Les
chemins interdits
Ce document n’est pas daté, cependant les noms qui précèdent
le texte émanent de la première municipalité de Villemoisson, c’est-à-dire du 4
février1790 au 21 novembre 1790.
« Jean Saint-Lot maire, Dupré, François Roger officiers
municipaux, Robine, Doisnel curé procureur syndic, François Peigny greffier.
« Nous redemandons notre chemin de Morsan à
Villemoisson pour l’avantage du public ; chemin qui était pavé, qui
donnait une grande satisfaction à tous les voituriers qui passaient par là avec
un cheval chargé avec une voiture, dont présentement il faut trois chevaux pour
monter dans le village et une incommodité qui insulte notre église par les
« provretées » (dégradations ?) qu’on fait autour. On a payé
3000 livres de dommages et intérêts pour rétablir le dit chemin. (1)
« Un autre chemin montant à la Croix (2), vis-à-vis
notre ancienne école, que ledit sieur prêtre a vendu au sieur de Surbeck (3) et
condamne la place où l’on faisait le feu de la Saint-Jean. Ladite école nous appartenait,
elle nous avait été donnée par M. et Mme d’Harnoncourt, les fondateurs de
l’école.
« Les fondateurs de ladite école ont déboursés 600
livres pour faire rétablir ladite école depuis l’année à nous payé 600 livres
avec les intérêts des intérêts au profit des pauvres de la paroisse (4).
« Il est vrai que l’on nous a fait faire une autre
école sur le vieux (pont ?) de l’ancien chemin de Villemoisson dont on a
fait un autre pont dans l’abreuvoir dont madame Hérault a fait faire un
abreuvoir dans un coin du clos « déclôsé » dont il est présentement
un potager (5).
« Troisièmement, nous avons à demander des droits de
pâturage au-dessus de ladite Garenne de Villemoisson, et derrière, et que les
dits sieurs Bertier ont fait échange avec ledit sieur Bailli de Crussol (6).

Photos Marcel Saint-Sevin
« Quatrièmement, le dit chemin de Morsan à Montlhéry
qu’ils ont fait planter en bois (et) qui n’a pas la largeur, dit par leur
titre, dont ayant tous les terrains à rentes que l’on défriche jusque dans les
ornières (7).
« Autre chemin appelé le chemin de la Fosse à faire
dodeau (8) gagnant la voie des Charbonniers. Un autre chemin des carriers de
Villemoisson, gagnant le chemin de la Cousine de Morsan (9). Ils ont fait faire
des fossés et planté lesdits chemins aux bois. Si quelqu’un avait passé on les
aurait fait mettre en prison ou au dépôt. Qui plaisent à ces messieurs d’avoir
ou commettre quelqu’un pour vérifier si les choses sont justes et qui plaisent
à ses messieurs de bien vouloir envoyer un arpenteur pour arpenter les terres
et les bois et que le sieur mit à refuser les anciens papiers terrier.
« Je certifie le présent véritable », …
Signatures.

Le chemin face au presbytère supprimé
(1) Il y avait un chemin, relativement plat, qui prenait
face à la « Maison sous l’église » et rejoignait la rue de Morsang.
Ce chemin condamné, les voituriers étaient contraints pour regagner le village
d’emprunter la côte de la rue Saint-Laurent, qui certainement était encore plus
étroit qu’aujourd’hui. Les attelages renforcés étaient forcés de serrer de près
les contreforts de l’église
(2) Le chemin de la Croix, actuelle rue du Repos, se
dirigeait vers un calvaire situé au bout de cette rue sur l’avenue des Gardes
messiers. Cette Croix a été déplacée au croisement de l’avenue des Gardes
messiers et de la route de Corbeil, puis devant l’église Saint-Laurent.
(3) Cette ancienne
école, attenante à la ferme seigneuriale, a certainement été donnée par M. et
Mme d’Harnoncourt
en 1758, lors de la reconstruction de l’église. L’extrait d’acte suivant montre
qu’il est curieux qu’elle ait été vendue par le prêtre à Surbeck. Le 5 avril 1788, Bertier de Sauvigny,
seigneur de Villemoisson, fait un bail à vie de l’ancienne école de Villemoisson
au profit de Louis Bénédicte de Surbeck, baron, maréchal des camps et armées du
roi, propriétaire du château de Morsang. Cette école « consistait en une
cuisine, bûcher, cellier et poulailler dans le bas; deux chambres au-dessus,
dont l'une avec cheminée, grenier au-dessus, cour, nouvellement construite
devant, et un quartier environ de jardin enclos au-dessus ». Bertier avait
démembrée la ferme seigneuriale afin de la louée en différents baux. (Ce
bâtiment existe toujours avec sa cave voûtée sous le jardin). Il est
intéressant de savoir que les feux de la Saint-Jean se pratiquaient à
Villemoisson devant la ferme seigneuriale place de l’église ; cette
manifestation existe toujours à Morsang.
(4) Dans le registre de délibération de l’époque
est écrit : « Dans le dit chemin est l’ancienne école en masure, qui
a coûté 600 livres pour la faire rétablir, qui doivent nous être remboursées
avec les intérêts depuis 9 années au profit des pauvres de la dite
paroisse »
(5) Pour remplacer l’école située à la ferme
seigneuriale, une autre école a été construite près du pont sur l’Orge. Ce
bâtiment n’est pas représenté sur le plan terrier de 1767, mais sur le cadastre
napoléonien. C’est donc une erreur, à moins de date, de lire dans
« Villemoisson en Hurepoix » de Mr. Victor Chaudun que l’instruction
se faisait en 1738 en « la maison du pont ».Tombant en désuétude elle
a été démolie lors de l’aménagement du sens du sens giratoire. Quant à l’opposé
de l’école du pont, de l’autre de la route actuelle de Corbeil, madame Hérault
a réduit son clos potager pour créer un abreuvoir où, sur la rive opposée de la
rivière, face à cet abreuvoir sera construit au XIXe siècle un lavoir public
aujourd’hui aussi disparu pour cause d’abandon.

