Sous la 2e République

(1848 à 1852)

 

 

 

         Après la chute de l’ancien régime, la Révolution, la première République, la Restauration, la monarchie de Juillet, la France rurale stagne et n’évolue peu, un prolétariat naissant s’installe avec l’arrivée de l’industrialisation, état qui d’ailleurs n’est pas propre à notre pays. Finalement depuis des siècles le petit peuple survit. Les « Trois Glorieuses » n’ont rien apportées, à la place de l’aristocratie féodale, succède une autre oligarchie, celle des affaires. 1830, 1848, le peuple peine toujours, il veut le retour à la République, la 2e, mais il ne parviendra pas à la conserver, alors il voudra retourner à l’empire si glorieux, mais qui la conduit à la défaite, il ne sait pas que ce retour à un second empire le reconduira au même résultat. Toutefois, un conservatisme règne particulièrement dans les campagnes, nous le verrons dans ce qui suit.

 

Tableau de Léon Lhermitte (1882) Extrait Paysages et paysans d’André Burguière aux éditions Nathan

 

         Les municipalités de la Seconde République. - 9 avril 1848. Il est donné lecture d'un arrêté du commissaire du Gouvernement Provisoire pour l'arrondissement de Corbeil en date du 3 décembre, portant nomination de Denis Latteux aux fonctions d'adjoint au maire.

Le 14 mai, il est procédé à l'invitation de MM. Lamoureux, Mallet, Latteux fils, Honoré Dupré et Charles Mouroux, nommés conseillers par tous les électeurs de la commune en remplacement de MM. Giot, Théodore Dupré, Denis Latteux, Picot et Daragon, démissionnaires. La cause de cette démission collective n’est pas précisée dans notre registre de délibération, sans doute un simple renouvellement municipal.

Le nouveau conseil se trouve donc ainsi composé de : MM. Maurey maire. Lisfranc de Saint-Martin, Gaudy, Paul Saint-Lot, Lamoureux, Mallet, Charles Latteux, Honoré Dupré, Charles Mouroux. Un arrêté du sou-commissaire de l'arrondissement de Corbeil, porte nomination d’Honoré Dupré aux fonctions d'adjoint en remplacement de Mr. Denis Latteux démissionnaire. Cependant il faut noter que l’on tourne sensiblement avec les mêmes.

Le 12 avril 1849, Guillaume Lamoureux est nommé maire en remplacement de Maurey, décédé, et Charles Latteux adjoint. Le 11 novembre 1849, le conseil municipal : MM Lamoureux, maire, Honoré Dupré, Gaudy, Charles Mouroux, Paul Saint-Lot, Vincent, reçoivent messieurs Augustin Alexis Damour et Jean Nicolas Victor Clément, conseillers, nouvellement élus le 30 septembre précédent, en remplacement de MM. François André Maurey et Paul Alexis Lisfranc de Saint-Martin, tous deux décédés. Charles Latteux, adjoint, n'a pas fait connaître les motifs de son absence. Il faut noter que nous restons dans la famille Maurey, propriétaire du Vieux-Logis, Alexis Damour, attaché au Ministère des Affaires étrangères, est marié à Sophie Madeleine Maurey.

Le 17 juin 1850, le maire Lamoureux, atteint de cataracte, démissionne, il est remplacé par Charles Latteux ; l'adjoint est Antoine Vincent.

Dans une lettre du 9 juin 1851, le maire fait connaître au juge de paix qu'une pétition a été faite par 45 citoyens (30 signataires et 15 ne sachant pas signer) pour demander la révision de la Constitution, pas celle de Villemoisson.

 

         Drapeau et uniformes. - 14 décembre 1848. Il est donné lecture de la circulaire préfectorale concernant les drapeaux à distribuer « gratuitement » aux communes, mais à la condition que les conseils municipaux prennent l'engagement d'acquitter les dépenses auxquelles donnera lieu l'envoi qui leur en sera fait. Rappelons qu'avec l'instauration de la seconde République, le drapeau bleu blanc rouge est devenu l'emblème national. Le 19 octobre 1851, le conseil prend connaissance de la loi sur la garde nationale concernant l'uniforme : « L'uniforme peut être rendu obligatoire dans les communes dont la population est de moins de 3000 âmes, de l'avis du conseil municipal, par décret du président de la République ». Selon la remarque de Mr. le préfet qui peut donner un délai convenable, le conseil est d'avis de maintenir l'uniforme comme il a toujours été dans notre commune (?).

