Aux origines de
Villemoisson
L’environnement
Il est juste de concevoir que nos plus lointains ancêtres
essaimèrent tout d’abord le long des cours d’eau où se trouvent les principaux
éléments à leur survie.
Pour ce qui nous concerne il est question d’une partie de la
rivière d’Orge, de « l’Urbia » nom dit-on d’origine celtique, et
particulièrement entre Villemoisson et Sainte-Geneviève-des-Bois depuis son
confluent avec la rivière de l’Yvette. La vallée de temps immémorial était
constituée en grande partie d’oserais et de prairies inondables.
Le plateau au couchant de cette vallée aurait été, là où la
forêt, « Sylva Equilina », d’Yvelines, ne l’atteignait pas, couvert
d’une végétation buissonneuse, non cultivée, avant défrichements de l’époque
carolingienne.
Au levant, sur le plateau opposé, une autre forêt appelée
« Siquinacus » dont le petit hameau de « Sicni villare »
était contiguë. Francisée le nom de cette forêt devint Séquigny, mais nous ne
savons si c’est l’étymologie du nom de ce hameau ou celui de la forêt qui
influa sur l’appellation. Peut-être à l’origine était-elle due au propriétaire
du canton, que l’abbé Lebeuf cite avec prudence, à un certain comte carolingien
Séguin.
Ce que nous connaissons de plus ancien sur ces lieux habités
est noté par rapport de M. Chaudun père. Á Sainte-Geneviève-des-Bois, quelques
traces néolithiques, mais surtout les ruines d’une modeste villa gallo-romaine,
sous la forêt de Séquigny, face à la vallée, dont l’amas de pierres subsistant
ne sera pas sans influencer sur l’origine des noms des lieux voisins.
Nous passons sur l’existence d’une nécropole mérovingienne
découverte à Longjumeau, mise à jour par les investigations de l’association
Renaissance et Culture, dont sa situation est trop écartée de notre vallée,
pour trouver, d’après le polyptique d’Irminon abbé de Saint-germain vers 811,
l’existence d’un hameau appelé le Breuil. Il était peuplé de 250 habitants,
autant qu’à Villemoisson ou Sainte-Geneviève à la veille de la Révolution.
Cette communauté appartenait à l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et il a tout
lieu de croire qu’elle fut à l’origine d’Epinay-sur-Orge. Il est aussi
probable, par son importance, qu’elle s’étendait sur les deux rives de l’Orge.
L’abbaye de Saint-Germain-des-Prés fut une des premières à
accorder des franchises aux serfs de leurs possessions. Peut-être là est
l’origine du lieu-dit les « Franchises » à Villemoisson. Mais il est
vrai aussi que des franchises peuvent être des terrains accordés par le
seigneur aux villageois pour faire paître leurs animaux de ferme.
Puis apparurent les modestes fermes du Perray et de
Villemoisson.

Extrait d’une carte 1882
La paroisse de
Villemoisson.
Expliquant l’ancienneté de Villemoisson, l’abbé Lebeuf à
écrit, « Il y avoit au XIIIe siècle, une paroisse titrée de Saint-Martin, cette
paroisse de Villemoisson « étoit l’église que tous ces cantons-là, jusqu’à
Bondoufle et Fleury exclusivement reconnaissoient. », dont fut distraite
celle de Sainte-Geneviève-des-Bois. Dès lors Villemoisson, devenant sans
importance, allait être fréquemment rattaché à Savigny.
Une
villa gallo-romaine sur le territoire actuel de Sainte-Geneviève-des-Bois
serait
elle à l’origine du nom de Villemoisson ?
L’étymologie du nom de Villemoisson est discutable, pour
l’abbé Lebeuf, « Villemoisson du latin « Villa muissum »
s’expliquerait par un pays humide et marécageux proche de l’Orge ».
Cependant, rien n’affirme cette assertion. « Moisson » n’est peut
être pas étranger à l’agriculture malgré le sol pauvre de Villemoisson.
