Les sacrifices des Villemoissonnais : les subsistances

 

 

 

 

         Les conséquences de la guerre. Les bras manquent aux récoltes au village par suite de ceux partis aux armées, les réquisitions alimentaires pour les troupes sous les drapeaux et pour les habitants des villes, c’est le cortège des privations, des pénuries qui se présentent systématiquement à chaque conflit, voilà la vie que les villemoissonnais, comme les autres français, vont endurer encore pendant plusieurs années.

 

Extrait de « La vie privée des hommes au temps de la révolution française » (Hachette jeunesse)

 

         Recensement des denrées alimentaires chez les citoyens. - Le 30 pluviôse, l'an 2 (18-février 1794), la municipalité réunie au lieu ordinaire de leurs séances, fait la lecture du procès-verbal de la fête de la Nation et des bustes des martyrs de la liberté célébrée par la société populaire de la commune de Corbeil. Lecture de plusieurs arrêtés des citoyens représentants du peuple dans le département de Seine-et-Oise et des journaux. Ensuite, il est réclamé un tableau où chaque chef de famille est chargée de faire une déclaration exacte des farines, blé, seigle et orge, demandés par les représentants du peuple. Il est arrêté que les officiers municipaux iront chez les citoyens pour cette opération.

         Ont signés à cette séance : Dupré maire, Pescheux officier municipal, Dardenne, Magloire Saint-Lot, Mouroux fils, Mouroux père membre du Comité de Surveillance, Jean Duval, Jean Claude Saint-Lot, Claude Latteux, François Latteux, Mathurin, Nicolas Charpentier, Robine « républicain », Malgon,  Saint-Lot agent national. Les citoyens Lagneau, Limay, Taillefer, Picot père et fils, les frères Ferret, Hénault fils, Caille ont déclarés ne savoir signer.

 

         Pénurie de blé au marché régional de Montlhéry. - Le 7 ventôse, an II (25 février 1794), lors de l’assemblée des habitants de la commune, plusieurs citoyens et citoyennes disent que la veille au marché de Montlhéry ils n'ont pu avoir normalement du blé, vu qu'il n'y en avait pas suffisamment pour approvisionner les communes environnantes, qu'il en a été donné à chacun un boisseau ou deux et même point.

         La municipalité n'ayant pas de fermier répond qu'elle va consulter l'administration du district de Corbeil pour faire avoir des subsistances aux citoyens de Villemoissonnais « qui ne cesseront d’être pour la vie le soutien de la République Françoise Une et Indivisible ». Ceci montre que la commune n’a pas d’exploitation agricole importante, mais que chacun cultive sa terre pour sa propre suffisance.

 

         Refus du citoyen Claude Latteux d'aller au district y·réclamer des subsistances. - Le citoyen Dupré maire et ci-devant membre du Comité de Surveillance, annonce qu’il va s'occuper sur-le-champ à pourvoir à la subsistance de la commune. Après délibération, le citoyen choisit est Claude Latteux, membre du conseil général de la commune, pour aller au district de Corbeil réclamer des approvisionnements. Mais Latteux ne se veut prêter à faire le bien public ; il parait par le recensement qui vient d'être fait chez lui qu’il a du pain pour attendre la récolte prochaine, et c'est pour cette raison qu'il refuse de se rendre par devant l'administration.

         Sur son refus le 21 ventôse an II (11 mars 1794), devant les citoyens de la commune rassemblés, Jean Saint-Lot, président du Comité de Surveillance, et Jean-Baptiste, secrétaire greffier se présentent de bonne volonté pour le remplacer, ce dont les citoyens de la commune espèrent avoir gain de cause, considérant qu’ils ne cesseront d’être pour la vie les maintiens de la République une et indivisible Française.

 

         Recensement des grains et farines. - Le 10 floréal an II (29 avril 1794). « En vertu des pouvoirs qui me sont délégués par l'administration du district de Corbeil, je me suis rendu dans la commune de Villemoisson-sur-Orge à l'effet d'exécuter et surveiller le recensement des grains de première nécessité. Etant rendu à la maison commune où était la municipalité, après leur avoir exhibé mes pouvoirs, nous nous sommes rendu chez les citoyens de la dite commune.