 

         Affaire de garde champêtre - Le 5 juillet 1849, Louis Ferdinand Courdoux, démissionnaire, étant donné la saison et l'état présent des récoltes exigeant qu'il soit remplacé sans délai, Jean-Baptiste Gigoust est nommé garde-champêtre. Mais le sous-préfet refuse de le commissionner : il a été révoqué des mêmes fonctions qu'il occupait dans la commune de Sainte-Geneviève-des-Bois, pour fait de braconnage constaté et reconnu par lui. Aussi, le 10 août, le sieur Louis Renaud est proposé par le maire à cette fonction.

 

         Le moulin de Villemoisson et la ville de Paris - Il faut savoir que le moulin de Villemoisson, réquisitionné pendant la Révolution, et devenu bien national, avec le fief de la Gilquinière appartenant à l’émigré le Bailly de Crussol, sont maintenant dans le domaine de la ville de Paris, et cela peut expliquer le paragraphe sibyllin qui suit.

Le 2 janvier 1850. Il est donné lecture du rapport de M. l'ingénieur Vaissière du 30 août 1849. Après avoir pris connaissance du plan proposé par l'administration, ainsi que d'une réclamation de Messieurs Robine et Dubourg, copropriétaires du moulin de Villemoisson et du plan rectificatif y annexé. Quoi qu'il en soit, le conseil, reconnaissant que la demande de MM Robine et Dubourg s'appuie sur des motifs aussi sérieux que fondés, est d'avis que le plan proposé par l'administration, devrait avant d'être approuvé par l'autorité supérieure, être soumis à de nouvelles études. Le 13, il est formé une commission, représentée par Charles Latteux et Clément, pour juger les réclamations.

 

         L’indigence est aussi à Villemoisson - Anniversaire de la République. - Le 3 mai 1850, en vertu d'une circulaire préfectorale, la municipalité décide l'allocation de viande et d'une bouteille de vin par famille nécessiteuse pour célébrer l'anniversaire de la République et vote 10 francs pour cela.

En 1850 la maladie frappe les pommes de terre et on peut évaluer les ravages au tiers de la récolte.

17 novembre 1850. S'occupant des secours à procurer aux indigents, vu l'état des ressources disponibles, le conseil dresse ainsi qu'il suit la liste des indigents qui pourront être secourus durant la saison rigoureuse (soit par semaine) : Particulièrement les veuves : Danne, 2 kg de pain, 1 kg de viande, 12 fagots de bois à brûler ; Calaïce 4 kg de pain ; Thomas 2kg de pain. Mais aussi à : Vernaud 4 kg de pain ; Gaspard Lotaire 1 kg de viande ; Jean-Baptiste Lambert 4 kg de pain ; Charles Ducreux 2 kg de pain ; Charpentier 4 kg de pain ; Adélaïde Fournier, 12 fagots de bois à brûler ; Rousselle, 2 kg de pain.

Pour la troisième année, en 1852, est dressée la liste des secours aux indigents qui ne paraît pas en régression. Nous relevons en viande : 1 kg à Eugène Rossignol, Gaspard Lothaire, la veuve Ledoure. En pain de 2e qualité à : Mme Calaïce 4 kg, MM Innka 4 kg, François Charpentier 4 kg, Vernaud, 4 kg, plus un pantalon, Rousselle, 4 kg, plus des chaussures et des blouses, la veuve Thomas 4 kg, plus des chaussures, M. Lambert 4 kg plus une blouse, les veuves Fournier et Brément du bois de chauffage. Sont admis à la gratuité scolaire : Alexis et Pélicie Brément, Charles et Joseph Rousselle, Louise Innka.

 

         Bornage de la limite du domaine appartenant à Bertier avec celle de Villemoisson - Le 23 mars 1850. « Nous soussigné, Jean Pierre Lemaire, géomètre résidant à Arpajon, à la demande de Louis René Bertier, propriétaire demeurant ordinairement à Paris, rue de Verneuil, n°11, et présentement en son château de Sainte-Geneviève où nous nous sommes rendu, lequel nous a exposé :

         1°) Qu’il était propriétaire d’une grande partie de la forêt connue autrefois sous le nom de Séquigny, aujourd’hui sous celui de Sainte-Geneviève-des-Bois, située sur le territoire de Sainte-Geneviève et de Villemoisson ;

         2°) Que les limites de sa propriété n’ayant jamais été démarquées que par des fossés qui, par la suite des temps, se trouvaient bouchés, il veut qu’elles le soient d’une manière plus positive ;

         3°) Désirant vivre en bonne intelligence avec les propriétaires riverains de son domaine et éviter à l’avenir toutes contestations ou procès qui pourraient s’élever entre eux, relativement aux confins de leurs propriétés, il nous a choisit pour procéder à la délimitation de son domaine ;

         4°) Que cette opération a aussi pour but de confirmer son droit de propriété de la route à la Dame ou de Villemoisson, et de l’avenue de la Croix. Cette propriété naguère contestée par la commune de Villemoisson, a été l’objet d’un procès devant le Tribunal de première instance de Corbeil qui, par son jugement du 13 mars 1836 a débouté la commune de Villemoisson de ses prétentions et la condamnée aux dépens ;

         5°) Que les limites de sa propriété étant irrégulières, il demande qu’aussitôt la délimitation terminée, de grosses pierres soient plantées à chacun des angles formés par les lignes droites et même intermédiairement quand ces lignes droites seraient trop longues.