« Ce n'est qu'au XIIIe siècle que quelques-uns commencèrent à écrire en
latin Villa Messium. Villemoisson se disoit en latin messis et l'action de
moissonner messio. C'est ainsi qu'on le trouve dans les titres du prieuré de
Longpont écrit tantôt Villa Moissun, tantôt Villa Muissun, ou enfin Villa
Moisson ». Pour « Monsieur de Valois, Villemoisson était pauvrement
cultivé, parmi des terres encore incultes couvertes de friches, de taillis, de
landes et de bois ». Mais beaucoup de villages le long de l’Orge étaient
« humide et marécageux ».
Anciens domaines ruraux, combien de noms dérivés de Villa
(Villare) se trouvent sur la carte extraite de la « Topographie
ecclésiastique du département de Seine-et-Oise (1874) » : Sicnii
villare, (Villa Seguin) ; Champvilliers (Villa des Champs) Villa Bosci Ville-du-Bois ;
Villa Muissun (Villa Moussue) Villemoisson ; Lunvilla (Leuville), etc.
Tous ces noms de lieux ne sont, certes, pas tous d'origine gallo-romaine. Au
temps Mérovingiens et Carolingiens, des villas, lieux habités, défrichées
souvent par des communautés religieuses, par les Francs, domaines royaux, ont
pris naissance. La villa deviendra le village.
Pourquoi ne pas penser aux ruines de cette villa gallo
romaine qui avec le temps s’est recouverte d’humus et de mousse ?
Peut-être que pour nos ancêtres, ces ruines n’étaient pas sans influencer
l’étymologie des noms de lieux du voisinage. Le «perré », disaient-ils en
nommant Le Perray, ne pouvait être que ce « tas de pierres, vestige de la
villa. Au XIIe siècle, un perré, signifiait un amas de pierres ; le fait de
trouver l'article « le », précédant Perray, peut donc représenter un
« seul » tas de pierres. On peut supposer qu'avec le temps, le Perré,
le Perreil, soit devenu Le Perray. Nous serions tenté d'assimiler ce
« perré » aux ruines gallo-romaines. La villa « sous la
mousse » a peut-être aussi influé sur l’appellation de la région qui lui
est proche, sur la paroisse qui l’environne, une des divisions administratives
religieuses apparues dès le début du premier millénaire. Moisson pour quelques
lopins cultivés. Toutes ces définitions restent hypothétiques.

Extrait : Edition Archéologia « Encyclopédie
la France des origines aux Gaulois ».

Type de maison rurale au haut Moyen-Âge
Le fief du Sauvage
L’Inventaire du comté de Montlhéry déclare concernant
Villemoisson : une paroisse et un fief appelé « Fief des
Sauvages ».
Villemoisson est apparu par une humble ferme comme bien de
ces établissements sont à l’origine d’un hameau et par extension devenu un
village. Comment pouvons-nous le représenter ? Comme il est dit ci-dessus
par le fief du Sauvage, seul lieu apparemment habité, hormis « les
Franchises » qui pour lors est un quartier du Breuil.
Le fief du Sauvage, une manse desservie par une
ruelle : aujourd’hui la rue Saint-Laurent. Avec sa ferme, petit manoir
tenu par un nobliau rural, auquel il ne faut pas lui accorder un titre
seigneurial : la paroisse de Villemoisson est assujettie à une autorité
plus éloignée. Une petite église encore plus modeste que celle que nous
connaissons. Sous la ferme un « pourpris » de chaumières. Derrière
l’église la terre du manoir, peut-être quelques masures. Plus tard le métayer
du seigneur y édifiera un château au XVIIe siècle. Il n‘est pas certain de la présence
du moulin

Extrait du cadastre « napoléonien ».