« D'après les visites faites avec la plus grande exactitude, il s'est trouvé la quantité de grains ci-après : 12 setiers et 4 boisseaux de blé, 11 setiers et 2 boisseaux de seigle, 2 setiers et 7 boisseaux d'orge, 25 setiers de farine et 2 setiers 3 boisseaux d'avoine. Que les officiers municipaux ont certifiés avec moi sur leur registre ». (Signé Vaudin d’Epinay).

 

         La châtelaine de Villemoisson en délit national. - Ce jour là, le citoyen Vaudin, accompagné les officiers municipaux, se sont présentés chez le citoyen Blandin (propriétaire du château) pour lui demander de faire sa déclaration des grains et farine chez lui. En parlant à sa femme, elle fait voir deux « luches » d'où il a environ 39 boisseaux de blé dans un sac. Le commissaire lui demande où elle a pris cette farine. Elle répond que s'est un meunier qui lui a amené chez elle.

L'article XIV de la loi du 11 septembre 1793, défend aux meuniers de faire le commerce de grains et de farine, sous peine de dix années de fers. L'article 1er de la même loi, dit qu'il ne pourra être vendu de grains et farine ailleurs que dans les marchés publics. L'article 2 dit que quiconque sera convaincu d'avoir vendu ailleurs que dans les marchés sera puni par la confiscation des grains qu'il aura vendu et par une amende double du prix de leur valeur, que cette amende devra être payée, moitié par le vendeur et moitié par l'acheteur au profit de la commune, solidairement, comme délit national.

Après lui avoir demandé une seconde fois, au nom de la loi, qui est le meunier qui lui a amené cette farine ; elle persiste à dire, qu'elle ne le connaît pas, qu'elle n'était pas chez elle au moment ou on lui à amené cette farine, qu'elle l'a reçue il y a environ dix jours. Alors qu’après avoir reçu cette farine, elle est venue demander un bon à la municipalité pour s'en procurer au marché de Montlhéry comme les autres citoyens, dont elle a eu deux boisseaux ; qu’elle n'était pas dans le cas d'aller en chercher au marché puisqu'elle en a 39 boisseaux chez elle. Ce qui donne la preuve de la privation de tous les pères de familles. Vu une telle infraction à la loi, nous avons dressé procès pour en référer prés de l'administration.

 

         Plus assez de blé pour aller jusqu'à la récolte. - D'après le recensement fait dans la commune par le commissaire du district de Corbeil, lequel recensement s'est monté en blé, seigle, orge et farine à 50 setiers. Depuis cette époque, il a été consommé environ la moitié. En conséquence, il ne reste qu'environ 20 ou 25 setiers, pour une population de 207 personnes, réduits à manger l'un dans l'autre chacun un boisseau et demi de blé. Cette subsistance ne peut donc nourrir la population qu'environ deux décades.

Il n'est pas possible de vivre d'ici jusqu'à la récolte avec si peu de subsistance. Il y a beaucoup de citoyens qui n'en ont pas du tout, et qui sont de nombreuses familles ; il y en a cependant quelques-uns qui en ont presque assez pour attendre la récolte et se proposent d'en donner à leurs concitoyens qui n'en n'ont point. Les marchés sont démunis de blé, puisque dans celui de Montlhéry, quartidi dernier, pour environ 500 personnes, il y avait qu’environ 30 boisseaux de blé.

Aussi le 26 floréal an II (15 mai 1794) la municipalité nomme deux de ses membres, pour aller au bureau de la Commission des Approvisionnement de la République en espérant que la commission des subsistances prendra en considération les citoyens de Villemoisson.

 

Extrait de « Paysages et paysans » d’André Burguière (Ed. Nathan)

 

         Distribution de 16 livres de savon - Le 7 prairial an II (26 mai 1794) est faite une distribution de 16 livres de savon au prix de 1 livre 6 sol la livre, envoyées par le district de Corbeil, destinées pour la commune de Villemoisson, suivant la population qui se monte à 207 personnes. Lesquels citoyens et les citoyennes se sont obligés d'en faire la répartition pesée au plus juste. Il s'en est trouvé 17 livres, dont il sera payé par le greffier au district 19 livres 11 sols.

 

         Les éclats patriotiques ne masquent pas le problème des subsistances. - Le 12 prairial an II (31 mai 1794), jour à jamais mémorable : en vertu du rapport fait au nom du Comité de Salut Public par Maximilien Robespierre, est lu par le citoyen maire, agent national et secrétaire greffier, le recueil des actions héroïques et civiques des républicains français. A la fin, est chanté par le citoyen Saint-Lot, greffier municipal, en présence de tous les citoyens et citoyennes, petits et grands de la commune, au milieu d'une grande tranquillité.

