Mr.
Bertier revient à la charge
« Suite à l’affaire du classement des chemins
communaux, le tribunal de Corbeil, le 16 janvier 1845, à donné tort à
Villemoisson représentée par son maire qui, faute de documentation, mal défendu, ne peut
lutter à armes égales contre son adversaire muni de références fausses ou
tronquées et qui fait état du « délai assez long écoulé depuis que le domaine
royal est devenu prescriptible pour que le comte de Bertier ait pu acquérir la
propriété des routes » et cela malgré les décrets des 22 novembre et 1er
décembre 1790 (art. 7) qui disent : « Les biens particuliers du prince qui
parvient au trône et ceux qu'il acquiert pendant son règne, à quelque titre que
ce soit, sont de plein droit et à l'instant même, unis au domaine de la Nation
et l'effet de cette union est perpétuel et irrévocable ». Les routes
forestières payées des deniers royaux sur des terrains achetés aux divers
propriétaires de la forêt font donc partie du domaine national à titre
irrévocable.
« Les choses en seraient probablement restées là,
si les Bertier, pour maintenir leur train de vie, sont obligés d'aliéner petit
à petit une grande partie de leurs biens fonciers. Vendue à divers acquéreurs,
morcelée, la forêt est une proie facile pour les exploiteurs de pierre, qui
commencèrent vers 1865 à l'enlaidir d’immenses trous à carrières ; et pour
les lotisseurs.
« Henri Say, le raffineur (propriétaire du
château de Lormoy à Longpont), achète la partie ouest de la forêt et afferme la
chasse sur toute la partie nord qui est de Villemoisson et de Morsang, en fait
clore les limites et les chemins, se moquant ainsi des droits d'usage des
populations environnantes intimidées par de nombreux gardes sillonnant les
bois ». (F.Périn, « La Forèt de Séquigny »).

La
forêt de Sainte-Geneviève d’après le livre de F. Périn (1903)
C’est alors que le comte de Bertier
demande le rachat des droits d'usage du bois mort et du ramassage de l'herbe
appartenant aux huit communes riveraines sur 24 hectares qu'il se propose de défricher
dans la forêt de Sainte-Geneviève. La municipalité déclare adhérer au refus de
vendre ces droits d'usage. (août 1887)
Le 9 février 1890, Bertier offre 120 francs pour le
rachat. Considérant le peu d'importance de ce rachat, il est décidé qu'il n'y a
pas lieu de s'y opposer et accepte les 120 francs. Mais finalement les communes
s’insurgent et s’unissent pour répondre à l'assignation des propriétaires de la
forêt de Séquigny et demandent à la préfecture l'autorisation de plaider pour
se défendre (12 février 1893).
Nous citons ici deux procès-verbaux relevés dans le
livre de Mr. Périn témoignant de l'atmosphère qui régnait dans le bois en 1892.
« Aujourd'hui, 7 juillet 1892, à 11 heures du matin,
je soussigné Régnié Nicolas, âgé de 49 ans, garde particulier de M. Say Henri à
Sainte-Geneviève-des-Bois, certifie qu'à l'heure ci-dessus, me trouvant sur la
porte de ma demeure, j'aperçus deux hommes conduisant chacun un vélocipède, qui
sortaient du bois dit des Gravelets, territoire de Sainte-Geneviève, par la
porte qui se trouve au grillage, en face la maison où j'habite ; m'étant
approché de ces deux hommes, je me suis adressé à l'un d'eux, qui doit être le
père du second, je lui ait demandé pourquoi il s'introduisait dans la forêt
malgré les défenses. Il m'a répondu qu'il se foutait de moi, que cela ne me
regardait pas. Comme je n'étais pas revêtu de mon uniforme, et croyant que cet
homme ne me reconnaissait pas, je lui ai déclaré que j'étais le garde de la
propriété ; il m'a répondu : «Je le sais bien, mais cela n'empêche pas que je
me fous de vous, j'ai le droit de me promener dans tous les chemins de la forêt
et vous ne pouvez pas m'en empêcher : vous me faites l'effet d'un drôle de
pistolet. » Lui ayant fait remarquer qu'à toutes les allées aboutissant sur les
chemins publics, il y avait des plaques indiquant que, sous peine de
procès-verbal, il était interdit de s'introduire sur les chemins de la forêt,
il a répondu : «Je me fous de vos plaques, vous n'avez pas le droit de les
faire poser », ayant fait observer à cet homme que lesdites plaques avaient été
posées par ordre de mon maître, propriétaire du bois, il a répondu : «Je me
fous du propriétaire comme de vous.