Terrier 1767

De nos jour appelée « ferme seigneuriale »
Qu’elles sont les raisons pour expliquer ainsi les origines
du village de Villemoisson ? Pourquoi le château de Villemoisson
tourne-t-il le dos au village qui s’étendra le long de la vallée vers le
Breuil ? N’est-il pas curieux que les paroissiens aient emprunté pendant
des siècles un chemin coupant le parc du château pour se rendre à l’église et
au cimetière qui se trouve devant, sur la petites place ? Le village ne
pouvant s’étendre vers Morsang, s’est développé à l’opposé. Bien entendu aucun
document ne peut appuyer de tels arguments, mais rien ne peut les contrarier.
Le retour à une vie normale, après les désolations de la dite guerre de Cent ans,
justifie encore se développement.
Les premiers propriétaires
connus du fief du Sauvage
Le nom de Villemoisson apparaît dans les textes pour la
première fois au XIe siècle, dans les chartes du cartulaire de l’abbaye de
Longpont.
Nous y trouvons les noms de Théodoric et Odon, dont leur
consonance semble hériter de l'apport germanique. Sont-ils établis là depuis
les temps des invasions barbares ? Odon ou Eudes, Théodoric ou Théodore veulent
dire pareil ; le cartulaire de Longpont, comme le polyptyque d'Irminon nous
montrent que dans la région, la culture latine est encore fortement imprégnée
par le conquérant.
Etaient-ils encore des barbares ces fermiers ? Le nom de
fief du Sauvage est-il dû au décor idyllique du lieu ou aux mœurs farouches des
propriétaires ? Peut-être furent-ils à l'origine, du manoir.
Donc grâce aux chartes du cartulaire, traduites par Mr.
Christian Julien, il est permis de reconstituer approximativement la généalogie
de ces nobliaux Villemoissonnais de l’époque. Ainsi se suivent :
- Raynald de Villa Moissun
- Baudouin de Villa Moissun
- Théodoric de Villa Moissun
(1100)
- Guy de Villa Moissun (1110)
- Renaud de Misebele
- Odon de Villa Moissun
(1136)
A cette époque Foulques de Liers, Milon 1er comte
de Montlhéry, Guy Troussel, Guy le Rouge comte de Rochefort partaient en
croisade en terre sainte.
Pourtant Villemoisson, en ce temps là, avait acquit une
relative importance seigneuriale, puisque Théodoric de
« Villa-Moissun », en tant que chevalier, devait ses deux mois de garde
au château de Montlhéry.

La vassalité de
Villemoisson à Mée les Melun existait déjà au XIIIe siècle.
Simon de Villemoisson
« Sous Philippe-Auguste, écrit Lebeuf, vivoit
« S » (Simon) de Villa-Moisson, chevalier, qui, avec Hermengarde sa
femme, prétendoient faussement devoir jouir d'une dixme de Novales à Séquigny.
Ce seigneur avoit pour homme lige à Villa-Moisson, Guy de Vaux, lequel avoit
cédé une partie de ses revenus en arrière-fief au même lieu à Jean
Pasté. »
Simon de Ville-Moisson, dans ce différent, était impliqué
avec un certain Henri de Mex. Nous serions tenté de confondre Mex avec Mée près
de Melun dont la seigneurie de Villemoisson fut toujours mouvante jusqu'à la
Révolution ; de même que la vassalité de la motte de Savigny dépendait de
Villemoisson, lesquelles vassalités perdurèrent jusqu'à la chute de l'ancien
régime.
Nous retrouvons Simon de Villemoisson cité dans une charte
du cartulaire de Notre-Dame de Paris datée de mars 1217. (Tome II, page 72)
« Simon de Villemoisson, dans le fief de qui se trouve une dîme (dont il
est redevable) consent à cela et s'en réjouit et donne sa promesse en garantie.
Guy de Balisy, le chevalier Buchard Cocherel, Pierre de Villiers, Pierre
Barguenel, Baudouin Cocherel, y sont solidaires.
Aubert de Villa-moisson
devait deux mois de garde au château de Montlhéry.