Ce jour là, vu les réclamations faites par plusieurs citoyens, leurs nombreuses familles qui sont sans pain et qui se réclament à la municipalité pour en avoir, il est dit qu'il sera fait un recensement des blé et farine. Sont nommés deux commissaires dans la municipalité : Dupré maire et Mouroux officier municipal, et deux dans le comité de surveillance : Jean Saint-Lot et François Robine pour faire ce recensement. Lesquels, chez les citoyens feront toutes perquisitions nécessaires sur la quantité des grains et farines existants dans la commune, pour en instruire les citoyens administrateurs du district de Corbeil ; et, suivant la quantité, un commissaire, avec une voiture, ira à l'administration du district de Corbeil à l'effet d'y réclamer des subsistances.

Les officiers municipaux, au nom de la loi et de la fraternité, se sont allés, d'une manière tranquille et sage que doivent avoir des républicains, dans les maisons des citoyens. Le recensement fait d'une manière très exacte, il ne se trouve plus dans la commune que 30 quintaux en blé et en farine, ce qui réduit à chacun deux livres de pain par jour, et donne à la commune des subsistances que pour environ sept à huit jours.

Sur quoi, Le conseil général nomme pour remplir l’honorable mission de réclamer auprès du district, Mouroux et Pescheux, lesquels se feront un devoir d'obéir à la municipalité en instruisant l'administration des besoins ou sont les républicains de Villemoisson, en espérant que les citoyens administrateurs accorderont le plus tôt possible des subsistances.

Le 22 prairial an II (10 juin 1794), les citoyens de la commune assemblés décident qu’il sera donné à Nicolas Pescheux, voiturier de la commune, une livre par livre de farine, et la même somme pour le commissaire Mouroux fils chargé de demander la farine à l'administration.

 

         Recensement de la récolte 1794. - Extrait du tableau contenant le recensement des grains de la récolte de l'année 1794, vieux style, adressé au directoire du district de Corbeil. (En quintaux).

         Charles Quignot : froment 1, seigle 1

         Michel Dupré : froment 4, seigle 16, orge 5

         François Thomas : orge  2,5, foin, sainfoin 5

         François Thomas (veuve de) : seigle 4, orge 5

         Jean Saint-Lot :     froment 6, seigle 3, orge 6

         Jacques Saint-lot : froment 3, orge 3

         Jean Claude Saint-Lot : froment 2, seigle 5,5, méteil 3

         François Saint-Lot (veuve de) : froment 15, seigle 3, orge 2, avoine 2

         Jean Baptiste Saint-Lot : froment 8, paille 15, avoine 2

         Citoyenne Saint-Lot : foin, sainfoin 40

         Nicolas Charpentier : froment 3, seigle 1, orge 2

         Mathurin Charpentier : froment 12, orge 4

         Etienne Charpentier : seigle 7, orge 2

         Henry Boissiquat : froment 2,5, seigle 2, méteil      2,5, orge 6

         Laurent Taillefer : froment 5

         Pierre Daragon : froment 8, seigle 2, orge 4, foin, sainfoin 80

         René Hénault : froment 4, seigle 11, orge 4

         Pierre Le Dour : seigle 1

         Claude Latteux : froment 7, seigle 2,5, méteil 5,5

         François Latteux : froment 7, seigle 9, méteil 2, orge 2

         Pierre Latteux :      froment 18, seigle 10

         Louis Latteux : froment   9, seigle 2, orge 2, avoine 2, luzerne, trèfle 8

         Jean-Baptiste Marie : orge 5

         Jacques Picot : froment   11, seigle 2, orge 2

         Jean Picot : froment 13, seigle 2, avoine       3

         Pierre Rabioul :     froment 7

         Etienne Caille : orge 2

         Jean Baptiste Ferret : froment 4, orge 2

         Laurent Ferret :     froment 1, méteil 1, orge 2

         Jacques Blaque (Vieux Logis) : froment 2

         Gabriel Jacob : froment   2, seigle 2

         Louis Mallet : (Collège) : seigle 4, avoine 2, luzerne, trèfle 25

François Robine (meunier) : seigle 14, foin, sainfoin 66, luzerne, trèfle 450

         Silvain Lafeuille : froment 0,5, seigle 4,3, orge, 2, avoine 0,5, luzerne, trèfle 12