         6°) Quand ces opérations seront entièrement finies, il veut qu’il soit rédigé un procès-verbal en règle, signé et approuvé par tous les propriétaires des pièces contiguës et établi un plan des lieux figurant les bornes, indiquant les angles et les distances.

         7°) M. Bertier ne pouvant demeurer avec nous pendant tout le temps de nos opérations, nous a remis les anciens plans de son domaine pour mieux reconnaître les limites sur le terrain.

         8°) Nous avons ajournées nos opérations au 1er avril, afin d’avoir assez de temps pour prévenir tous les propriétaires des pièces contiguës.

 

         Le 1er avril 1850, nous géomètres, pour accomplir notre mission, nous nous sommes transportés sur la limite de la forêt située sur le terroir de la commune de Villemoisson. Cette limite s’étend depuis la route de la Gilquinière (Av. des Chevrefeuilles) jusqu’à la route de Corbeil à Longjumeau.

Sont comparus 52 propriétaires en personnes ou représentés, afin d’examiner ensemble la limite de la forêt de manière à déterminer les limites le plus régulièrement possible en respectant la propriété de chacun. Avons déterminé le bornage qui suit et lesquels ont promis d’approuver le procès-verbal qui en sera dressé.

 

 

Le Bois de Villemoisson. En vert clair partie du bois appartenant à Bertier. – En rouge le chemin de Montlhéry à Morsang (avenue des Garde messiers - en partie-, rue de la Plaine - en partie-, Vieux chemin de Villemoisson). - En orange le chemin de la Cousine (disparu). – En bleu la route de la Gilquinière (Av. des Chevrefeuilles). – En jaune la route de Corbeil. (Plan appartenant à Bertier).

 

Bornage : (Extraits)

La première borne est posée près du Rond-Point de Morsang à 40 cm du fossé de la route de Corbeil à Longjumeau,

La deuxième est plantée au bout sud de la pièce de Mme Mallet, elle sépare la propriété de cette dame du bord du fossé de M. de Bertier, à 167,55 m de la première.

La troisième est posée sur le bord sud de l’ancien chemin de Montlhéry à Morsang (1) au bout de la ligne de démarcation qui sépare la propriété de M. de Bertier de celles de MM. Postaul, Boissicat et madame veuve Mallet, à 205,67 m de la deuxième.

La quatrième est posée de l’autre côté de l’avenue, sur le même bord de l’ancien chemin de Montlhéry à Morsang ; elle sépare la pièce du sieur Deschamps du bord de ladite avenue et est à 13,50 m de la troisième.

La cinquième est posée à l’angle nord-est de la forêt ; elle sépare à cet endroit la pièce de Jacques Philippe d’avec le bord du fossé de l’avenue et est de « l’affrontaille » des diverses pièces qui aboutissent sur la forêt. Elle est éloignée de 163,20 m.

La sixième est posée sur « l’affrontaille » en question, dans le bout de la pièce de Pierre Gulot, à 120,80m de la précédente.

Toutes ces bornes sont de grès, taillées et équarries ; nous avons mis autour de toutes, des pierres qui, tout en leur servant de témoins, servent à les consolider. Avant de passer à la clôture des présentes, nous insérons en cet endroit les dispositifs du jugement mentionné dans notre préambule ci-dessus.

         (1) L’ancien chemin de Montlhéry à Morsang, que l’on trouve noté sous le nom de « chemin de la Cousine » bordant la forêt, est une voie parallèle au chemin de Montlhéry à Morsang (avenue des Garde messiers, rue de la Plaine, Vieux chemin de Villemoisson).

 

         Vers la naissance de la route de Corbeil à Versailles. - Le 15 août 1850, il est lu une lettre du maire d'Igny dans laquelle il est question d'une nouvelle communication à ouvrir entre sa commune et celle de Jouy-en-Josas, faisant ressortir les avantages qui en devraient résulter pour les transports entre la partie orientale du département et le chef-lieu (Versailles). La nouvelle voie qui serait ouverte sur la rive droite de la vallée de la Bièvre rendrait plus court le trajet de Corbeil à Versailles, et permettrait aux voitures chargées d'éviter la descente et la montée du Petit Bièvre, la montée de la forte rampe placée à la sortie de Bièvre et la majeure partie de la descente du bois de Jouy au pont Colbert.