- Ci-dessus le plan terrier (1767), l’école
ou la maison du pont n’est pas encore construite ; noter en face le clos
de madame Hérault
- Ci-dessous le cadastre
napoléonien où se distingue l’école ; le clos est remplacé par la parcelle
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De part et d’autre de
l’actuelle route de Corbeil : à droite, l’école, à gauche l’abreuvoir que
madame Hérault a pris sur son potager,
au fond le lavoir se
miroite sur la rivière.
(6) Pâturer au-dessus et derrière la
Garenne : c’est-à-dire dans une partie du lieu-dit « le Poirier de la
Farinette » entre le bois et l’avenue de la République, et entre le bois
et l’Orge. La Garenne est aujourd’hui le bois situé de part et d’autre de la
voie ferrée. Le Bailli de Crussol propriétaire de la Gilquinière, qui prit le
nom de Vaucluse, possédait ce bois. Il ni a pas longtemps encore ce bois
appartenait à l’asile de Vaucluse dépendante de la ville de Paris.
(7) Le chemin de Morsang à Montlhéry correspond
à l’avenue des Gardes messiers (en partie), la rue de la Plaine (en partie) se
joignant à la rue du Vieux Chemin en direction de la gare de
Sainte-geneviève-des-Bois. Ce chemin, réduit en sa largeur, était bordé de
bois, et les défrichements allaient jusque dans les fossés.
(8) Le lieudit la « Fosse à faire
Dodeau » est du côté de la Place de la Libération à l’extrémité gauche de
l’avenue du Bois ; la voie des Charbonniers prenait à la hauteur de l’entrée de
la rue du Fonds de Calais et s’éloignait vers la forêt ; peut être que la
rue sinueuse du Docteur Vaillant à Sainte-Geneviève est une survivance de son
prolongement.
(9) Chemin parallèle au chemin de Montlhéry à
Morsang, nommé sur le plan Jubien (1768) « Chemin de Montlhéry au
cimetière de Morsang » était appelé communément « Chemin de la
Cousine ». Les restes sont représentés de nos jours à Morsang par le
sentier Jean Raynal, prolongé de l’autre côté de la route de Corbeil, à
Villemoisson, par le sentier des Merisiers. Dans le registre de délibération de
l’époque, nous relevons : « Le chemin de la Cousine passant au bout
du bois de la Saussaye et d’autres pâturages. Ce chemin conduisant, passant par
la Justice gagne le chemin des Carriers … », vers les fourches
patibulaires. Sur son parcours seront faits des fossés et palissades
interdisant son accès sous peine de prison.

Le plan Jubien (1768). Nous pouvons reconnaître :
le chemin de Montlhéry à Morsang (av. des Gardes messiers). Parallèlement le
chemin de Montlhéry au cimetière de Morsang, surnommé de ma Cousine,
aujourd’hui disparu. Ce chemin aboutissait, sous la place actuelle de la
Louvière, sur le chemin des carriers disparu de même que la voie des
Charbonniers. La route neuve est la future avenue Jean Moulin.