         Pierre Limay : froment 7, seigle 6, orge       8, sainfoin, foin 39, luzerne, trèfle 30

         Nicolas Pescheux : froment 24, seigle 30, orge 4, foin, sainfoin          150, paille 150, avoine         30, luzerne, trèfle 200

 

Le 16 fructidor an II (2 septembre 1794). En conséquence : « J'ai, commissaire du district de Corbeil, soussigné … Vu les besoins de nos frères de Paris et la lettre de la commission des subsistances, chaque commune du district, est requise de fournir au magasin de Paris, sis à Corbeil, le contingent qu’elle doit fournir chacune dans les deux premières décades de fructidor au dit magasin dans les 24 heures ».

 

 

         Il est adressé à la municipalité par l'administration du district de Corbeil, une réquisition de trente quintaux de froment, seigle et orge. Savoir les trois quarts en blé, et l'autre quart en seigle et orge, réparti comme suit :

         Froment requis en livres : Jean Saint-Lot 50 - Mathurin Charpentier : 50. - Daragon : 50. - Claude Latteux : 150. - François Latteux : 150. - Pierre Latteux : 500. - La veuve Saint-Lot : 300. - Picot père : 200. - Louis Latteux : 150. - Pierre Limay :    200. – Pescheux : 600.

         Seigle requis en livres : Hénault : 200. - Louis Latteux : 100. - Robine : 150. - Limay : 200.

 

         Il est clair qu’après les récoltes, chaque citoyen est astreint aux réquisitions, mais il est aussi évident que bien avant les prochaines récoltes les citoyens se trouvent en manque de « subsistances ». Il est ainsi tous les ans.

 

         Déclaration des semences. - « Nous, les citoyens de Villemoisson, déclarons avoir besoin pour les semences :

- Nicolas Charpentier : 115 livres de blé, 50 livres de seigle, 30 livres d'orge, 30 livres d'avoine.

- Claude Latteux : 3 quintaux de blé, 2 quintaux de seigle, 60 livres d'orge, 1 quintal d'avoine.

- François Latteux : 3 quintaux de blé, 1 quintal de seigle, 60 livres d'orge, 1 quintal d'avoine.

- Pierre Latteux : 4 quintaux de blé, 2 quintaux de seigle, 1 quintal de méteil, 50 livres d'orge, 3 quintaux d'avoine.

- Jean Claude Saint-Lot : 150 livres de blé, 150 livres de seigle, 150 livres d'orge.

- Jean Baptiste Marie : 1 quintal de seigle.

– La veuve François Saint-Lot : 3 quintaux de blé, 50 livres de seigle, 60 livres d'orge.

- Gabriel Jacob : 3 quintaux de blé, 60 livres d'orge.

- Louis Latteux : 2 quintaux de blé, 50 livres de seigle, 1 quintal d'orge, 50 livres d'avoine.

- Silvain Lafeuille : 1 quintal de blé, 29,5 livres de seigle, 19 livres d'orge, 50 livres d'avoine.

- Etienne Caille : 50 livres de seigle.

- Pierre Limay : 4 quintaux de blé, 3 quintaux de seigle, 1 quintal d'orge, 1 quintal d'avoine.

- Henry Boissiquat : 3 quintaux de blé, 1quintal de seigle, 1 quintal d'orge, 1 quintal d'avoine.

- Dupré : 19 quintaux de blé, 2 quintaux de seigle, 2 quintaux d'orge.

- Jacques Picot : 3 quintaux de blé, 1 quintal de seigle, 2 quintaux d'orge, 1 quintal d'avoine.

 

         Lettre du district adressée à la municipalité  - « Citoyens. Avant que je puisse jouir des effets de la sage surveillance de la Convention, en vous envoyant un nombre de batteurs (en grange) proportionné à vos besoins, ainsi que je serait incessamment autorisé à le faire par l'envoie de trois cents hommes pour le district, il faut user de toutes nos ressources. Le moment est impérieux, nos semences sont commandées par le savoir, la réquisition en grains mangeables pour que Paris ne puisse essuyer un jour de retard. Nos marchés ne peuvent manquer d’être approvisionnés pour nos frères qui ne récoltent rien et qui ne cuisent point chez eux. Nos braves frères habitants des campagnes qui cuisent chez eux doivent trouver chez les cultivateurs de quoi satisfaire aux besoins décadaires de leurs familles.

