemin qui existe actuellement
depuis Morsan à Châtillon.
« La longueur du chemin en total est de 640 toises, sur
lesquelles il s'en trouve environ 400 toises qui sont impraticables par les
trous, fondrières et ornières d'une profondeur considérable, depuis
Villemoisson jusque vis-à-vis la maison de madame la Guérinière. Les voitures
qui y passent, particulièrement en hyver, y crèvent leurs chevaux et brisent
leurs équipages.
« Cette partie de chemin est d'autant plus dangereuse
aux voitures qu'elles se trouvent resserrées presque dans toute sa longueur par
des murs de clôture d'un côté et des bernes (bornes ?) considérables de
l'autre, n'y ayant presque que la voye ordinaire des voitures.
« Il est constant que cette communication est
essentielle au public et aux commerces à tous égards; mais particulièrement à
quelques paroisses qui passent journellement dans le chemin malgré le danger
qu'il y a, ne pouvant passer ailleurs.
« Pour faciliter l'exécution du projet de rétablir ce
chemin, monsieur d'Harnoncourt offre par son mémoire de fournir les fonds
nécessaires dont le remboursement luy sera fait en conséquences des ordres de
monsieur l'intendant. La dépense à prix d'argent pour l'achat des pierres, leur
transport, et le sable qui est fort éloigné, les terrassements à faire, pose du
pavé brut nécessaire, montera environ à la somme de 4000 livres, compris le
bénéfice de l'entrepreneur. Sur la décision de Mr. l'Intendant on travaillera à
la formation du devis pour en faire l'adjudication. Le dit sieur d'Harnoncourt
offre de faire l'avance de la dépense du dit chemin à faire depuis Villemoisson
jusqu'à Morsan; laquelle avance luy sera remboursée dans les termes qu'il
plaira d'ordonner.
« Fait et dressé le présent rapport par nous
architecte, en vertu des ordres de Mr. de Sauvigny, et notes par nous prises
sur les lieux. A paris le 14 may 1754. »

De g. à dr., de Morsang à Villemoisson
Enfin, d’Harnoncourt a aussi de grands desseins sur
Sainte-Geneviève-des-Bois qu'il destine en dote pour sa fille. Durey de Morsan,
son fils aîné n'est pas sans apanage, il possède d'autres biens, en particulier
en Bourgogne. Ainsi pour cette raison, il entreprend les premières grandes
transformations du château de Sainte-Geneviève dont aucune rénovation n'avait
été apportée depuis la fin du XVIe siècle.