Enfin, poursuit l'abbé Lebeuf, « Albert de Messio avoit
des terres sur la même paroisse de Villa-Moisson, et pour cela il devoit la
garde à Montlhéry durant deux mois. Il y a apparence qu'il est le même que le
Grand Pastoral de Paris appelé Aubert de Villla Moisson en 1248, lequel fut
caution envers l'église de Bray-Comte-Robert pour Henry d'Attily,
écuyer ».
Ainsi, nous trouverons toujours des relations entre
Villemoisson et cette région de Seine-et-Marne, en particulier avec
Mée-les-Melun, dont Villemoisson est vassal. Comment tenter d’établir cette
relation ?
Les Templiers et la
commanderie templière de Balizy
Un vieux pont à Balizy serait le seul reste d’une ancienne
Commanderie des Templiers fondée en cet endroit en 1288. Une voie empierrée sur
un pont traverse aujourd’hui un cours d’eau asséché. C’est au pied de la grande
arche qu’est gravée, la croix de Jérusalem, symbole de l’ordre du Temple.


Mais qui étaient les
Templiers ?
En 1118, Hugues originaire de Payns en Champagne et Geoffroy
de Saint-Orner, tous deux compagnons de Godefroy de Bouillon, regroupent
plusieurs chevaliers et font le vœu de consacrer leurs vies à la protection des
pèlerins se rendant à Jérusalem. Car depuis la première croisade lancée à
l’appel du Pape Urbain Il en 1096 les pèlerins ne cessent d’être détroussés ou
bien tombent malades sur les routes de Palestine.
Très vite les dons affluent de toutes parts et l’Ordre
s’étend d’orient en occident en devenant propriétaire de nombreuses
commanderies et granges. Dans la deuxième partie du XIIe siècle fut construit
« Le Temple », forteresse parisienne qui était la maison mère en
France.
L’ordre du Temple, à la fin du XIIIe siècle, couvrait une
grande partie du sol français et veillait aux défrichements.
Le pape leur accorda de nombreux privilèges : dispense de
payer des dîmes, indépendance à l’égard du clergé séculier, possibilité
d’établir des églises avec chapelains. Dans certains cas On leur confiait
l’argent et les bijoux quand on se mettait en marche pour une croisade ou un
pèlerinage car c’est là que les biens étaient en sécurité. Les Templiers
créèrent le billet de change, qui permettait au voyageur de circuler
tranquillement et de retrouver son pécule quand il le voulait dans toutes les
commanderies. Le Temple devint une grande banque puissante. Le roi y fit de
nombreux emprunts. Il alla même jusqu’à déposer le trésor royal dans la
forteresse parisienne.

Templiers (extrait de « Histoire médiévale »
n°46 – 2003)
Enguerrand de Marigny,
seigneur de Villemoisson.
Enguerrand de Marigny, gardien du trésor royal, sous
Philippe le Bel, avait entrepris une grande oeuvre de centralisation,
stabilisant un budget annuel, améliorant le service du Trésor. Il attaqua et
ruina la puissance des Templiers, véritable état dans l'Etat. Le roi, sans
doute, pour le remercier de ses services lui accorda une rente à prendre sur
des biens que Enguerrand de Marigny leur avait peut-être confisqué au profit de
la couronne.
Au Trésor des Chartes (vol 1), un document daté de janvier
1314 à Poissy peut expliquer la décision de Philippe le Bel.
« En déduction des 400 livres parisis de rente sur le
trésor acquis par Enguerrand de Marigny, chevalier et chambellan du roi, de
Béraud de Mercoeur, chevalier du roi connétable de Champagne, et en exécution
des lettres royales jadis octroyée à ce dernier et prévoyant l'assiette de
cette rente, assigne au dit Enguerrand un revenu de 110 livres 10 sols 2
deniers… » Sur :
« 1°) La haute, moyenne et basse justice des villages
et lieux suivants : Longjumeau, Champlan, Villebon-sur-Yvette, La
Roche-lès-Palaiseau, Orsay, Courtabeuf, Villejust, Fretay, la Grange Poitevin
(La Poitevine), Villoison, La Saussaye, Villarceau, Ville-Vent, Lunezy, Villefeu,
la maison de la Plesse, Villiers-sous-Saulx, Villegueur, Saulx-les-Chartreux,
Saulxier, Louans, Champagne, la grange appelée le Contin, Juvisy, Gravigny
Quincampoix, Savigny-sur-Orge, Vaux (Grand-Vaux), Petit-Balisy, Grand-Balizy,
Ballainvilliers, Villiers-sous-Longpont (Villiers-sur-Orge), Villebouzin et le
Plessis-Saint-Père (Croix-Saint-Jacques), le tout pour 27 livres 15 sols 6
deniers de rente.