« Il faut que l'abondance de notre récolte paraisse à tous les yeux, les réquisitions en avoine, se doivent non plus se ralentir, sans perdre nos armées, nous voila donc à la brèche, le salut de l'Etat dépend de nous, nos ennemis le savent, et tous cherchent à nous éblouir pour nous empêcher de voir tous les préjudices dans lesquels ils veulent nous entraîner. Ouvrons les yeux, citoyens, pendant qu'il est temps, encore une décade ou deux passées, nous serons vainqueurs ou vaincus. Ce mot informe déshonore la plume et la bouche du républicain, mais j'ai dû le prononcer, il vous irritera et ne vous découragera pas.

« Faisons de nos efforts un rempart impénétrable à nos ennemis, que tous les bras en état de battre les grains soient mis en réquisition sous 24 heures, que le refusant soit arrêté et traité comme suspect, que le cultivateur qui mettra quelque obstacle au battage des grains qui excèdent les besoins de sa consommation pour le reste de l'année soit également arrêté et livré aux tribunaux comme suspect. Que tous autres ouvrages étrangers à la culture et ensemencement des terres, autres que ceux de la fabrication des armes et à la moulure des grains, soit suspendu jusqu'à ce que votre commune ait eu grains battus de quoi satisfaire à tous les besoins. Ainsi le veut la loi dont le vœu est manifesté par les arrêtés du Comité de Salut Public que vous avez reçu.

« Le prix du battage du blé restera fixé aux termes de l'arrêté du Comité de Salut Public et d'après les renseignements que j'ai pris dans votre commune, à deux livres dix sols le setier. Le battage des autres grains n'ayant pas cette année éprouvé la variation du blé, est fixé, à une autre loi, au prix où il était en 1790 et les trois quarts en sus. Après cette mesure et l'ordre de vaincre que nous donnent nos victoires, j'aime à penser que la loi n'aura personne à punir et qu'au contraire, nous aurons bien mérité de la Patrie. Salut et fraternité, le citoyen Le Vacher ».

 

         Réquisitions, recensements se poursuivent. - Le 20 vendémiaire an III (11 octobre 1794). Les citoyens de la commune assemblés il est décidé de nommer deux commissaires dans la commune, Pierre Daragon et Pierre Latteux, pour accompagner le citoyen Magny de Montlhéry pour aller chez tous les propriétaires de grains, farines et fourrages et généralement toutes sortes de légumes secs que chacun de ces particuliers doivent avoir récolté.

Le 22 frimaire an III (12 décembre 1794), comparait le citoyen Chartier, muni d'un extrait du registre des délibérations du conseil général du district de Corbeil, à l’effet de faire le recensement de tous les grains en général qui existe dans la commune.

Le 5 nivôse an III (25 décembre 1794), les citoyens de Villemoisson assemblés, il est dit aux officiers municipaux et aux membres du conseil général, qu'hier, jour de marché de Montlhéry, qu’ils sont revenus sans avoir pu se procurer de blé, attendu qu'il y en avait presque pas sur le marché. En conséquence, la municipalité constatant que les citoyens n’ont chez eux de subsistances au-delà de la consommation, nomme les citoyens François Mouroux, Laurent Taillefer et Lafeuille pour se présenter à l'administration du district, prier les citoyens administrateurs de procurer les subsistances nécessaires.

 

Cette photo du village de Villemoisson a été prise un peu plus d’un siècle plus tard aux évènements ici relatés. Á part la tenue vestimentaire des villageois, très peu de choses ont changées.

 

         Réquisition du moulin de Villemoisson pour la capitale. - Extrait du registre de délibération de la commission de commerce et approvisionnement de la République. « La totalité des moulins des citoyens Roland, Lalouette, Malnou, Guillard, Côsme, Thomas, Hallé, Lamarre, Foy et Robine, composant 31 tournants, sont en réquisition ainsi que les hommes, chevaux et voitures attachés à ces moulins, pour le service de l'approvisionnement de Paris. Les autres moulins sur les rivières de l'Essonne, de l’Orge et de la Juine sont réservés pour le service des communes du district de Corbeil. Les agents nationaux et municipalités prés des communes doivent « tenir la main » à ce que les moulins soient déclarés ».