« En raison des faits rapportés ci-dessus, j'ai
déclaré à cet individu que procès-verbal serait dressé contre lui, pour
outrages à un garde particulier, dans l'exercice de ses fonctions, et en outre,
pour s'être introduit dans la forêt confiée à ma surveillance, malgré les
défenses qui en sont faites ; l'homme a répété de nouveau : « Faites ce que
vous voudrez, je me fous pas mal de vous», et sur interpellation, cet individu
a dit se nommer Périn et habiter à Morsang, puis il est monté sur son
vélocipède ainsi que le jeune homme qui l'accompagnait, sans que je puisse en
obtenir d'autre renseignement. Cet homme m'a paru âgé de 50 à 60 ans, le jeune
homme qui l'accompagnait peut avoir de 12 à 14 ans. En foi de quoi, nous avons
rédigé le présent procès-verbal, pour valoir ce que de droit.
« Aujourd'hui, 20 novembre 1892, à 3 heures du soir,
nous soussigné Régnié Nicolas, âgé de 49 ans, garde particulier de M. Say
Henri, à Sainte-Geneviève-des-Bois, certifions qu'à l'heure indiquée, étant en
chasse, lieu-dit: le bois de la Commission, territoire de la commune de
Villemoisson, les tireurs étaient placés sur l'allée dite de la Dame, lorsque
le sieur Périn-Grados ... est arrivé sur la ligne des tireurs accompagné de sa
famille (femme et trois enfants). Nous leur avons fait remarquer qu'ils
gênaient la chasse, qu'ils n'avaient pas le droit de se promener dans la forêt.
Périn a répondu : « Je suis libre de me promener dans la forêt avec ma famille,
je n'ai pas à m'occuper de votre chasse, dit-il en continuant de couper la
battue, et vous ne pouvez m'empêcher de passer, du reste à cette époque de
l'année, les habitants de Morsang ont le droit de venir faire le bois mort, hé
bien ! Je viens faire du bois mort », dit-il en me narguant.
« Nous avons déclaré à Périn que procès-verbal
serait dressé contre lui, pour s'être introduit dans la forêt malgré la défense
qui lui en a été faite. Procès-verbal a déjà été dresse contre Périn, le 7
juillet dernier ; le 25 septembre suivant, le garde Rouget a de nouveau
rencontré Périn accompagné d'un de ses fils, montés chacun sur un vélocipède,
se promenant dans la forêt ; le garde a voulu les empêcher de passer, mais
Périn a continué son chemin, malgré les défenses du garde ; cet homme persiste
à se promener en forêt, où il prétend avoir le droit ».
« La partie du bois où Périn est entré avec sa
famille, n'est pas soumise aux droits d'usage. Cette propriété appartient à M.
Laurent, et M. Say n'est que le locataire de la chasse
Sous l'impulsion de F. Périn, maire de Morsang, une
opposition s'élève contre ces brimades, qui amène Périn devant les juges de
Longjumeau en 1892, de Corbeil en 1893, devant la Cour d'Appel le 25 avril
1894, de nouveau à Corbeil en 1895 et le 30 décembre 1896. Périn bien documenté
grâce à ses recherches aux Archives nationales, après des alternatives de
succès et d'insuccès, fait admettre ses vues par le tribunal qui déclare
que : «c'est à tort et sans droit qu'il a été établi en vue d'entraver la
libre circulation sur les routes et chemins existant de temps immémoriaux dans
la forêt de Sainte-Geneviève » et condamne Say aux dépens.
Le 26 février 1895, les propriétaires
offrent 13.377,68 F pour le rachat total. Les communes demandent 46.291 F. Le
tribunal de Corbeil, devant lequel l'affaire est portée, nomme des experts qui
estiment la somme à payer aux communes à 11.805,30 F. Mais le tribunal, plus charitable,
par un jugement du 28 juillet 1897, déclare que les propriétaires ne pourront
se libérer qu'à la condition de verser aux communes la somme de 25.568 F.