« Sur de nombreux fiefs : à Balisy, le fief de
Robert de Cortaiges à Saulx ; à Jean Tartarin, chevalier de Marcoussis à
Vaux ; de la Comtesse de Montfort-l'Amaury à Saulxier, du seigneur de
Massy et le ressort des villages de Palaiseau, d'Athis, du Breuil et de Massay,
le tout pour 31 livres 3 sols parisis de rente.
« Enfin la haute, moyenne et basse justice des
paroisses d'Igny et Vauhallan dans la châtellenie de Châteaufort ; des hameaux
… dans les paroisses de Palaiseau, de Bièvre dans celle de Montlhéry, de
Villemoisson, Sainte-Geneviève-des-Bois, Viry, Grigny et du Mesnil-sur-Longpont
dans la paroisse et châtellenie de Montlhéry; les Paroisses de Viry, Grigny et
Ris dans la châtellenie de Corbeil; et des paroisses de Fresnes et Rungis dans
la châtellenie de Paris. Le tout pour 18 livres 5 sols parisis de rente ».
Nous relevons encore : « Villejust, Villebon et
Savigny pour 4 livres parisis de rente. Les fiefs de Robert de Limours à
Limours, de dame Marguerite de Meulan au Mesnil-sur-Longpont, de Guillaume du
Cochet, de dame Guillaume de Clagny à Massy, de Marcoussis tenu par Pierre de
Préaux, et la mouvance de 21 fiefs, entre autres les fiefs tenu par Guillaume
de Préaux, chevalier ; Boissy-sous-Saint-Yon et Egly dépendances de
Marcoussis, à Breuillet…
« Le tout pour 29 livres 6 sols 8 deniers parisis de
rente. Le ressort de Marcoussis et Morsang-sur-Orge.
« Le roi rattache tous ces droits à la mouvance du
château de Chilly qui sera désormais tenu du roi à un seul hommage, dans le
ressort de la châtellenie de Paris, et soustrait pour cela aux autres
châtellenies tous les lieux qui en relevaient ».
Ainsi, pendant une période qui fut très courte, car
Enguerrand de Marigny ne survécut guère longtemps après le supplice des
Templiers, toutes les régions citées ci-dessus, et en particulier les
seigneuries de Sainte-Geneviève-des-Bois, Villemoisson et Morsang lui
relevèrent. Les allégeances que recevait Montlhéry au nom du roi, lui furent
retirées au profit de Chilly, perdant là son rôle de chef-lieu.
Les biens des templiers à Balisy, après leur extinction,
échouèrent à l’Ordre des Hospitaliers.
De la dépendance à la
vassalité de Mée-les-Melun
Depuis que les textes nous sont apparus et jusqu’à la chute
de l’ancien régime, Villemoisson, nous l’avons dit, était vassale de Mée les
Melun, de même que la Motte de Savigny était vassale de Villemoisson ;
entre 1389 et 1480 se révèlent, dans un mémoire, les Giresmes seigneurs de
Villemoisson, dont le nom s’écrivent Girèmes avec ou sans s. Pour qu'elle
raison, la seigneurie de Villemoisson fut-elle mouvante de celle de Mée-lès
Melun ? C’est ce que nous allons tenter d’expliquer.