         La municipalité, après avoir visité le moulin du citoyen Robine mis en réquisition, voit qu'il est à propos pour donner promptement de la farine à la commune de Paris, de mettre des hommes en quantité nécessaire pour faire fonctionner le dit moulin, tenir note des hommes et des journées qui pourront être employés à ces travaux. (2 pluviôse an III - 21 janvier 1795).

 

         La venue matinale d’un commissaire de district. - Le 26 germinal an III (14 avril 1795). Maire, officiers municipaux, notables et agent nationa1, sont assemblés pour nommer les citoyens Robine maire, Mouroux officier municipal, Michel Dupré notable et Jean-Baptiste Saint-Lot greffier, commissaires à l'effet de faire un recensement des grains qui peuvent être chez les citoyens afin de subvenir aux besoins des citoyens qui n'en n'ont pas.

Le lendemain, se présente le citoyen Hénault, demeurant en la commune de Montlhéry, nommé commissaire par le district, pour le canton de Montlhéry, à l'effet de faire enregistrer et publier l'arrêté du comité de Salut Public et celui de la commission des approvisionnements de la République

Le maire étant survenu un quart d'heure après son arrivée, le commissaire convoque au terme de l'article IV du dit arrêté de la commission, l'assemblée des membres de la municipalité. Après une demi-heure d’attente, le citoyen maire constate que la majeure partie des officiers municipaux sont absents, en conséquence, il est requis de faire l'enregistrement, la très prompt publication et la plus exacte exécution du dit arrêté.

Et en outre, suivant l'article VI du même arrêté de la commission, l'agent national de la commune absent, devra surveiller et activer les versements et transports des grains et farine dont est question aux arrêtés, de faire constater les quantités que chaque particulier aura « prêté », et qu'il lui soit délivré extrait de la présente délibération.

 

Le 10 prairial an III (29 mai 1795), comparait à la municipalité le citoyen Paupe, fils aîné, nommé commissaire par délibération du directoire du district de Corbeil pour faire le recensement des grains et farine existants dans la commune. Lequel a signé avec le citoyen Robine, maire, nommé commissaire par le conseil général de Villemoisson.

Le 1er messidor an III (19 juin 1795). La municipalité fait le choix des citoyens Jean Saint-Lot et Michel Dupré nommés commissaires chargés de faire le relevé de toutes les terres ensemencées en toutes sortes de productions, tant pour la substance de l'homme que pour celle des animaux.

 

         Les péripéties de la mise en culture du jardin du presbytère, bien national. - Le 26 ventôse, l'an II (16 mars 1794), les citoyens de la commune de Villemoisson réunis en la maison commune, il est proposé par la municipalité que le jardin du ci-devant presbytère est à propos d'être mis en culture. Des affiches au nombre de six seront envoyées dans les six communes des environs ; deux commissaires de la municipalité, les citoyens Jacques Saint-Lot, agent national, et Pescheux officier municipal ; et deux citoyens du comité de surveillance, Jean Saint-Lot et Jean-Baptiste Pierre Daragon, secrétaire, sont nommés.

         Il est arrêté que celui à qui le jardin sera loué, il sera tenu de le bien labourer et ensemencer sans y faire aucune dégradation. Á l'égard des chasselas qui sont le long des murs et des allées, il sera aussi tenu de les bien palisser, quand même il n'y aurait pas de fruit. La location sera pour une année et le paiement se fera moitié avant de se mettre en possession, et l’autre moitié au 15 août, « vieux style », sous peine de la confiscation des fruits qui pourraient être dans le dit jardin. L'adjudicataire devra payer trois journées et demie, 8 livres, 15 sols de travail pour la taille des arbres qui à été faite par les citoyens Mathurin Charpentier et Jean-Baptiste Carier. S'il arrive quelque accident sur les arbres, il sera tenu d'en prévenir la municipalité sous peine d'en être responsable. Sitôt qu'il n'y aura plus de fruit, c'est-à-dire jusqu'au 11 novembre, vieux style, il devra rendre et remettre la clé à la municipalité sous peine d'être poursuivi suivant la rigueur des lois. Enfin l’adjudicataire sera chargé de payer les impositions qui seront imposées sur les rôles de l'année 1794 vieux style.

         L’adjudication à lieu le 30 ventôse an II (20 mars 1794), elle est faite moyennant la somme de 425 livres au citoyen François Gaspard Mouroux.