20 février 1898. La municipalité considérant qu'elle a
toujours agi de concert avec les autres communes intéressées, demande, avant de
prendre une décision ferme, de se consulter avec les conseils municipaux des
autres communes.
Le 17 avril, le conseil de Villemoisson est d'avis de
faire appliquer la loi pour le rachat des droits d'usage de la forêt de
Séquigny et décide en conséquence de demander le rachat par cantonnement,
c'est-à-dire par l'attribution à la commue en toute propriété d'une partie de
la foret et fait appel du jugement Civil de Corbeil du 28 juillet 1897.
22 mai, Le conseil, considérant que Mrs. Laurent et
Say, propriétaires de la forêt de Séquigny, sur le territoire de Villemoisson
ont extraire des pierres dans les routes de la dite forêt qu'ils se sont
appropriées, décide à faire dresser procès-verbal contre les contrevenants.

Les 21 août et 25 septembre, Achille Henri Laurent,
demeurant à Paris rue des Fossés Saint-Bernard et à Villemoisson, et Henri Say,
demeurant à Longpont, tous deux propriétaires de la forêt de Séquigny sur le territoire
de la commune adressent chacun un mémoire. La municipalité demande au conseil
de Préfecture de vouloir bien l'autoriser à se défendre.
18 février 1900. - Il est communiqué une note de Mr.
Périn, maire de Morsang-sur-Orge, informant que le tribunal de Corbeil, par
jugement en date du 14 février dernier, donne gain de cause à la commune de
Villemoisson-sur-Orge dans sa revendication des chemins de la forêt et condamne
Mr. Laurent à les lui restituer et à payer tous les frais. Ces routes sont celle
de la Princesse, de Monsieur et de la Mare Tambour.
La cour de Paris, par un arrêt en date du 3 avril,
décide que les propriétaires ne pourront se libérer qu'en offrant 37.675,40 F.
Si ce résultat n'est pas tout ce qu'il est en droit d'espérer, La municipalité
cependant considère comme un beau succès, étant donné les conditions
défectueuses dans lesquelles le procès avait été engagé, et c'était en effet
une augmentation nette de 12.107,41 F sur le chiffre fixé par le tribunal de Corbeil.
Les communes acceptent donc
cette transaction.
Le 24 août, Me Duteurte, notaire à Montlhéry, chargé
de répartir entre les communes ce qui revient à chacune de la somme de 37.675 F
versée par les propriétaires. Cette répartition est faite proportionnellement
au nombre d'habitants et en raison inverse des distances, il revint donc
à :
-
Sainte-Geneviève-des-Bois : 6.617,51
F
-
Morsang-sur-Orge : 6
459,24 F
-
Viry-Châtillon : 5.706,08
F
-
Saint-Michel-sur-Orge : 4.981,02
F
-
Longpont-sur-Orge : 4.974,75
F
-
Villemoisson-sur-Orge : 4.931,25
F
-
Grigny : 3.540,95
F
-
Rosières : 0.434,49F
Nous relevons au registre de délibérations :
« Le conseil, à la majorité, se trouvant malgré tous les efforts obligé de
s’incliner devant la loi et de subir l’arrêt de la Cour d’Appel, relatif au
rachat des droits d’usage de la foret de Sainte-Geneviève et ne croyant pas
avoir davantage à demander l’interprétation de l’arrêt, autorise le receveur
municipal à encaisser les fonds provenant du rachat des dits droits d’usage
aussitôt qu’un accord complet sera intervenu entre les communes intéressées.
Soit 4.931,25 francs. Le conseil décide en outre que ces fonds seront placés en
rentes sur l’Etat au compte du Bureau de Bienfaisance ».
A quelques mois de distance du gain de leur procès au
sujet des routes, les riverains de la forêt viennent de perdre des droits
immémoriaux, heureux tout de même de conserver l’usage des chemins. Mais la
porte est ouverte aux spéculations. L’histoire de la forêt de Séquigny n’est
pas terminée. Achille Laurent achète à la Société des Meulières des
Hauts-de-Seine 120 ha de la forêt de Séquigny bordant les communes de
Villemoisson, Morsang et Sainte-Geneviève-des-Bois. La municipalité n’est pas
au bout de ses peines.