Les localités qui seraient traversées par le nouveau tracé sont peu connues de la municipalité de Villemoisson qui ne peut ce rendre compte des difficultés diverses que pourrait rencontrer l'exécution de cette voie. D’ailleurs, la commune qui est essentiellement agricole et nullement industrielle ni commerciale, n'a que fort peu de rapport avec le chef-lieu du département, et n'a, par conséquent, pas d'intérêt à ce que la commune s'impose cette nouvelle aggravation de charge.

 

         Scolaire : Le legs des Lisfranc-Lemoine - Les démissions régulières de nos instituteurs sont causes qu’ils ne disposent qu'une seule pièce qui sert de cuisine et de chambre à coucher. Le maire reconnaît, suite au signalement lors des inspections de l'inspecteur de l'école primaire, la nécessité d'agrandir la maison d'école. Le devis de cet agrandissement s’élevant à 2421 francs, considérant que la commune est hors d'état de pourvoir à cette nouvelle dépense, il espère que si la municipalité vote une forte partie de la somme, Mr. le préfet accorderait un secours souhaité.

Faut-il déjà obtenir une surface pour permettre cette extension. En 1848, par acte passé devant Me Prévôt, notaire à Savigny, Paul Alexis Lisfranc de Saint-Martin fait donation à la commune de 35 centiares de terre contiguë à la maison d'école pour y établir les constructions nécessaires à son agrandissement.

Suite au décès de Lisfranc de Saint-Martin, propriétaire, décédé à Villemoisson le 27 janvier 1848, par un testament déposé chez Me Trépagne, notaire à Paris, celui-ci lègue à la commune une rente annuelle et perpétuelle de 100 francs pour augmenter le traitement de l'instituteur. Le legs est remis au bureau de Bienfaisance de la commune, le 24 juin 1849.

Le 2 mai 1852, le maire présente au conseil une demande faite par la dame Joséphine (et non Pauline comme il est écrit par ailleurs) Lisfranc de Saint-Martin, épouse de monsieur Lemoine, dans laquelle cette dame, chargée par les cohéritiers d'acquitter les différents legs faits à la commune par Mr. Lisfranc de Saint-Martin, propose le rachat du capital de 2000 francs produisant une rente annuelle de 100 francs pour l'instituteur.

Le conseil, après avoir prie connaissance des conditions formulées dans la demande de madame Lemoine; considérant que le remboursement de 2000 francs offert, capital de la rente de 100 francs, n'est pas dans le sens du testament ; vu que la somme de 2000 francs placée au trésor ne rapportera pas 100 francs annuellement, et que le sens du testament est que la rente soit de 100 francs par an.  Par conséquent, il n'accepte pas la proposition de Mme Lemoine ; la commune n'étant pas en état de souffrir aucun déficit, d'autant plus que l'intention de feu Mr. Lisfranc de Saint-Martin, en proposant cette rente faite par les héritiers à la commune, en capital ou en rentes sur l'Etat, était de conserver toujours la même rente de 100 francs pour l'instituteur. Cependant, la municipalité, après avoir fait connaître sa pensée, prie le préfet de bien vouloir faire connaître son avis à ce sujet.

Le 8 septembre 1852, il est donné lecture aux membres du conseil, assistés de MM. Pinchon, percepteur municipal de la commune et Lemoine, de la copie de l'autorisation du préfet, concernant le remboursement offert par les époux Lemoine du capital de la rente annuelle et perpétuelle de 100 francs faite à la commune pour l'instituteur par Mr. Lisfranc de Saint-Martin. La municipalité, après avoir pris connaissance des différentes dispositions prises dans cet arrêté et ce conformant aux décisions qui y sont énoncées, accepte le remboursement de la somme de 2000 francs, capital de la rente de 100 francs.

         Nous aurons l’occasion de reconnaître plus tard, en 1877, la largesse intéressée de madame Lemoine.

 

En vertu de la loi sur l'instruction primaire du 28 octobre 1850, et sur la présentation du recteur, le conseil adopte le 7 septembre 1851, à l'unanimité, comme instituteur, le sieur Louis Narcisse Victor Lindo, né à Saint-Prix le 25 décembre 1832, canton de Montmorency (Seine-et-Oise). Nous apprendrons, par la suite, que Lindo a remplacé Lechaut, son prédécesseur, parce qu'il est parti en Californie le 1er juillet 1851).

 

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