         Le 10 brumaire an III. - Le problème des subsistances s’aggravant, la municipalité propose de louer le jardin du presbytère, bien national, pour être « empotagé ». Il est délibéré qu’il sera divisé en plusieurs lots, dont les détails de cette division méritent d’être reproduits, ils décrivent un jardin bourgeois de l’époque. Soit :

Le 1er lot faisant l'encoignure du dit jardin attenant la petite porte qui tend à la rue qui conduit de la commune au temple (église) et au coin du jardin du citoyen Blandin. Ce carré étant bordé au couchant par une plate-bande et une allée, au nord par l'allée ou il y a un treillage avec les pruniers, au levant par une bordure de thyms, et au midi par le mur de la rue (Saint-Laurent) qui va au temple.

Le 2e attenant au premier, bordé au couchant par une bordure de thyms, au nord par l'allée ou il y a un treillage avec des pruniers. Au levant par une petite allée qui prend à la porte de la cave et va toucher au néflier; et au midi par le mur de la rue qui va au temple.

Le 3e est le long du mur du jardin du citoyen Blandin, prenant au « berceau » qui est garni de charmilles, descendant jusqu'à un jeune rang de haies de chasselas, plantés par le curé Doisnel, allant tomber à un rond de lavandes qui est au milieu de l'allée. Au levant par une allée bordée d'un jeune rang de haies et montant à l'allée des pruniers et ensuite à l'allée du treillage.

Le 4e tenant au couchant au troisième, commençant au rond de lavandes, suivant un rang de jeune haie allant joindre la grande allée qui descend a petite porte prés celle du citoyen Robine, ensuite, suivant l'allée en montant jusqu'à la porte de la cour qui donne sur le jardin et finissant au midi à l'allée du treillage.

Le 5e est le long du jardin du citoyen Blandin, commençant au bout et au rang de jeunes chasselas, jusqu'au rang de lavandes, et descendant jusqu'à l'allée qui va tomber au puits et qui est bordée par un rang de chasselas en rapport ; ce carré était ci-devant en asperges.

Le 6e commencera au rond de lavande et suivra le rang de jeune haie, descendra ensuite par la grande allée qui va à la petite porte prés celle du citoyen Robine, jusqu'à l'allée qui va au puits. Et ensuite retournera par la dite allée à laquelle il y a une bordure de chasselas en rapport et allant joindre le 5e lot.

Le 7e est le long du jardin du citoyen Blandin dans lequel est un berceau bien planté en chasselas de l'âge de 5 à 6 ans. Et au bas du dit carré l'adjudicataire jouira de l'espalier juste vis-à-vis l'allée du milieu du jardin.

Le 8e commencera le long du 7e et aura également l'espalier qui se trouve le long du mur vis-à-vis du dit carré jusqu'à la petite porte près celle du citoyen Robine et ensuite montant par l'allée qui conduit à la porte de la cour jusqu'à l'allée qui conduit au puits bordée par un rang de chasselas en rapport.

 

Le jardin du presbytère au XXe siècle

 

Le 20 brumaire an III (10 novembre 1794), le système des petits lots ne paraissant pas avantageux, le jardin du presbytère est à nouveau mis en adjudication locative, sans être divisé. Il est procédé à l'adjudication du loyer du jardin de la ci-devant cure au plus offrant, cependant à l'exception d'un petit lot qui sera réservé pour faire un jardin à l'instituteur, situé en face de la porte de la cour à droite en entrant. Ce carré étant bordé par une bordure de thyms et descendra jusqu'au premier pommier à reinettes. Tous les arbres qui sont dans l'allée du treillage ne lui appartiendront pas, leur adjudication est faite au citoyen Mouroux, pour 372 livres.

L’année suivante, le 17 brumaire an IV (7 novembre 1795).L'assemblée est convoquée au son de la caisse dans toute la commune, après avoir été affiché à différents endroits, il est annoncé que ledit jardin sera loué, tel qui se poursuit et comporte, pour un an seulement à commencé du 11 novembre, vieux style, prochain 95, jusqu'au 11 novembre, vieux style, 96. Le locataire sera tenu de cultiver et bien entretenir les arbres espaliers, d'en payer l'imposition, et que la tonture du sol en est réservée. Il est adjugé, moyennant deux setiers de blé et deux setiers d'avoine, au citoyen Pierre Denis Latteux.

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