Les Giresmes étaient une famille importante en
Seine-et-Marne. Nous relevons dans « Lizy-sur-Ourcq et ses environs »
de René Charles Plancke, aux Ed. Amatteis :
- Philippe de Giresmes,
Cordelier écuyer du corps du roy le 3 avril 1392
- Robert de Girèmes, chanoine
de Meaux, évêque de ce diocèse en 1418
- Nicolas de Girèmes, en
1460, chevalier de Rhodes et grands prieurs de France
- Sinadon de Girèmes
défendait Meaux lors de son siège
- Renaud de Girèmes,
chambellan de Louis XI et grand bailli de Meaux en 1465
- Antoine et Jean de Girèmes,
seigneurs de May (Sans doute du Mée) en 1509
Dans l'Armorial, Nous avons encore en « 1394 Johannet
de Giresmes, faisant partie de l'Ordre de Malte, dont l'une des commanderies se
trouvait à la Croix-en-Brie (Canton de Nangis): Nicolas de
« Ciresmes », noté plus haut, y fut commandeur en 1460. (L’ordre
Hospitalier et militaire de Malte, issus des Hospitaliers de Saint-Jean de
Jérusalem fondé en 1099, se réfugia à Rhodes en 1308, puis à Malte de 1518 à
1798).
Qu'elle est la relation entre les Giresmes de Villemoisson
et ceux de Seine-et-Marne ? Sont-ils de la même famille ?
En 1104, Guy Troussel, seigneur de Montlhéry, maria sa fille
Élisabeth, à Philippe de Melun, fils naturel du roi Philippe 1er; il
est possible qu’elle apportât en dot à son mari, la terre vassale de
Villemoisson. C’est là une explication qu’aucun document ne fonde. Les maillons
manquent pour relier les localités la Croix-en-Brie, May-en-Multien, Meaux,
Mée-les-Melun. La famille Giresmes paraît bien implantée dans cette région ;
mais elle semble l'avoir été aussi dans la nôtre. En Seine-et-Marne, une
commanderie était tenue par un commandeur du nom de Giresmes ; à
Ballainvilliers nous avons les traces d’un habitat de Templiers. Mais ce ne
sont que des rapprochements.
L’ordre des Templiers dissous par le pape en 1312, leurs
biens sont remis aux hospitaliers. C’est sur le cartulaire de l’ordre de Malte
dans le grand prieuré de Paris qu’apparaît nommément citée une petite
commanderie à Balizy. C’est un fil bien fragile qui peut réunir dans des
régions de l’Essonne et de la Seine-et-Marne la présence des familles Giresmes.
Sachant l’établissement à Balisy de templiers, lequel échoua
aux Hospitaliers, devenu Ordre de Malte, il est raisonnable de penser qu’à
cette époque Villemoisson était sous la dépendance de cet ordre du fait de ses
seigneurs de Giresmes. Cependant les textes, dans l’énumération de leurs
qualités ne précise pas leur appartenance à l’Ordre de Malte, mais il n’est pas
contraire à l’appartenance à cette famille.
Un certain « Perrin Yvete », (Perrin de l’Yvette,
de la rivière du même nom) qualifié seigneur de Villemoisson et
d’Epinay-sur-Orge est au nombre des chevaliers qui payèrent la rançon lorsque
le roi Jean-le-Bon fait prisonnier par les Anglais à Poitiers en 1356. Nous
pouvons supposer que ce Perrin, dont nous ne savons peu de chose, devait
posséder de nombreuses terres entre l’Yvette et l’Orge. Nous approchons là au
maillon manquant groupant toute une région dont serait comprise la commanderie
de Balizy ; territoire peut être encore plus vaste si l’on considère la
vassalité de la Motte de Savigny.
Selon une certaine source, au début du XVe siècle, un
inventaire des titres aux Archives nationales, montre que l’Eglise Saint-Benoît
le Bien Tourné, à Paris, aurait été propriétaire dans la seigneurie de
Villemoisson d’une partie des terres cultivables (vignes, terres et prairies) acquises
de Pierre Lasnier, huissier au Parlement et de Pronelle, sa femme, le 6
décembre 1439. L’église Saint-Benoît était située vers le n°96 de la rue
Saint-Iacques, entre cette rue et la rue de la Sorbonne, placée primitivement
sous l’invocation de saint Bacche ou Bacchus et de saint Serge. Supprimée en 1790
et vendue comme bien national, l’église de Saint-Benoît servît de magasin de
grains et farine, en 1832 de salle de spectacle en prenant le nom de Théâtre du
Panthéon, puis de magasin de satineur. Elle fut démolie lors de l’ouverture de
la rue des Ecoles en 1854.
Les Giresmes et le fief du
Sauvage
Deux actes écrits au XVIIIe siècle portent les déclarations
de foi hommage des seigneurs de Savigny, l’un par Etienne de L’Isle en 1389
rendu à Jean de Giresmes, chevalier, maître d’hôtel du roi, chambellan de
Pierre de Navarre, l’autre de Jean de Châlons en 1473, produit à Guy de
Giresmes, les deux citent les Giresmes seigneurs de Villemoisson.
Cependant, les documents les plus anciens, encore qu’ils
soient extrêmement sommaires, détaillent la seigneurie de Villemoisson sous le
règne de Louis XI, le 9 juin 1462. Ils décrivent pareillement :
« Aveu et dénombrement donné par Guy de Giresmes,
écuyer, seigneur de Luncey et de Réau, à Louis de Melun, seigneur du Mée près
de Melun, à savoir :
« La maison de Villemoisson et tous ses jardins, 35
arpents de terres labourables ou environ, 70 arpents de bois, 4 arpents tant
vignes que hayes avec la rivière, 4 arpents tant prez que saulsaye et aulnoye.
(Le fief du Sauvage)
« Quatre arrière-fiefs tenus dudit Barbeau à cause de
Ladite maison de Villemoisson, savoir : par les hoirs de feu Gosset de
Grigny, par les hoirs Guillaume Despars, par les hoirs de Colas de Sens, par la
femme Guillaume Cornureau. (La seigneurie)
« Deux autres fiefs qui appartenoient à Jehan de
Compiègne contenant, savoir : 23 arpents et un tierce lot de bois ou environ en
une pièce, sise à Séquigny, lieu dit la Louvière. Tenant d'une part aux hoirs
de messire Oudin de Sens, d'autre part aux hoirs de feu Jehan de Compiègne. Un
autre fief qui appartenoit à feu Oudin de Sens, savoir : 50 arpents de bois sis
au dit Séquigny, lieu dit Les Tanières, 40 arpents de bois au lieu dit de Séquigny,
lieu dit la Louvière ». (Le bois de Villemoisson)
En clair la seigneurie de Villemoisson est à Guy Barbeau, le
fief du Sauvage aux Giresmes. Les Barbeau sont seigneurs d’un certain nombre
d’autres localités dans la région.


Nous arrivons à la fin du Moyen-âge et des ravages de la
guerre dite de Cent ans. Les populations regagnent leurs terres et se
développent, Villemoisson aussi. Le village va s’étendre derrière le fief du
Sauvage, suivant la vallée vers le Breuil.
Le fief du Sauvage, avec son siège seigneurial, n’était
qu’un humble manoir d’exploitation agricole. Il serait illusoire de croire à la
fabulation écrite dans « Villemoisson en Hurepoix » par Mr. Victor
Chaudun, déclarant la présence d’une motte féodale à l’angle de l’avenue Guy Moquet
et de la rue Ferrande. Il a certainement été influé par la suppression sous la
Révolution d’une butte située à ce carrefour.
Nous entrons maintenant dans l’histoire réelle de
Villemoisson, l’histoire écrite. Nous disposons pour nous aider à suivre l’évolution
de Villemoisson, couvrant trois siècles depuis la fin du Moyen-âge jusqu’au
seuil de la Révolution, de 134 documents, 9 aveux et démembrements
seigneuriaux, 8 autres sur des fiefs du village qui sont de véritables
descriptions de la commune à travers le temps.